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#Adulting

Ça devait arriver tôt ou tard. C’est arrivé sur le tard. Certaines personnes sont de vieilles âmes, d’autres sont des ados attardés. Je me plais à croire que j’ai choisi le juste milieu, ou du moins, je dois mettre les deux pieds dans cette voie.

Il n’y a pas de drames. Pas d’histoires croustillantes. Ou si peu. C’est comme se réveiller d’un long rêve, faire un petit gain de lucidité et se rendre compte qu’il faudrait que ce gain ne soit pas que de passage. Il y a de ces moments dans une vie où l’on s’arrête un instant pour observer le temps, pour analyser le passé et regarder vers l’avenir. Comme plusieurs le savent, j’excelle dans la manière de scruter l’arrière en avançant à l’aveuglette. Ce temps est révolu. Je pense que ce n’est plus une question de choix; c’est un fait. Pas alternatif.

La semaine passée, durant quelques nuits de suite, je me suis réveillé en sursaut vers quatre heures du matin. Le cœur qui pompe, l’engourdissement dans les bras; les signes d’un ACV ou d’une crise de panique. Pourtant, je n’ai plus d’angoisses comme je pouvais en avoir sur les vilains médicaments de merde (j’en ai parlé il y a quelques semaines). Il fallait bien se rendre à une évidence claire comme le cristal; trop d’alcool. Trop de ce liquide précieux qui donne l’illusion de se détendre, mais qui bousille par en dedans. Et après maintes réflexions, la raison de recourir au vino est fort simple; c’est ironiquement pour éviter de retourner dans le passé. Mais évidemment, une fois réchauffé, la seule chose qui intéresse est justement ce regard vers l’arrière. Je l’ai pratiqué jusqu’à l’usure de mon cynisme. Et puis, je me suis dit que ça suffisait. En fait, c’est très simple. Soit je me calme les nerfs, soit je me cale sous terre.

Comme je n’ai pas prévu ma mort à l’agenda, j’ai décidé d’appliquer la recette de la vie adulte. Oui, il y aura d’autres dérapes, oui, il y aura des occasions alcooliques. Je ne suis pas dupe. Mon problème n’est pas là. J’ai toujours expliqué à mon psy que je préférais boire seul; qu’en événement social, je buvais beaucoup moins; parce que j’avais cette retenue un peu étrange; celle de ne pas faire de folie. Or, avec le Web et les réseaux sociaux, la folie alcoolique peut faire encore pire qu’un verre de trop entre amis.

L’autre constat, c’est que je ne cesse de pleurnicher sur mon poids; je mange bien, je suis végé, je ne consomme que très peu de sucre… mais j’oublie trop souvent cet élément qui se retrouve dans l’alcool. Les sucres de l’alcool; ennemis numéro 1. Ensuite, je me regarde aller; je me défonce au gym, j’ai recommencé la course à pied régulièrement; et c’est comme regarder un plateau sans résultats. Oui, je me maintiens et je ne prends pas de kilogras, oui mon médecin m’a annoncé que j’avais perdu 3 kg depuis la dernière fois. Mais c’est trop peu pour tous les efforts que j’y mets.

Puis, il y a le travail. Beaucoup beaucoup de travail. De nouvelles responsabilités, toujours plus de contrats, de projets, de formations et de demandes. J’en suis venu à un constat précis: je ne peux plus m’offrir le privilège de rentrer au travail lendemain de veille. Aussi ridicule que ça. Et pourtant, même hangover, je vais courir, je vais m’entraîner, je vais former de nouveaux employés, donner des cours, apprendre de nouvelles fonctions, etc.

Pourquoi j’ai mis autant de temps à comprendre tout ça? La raison est idiote: je ne me sentais pas affecté par mes excès. Me coucher saoul aux petites heures et me réveiller pour le travail quelques minces heures plus tard ne semblaient pas trop m’affecter. Je continuais quand même à aller au gym, à suer mon sucre alcoolique. Mais avec les années, j’ai dû me rendre à l’évidence. Je n’ai plus vingt ans.

Il n’y aura pas de résolutions, pas de défi, pas de deadlines. Non. Il va y avoir un arrêt simple. Sans drama. Sans déplacements. J’en parle comme si ça allait être facile, mais je sais que ça ne le sera pas. Pourtant, le sentiment qui monte en moi en est un de fatigue. Fatigué de cette routine où l’alcool prend beaucoup trop de place. Fatigué de sentir le petit cœur qui ne suit pas. Fatigué de mes discussions ou de mes statuts flous sur les réseaux. Il y a des époques pour chaque moment d’une existence. Il y a des crochets, des petites coches dans la linéarité d’une vie, où l’on doit voir les choses en face. Cesser d’envoyer tout balader en se disant que ça ne sert à rien de toute façon.

