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La réaction #DesGens

Noël est déjà derrière nous. Ce fut des Fêtes relativement tranquilles et sages. Et c’est bien tant mieux. Je suis de retour chez moi, après avoir vu les deux familles et les amis. Toutes mes activités sociales sont maintenant en pause jusqu’au 30 décembre. Amen.

Pas de résolutions, cette année. J’ai plutôt décidé de les faire une vingtaine de jours avant le premier janvier. Parce que je sais combien les résolutions de veille du jour de l’An disparaissent en coup de vent facilement quelques jours plus tard. Pas de danger, cette fois-ci.

Je suis resté très discret avec les amis et les réseaux sociaux concernant un virement important dans ma vie. Parce qu’avec le temps, je me rends compte je ne suis pas pris au sérieux. Ce n’est pas méchant, on me taquine surtout en se basant sur mes ambivalences du passé. C’est vrai que j’ai souvent eu l’air hésitant, prenant de grandes résolutions… pour mieux les oublier quelques jours/semaines après. Il est vrai que je n’ai pas été le plus grand exemple du: quand je dis quelque chose, je m’y tiens. J’avais une volonté de fer dans ma jeunesse, mais tout ce que j’ai consommé dans ma vie l’a un peu ramollie, m’a peut-être rendu un peu plus faible à certains égards.

C’est pourquoi il y a une vingtaine de jours, je n’ai pas dit à personne que j’arrêtais de manger de la viande. Je savais qu’on allait se mettre à rire et faire des paris sur le nombre de jours où j’allais tenir ma promesse. C’est très humain, je suppose. Et évidemment, ma décision s’est répandue quand même, et c’est exactement ce qui s’est produit. Je pense que les gens aiment beaucoup constater les échecs chez leurs pairs. Ça leur permet souvent de se donner une meilleure conscience personnelle. En observant l’échec chez les autres, on se rassure en se disant qu’on fait bien de rester dans le statu quo. C’est un peu triste, dans un sens. Mais je ne me suis pas senti touché, cette fois-ci.

Parce que j’ai approché ce nouveau défi de manière ouverte, sans restriction ni contrôle. Pas question de jouer de culpabilité, de m’empêcher de tricher si l’occasion se présentait, etc. J’ai décidé de couper la viande, et non, en premier lieu, ce n’est pas une question environnementale. Je ne vois pas pourquoi j’utiliserais cette raison, alors qu’elle n’a pas été le moteur de ma décision. Je me suis surtout rendu compte que la viande amenait autre chose de néfaste. Du moins, pour moi. Les sauces, les marinades, la crème, le fromage gratiné… c’est surtout ce qui accompagnait mes plats de viande habituels, et c’est ça qui n’était pas bon pour ma santé. Éliminer la viande, c’est aussi éliminer plusieurs de ces éléments. C’est fou comme on mange de la viande… pour en cacher le goût avec toute sorte de stratagèmes. J’avais déjà coupé la viande rouge depuis plusieurs années, n’ayant jamais été fan de steaks ou de burger. C’était facile. Ces dernières années, je m’en tenais surtout au poulet et à la dinde. Parfois, au lapin. Même mes sauces à spaghetti ne contenaient que très peu de viande. Ce fut donc facile de tout remplacer par des lentilles.

Je pensais m’ennuyer de la viande, avoir à combattre ardemment pour éviter d’en manger. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Je n’ai eu aucun manque. Rien. Le seul élément qui m’a un peu perturbé, c’est l’absence de bacon, dans une salade, par exemple. Mais une fois qu’on oublie cet élément, il n’y a pas grand-chose de difficile. Comme je l’ai dit, je refuse les restrictions, et je mange encore parfois des œufs, des produits laitiers et du poisson. Je ne buvais pas de lait, ne mangeait pas de yaourt. Mon gros défi est vraiment de réduire le fromage, cet aliment que j’apprécie trop. Et c’est tristement le plus gras. Tout ne peut pas être si facile.

Manger végé, ça demande de l’organisation. Il faut dire que depuis que j’avais cessé de fumer, il me manquait une passion. Le lien peut paraître étrange pour certains, mais j’avais besoin de me pitcher dans quelque chose d’autre. M’occuper l’esprit en cherchant des recettes, en essayant à tout prix de diversifier mon alimentation, pour ne pas m’ennuyer et justement retourner à la viande par paresse. Le déclic qui m’a permis de continuer et de ne pas lâcher, c’est que je me suis vite rendu compte que je pouvais encore faire les mêmes recettes, simplement en retirant la chair animale. C’est tout aussi bon.

