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Des nouvelles en automne

 

J’ai complété toutes les phases. Toutes celles que je voulais effectuer à partir du 5 octobre 2017; ce jour où ma nouvelle vie a commencé tranquillement. Enfin, à l’aube des 34 ans, je comprenais que les changements drastiques du jour au lendemain, que l’on se promet sans cesse après une cuite ou des excès, eh bien, ça n’existe pas. Ça ne réussit jamais. Il n’y a que le travail et la perspicacité qui puissent réellement mener à un changement profond.

C’est donc ainsi que le 5 octobre, moi et mes 220 livres arrivions dans une nouvelle salle de gym, avec toute l’intimidation que peut avoir ce genre de place (même si je me suis entraîné dans plus d’une dizaine de salles différentes au cours de ma vie, il y a toujours un temps d’adaptation et une acclimatation, comme si on s’installait en exil dans une nouvelle ville où il faut réapprendre plusieurs codes plus ou moins nouveaux.

Je signais gros niveau intimidation, parce que ce n’est pas un entraîneur que j’allais avoir, mais bien deux! Deux univers à connaître, deux nouvelles relations à créer, encore une fois, l’image de l’exil me semble la meilleure pour montrer ce que je veux dire. Ma nouvelle vie allait donc devenir beaucoup de sport et une alimentation plus saine. Pourtant, j’était déjà végétarien depuis décembre 2015, mais je pense que mon flirt avec le vegan style ne m’avait pas aidé à l’époque. Devenir végétalien n’était pas pour moi, pour la simple et bonne raison que je m’appuyais beaucoup trop sur les céréales pour combler mon ventre. Et ça paraît assez vite. Et puis, tous ces produits transformés qui font semblant d’imiter… je trouve que c’est limite parfois pire que les produits congelés ou transformés. Bref, les dernières années au niveau de l’alimentation avaient été de grandes montagnes russes. Avant d’être végétarien, j’avais même essayé la pilule Alli (vous savez, celle qui vous fait supposément chier votre gras). Ah ça, pour aller aux toilettes, j’y allais. Mais en étant aussi excessif, comme tout le monde le sait, je m’enfilais beaucoup trop de junk en me basant sur une pilule magique. Pilule pas très magique qui m’aura fait faire quelques crises de panique et de l’hyperventilation. Bref, je partais de loin.

La rencontre avec mes deux entraîneurs s’est bien déroulée, mais avec ce genre de changement radical, il fallait évidemment aussi adapter ma routine de vie. Le gym n’étant pas à la porte, j’ai eu plusieurs occasions de pester contre la STM et la très chère ligne 55. La 55, St-Laurent, c’est un peu comme l’autobus que tu veux éviter dans ta vie. Parce qu’elle est toujours en retard. Et toujours bondée. Des belles sardines chaudes et collantes qui se touchent d’une manière loin d’allumer l’excitation sexuelle. La STM le sait, la STM s’en fout, bref, la STM je l’emmerde, mais ça tout le monde le sait 😉

Le mois de janvier est vite arrivé. Je suis devenu plus à l’aise. J’ai ravalé ma colère contre les transports en commun (ou presque lol) et j’ai continué les rendez-vous avec les entraîneurs, en m’accrochant à ce rêve un peu fou de perdre au moins 20 livres, de descendre sous ce putain de chiffre 200. Je savais que ça n’allait pas se faire en claquant des doigts. Je savais que j’allais chigner, qu’au début, mon cardio serait merdique, que la sueur coulerait sans cesse dans mes yeux, que les sacres s’aligneraient comme un nouveau langage.

Puis le poids s’est mis à descendre. Doucement, mais sûrement. Je me suis alors promis que lorsque j’aurais perdu 20 livres, je me gâterais solidement. Mais surtout, physiquement. Plus on devient gros, et plus on a l’impression de vouloir s’effacer. On sent aussi qu’on ne mérite pas d’être aimé. Que ça ne sert à rien de flirter, parce qu’on sera rejeté par ce cruel monde qu’est le monde homosexuel à Montréal. En 2017, je me sentais vieux, fatigué, sans intérêt et je ne portais que du noir, pour tenter de m’amincir, mais surtout pour tenter de disparaître. Je me contentais très bien de ces quelques sorties avec les amis qui restaient, et de beaucoup d’alcool les soirs vides et solitaires. Ce qui n’aidait pas le poids, évidemment.

