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L’angoisse du recul

Avec tous les deuils qui se sont passés dernièrement dans ma vie, j’ai décidé d’arrêter plusieurs choses. La première chose: ce sont mes médicaments. Non, je ne parle pas d’antidépresseurs, je n’en ai jamais pris. Mais je prenais quand même du Xenical, une petite pilule magique pour supposément faire maigrir. Or, la petite pilule magique a fait beaucoup de ravages. Certes, je n’ai pas pris de poids. Mais j’ai eu droit à de belles crises de panique (parfois très intenses).

Je dois parler de ce médicament, parce que je veux que les gens sachent à quoi s’attendre en prenant ces pilules d’Orlistat. Ce médicament nous fait chier (et plus que dans le sens du terme). En fait, pour résumé, le médicament «détruit» 30 % du gras que l’on absorbe. Vous mangez une pizza et des frites? Un cachet, et vous allez chier votre vie sur la bolle. Ce sera d’une belle couleur orange fluo.

Quand je n’étais pas végétarien, j’observais les effets instantanément. En d’autres mots, je chiais ma vie. Depuis que je suis végé, adieu la couleur orange. Elle n’arrive que si je consomme beaucoup de fromages gras ou de produits laitiers. Il arrive qu’une habitude prenne du temps à se perdre. Ce fut le cas de ce médicament malsain. Pas de couleur orangée aux toilettes, mais les effets secondaires multipliés, jusqu’aux crises de panique intenses. Ça ne m’était jamais arrivé avant. Quand je prends du recul et que je regarde la dernière année, je me rends bien compte que quelque chose a changé: en plus de suer, d’avoir de la difficulté à respirer et de sentir des effets d’angoisses; on ne peut pas dire que le médicament fait honneur à sa réputation. Au départ, je pensais que mes maux étaient un résultat de ma consommation de jadis. Mais c’est faux. Après avoir lu sur le sujet, je me rends compte que plusieurs personnes qui ont pris ce médicament ont développé des problèmes d’angoisses, des crises de panique out of nowhere. C’est également mon cas.

Il m’aura fallu une année entière pour m’en rendre compte. Ces derniers mois, je jonglais entre l’idée de la santé physique et de la santé mentale. Je me suis longuement questionné à savoir s’il valait mieux perdre du poids et être angoissé, ou prendre du poids et se sentir bien mentalement. C’est con, je sais. Mais si vous n’êtes pas en surpoids, vous ne pouvez pas juger de ce que les gens peuvent subir pour maigrir. Je suis donc le prototype clé de ce médicament. J’ai tenté de perdre du poids (inefficace!) avec le Xenical. Tout ce que j’ai récolté, ce sont de la sudation et des crises de panique vraiment intenses (et parfois dangereuse; si je repense à la pire que j’ai faite sur l’autoroute à 110 km/h.)

J’ai quand même une crainte immense; celle de reprendre plus de poids après avoir cessé la prise de ce médicament. Il paraît que ça arrive souvent. Pourtant, j’essaie de me raisonner, de me dire que mon alimentation est 100 fois mieux que ce qu’elle était il y a à peine trois mois. Fini le gras, les viandes, le sucre, les sauces, et je viens peu à peu à bout du fromage. Je garde quand même la crainte de devenir énorme. Oui, je m’entraîne trois fois par semaine. Oui, je marche près de 10 000 pas par jour, mais même avec une pilule, semble-t-il que ce n’est pas assez pour perdre du poids. Alors, je crois que ce journal virtuel doit se transformer en agenda nutritionnel. Il est l’heure de cesser de subir des effets secondaires qui ruinent ma vie.

Des exemples? Outre l’épisode de panique sur l’autoroute, je peux nommer les angoisses en réunion de travail, les angoisses dans les transports en commun, l’énorme crise de panique devant un groupe de 12 personnes inconnues, la sudation extrême, et surtout le fait de se sentir fatigué à temps plein.

Si cette pilule m’a appris une chose, c’est que l’on est maître de son destin. Au départ, quand je prenais ces cachets, je continuais à manger du restaurant gras. Amir, au coq, pizza du coin, etc. Maintenant que je ne consomme plus ces repas par choix, l’habitude de prendre la pilule est restée. Mais plus de merde orange. Alors, à quoi bon? Eh bien, c’est la peur. La peur de voir le poids stable remonter la pente. Encore une fois, ceux qui n’ont jamais été gros ne comprendront pas. Mais quand on se trouve gros, on cherche tous les moyens pour arriver à ses fins. Même de payer 100 $ par mois pour une pilule magique, qui n’est pas magique du tout dans mon cas.

Alors, il est temps de dire adieu aux crises d’angoisse. J’ai atteint un point de saturation. Si je ne peux plus être dans un théâtre dans le noir sans paniquer, il y a un grave problème. Ce Xenical m’a transformé en personne craintive d’un mal imaginaire. C’est tellement triste. Je souhaite vraiment que les effets ne soient pas continuels avec la cessation du médicament. Sinon, je ressentirai un regret pour le reste de ma vie.

