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La brèche Radiohead

Je ne pensais pas revenir si vite ici. Mais c’est plus fort que moi pour le moment. Certains le savent déjà, Radiohead a une importance (ou plutôt a eu une importance) primordiale dans ma vie…

J’ai vécu un ascenseur émotionnel ces dernières 48 heures. J’ai détesté le concert de lundi à Montréal. C’était mou, c’était mauvais, ils avaient l’air fatigués, ils ont livré une prestation molle. Je n’attendais rien du concert de ce soir (mardi). Et pourtant, si le concert de lundi était mon pire concert dans le top 16 (#16), celui de ce soir s’est hissé au numéro 1.

Le hasard fait sûrement bien des choses, mais il m’a prouvé que le moment présent reste encore le meilleur barème de la vie. Honnêtement, je me rendais à ce deuxième concert de reculons. Je pensais que le groupe allait jouer entre six et huit chansons différentes par rapport à la setlist de la veille. Mais non. Ils ont joué 19 chansons différentes. C’était un pari audacieux, un coup de dés, mais je pense que j’aurais voulu me tirer une balle si je n’avais pas assisté à la soirée de ce soir.

Il faut bien l’avouer, Radiohead a toujours bercé ma vie. Certes, les albums n’ont pas toujours été parfaits pour moi, mais reste que le groupe m’a toujours suivi dans mon cheminement et mes expériences. Ou plutôt, je l’ai toujours suivi.

Ne pas avoir d’attentes aura été le meilleur moyen d’être soufflé par un groupe qui n’a rien perdu de son mordant (alors que ce n’était pas le cas, lundi soir).

Je ne pouvais rêver d’une meilleure liste de chansons. C’était parfait de A à Z. Comme si j’avais chuchoté quoi jouer au groupe. J’ai presque eu l’impression qu’ils avaient lu mon post Reddit et qu’ils avaient acquiescé à mes demandes.

Au-delà de la satisfaction, j’ai vécu beaucoup d’émotions, ce soir. Je pensais que ça y était. Que même en entendant Reckoner, j’allais rester de marbre. J’avais envie de me prouver que le passé appartenait au passé. Que j’étais rendu ailleurs. J’ai tenu deux minutes. Jusqu’à la montée. Et puis, je me suis assis. Et j’ai vécu le moment présent. Tout en me rappelant du passé. C’était déjà foutu d’avance. Les larmes ont commencé à couler. Et plus ça avançait, plus je tremblais. Reckoner me rappelle 2007. Ce moment figé où je suis avec mes amis sur la Plaza St-Hubert, où j’ai envie de me tuer parce que le meilleur semble derrière moi. Mais cette chanson me rappelle aussi l’amour de la distance. L’amour perdu. L’amour qui revient et repart. C’est comme si cette chanson résumait parfaitement l’impermanence des autres.

On a beau faire le deuil des autres. Ils reviennent dans nos vies, dans nos souvenirs, dans nos rêves. Et ce qui fait pleurer, c’est de savoir que la vie ne sera plus jamais comme avant sans eux. C’est exactement le propos de mon nouveau roman. Étrange comme la vie aligne les astres pour nous faire avancer sur nous-mêmes.

Oh oui, je me suis saoulé ce soir. J’ai même fumé un demi-joint avant de partir vers le concert. Je n’avais plus rien à perdre avec la mauvaise setlist de la veille. Mais voilà. La vie nous joue des tours. Elle nous attend là où on ne l’attendait plus.

Et il y a eu Fake plastic trees. Encore une fois, je ne pensais pas vivre autant d’émotion. Je pensais être de marbre. Surtout, ne pas me rappeler les derniers moments où j’avais entendu cette chanson. En 2008, dans les bras de mon ex. En 2001, dans les bras de mon ex femme. Tout s’est mélangé à l’intérieur de moi. Toute la vie a défilé dans un éclair rapide. Ce fut un peu comme quand on voit les souvenirs de notre vie avant de mourir sur place. Je suppose. J’ai donc versé de nouvelles larmes. Ce n’était pas des larmes de tristesse. C’était surtout des larmes par rapport aux deuils que la vie nous présente sans cesse.