Alors, ma promesse était simple: si je perdais au moins 20 livres, j’aurais le droit de recommencer à vivre, de transformer la perception négative que j’avais de moi. Je ferais même mieux; je me paierais une personnal shopper pour refaire ma garde-robe complète. Mais plus encore, j’allais régler ma perte de cheveux en me payant une greffe. C’est avec cette idée ancrée que je me suis dit qu’il fallait travailler beaucoup plus, car je savais qu’une greffe de cheveux n’allait pas être donnée. J’ai donc commencé à multiplier les heures, à travailler sept jour sur sept, à augmenter le budget; il me faudrait un minimum de 15 000 $ simplement pour mettre mon projet en branle. Je suis devenu encore plus renfermé, seul devant mon ordi, parfois en faisant du 8 h à minuit plusieurs jours par semaine. J’y prenais même goût, parce que j’ai toujours été entouré de certaines personnes qui travaillent trop. Il fallait prendre cette motivation et l’appliquer à ma vie.

L’été est arrivé, et peu à peu la première phase de mon but a été atteinte. J’avais bel et bien perdu 20 livres; de peine et de misère, en ajoutant de la course à pied le dimanche, du vélo les soirs de semaine, en plus des entraîneurs privés et du gym sur l’heure du dîner au bureau. Je reste encore surpris que mon corps n’ait pas flanché. Plusieurs de mes amis me disaient que le burn out était proche. Et je les croyais encore plus, quand je terminais de travailler pour commencer à me saouler. Mais la vie m’a donné un cadeau très précieux; je suis excessif dans tout ce que je fais, certes, mais on dirait que je m’arrête toujours à quelques pas du précipice.

Il était alors temps de passer à la phase 2. Vérifier combien allait me coûter une greffe de cheveux. Rencontrer divers chirurgiens. En cachette, parce que je ne voulais pas que ça se sache. J’ai visité deux cliniques. J’ai obtenu des devis. J’ai même pris des rendez-vous pour le grand jour. Mais quelque chose dans ma tête me disait que c’était fou de dépenser autant d’argent pour si peu de résultat. Il faut savoir que la greffe fonctionne très bien pour des gens qui ont encore des cheveux mais quelques pertes. J’étais un cas intense de mon côté. Il fallait couvrir une zone plus large. Très large. Donc, très cher. Il était évident que je ne m’en sortirais pas en bas de 30 000 $, et encore, il faudrait refaire des greffes aux cinq ans pour le reste de ma vie.

C’est alors que la magie des algorithmes est venue me sauver (pour une rare fois, avouons-le haha). À force de chercher tous ces traitements pour les cheveux, je suis tombé sur un site qui offrait une alternative à la greffe, et qui me semblait beaucoup plus dans mon budget. Les pourparlers ont commencé en juin, et au début du mois de juillet, je signais un accord avec cette entreprise, en me disant que dans le pire des cas, je perdrais 1 000 $, tout au plus.

Quand le début de septembre est arrivé, je me suis résigné; tout mon linge était devenu trop grand. Je portais encore mes jeans de taille 36, avec une ceinture qui n’arrivait même plus à retenir les pantalons. Mes t-shirt large me flottaient sur le dos. Il fallait enclencher la phase 3; la personnal shopper. À Montréal, il y a plusieurs types d’activités reliés à ce travail. Pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit; en résumé, une personne magasine avec vous, refait votre garde-robe ou utilise ce qu’il y a déjà dans votre garde-robe. C’est un travail qui s’oriente beaucoup plus vers les filles, car peu de mecs sont enclins à tenter l’expérience (ce qui est très dommage, parce que ça fonctionne foutrement bien!). Trouver un personnal shopper qui se destine aux hommes est quelque chose de difficile et de facile en même temps. Selon mes recherches, il y en a seulement deux à Montréal! Je me suis donc dit que j’allais faire confiance à la vie, comme je fais depuis toujours. Premier résultat sur Google, premier contact, premier rendez-vous de pris pour début octobre. Le 5 octobre 2018, exactement un an jour pour jour alors que je pénétrais dans mon nouveau gym pour changer de vie. Je trouvais ça presque poétique.