Oui, j’ai mangé deux, trois tranches de dinde à Noël. Pourquoi? Parce que je ne veux pas être celui qui fait chier les gens avec ses choix personnels. S’il y a quelque chose qui m’horripile, c’est bien ceux qui sentent le besoin de convaincre les autres que leurs méthodes alimentaires sont plus saines, que tout le monde devrait choisir leur façon de vivre. Ça ne se passe pas ainsi. Et je ne veux pas être celui qui fait chier et qui fait changer les menus lors des soupers. Je donne toujours l’option de manger avant une soirée, ou alors je ne mange que ce qui accompagne la viande. Pour Noël, oui, j’ai mangé la dinde, mais j’ai évité le ragoût et la tourtière. Pourtant, mon corps m’a bien fait comprendre qu’il n’aimait pas cet élément disparu depuis quelques semaines. La digestion a été plutôt difficile.

C’est une autre chose que je remarque depuis que je mange végé; la réponse du corps. C’est fou comme on oublie que notre corps nous parle, que notre estomac nous donne des signes. Ces deux jours de réveillons m’ont montré que la viande bouleverse mon système, beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé.

Bref, quand les gens me disent en pleine face que je ne vais pas tenir le coup, ils ne comprennent pas mon attitude face à ce nouveau mode de vie. Il n’y a pas de défi, pas de restrictions, et si je dois manger un peu de viande dans un souper de famille, ce ne sera pas un drame hystérique. Je vais simplement continuer à manger végé chez moi, dans la vie de tous les jours, et ça, ça ne regarde personne. C’est drôle comment les gens pensent parfois que l’on fait des choix de vie pour leur prouver quelque chose. Je n’ai rien à prouver à personne. Je fais ce que je veux.

Dans un autre ordre d’idées, je dois dire que je ne me suis jamais senti aussi libre. Ce qui est ironique, puisque j’ai une hypothèque de 193 000$ qui plane au-dessus de ma tête. En fait, je pense que je me sens libre parce que j’ai appris à laisser aller toute frustration envers les autres. J’ai toujours pris mes relations interpersonnelles au sérieux. Ma vingtaine était une histoire de pacte d’amitié et de relations tissées serrées. Mais je ne comprenais pas encore bien que la vie est en mouvance, que ce qui était vrai l’année d’avant ne le serait plus nécessairement l’année suivante. Je concevais mes relations d’une façon protectionniste. Comme si les gens m’appartenaient ou me devaient sans cesse quelque chose. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre qu’on apparaît dans la vie des autres, et que ce sont ensuite à eux d’en faire ce qu’ils en veulent. C’est pourquoi je ne considère plus que j’ai perdu des amis. Je trouve même que cette manière de voir les choses est étrange. On ne perd pas d’amis. Il y a des mésententes, des discussions difficiles, des disparitions, mais si je n’ai rien à me reprocher, il n’y a rien à faire d’autre que de suivre cette vie en mouvement.

Mes relations ne sont plus ce qu’elles ont pu être jadis, mais à mon avis, elles tiennent encore la route et la plus belle preuve de tout cela, c’est que je vois ceux que j’ai envie de voir. C’est aussi dans ces temps de Noël qu’on se rend compte des endroits où l’on veut être. C’est un peu comme si je m’étais rendu compte qu’il était faux de croire que l’on a des obligations, que l’on doit être absolument de toutes les soirées ou les événements. Je vais là où j’ai envie d’aller. Je fais des soupers avec les gens que je désire voir. Je me présente aux endroits qui m’intéressent. Ça peut paraître stupide, mais j’ai compris qu’il était inutile de se forcer à se rendre dans des événements où on n’a pas envie d’être. C’est simpliste comme tout, mais le comprendre et l’adapter à notre vie nous donne un sentiment de liberté très intéressant.

