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I don’t blame you

Je cherche depuis un long moment à commencer une phrase qui ne sonne pas cheesy, mais c’est un peu impossible dans cette situation. Tout se passe toujours trop vite, et après coup, on se demande si on a vraiment vécu ce qui vient de se dérouler quelques minutes auparavant. Si je pouvais résumer le tout, je pense que je décrirais ça comme de la simplicité poétique. Probablement parce que je suis un pseudo-écrivain qui a besoin de faire du sens avec tout ce qu’il vit.

Il est arrivé en après-midi, comme à son habitude. Avec sa joie de vivre habituelle. Il est venu s’asseoir sur le divan à mes côtés. Comme à son habitude. Et c’était la fin des habitudes.

J’ai eu droit à la fameuse phrase que tout le monde déteste entendre: il faut qu’on se parle. Je me suis redressé, méfiant. Puis, il m’a annoncé qu’il allait enfin changer de poste à son travail. Je me suis dit qu’il allait me parler de nouveaux horaires qui compliqueraient nos rencontres. Mais il a simplement dit: Ça, c’était la bonne nouvelle. 

J’ai retenu mon souffle, mais les mots s’enlignaient un après l’autre, la sentence était prononcée.

C’est fini.

Dire que je ne m’y attendais pas serait minimiser les choses. Encore quelques heures auparavant, il commentait un de mes statuts en parlant de la Saint-Valentin.

Il m’a parlé de son amour atténuée, de ce qui l’énervait chez moi, de ces trop nombreuses dépendances qui m’accompagnent. Je n’ai pas su quoi répondre quand il m’a parlé de mes amis, trop néfastes ou trop présents, je ne sais plus. Il m’a refait le parcours de sa vie et de ses exs, en disant qu’il n’aurait pas dû accepter quelqu’un comme moi. Que je n’étais pas l’homme qu’il lui fallait. Qu’il n’était pas l’homme que je voulais. Il m’a décrit un homme qui n’a aucune dépendance, qui est toujours sain dans son corps et dans sa tête. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui souhaiter de trouver cet homme.

Cette conversation me semblait si simple, les yeux humides, assis sur le canapé à flatter Rémi couché sur le dos. Il m’a dit qu’il ne s’était pas ennuyé lors de notre séparation de deux semaines à Noël. Il m’a demandé si moi, je m’étais ennuyé. J’ai été légèrement piqué, lui répliquant que j’avais l’impression que la seule chose qui l’aurait satisfait aurait été que je lui dise chaque jour que je m’ennuie. Il a tout balayé du revers de la main, m’a dit qu’il ne sentait pas assez de démonstration affective de ma part. Peut-être qu’il n’a pas tort, il est vrai que je ne suis pas le plus démonstratif.

Je me suis mis à sourire, à rire même, lorsqu’il m’a dit que la sexualité était vraiment bien, qu’il n’en avait jamais manqué. Je pense lui avoir répliqué: au moins tu diras pas que je baisais mal. Il y avait une certaine simplicité dans ces échanges qui m’ont rappelé tout ce qu’il était. Un bon gars, simple, franc et léger. Je l’ai remercié de m’avoir aidé à atteindre une vie plus saine. Mais pas encore assez pour lui. Il m’a dit qu’il ne savait pas ce que cette relation lui avait apporté. J’ai suggéré qu’il allait peut-être le savoir plus tard. Il n’y avait rien de méchant dans ses paroles ni dans mes réponses. Nous étions comme nous avions toujours été.

Je lui ai pris la main. Il m’a dit que j’étais une bonne personne, que je ne devais pas douter de ça. On n’avait juste pas les mêmes visées d’avenir. Il m’a offert de m’aider à aller faire l’épicerie. Je lui ai répondu que je n’avais pas vraiment la tête à aller me promener dans des allées avec mon ex.

Et le moment de silence qui a suivi l’a encouragé à se lever. Une conversation d’à peine 30 minutes. Je n’ai pas cherché à le retenir. Je l’ai simplement suivi jusqu’à l’entrée, en me disant qu’il valait mieux terminer tout cela de la manière la plus positive possible. Après tout, nous avions vécu une relation somme toute positive. Il a eu de la difficulté à lasser ses bottes. J’ai attendu patiemment qu’il pose son sac sur son dos. Et la finale était tout prêt.