Je n’avais aucune idée à quoi m’attendre. La seule chose dont j’étais certain, c’est que rien n’allait être vraiment récupérable dans ma garde-robe (taille trop grande), et que je ne voulais pas aller magasiner en boutique avec quelqu’un. Non, je voulais le service VIP; soit celui d’arriver directement chez la personnal shopper, et d’essayer autant de morceaux possibles déjà sélectionnés selon ma nouvelle taille (oui, je suis passé de 36 à 33 de taille!) et mes critères personnels. C’est donc pour ça que j’ai opté, faisant la rencontre de la sympathique Patricia Trépanier, qui s’est occupée de moi de A à Z, dans une ambiance amicale et sereine, mais aussi avec un œil aiguisé. Dès qu’elle voyait qu’un morceau de linge ne me plaisait pas dans le miroir, elle disait NEXT! et j’essayais autre chose. Je sais que ce n’est pas tout le monde qui peut se permettre ce genre de service, mais comme je ne faisais plus de greffe de cheveux, mon travail de la dernière année me permettait cet extra. Je suis ressorti de là avec 22 morceaux, des jeans aux souliers, du manteau aux ceintures, jusqu’au veston et au foulard de poche. Il ne restait donc qu’une seule phase pour compléter mon grand projet d’une année… ces fameux cheveux.

Ils sont arrivés le 30 octobre. Là aussi, ce fut des montagnes russes, car ils devaient arriver au début septembre, mais dans tout ce processus, j’ai appris qu’il fallait être patient. Tout arrive à point nommé. Il faut assumer son karma. Vincent, l’entrepreneur de la compagnie avec qui j’ai fait affaire, a été une perle. Même de Madrid, on pouvait sentir toute sa compassion et son intérêt à m’aider dans ma démarche. Le grand jour est donc arrivé à la fin d’octobre, dans le nouveau salon de coiffure de Simon Fred, une autre personne extraordinaire que la vie a mise sur mon chemin. Ça faisait déjà plus de 10 ans que je n’avais pas mis les pieds dans un salon de coiffure. N’ayant que peu de cheveux, j’avais pris l’habitude de me raser moi-même, de botcher cet élément, un peu comme j’avais maltraité mon corps les années auparavant.

J’étais nerveux. Je ne peux pas le nier. J’avais peur que ça ne fonctionne pas. J’avais peur que ça paraisse. J’avais peur d’avoir l’air fou. J’avais peur d’un flop. Même en sortant du salon, je n’étais pas convaincu. C’est si nouveau toutes ces transformations. Je m’étais habitué au poids, parce que ça s’était fait graduellement depuis un an. Je m’étais facilement habitué à mes nouveaux vêtements, parce qu’enfin, ils épousaient bien la nouvelle forme de mon corps et me faisaient beaucoup mieux paraître que mes chandails noirs et ternes. Mais les cheveux, c’était comme voir un autre que soi-même, c’était comme ne pas savoir si on me pointerait du doigt en riant. Car tous allaient s’en rendre compte, tous allaient me voir; de la famille aux amis en passant par les collègues de travail. Il fallait que j’assume. Il fallait que j’aille au bout des défis que je m’étais donnés un an plus tôt. Et puis, si ça ne marchait pas, je continuais à me dire que j’aurais essayé, et que l’échec fait partie de tout processus de changement.

Le 31 octobre, je croisais mes parents dans une soirée, et ils allaient passer tout droit, sans même me reconnaître. Drôle de date pour changer de tête, j’en conviens. Mais pour moi, l’Halloween allait durer un peu plus longtemps. J’avais peur des réactions et des premiers mots qu’on allait me dire. Mais ma mère a tout de suite pris les devants, m’a tout de suite rassuré en me disant que je paraissais dix ans plus jeune.

Ce soir, une semaine s’est déjà écoulée depuis que les 3 phases désirées un an plus tôt ont été réalisées. J’ai eu l’impression de faire un coming-out sur le Web et devant mes amis. Et les réactions ont été au-dessus de mes attentes. De beaux mots, des félicitations, des encouragements, des élans surpris. Je ne pouvais pas demander mieux.

Le chemin fut long. Et il n’est pas gagné. Il ne le sera jamais. Ce n’est pas parce que ces trois phases sont effectuées que tout s’arrête. Je sais très bien que je devrai toujours m’entraîner. Je sais très bien que je devrai toujours surveiller mon alimentation. Il n’y aura jamais rien d’acquis. Le travail devra continuer sans repos jusqu’à la fin. Sinon, je n’entrerai plus dans mon linge haha!