Pour ceux qui lorgnaient vers le Xenical; je vous le dis, l’effort ne vaut pas le résultat. Apprenez à mieux manger. Point. Comme je l’ai mentionné plus tôt, la seule chose que ce médicament m’aura apprise, c’est de réviser mon alimentation. Quand on voit de l’orange fluo dans un bol, c’est signe qu’on mange trop gras. C’est le seul point positif de cet expérience.

Fin de la parenthèse sur ce médicament malsain.

Comment je vais? Difficile à dire. J’ai vécu deux deuils back to back. Mais il fallait qu’ils se vivent. J’ai perdu mon chum. Qu’ai-je fait par la suite? Me saouler la gueule et retourner écrire à mon ex. Mauvaise idée. Idée débile, je sais. C’est comme si j’avais eu besoin de combler le vide. Or, cette fois-ci, la conversation aura été plus éclairante. Je lui ai demandé textuellement ce qu’il faudrait faire pour le revoir. C’était une suggestion de mon psy. Et il avait raison. Car, quand mon ex m’a dit qu’il n’y avait rien à faire, que c’était fini pour de bon; j’ai lu ces mots noir sur blanc, et ce fut une triste révélation. On ne revient pas dans le passé. Même si les fantasmes peuvent être encore présents dans nos têtes. Il ne faut jamais être tenté par le passé. Ça ne sert à rien. C’est de l’énergie et des espoirs perdus.

J’ai reçu une réponse. Non, rien, il ne se passera rien. Ces simples petits mots ont eu l’effet d’une guérison instantanée. Je suppose que j’avais besoin de les lire. De les ancrer dans ma réalité. Enfin, le mot fin. Le verdict officiel. L’étape du deuil s’est donc enclenchée deux fois. Perdre son chum et perdre son ex pour de bon. Ça m’a shaké de l’intérieur. Ça m’a bouleversé pour de bon. Et puis, rien.

L’acceptation. Car il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter de repartir à zéro. La différence? Pas de plongeon dans l’alcool ou la drogue. Rien. Devenir adulte. Pour de bon.

La réalité, c’est ça. Aucune envie de boire une peine. Aucune envie de rencontrer des prospects sexuels. Je n’ai établi aucun contact avec personne. Plus de deux minutes sur les sites de rencontre m’ont donné une aversion profonde. Je dois rester seul. Vivre avec moi-même. Affronter le vide. Éviter l’aide des solutions faciles.

J’ai décidé de lancer mon énergie dans le travail. J’ai choisi de prendre une deuxième job. Travailler à temps plus que plein. 80 heures par semaine. Me sortir de mes dettes. Remplacer la soûlerie quotidienne sur mon divan par un travail acharné. On pourrait dire que je suis aussi extrémiste d’une autre façon, mais j’aime mieux le travail que le hung over.

Mes vieux amis se sont éclipsés dans la maternité ou dans des lieux géographiques éloignés. Mes parents se sont exilés pour l’hiver. Je n’ai plus aucune obligation de couple. J’ai seulement un condo à payer. C’est terriblement triste, mais je ne le vois pas comme ça. J’essaie d’en tirer le positif pour me concentrer sur le moment présent. Pour éviter de retourner sans cesse vers une nostalgie qui déforme l’actuel.

Alors, comment je vais? Je ne suis pas à plaindre. Je me sens les deux pieds dans l’adulting. Cet espace d’entre-deux entre l’adolescence et la vie adulte. J’ai tout perdu. Tout. Toutefois, je n’ai pas encore perdu toute ma tête. C’est passé proche, je l’avoue. Mais je suis un combattant. Un jour, il m’arrivera peut-être quelque chose de beau. Peut-être pas. Mais j’ai ce désir de vivre. Avec une tête saine. Avec le moins d’angoisse. Et sans besoin de médicament pour y arriver.

Comment se dessinent les prochains mois? Beaucoup de travail. Et beaucoup de sport. Une alimentation végé, que j’ai adoptée avec bonheur et que j’aime. Réduire ma consommation de fromage gras, car c’est le seul problème qui reste. Je n’ai même plus la force (ni le temps) de boire chaque soir. C’est une excellente nouvelle. Je ne consomme plus. Une autre excellente nouvelle. J’ai envie de simplicité. De bonheur créé par les gens, non pas par les substances que j’ingère. Oui, je prendrai un verre à l’occasion. Mais, c’est tout.

J’ai 33 ans. Je me considère comme quelqu’un d’intelligent, tout de même sain d’esprit. Mon corps ne mérite plus tout ce que je lui ai fait subir jadis. Oui, je suis engorgé financièrement. Un condo, c’est pas aussi facile qu’il n’en paraît. Surtout pour une personne seule. Mais c’est à moi de faire mes choix, à moi de créer mon propre équilibre qui, je l’espère, me mènera au bonheur, un jour. Un jour peut-être encore lointain, mais un jour, sûrement.