J’ai compris beaucoup de choses, ce soir. Des choses que je savais déjà, il ne faut pas se mentir. Le moment présent reste le meilleur moyen de se sortir de nos échecs. Il faut affronter, même quand la musique nous rappelle les événements passés et joyeux. Je n’ai pas pleuré de tristesse. J’ai pleuré de bonheur. Le bonheur d’avoir vécu tout ceci avec des gens. Le bonheur d’avoir partagé des moments avec les gens qui comptaient vraiment. Le bonheur d’avoir simplement pu vivre ma vie comme je l’entendais. Malgré les déceptions ou les trahisons. Ça n’a aucune importance. Vivre est beaucoup plus essentiel.

Tout cela m’a fait réaliser que je ne suis pas une personne facile avec qui vivre. J’ai plusieurs attentes envers les gens. Et souvent, je suis déçu, parce que mes attentes sont trop élevées. Parce que je donnerais autant que je veux recevoir, mais ça ne se passe pas ainsi. Je dois travailler à accepter ce genre de choses. À me dire que ce que l’on attend des autres ne peut pas toujours être à la hauteur de ce que l’on voudrait offrir.

Bref. Je reviens ici simplement parce que je viens de vivre un moment magique. Spirituel même. Et il y avait longtemps que je n’avais pas réfléchi sur les pertes et les gains qui se faufilent parmi les gens que l’on côtoie ou rencontre l’instant d’une seconde. Il ne faut pas se leurrer; nous sommes tous impermanents. Nous défonçons les portes de l’existence des autres sans savoir ce que nous en retirerons. Nous espérons nous faire aimer des autres. Sans obtenir nécessairement l’approbation que nous souhaitions. Nous sommes humains. Avec nos failles. Nos complexes. Nos défauts. Et c’est un peu l’histoire de chaque personne. Nous aimerons des gens qui se foutront de notre existence. Nous nous câlicerons des gens qui voudraient que l’on compte pour eux. La vie bouge. La vie se case. La vie s’éteint. Et plus on avance, plus on subira de rejet, de décès, de misère et d’incompréhension.

Au final, tout ça n’a que très peu d’importance. Nous allons marquer certaines personnes. D’autres nous marqueront au sang. Nous allons faire souffrir des amis. D’autres amis nous feront souffrir. Nous allons tenter de saisir le bonheur, et il nous filera entre les doigts. Mais pour un petit instant, quelques secondes, nous connaîtrons l’apogée du bonheur. Nous tenterons sans cesse de nous y référer. Que ce soit notre jeunesse, notre corps, nos relations… Nous chercherons toujours à devenir le meilleur de nous-mêmes, à faire la paix avec le passé et les autres. Même quand les autres ne seront plus là.

Qu’en restera-t-il? Je pense que malgré toutes les erreurs que l’on peut faire dans notre vie, nous devons retenir notre persistance à essayer d’être le meilleur de nous-mêmes. Et oui, quand j’écoute Radiohead, depuis plus de vingt ans, c’est là que ça me ramène. Un moment X. Un moment précis où j’ai atteint le bonheur. Comme si les concerts de ce groupe se cristallisaient dans le temps. Qu’ils pouvaient être des barèmes pour m’indiquer si je choisis le bon chemin ou le mauvais. Mais a-t-on le choix?

Enfin. J’ai vécu une soirée magnifique. Une soirée qui m’a fait prendre conscience que si je voulais avancer dans ma vie, j’allais devoir faire d’autres deuils. Des deuils difficiles. Encore. Mais je suis prêt. Et ça, même en pleurant, je peux dire que c’est une excellente nouvelle.

On s’en reparlera d’ici trois à quatre mois. Peut-être. Peut-être jamais.

 

2009-2015

jay

Ce soir, j’avais rendez-vous au Gesù avec Jay-Jay Johanson, pour un concert bien différent de ce que j’avais vécu en 2009 à l’Ex-centris.