Pendant ces moments de transformation, ma vie intime s’est aussi améliorée. Je ne sais pas si j’en ai parlé beaucoup ici, mais j’ai toujours eu le même problème avec les hommes. Je n’attire que deux types de mecs. Les jeunes de 18-24 ans ou les plus vieux de 50 ans et plus. Il y a un an, je me sentais condamné, parce que je n’aimais pas mon reflet dans la glace. Puisque je ne me sentais pas apte à avoir une certaine confiance en moi envers les jeunes (même si ceux-ci me relançaient), je préférais ne pas avoir d’intimité. Oh oui, j’ai eu certaines expériences avec des plus vieux, mais ça me laissait vide, et j’avais vite compris que ça ne servait à rien de baiser avec des hommes qui ne m’intéressaient pas. Il valait donc mieux me retirer du marché, ne simplement plus avoir de vie sexuelle. Il faut aussi dire que ce n’est qu’en avril que j’ai réglé mon passé pour de bon. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet ici, parce que je l’ai fait si souvent, mais je devais fermer un chapitre par moi-même avant d’en commencer un nouveau, ou même avant d’avoir assez confiance en moi pour modifier ma perception de la sexualité. Ce fut chose faite. Malgré le mal qui s’en est suivi. J’ai compris plusieurs choses. Surtout qu’il ne faut pas se battre pour les gens qui ne veulent plus être dans nos vies. J’aurai mis près de 10 ans à le comprendre. Et c’est probablement ça qui m’a fait sombrer dans plusieurs autres patterns.

Pourtant, c’est tout dernièrement, probablement avec tous ces changements, que j’ai découvert que je valais beaucoup mieux que les fantômes du passé. Je n’ai pas poussé les folies trop loin, je préfère maintenant la qualité par rapport à la quantité. Mais il faut l’avouer, ce que je devais trouver pour me sauver de mon passé était somme toute simple, mais très superficiel. Et pourtant… j’ai retrouvé ce que j’aimais tant, mais avec une différence notable. Pour être cru, j’ai retrouvé une grosse bite uncut comme je les aime, mais au lieu que cela réveille mon côté soumis, c’est tout le contraire qui s’est produit. Je me suis découvert un côté dominant. Et c’est ironique de ne pas y avoir pensé avant; c’était comme trouver le meilleur des deux mondes; un petit mec avec une belle bite uncut; prêt à essayer plusieurs expériences, prêt à me donner le contrôle. J’en parle et je n’y crois pas trop encore. Pourtant, les dernières semaines me prouvent qu’au final, il ne me manquait qu’un peu de chair pour me laisser aller et prendre vraiment un rôle que j’avais déjà joué jadis plusieurs fois. À l’image de ces nouveaux cheveux qui me rendent plus jeune, j’explore moi aussi comme un ado; en faisant un 360 sur moi-même, en me permettant d’avoir du plaisir avec les yeux, tout en testant mon contrôle et mes désirs; des désirs différents qui ne sont pas dictés par des vieilles habitudes.

La seule chose que je trouve triste, mais que je comprends aussi, c’est le niveau de superficialité des réseaux de rencontres. De voir que personne ne me parlait ou presque avant… puis d’ajouter une nouvelle photo de mon moi version 2.0… pour que les offres se multiplient et fassent chauffer mon cellulaire. En même temps, je participe ironiquement à ce jeu des apparences. On y participe tous, évidemment. Alors, je prends la flatterie. Je profite de ce moment de bonheur, tout en sachant que le bonheur doit aller plus loin que l’enveloppe corporelle. Mais je continue de croire que lorsqu’on est bien dans sa peau, on attire nécessairement des gens qui sont bien dans leur peau aussi. Et comme d’habitude, je préfère faire confiance à la vie, et voir ce qui arrivera.

Une chose reste certaine; je suis loin d’être celui que j’étais lorsque j’ai mis les pieds dans ce gym, le 5 octobre 2017. Et puis, j’aurai 35 ans prochainement. Est-ce ça, le mid-life Krisis? Si c’est le cas, je trouve que j’ai clairement bien géré le truc. Je suis passé sous la barre des 200 livres et ça continue de descendre, je me sens bien dans ma vie et dans mon corps, je travaille comme un fou, oui, mais je sais m’arrêter et profiter des gens que j’aime aussi. Je découvre une nouvelle facette de ma sexualité. Je bois encore trop d’alcool, mais j’en comprends les conséquences. J’aime ma vie. J’aime l’endroit où je suis présentement. Je n’ai pas de manque; que ce soit par rapport à l’argent, à l’amitié, à l’intimité, à la famille, au travail ou à la perception de moi-même.