La vie adulte qui te rentre dans face

censure

Eh bien, eh bien. Je sens que je me répète un peu, mais voilà, je n’ai pas beaucoup de temps à investir dans ce blogue. La raison est simple, je suis devenu un fucking adulte. C’est triste à dire dans un sens. Peut-être positif dans l’autre. Je ne sais pas, je suis encore en train de jauger toutes les répercussions de ma vie.

Avec un condo à payer, des factures qui s’accumulent, seulement quelques exemplaires de roman à vendre; on dirait que j’ai perdu le fil. Je m’éloigne de l’écriture, et, même si je trouve tout cela très malsain, je ne peux qu’en venir à une simple conclusion: il faut du temps pour écrire, mais surtout, il faut avoir quelque chose à dire. Ce qui n’est pas mon cas présentement. Non pas que je n’ai plus d’idées de roman, mais c’est comme si avec les années, je me rendais de plus en plus compte que mon rêve d’adolescence s’épuisait. D’ailleurs, il n’avait jamais été très solide, parce que j’ai souvent cherché la gloire avant la littérature.

Je pense que je me sentirai toujours un imposteur dans le domaine littéraire. J’ai beau avoir 6 romans de publiés derrière la cravate, j’ai toujours l’impression d’être au point A. J’essaie de minimiser la chose en me disant que lorsque j’aurai quelque chose à dire/écrire, je prendrais les moyens nécessaires pour y arriver.

Mais pour l’instant, en travaillant 55 h par semaine, je ne trouve plus le temps pour rien. J’ai compris ce qu’était le capitaliste malsain: soit perdre ses libertés afin de payer une hypothèque. Évidemment, je dramatise un peu. Même si j’ai plusieurs tâches à accomplir, même si je manque cruellement de temps à cause du travail, je crois qu’il y a (qu’il y aura) toujours une petite voix en moi qui va me hurler qu’il ne faut pas cesser l’écriture.

Mais, c’est difficile. Dans le sens où mes désirs de la vingtaine ne sont plus ce qu’ils sont maintenant dans la trentaine. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est surtout que je suis épuisé par le travail. On cherche tous à améliorer son sort. C’est humain. Et le sacrifice est humain aussi. On ne peut pas être mentalement à plusieurs endroits à la fois. C’est la triste réalité.

Et pourtant, je vais bien. Je dirais même que c’est tranquille. Terminé les grands questionnements de vie, terminé les souffrances atroces par rapport au passé. Je continue dans la vie, je fonce. J’essaie d’améliorer mon sort. On essaie tous d’améliorer son sort.

Je dirais que mes amis sont plus tristes que moi. Certains encore ancrés dans la dépendance, d’autres qui continuent de fréquenter les mauvaises personnes, et il y a ceux dont je ne pourrais dire, car le temps qui passe équivaut souvent à l’éloignement.

Je ne sais pas encore tout à fait quoi penser de mon été. Tranquille est le mot qui me revient sans cesse. J’ai vu ceux qui comptaient sporadiquement, et c’est comme si je connaissais déjà l’avenir. On ne peut plus être aussi perspicace que dans notre jeunesse. Chacun maîtrise à peu près son temps, ses envies et sa vie. Une chose est certaine, les événements se transforment, les amitiés changent, et plusieurs n’évoluent pas vers un bon chemin. Je suppose que ça fait partie de la vie.

Quand j’étais jeune et que je questionnais mes parents au sujet de leurs amis d’enfance, je n’arrivais pas à comprendre que seul le temps pouvait les distancier. Je m’imaginais de grands drames, des disputes, des ruptures douloureuses… mais avec les années, je comprends que l’on ne peut être maître de ce qui se produit dans la vie des autres. C’est peut-être mieux ainsi.

Mon copain n’arrête pas de me répéter qu’il faut s’entourer de relations saines et positives. Je commence à y croire de plus en plus. Avant le drama me faisait vivre, ou en tout cas, je sentais que je vivais plus en raison des situations intenses qui se produisaient dans ma vie ou autour de moi. Je suppose que vieillir entraîne une chose que je ne pourrais expliquer; il vaut mieux être entouré de gens simples et aimants, plutôt que de complications et de drames.

Je dois l’avouer, me sentir zen me semble étrange, surtout par rapport aux autres. Je suppose que je trouve mes complications dans le travail et les relations professionnelles. J’adore mon travail, mais beaucoup d’obstacles se dressent sur mon chemin. Des décisions difficiles seront sûrement à venir. Je tente de faire confiance au destin. Je sais, je sais, je suis peut-être naïf.

Tout ça est peut-être l’une des raisons de mon silence ici. Il n’y a rien à dire, sinon que de raconter les déboires de mes amis et connaissances. Je ne pense pas que ça leur plairait. Pour le reste, même si j’en arrache financièrement, tout ce que je peux dire, c’est que tout va bien. J’ai fermé beaucoup de portes. Je continuerai à en fermer dans les prochains mois.

Maintenant, je comprends mieux ce que me racontaient mes parents.