2016 a été une année difficile pour plusieurs personnes autour de moi. J’ai eu la chance de ne pas trop subir de difficultés. Pour moi, 2016 n’a pas été la pire année de ma vie. Je dirais même qu’elle a été somme toute plus positive que les autres. C’est peut-être ça devenir adulte, je ne sais pas. On s’en fout, en fait. On peut toujours trouver des significations à tout ce que l’on vit. Mon plus beau défi, c’est de toujours respecter mes feelings. C’est pourquoi je me fâche de moins en moins. J’ai éliminé l’amertume de ma vie. Je n’ai plus le temps de m’obstiner avec les autres non plus. Au départ, je croyais que c’était le signe d’un renoncement, d’une abdication.  Mais j’avais tort. En vieillissant, on choisit ses batailles. Et j’ai choisi de ne plus me battre contre les autres. Je suis ce que je suis. On m’aime ou on me déteste. Ça n’a tellement pas d’importance.

Hier, j’ai appris le décès de George Michael. 53 ans. Quelle tristesse! Son disque Older a été un disque clé dans ma vie. Il avait quelque chose de spirituel, de profond. Il me manquera. Si j’avais été plus vieux, j’aurais adoré assister à l’un de ses concerts pour cet album. C’est trop tard, évidemment. Mais ceux qui ne connaissent pas ce disque devraient y jeter une oreille. C’est pour moi son meilleur disque solo. Jazzy et oriental. The Strangest thing est pour moi une de ses meilleures pièces à vie. Sans oublier Free, cet instrumental qui termine l’album. Je pense que je n’ai jamais autant médité sur un disque. Oui, peut-être avec l’album Splinter de Sneakers pimps.

Tout ça me fait penser que je devrais faire mon TOP 10 des meilleurs albums de 2016 pour moi. Je vais y réfléchir prochainement et j’afficherai probablement ce TOP ici.

Je vous souhaite un Joyeux Noël et une excellente nouvelle année. Merci à tous ceux qui me suivent encore, même si je n’écris à peine qu’une fois par mois.

 

 

L’art de garder ses amitiés?

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Eh là, là. Ça devient de plus en plus difficile de tenir un blogue et d’y écrire avec le coeur. Non pas que l’envie n’y est pas, c’est surtout qu’à mon âge, je devrais avoir passé le trip journal intime. Et pourtant, je me rappelle tendrement ma jeunesse où je pouvais venir vomir tout ici dans l’anonymat. À quoi sert un blogue personnel passé l’âge de 30 ans?

C’est une question que je me pose de plus en plus. Non, ce n’est pas une annonce de fermeture (comme j’ai pu en faire le long de nos nombreuses années ensemble depuis 1999). Au final, le processus d’inversement s’est fait complètement; ça y est, je parle beaucoup plus de ma vie dans mes romans que sur ce blogue. Il faudrait que je le voie comme une réussite. Je suppose.

Mais je trouve difficile de parler des sentiments et des émotions sans établir le contexte réel des situations. Je m’étais d’ailleurs promis de ne pas faire ce que je suis en train de faire aujourd’hui, soit écrire aux petites heures du matin, dans un état de doute un peu embrouillé et mélancolique, propre aux premières lueurs des samedis de fin d’été, sous le nouveau vent qui annonce l’automne. Mais j’y suis, déjà lancé, alors voilà.

J’aurais envie d’écrire combien il est éprouvant et difficile de voir quelqu’un près de moi s’enfoncer, descendre dans des abîmes qui semblent sans fin, pour aller toucher un fond qui semble encore loin. Peut-être qu’il n’y a pas de fond. Et pourtant, j’ai placé tant de confiance et d’espoir en cette personne. C’est se sentir inapte et dans l’impossibilité de fournir une aide. Pour la simple et bonne raison que je ne suis pas bien placé pour fournir cette aide. Je peux donner mon oreille, je peux serrer le corps de l’autre dans mes bras et dire que ça va bientôt passer, mais mon rôle est limité. Que faire quand quelqu’un n’entend pas les conseils, qu’il ne semble pas comprendre qu’il faut aller chercher de l’aide extérieure? Je sais, je sais, il y a des moments où ce genre d’effort semble trop énorme… alors, comme une coquille, je regarde cette personne se refermer et s’isoler des autres.