La seule chose qui est en suspens. C’est mon prochain roman. En lecture chez les éditeurs. Peut-être que je ne réussirai pas ma vie d’artiste et d’écrivain. (Soulèvement d’épaules). Si c’est ce que la vie me prédit, je pense que je l’accepterai, car j’ai fini de vouloir être une vedette, je n’en ai rien à foutre d’être populaire ou non, de vendre ou non. Je serai simplement triste de ne pas publier cette histoire, une histoire qu’une quinzaine de personnes ont aimée, mais après tout, on ne peut pas plaire à tous, peu importe la manière dont on tente de jouer avec son image ou de défier les années qui passent.

Voilà! C’était mon long et grand message d’espoir de l’automne. Je reviendrai peut-être à l’hiver 2019. Prenez soin de vous, et ayez confiance en vous; quand vous décidez réellement quelque chose, allez jusqu’au bout, malgré le karma, malgré les obstacles. On en ressort toujours grandi. Et c’est encore mieux si on reste vivant avec tout ça!

Je voudrais dédier tout ça à mon amie Émilie qui est décédée en septembre dernier. La première grande perte de ma vie adulte. J’espère qu’elle veille sur nous et qu’elle sait qu’elle sera toujours importante dans nos vies. La vie est courte, les gens vont mourir, c’est une fatalité avec laquelle il faut vivre. Profitons de notre temps, remettons-nous en question, et accomplissons nos rêves les plus fous.

Enfin, il faut remercier ceux qui nous accompagnent dans notre cheminement, car ils sont tellement importants à leur façon, je veux souligner leur contribution pour mon nouveau moi:

Entraîneurs : Charles Lamontagne, Raphaël Odemard
Personnal Shopper : Patricia Trepanier
Cheveux : Vincent Laroche – OneHead – Hair replacement solutions
Coiffeur : Simon Frédéric doré

La facilité n’existe pas

Note 1: personne ne va lire cette entrée, puisqu’elle ne sera pas publiée sur Facebook (c’est là qu’on est rendu, eh oui). Note 2: Après ce beau petit texte kétaine en image, je peux dire que je suis encore dans la difficulté.

La semaine numéro 1 s’achève déjà, et je dois avouer que je suis mitigé. En fait, c’est la première fois que je ressens un vrai obstacle dans mes décisions. Ça arrive souvent le vendredi, quand il n’y a rien de prévu à l’horaire, quand je sais que je vais rentrer du travail et me retrouver seul dans mon condo. Je pourrais dire que la solitude ne me dérange pas le moins du monde, et c’est la réalité, sauf dans ce petit espace-temps du vendredi soir au samedi, où le choix de sortir boire un verre n’est plus possible, et où je me dis qu’il est quand même préférable de ne pas tenter le diable, car voir des amis qui boivent de l’alcool et fument devant moi, c’est un peu trop tôt pour mon petit état mental.

J’ai fait ce que j’avais dit que j’allais faire. J’ai engagé deux entraîneurs privés pour me botter le cul. Je viens d’achever une semaine de cinq entraînements. Dans deux gyms différents. Avec des horaires différents chaque jour. Avec des gens différents. Avec des exercices différents. Avec des menus différents.

Les soirs d’entraînements intensifs et supervisés, quand je reviens chez moi vers 19 heures, j’ai à peine le courage de me faire un souper léger, puis je m’écrase pour une heure ou deux, avant d’aller dormir vers 21 heures. C’est comme un rythme de vie fou et lent à la fois. L’appréhension de l’entraînement, puis le plaisir d’en avoir terminé, puis la chute vers Orphée; et on recommence le lendemain.

S’il y a une chose qui me surprend, c’est que dès les 3e et 4e rendez-vous, j’ai vu que ce n’était pas si difficile physiquement. Je veux dire, je me rappelle le premier entraînement, et je n’étais même pas capable de m’asseoir pour aller faire cacaaaa. Maintenant, je suis à peine raqué  le jour d’après.

Pour ce qui est des réseaux sociaux, c’est ma plus belle découverte. Je ne sais pas si c’est le silence du début qui me fait ça (ça ne fait que quelques jours après tout), mais je ne m’ennuie pas tant de Facebook. Je trouve que c’était plutôt un automatisme pour remplir le temps. Et pour dire des niaiseries. La perte de Facebook me semble donc être le moins pire des maux. C’est, évidemment, l’alcool qui me manque le plus. Quoique je n’ai aucunement envie de boire après mes entraînements en soirée.