Je ne sais pas trop comment aborder la chose. En fait, je suis mélangé entre déception et soulagement. Je m’explique: pour moi, Jay Jay Johanson est un artiste mélancolique, qui joue des pièces mélancoliques. En 2009, quand je l’ai vu en concert pour la première fois, il venait de sortir l’excellent disque Self Portrait et une année avant, nous avions eu droit à son disque au titre long de deux pieds The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known. Deux disque que j’avais énormément écouté. Deux disques que j’écoutais encore plus parce que je venais de me faire crisser-là par mon ex.

Je ne me rappelle pas de grand chose, outre le regard du journaliste Charles deschenes qui m’observait en se demandant pourquoi je pleurais du début à la fin du show. Oui, j’avais bu de la vieille bière en grosse Quilles, oui j’avais fumé mille cigarettes, et oui, j’étais au gouffre du désespoir. Mais la libération que ce concert m’avait fait… ouf, c’était magique, lumineux (malgré tout) et simplement parfait dans le choix des chansons.

Ce n’était pas le cas, ce soir. Je n’ai pas versé une larme. Zéro. Je dois avouer que ma première impression a été d’être en colère (et de chialer, diront certains) mais après coup, je dois me rendre à l’évidence. Ce n’est pas nécessairement le concert qui était problématique (même si j’ai trouvé le choix des chansons douteux; pré-enregistrement de guitare pour Hawkeye, alors qu’il aurait très bien pu faire Suffering. Mais surtout, absence de toutes pièces de l’album Self Portrait). Avec le mince recul, je me suis rendu compte que tout partait de moi; de mes émotions, de ce que je vis, ou plutôt de ce que je ne vis plus.

Et j’ai compris que je venais de passer un nouveau chapitre. Même si mes pièces favorites avaient été jouées, je ne pense pas que j’aurais vécu la même tristesse, parce que je ne suis plus où j’étais. Tout simplement. Et ça, pour moi, c’est tout un avancement. Parce que j’ai tellement retenu le passé et sa fausse illusion nostalgique; ça aurait été dramatique de me sentir dans le même état d’esprit qu’en 2009.

Ça m’a fait réfléchir sur la raison pour laquelle je vais voir des concerts, et sur ce fameux hasard qui nous fait choisir un artiste chouchou plutôt qu’un autre. Car la musique, comme les souvenirs, avance et se modifie selon notre perception du temps. Je ne suis plus l’être que j’étais en 2009, je ne suis plus le garçon ravagé par une rupture, celui que je décris si bien dans Peut-être jamais est rendu loin de moi. Il est une entité à part entière qui ne m’appartient plus. Je trouve que c’est un très beau deuil. Sans souffrance, sans déchirement. Le temps a fait son travail, et je le félicite.

Je commence peu à peu à apprécier le fait de vieillir. Certes, je déteste trouver un cheveu blanc par-ci par-là, mais je travaille à accepter le fait que je ne suis plus dans la vingtaine. J’ai toujours autant de difficulté à voir les amis jadis proches s’éloigner, mais je comprends un peu plus. Je comprends que la vie nous amène des gens et que ceux-ci repartent plus loin par moment. Quand je regarde vers l’arrière, je sais que je n’ai pas toujours été parfait, mais je suis quand même heureux de mes acquis. Même si je sais que l’acquis ne rime jamais avec l’amitié. Je n’ai cependant plus la force de me battre pour des gens qui ne veulent plus être en ma présence. Ça n’a rien d’égoïste. Je comprends l’évolution humaine, les changements de cap, les nouvelles relations qui nous font partir à la dérive. Bref!

Toute cette histoire de concert m’a fait réfléchir aux moments marquants où j’ai pleuré ma vie durant une chanson. Et, même si mes amis pensent que ça arrive sans cesse, je peux dire que c’est somme toute très rare. Je peux compter ces moments sur une main, ou peut-être six doigts. Les voici donc:

1. Godspeed you! Black emperor – BBF3 (2000 / 2011)

2. Radiohead – Fake plastic trees (2001)

3. Massive Attack – Group 4 (2006)

4. Interpol – The Lighthouse (2011)

5. Radiohead – Reckoner (2012)

Et évidemment, le show de Jay-Jay Johanson en entier en 2009 😉

C’est tout, en fait. Je n’ai pas tant braillé que ça dans les concerts, vous voyez! 🙂