Jusqu’à quel degré peut-on se mêler de la vie et des choix de nos amis? Jusqu’où avons-nous droit d’entrer dans leur existence? De les bouleverser au point qu’ils en retirent quelque chose de bon pour eux? Je me suis souvent mêlé de ce qui ne me regardait pas, et je l’ai regretté autant de fois. Depuis quelques années, j’ai appris à m’effacer quand je sentais qu’on ne voulait pas mon opinion ou qu’on ne voulait pas écouter ce que j’avais à dire. Je ne parle pas de critiquer l’autre gratuitement; je parle de le réveiller de son état léthargique, de tenter de lui ouvrir les yeux. Mais le manque de recul donne un résultat contraire: je deviens la cible, c’est moi que l’on hait, que l’on accuse de ne pas se mêler de ses affaires.

Je remarque que la plupart des gens qui ont un mal-être autour de moi cherchent à se réveiller un matin, guéris, complètement. J’ai beau expliquer que les solutions miracles n’existent pas, que c’est le parcours pour arriver à la transformation qui importe, pas simplement le résultat. Mais comment expliquer cela à quelqu’un qui ne voit pas de lumière au bout du tunnel (sans jeu de mots). Je deviens alors témoin; témoin de la tristesse, de la nostalgie, des regrets maudits et des choix malsains. Je ne peux que regarder, attendre, et être là, que les nuages restent sombres ou qu’ils finissent par se dissiper.

Avec le recul et le temps, je pense que j’ai moi-même été dans cette situation un peu folle. Celle où l’on sent le sol se dérober sous nos pieds, ce moment où plus rien ne semble faire de sens, où l’on souhaiterait justement mourir ou nous téléporter vers notre nouveau moi, sans passer par les étapes cruciales et douloureuses de la guérison. Quand je regarde vers l’arrière, je constate que j’étais peut-être pareil; dans une semi-dépression, à ne pas trouver de moyens plus efficaces que d’engourdir le mal. Comme je l’avais déjà fait de nombreuses fois, quand tout n’était pas encore si près du gouffre.

Alors, aujourd’hui, j’observe. Je comprends. Je conseille parfois timidement, mais je sais que je ne peux pas me mettre dans la peau de l’autre, et même si je ressens ce qu’il vit, le cheminement se doit d’être réalisé étape par étape, sur la durée, avec les moments chiants et les soirées dramatiques.

Mais comment réagir quand l’autre s’enfonce tant que même nos avertissements et nos cris d’alarme ne suffisent pas? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je reste dubitatif, malgré la rage qui me surprend souvent. Ce n’est pas en déclamant des vérités que l’on offre de l’aide. Ce n’est pas en secouant l’autre ni en lui disant ce qu’il veut entendre.

Je pense que j’ai le défaut de la qualité d’un pur scorpion. J’aime mes amis comme j’aime dans une relation de couple. Je pique pour réveiller l’autre, pour obtenir une réaction, pour faire avancer les choses; mais le résultat n’est pas rose. Je deviens vite une cible, celui qui cherche l’attention, qui fait une scène avec quelque chose que la personne essaie de taire, d’oublier, d’ignorer.

J’ai pourtant appris le laisser-aller, avec une confiance aveugle (presque naïve), parce que j’ai toujours cette impression que lorsque les autres auront compris le cheminement à suivre pour s’en sortir, qu’ils auront réussi à s’extirper de leur mal; leur premier réflexe sera de revenir vers moi. Pas pour que je puisse entendre tu avais raison. Ça, ça n’a aucune importante (et je peux me tromper par moment). J’ai surtout la naïveté de croire qu’après une grande noirceur, on reconnaît ceux qui ont voulu nous aider, qu’on comprend même pourquoi ils ne voulaient pas nous conseiller trop drastiquement.

Malheureusement, il est très rare de recevoir le juste retour du balancier. Dans le meilleur des mondes, l’histoire est oubliée, et on fait comme si de rien n’était. On publie son bonheur (réarrangé) sur Facebook, et on récolte les félicitations à demi-mot. Car peu de gens connaissaient vraiment notre état. Je parle évidemment pour les autres, car si je me retourne et me regarde, j’ai fait tout le contraire, en exposant des années de douleurs vives sur le Web. Mais je suis une exception, un être différent, celui qui s’est toujours dit que toute bonne chose (ou mauvaise) pouvait s’expliquer par écrit, et avec une profondeur beaucoup plus longue que 140 caractères ou un statut ambigu sur les médias sociaux.