Je l’ai serré dans mes bras. Les larmes se sont mises à couler. Prends soin de toi. J’ai déposé un baiser sur sa bouche. Je l’ai pris une nouvelle fois dans mes bras, en flattant le derrière de ses cheveux. Nos corps se sont éloignés, puis j’ai saisi sa tête pour venir déposer un dernier baiser sur son front. C’est là que le coup au cœur est arrivé; comme un petit poignard qui s’insère en nous et nous coupe le souffle.

La porte s’est refermée derrière lui. Je n’ai pas enclenché le verrou, je trouvais que ça ternissait la dernière image qu’il aurait pu avoir de moi.

Le silence. La solitude. Le vide qui m’a envahi peu de temps après.

C’est fini. Ces deux petits mots que personne ne veut vraiment entendre.

Mais je ne peux pas le blâmer, je sais que je suis quelqu’un de complexe, pas facile à vivre, avec mes zones d’ombres. Pourtant, quand je repense à mes autres relations, cette simplicité dans cette rupture me montre que je suis devenu un adulte. Pas de chicane, pas de crises, pas d’histoires à demi terminées. J’ai pensé: c’est la première fois que je me fais laisser en hiver. Je sais, ça n’a aucun rapport, mais c’est ce qui m’est passé par la tête.

Je respecterai toujours cet homme qui m’a suivi dans mes périples des dernières années. Il n’y a pas de haine, de rancœur ou de rancunes. Seulement cette simplicité déstabilisante. Cette simplicité de l’être qui est toujours resté lui-même. Je ne regrette en rien cette relation. Elle m’a beaucoup apprise, a peut-être fait une meilleure personne de moi-même.

Je ne décide que très rarement d’écrire moi-même le mot Fin. Peut-être que je pousse les gens à prendre la décision à ma place inconsciemment. Je ne sais pas, c’est ainsi que mes histoires de cœur se terminent la plupart du temps. Même si je vais mieux dans mes habitudes de vie, dans ma manière d’interagir, dans mes excès qui ont vraiment diminué, je pense que j’ai encore beaucoup de travail à faire.

Je crois également que je vais rester seul pour un bon petit bout de temps. Il faut que je me retrouve, que j’accepte ce que je suis et que j’apprenne à vivre mon célibat. Ce mot me semble tellement étrange. Je suppose qu’il faut parfois être brassé de l’intérieur pour pouvoir comprendre qui nous sommes réellement.

J’ai refusé de voir les amis, ce soir. Parce que j’avais besoin de mettre des mots sur ce que je vis. Je sais que c’est ridicule d’écrire aussi rapidement après des événements qui se sont produits si fraîchement, mais ça semble être ma routine de vie. C’est ma seule manière de gérer ma peine. De toute façon, il fallait que ça sorte tout de suite, comme ça. Les prochains jours seront plus difficiles. Mais il faut que je garde le cap, surtout pas noyer tout ça dans l’alcool. Ce serait une mauvaise décision. Il faut cesser de se faire du mal quand on a de la peine. Je ne suis plus dans l’auto-destruction. Je préfère la jouer rationnel. Il m’a dit: nous ne sommes pas un bon fit. Peut-être. Mais je ne regrette pas notre expérience de vie. Ce petit bout de chemin et cette chute qui semblent étranges… ça fait partie de moi, à présent. On absorbe toujours en nous un peu de ceux que l’on fréquente.

Même s’il m’a dit qu’il réfléchissait à me quitter depuis environ trois semaines, ça n’a pas d’importance. Ça ne me fait pas rager. Je préfère accepter son honnêteté. Me dire qu’on a été bien ensemble. Je vais m’ennuyer de me coller contre lui la nuit. Je vais m’ennuyer de nos réveils les fins de semaine. Je vais m’ennuyer de cette simplicité et de cette joie de vivre qu’il avait toujours. Et je vais essayer d’être plus fort que tout ça. De prendre le meilleur de ce qu’il m’a laissé. Même si notre chapitre à nous est maintenant terminé.