J’ai augmenté facilement mes nuits de sommeil de six heures à huit heures, voire plus. Et je m’écroule après une branlette bien méritée. Je croyais que j’allais m’emmerder de longues heures devant la télé. Résultat? Je ne suis même pas capable de suivre mes émissions favorites et je suis en retard partout. Ce nouveau mode de vie m’empêche quasiment de passer plus de temps devant l’écran. Et les entraînements ont aussi diminué ma charge de travail. Oui, le niveau monétaire s’abaisse, mais il est compensé, car moins de dépenses en alcool et cigarettes. Je suppose que tout s’équilibre. Ou peut-être même que j’en ressortirai gagnant. Je ne sais pas, je l’apprendrai le mois prochain.

Le plus gros hic, c’est que l’alcool me faisait perdre la notion du temps. Me faisait perdre ce sentiment présent qui me rappelle sans cesse que l’amour n’a pas trouvé sa place dans ma vie. J’ai aimé, mais je n’aime plus depuis un bon moment. Je me contente de lectures, de sueurs, de travail et d’entraînements. Mon psy me demandait dernièrement où j’allais puiser mon plaisir; vous savez, ce qui nous donne le courage de continuer à vivre. En coupant tous les vices, où allais-je trouver le désir de continuer tout de même à apprécier la vie? Plus le temps passe, et plus je me rends compte que tout est inséré dans un système de consommation; nous recherchons l’illusion du plaisir, ou alors la fuite du bonheur perdu. Toi et moi, on n’est pas si différent. Observe tes gestes. Regarde tes actions. Analyse ce que tu consommes. Tu en prendras conscience aussi. 

Je ne suis pas là pour changer le monde. Je suis là pour changer mon mode de vie. Je ne suis pas là pour dicter des règles. Je suis là pour tenter de respecter un rythme de vie qui me permettra de vivre plus longtemps, sans même savoir si la fin arrivera demain. On ne sait jamais. Mais j’ai passé l’âge de me faire croire que ça ne sert à rien de cesser de se saouler ou de fumer, parce qu’on pourrait se faire frapper par un bus le lendemain. Tout ce processus me rappelle surtout une simple maxime: vivre sera toujours dangereux, mais mourir à petit feu dans les liquides ou la fumée, en pensant que le vide est comblé, c’est encore plus néfaste que de prendre le pari de se lever chaque jour comme s’il s’agissait du dernier de notre existence. 

J’ai coupé tout contact avec ce qui me faisait souffrir dans mon passé. Non, c’est faux de croire que l’on en ressort gagnant. Ça prend beaucoup plus de temps. Ça demande beaucoup plus de résilience. Ce n’est pas parce qu’on oublie les gens que notre cœur les efface aussi facilement. Mais ça devient définitivement plus facile sans artifices, sans faux espoir comblé par ce vide rempli de substances X.

J’ai toujours eu la mauvaise manie de sur-analyser chaque action posée, chaque petit geste de mon passé, mais quand la bruine s’efface, on y voit plus clair, on souffre autant, mais on ne tait plus cette douleur, et c’est seulement à ce moment-là qu’elle finit par se dissoudre, tranquillement, comme une vapeur qui monte vers le plafond avant de s’éclipser totalement.

Je suis cette vapeur, mon passé représente cette vapeur, le temps qui passe se disperse ainsi. Quand j’étais sous influence, j’avais cette peur de l’oubli; oublier ce que j’avais été jadis, oublier le bonheur, les relations, les plaisirs, tout ce qui m’avait forgé. Il m’aura fallu un bon moment avant de comprendre que c’est dans l’oubli que l’on finit par vivre le moment présent, celui qui importe, à la seconde près.

On ne se le cachera pas; on attribut beaucoup de nos lacunes, de nos erreurs et de nos décisions dramatiques au passé, on hait le passé ou au contraire on le porte en héros, en s’y référant pour comparer notre présent. Que ce soit positif ou négatif, il faut cesser cette comparaison vaine. Et c’est sans cesse l’alcool qui nous ramène vers ce jeu comparatif. Jadis, c’était d’autres substances. Ce pourrait être toute autre chose pour vous; le café, le vin, les jeux de hasard, le travail, la famille…

Si cette première semaine m’a appris une seule chose, c’est celle du décrochage. Il n’y a plus rien à faire pour ce qui a été. Il n’y a que des fabulations pour ce qui sera. C’est ici et maintenant qu’il faut placer toute sa concentration.

Cesser de fuir vers l’arrière ou vers l’avant. Voilà le réel combat.

À écouter: Dear Criminals – Not yet the end (cliquez sur le nuage SoundCloud)