Et puis, il y a le plus grand problème de ma vie; cet accrochage vers le passé. Vers ce désir du passé. Même si tout a été dit. Même si le retour vers l’autre n’est pas une option saine, ni même possible. Je crois que mes fantasmes du passé ont surpassé la vie réelle que je mène à présent. En fait, c’est comme si je sentais que je n’avais pas avancé depuis des années; de très longues années. Toujours enfermé dans l’attente: un signe, un mot, un geste, un retour magiques. Mais il n’y a rien de magique dans les relations humaines. Et je ne comprendrai jamais pourquoi j’ai sans cesse ce désir de me battre jusqu’à la résignation pour ceux que j’aime ou que j’ai jadis aimés. On dirait que c’est dans mon ADN.

Il faut dire que malgré plusieurs refus, j’ai eu droit à des signes d’espoir. Peut-être était-ce de l’ennui de l’autre côté. Pas de l’ennui de moi. De l’ennui, tout court. Et quand une personne s’emmerde, il arrive qu’elle donne des signaux incohérents. Mais tout reste ma faute. Car personne ne devrait jamais s’accrocher à ces petits éléments d’espoir qui traversent les années, mais n’en donnent pas assez.

J’ai pensé que cette semaine allait être la semaine la plus intense de mon année 2017. Et je suis pas mal convaincu que je me suis trompé. La vie avait un Plan C. Je n’en connais pas encore tous les aboutissements. Mais parfois le hasard se charge de ces choses-là.

Aujourd’hui, j’ai compris le sens du mot doser. J’ai toujours eu de la difficulté à doser mes émotions, mes réactions, mes actions. Et il m’a rappelé que je devais doser. Il l’a écrit en riant. Comme s’il minimisait les dix dernières années. Alors, pour une fois, je vais l’écouter. Je vais doser mes élans. Calmer l’alcool aidera. Je vais réussir à doser mes sentiments. J’ai compris qu’ils ne servaient à rien. On ne sait pas toujours pourquoi certaines personnes se présentent dans nos vies. Mais je pense qu’on peut déceler la bullshit. C’est ma conclusion. J’ai compris que le dosage de mes émotions n’était pas le plus grave des problèmes. Ce qui importe, c’est de doser les retours vers le passé. On peut bien se sentir nostalgique par moment. Mais inutile de chercher à le recréer. Je pense qu’il faut finir par être réaliste; on ne recrée pas ce qui s’est perdu. On ne revit pas une vieille histoire. On ne replonge pas dans une relation comme on reprend la lecture d’un roman après un long moment. Et même quand on lit un roman deux fois, sa propre signification se substitue au souvenir que l’on avait.

Par peur d’un ACV en pleine nuit, j’ai aussi décidé de faire la paix avec ceux avec qui j’avais eu des embrouilles dans le passé. Pas pour revenir vers eux comme avant. Non. Simplement pour laisser la nouvelle empreinte de mon «moi présent». Simplement pour être en paix avec ce que j’ai pu avoir dit ou écrit. On ne se cachera pas les choses; il y aura d’autres incompréhensions, d’autres moments où j’enverrai chier le peuple, mais au moins, pour ce qui est des gens du passé, ma liste est maintenant à zéro. Je n’en veux plus à personne. Je ne garde plus aucune animosité envers qui que ce soit. Même pas envers lui.

Le droit chemin

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J’écris aujourd’hui comme si j’apprenais à écrire pour la première fois. Il est encore tôt. Samedi matin. Avant 7 heures. J’habite mon condo depuis bientôt trois semaines. Oui, j’ai une vue du pont Jacques-Cartier et une vue sur la ronde. Une autre étape de vie. Mais suis-je plus adulte? Je ne le croirais pas.

Qu’est-ce qu’un blogue personnel en 2016? Je me le demande souvent. À quoi ça sert? À quoi ça mène? Pourquoi ai-je si besoin par moment d’y écrire? Pourquoi je n’ai pas écrit depuis le mois de mars? Tant de questions, et aucune réponse claire et directe. Oui, il n’y a pas de doutes. J’en suis à une nouvelle étape de ma vie. Les phases s’enchaînent. La satisfaction, elle, c’est plus indécis.

Le soleil se lève, explose dans les fenêtres de ma chambre à coucher. Chaleur et lumière. Incapable de bien dormir depuis une quinzaine de jours. L’impression d’être devenu irritable. D’en vouloir au monde entier. Et ironiquement, se sentir bien. Être quand même confiant d’avoir pris la bonne décision. Je vis des sentiments en contradiction depuis un long moment déjà. C’est difficile, mais sain. Enfin, je crois que c’est sain.

Pas facile d’adopter des habitudes saines. De vivre selon des principes en lesquels on croit plus ou moins. On dirait qu’il y a toujours cette petite voix dans ma tête qui me dit fuck everything. Cette nuit, c’était l’anniversaire de ma cousine et de son copain. Une fête qui s’est déroulée comme avant. Comme si j’avais couru après ma jeunesse qui s’éloigne pour tenter de la retenir encore un peu. Mais le soleil est maintenant déjà levé depuis longtemps. Une impression de bonheur éphémère. Un questionnement sur ce que c’est que d’être réellement heureux.

Hier, je m’obstinais avec un des membres d’un forum musical que je fréquente. Il argumentait que le nouveau disque de Radiohead n’a rien à voir avec la perfection du passé. Je lui ai répondu qu’il devait grandir, cesser de vivre dans cette foutue nostalgie des expériences et plaisirs adolescents. J’ai eu l’impression de me parler à moi-même. Depuis le début mars, je tenais le coup. Presque parfait. Mais au fond de moi, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant de subir un écart, avant de tout remettre en doute. En fait, non, ce n’est pas du doute. C’est simplement comme si je courais derrière le fil de ma vie, à chercher sans cesse ce que je pourrais changer pour me faire croire que ça va mieux maintenant.

Et le pire, c’est que ça va mieux. Je suis dans un environnement sain. Dans un milieu sain. Tout devrait être empreint de sainteté. Et pourtant, il suffit d’une simple nuit pour faire basculer tous mes acquis. Auparavant, j’aurais haussé les épaules, je me serais dit que c’est la vie. Mais ce n’est pas mon sentiment présentement. Non, ce n’est pas la vie. Ce sont mes choix. Dictés par mes pulsions, certes, mais ces élans de désir ne se tairont probablement jamais.

Je parle en parabole. Ça me fait chier. Doit être la raison pour laquelle je me fais discret ici. À 32 ans, je sais ce que je veux, mais c’est comme si un mur m’empêchait de vraiment atteindre mes buts. C’est un combat constant. Une lutte à finir qui ne finit jamais. Et puis, au final, je me rends compte qu’il n’y a pas de contradictions. Je suis humain. Un humain avec ses hauts et ses bas, avec ses réussites et ses échecs, avec ses défis et ses faiblesses.

Mais je ne m’en veux pas. Je ne m’en tiens pas rigueur. Inutile de se flageller, de se punir. Alors, je jette la serviette. Pas de façon défaitiste. J’ai toujours été exigeant envers moi-même. Je ne me suis jamais trouvé parfait. Et c’est normal. Pour tout le monde.

Ce blogue n’a plus aucune importance. J’y ai raconté ma vie, mes malheurs, mes bonheurs, mes amours, mes tristesses, mes pensées sombres, mes regains de joie. Je me suis fait du bien. Je n’ai jamais voulu me censurer. J’aurai réussi à réaliser un premier but avec tous ces écrits. Partir du négatif pour créer une réaction positive. J’en suis encore à me demander ce que sera la suite. S’il y aura suite un jour.

Il ne faut pas se méprendre. Je parle d’écriture ici. Pas de mon passé personnel. Je suis jeune. Même si j’ai pris un sacré coup de vieux avec tout ce stress. Tout ce parcours était nécessaire. Et je le dis honnêtement. Je n’ai plus grand-chose à vendre, si ce n’est que de continuer à me vendre à moi-même. Pour m’encourager pour le suite. Pour me convaincre que je ne suis pas à plaindre. Que ce qui s’en vient pourra être mieux. Mieux qu’avant, assurément.

Je ne pense pas pouvoir dire un jour que j’ai accompli tout ce que je voulais faire. Mais je n’ai plus de rancune envers tout ça. La seule chose qui m’importe, c’est de faire en sorte que ma trentaine soit aussi diversifiée que ma vingtaine. J’apprends la résilience. J’apprends à tolérer la vieillesse. À accepter qui je suis.

Ça m’aura pris beaucoup de travail sur moi-même pour en venir à une toute petite conclusion: je vaux quelque chose, peu importe mes réalisations et mes échecs. J’ai décidé de traiter mes échecs comme des écarts. Apprendre de ses erreurs. Vivre par rapport au jour précédent. Pour le reste, on verra bien, plus tard, quand je me retournerai pour observer le chemin parcouru. Non, il ne sera pas droit. Le chemin n’est droit pour personne. Je fuis les lignes droites. Elles ne sont jamais tout à fait réelles. Et c’est la beauté de la vie. Du moins, c’est ce que je crois.

Je dois surtout apprendre à aimer les autres comme ils m’aiment.