Ça fait bizarre de se retrouver dans la peau de celui qui est passé par-dessus la déprime, et qui observe maintenant ce mal chez d’autres personnes. Et je le dis sous toute réserve, car on n’est jamais à l’abri d’une rechute. N’empêche. Je ne comprends peut-être pas la dépression médicamentée, car je ne l’ai jamais vécue et je n’ai jamais rien pris pour ça, mais j’ai souvent l’impression de me reconnaître dans les chemins sinueux des autres. Pas facile de ne pas vouloir aider, de se taire et de hocher la tête en silence. C’est pourtant ce que je fais avec beaucoup de personnes autour de moi ces temps-ci. J’ai cessé de les compter. Je constate simplement qu’il y a une multiplication ces derniers mois. C’est correct, ça vient souvent par passe. Le bonheur fout parfois le camp en groupe. Mais je me sens tout de même impuissant, à regarder des scènes malheureuses tout en me disant que mon rôle est d’écouter, pas de suggérer.

Je crains surtout l’avenir à court terme, les folies passagères et les actes de désespoir. Mais je reste ouvert et je dis haut et fort que ces personnes peuvent compter sur moi en temps de crise. M’écouteront-elles? C’est le grand point d’interrogation; une question à laquelle je ne souhaite pas tout à fait répondre, par peur d’apprendre de mauvaises nouvelles.

Pour ceux pour qui l’amitié compte plus que tout, le deuil est cruel et très prenant. Il y a beaucoup d’énergie consacrée à se retenir, à laisser nos idées préconçues de côté et à ne pas envahir l’autre de nos solutions souvent trop simplistes. Je ne cherche pas à donner un cours, je dis juste qu’il est plus bénéfique d’éviter les conversations moralisatrices. Il faut offrir son écoute active, sans se transformer en pseudo-psychologue. Un grand défi quand on voit l’autre dépérir devant nos yeux. Pas facile de «refuser» de jouer au sauveur.

Et puis, égoïstement, il y a aussi notre propre personne. Tout parait si simple quand on conseille les autres, mais arriver à appliquer nos propres analyses à nos situations personnelles se révèle souvent plus difficile, par manque de recul peut-être, mais aussi par orgueil. Car celui qui conseille se donne trop souvent le rôle de quelqu’un qui a réussi là où de tristes âmes sont en train d’échouer. Pourtant, c’est le syndrome de l’Iceberg; on vit tous des échecs et des déceptions sous la surface. Ils sont essentiels à notre cheminement. Quand quelqu’un me dit que c’est facile pour moi, car j’ai, à ses yeux, tout réussi, je retiens un rire nerveux. J’ai envie de me dire: s’ils savaient… ou plutôt; s’ils avaient vraiment porté attention aux petits détails, ils auraient su. 

Je m’en voudrais probablement si toutes ces déprimes se résorbaient en mort d’homme. Je m’invectiverais sûrement de ne pas avoir assez confronté l’autre, pour l’empêcher de tomber dans une solution qui semble régler tout à court terme. Pas facile, pas facile du tout quand on voit des gens dépérir sous nos yeux.

Et ne parlons pas de ceux qui n’allaient pas bien, et qui ont fini par nous quitter malgré tout. Peut-être sont-ils plus heureux aujourd’hui, mais ça, je ne le saurai jamais. Je ne m’en fais pas avec ça. S’ils ont à revenir, je les accueillerai avec amour et compassion. Je me trouve quand même bizarre d’accorder autant de fidélité aux amitiés. Je ne sais pas ce qui explique cela. C’est un peu la peur de la perte, je suppose. Mais c’est inévitable aussi.

Alors voilà, j’ai parlé en parabole, pour éviter de plonger dans un sujet qui me bouleverse encore par moment. Ce n’est pas une mince tâche de se dire qu’il n’y a rien à faire, que même le plus grand geste que l’on pourrait poser (en quelque sorte, il s’agirait de forcer l’autre à consulter) ne suffit pas. Il ne reste donc que la confiance envers le temps. Mais le temps est si long et si rapide à la fois.

Dans ma vie, j’ai certes abandonné des amitiés pour le bien de ma propre santé mentale, mais je sais surtout que je me suis fait abandonner, parce que je donnais trop mon avis, parce que les gens préféraient peut-être éviter de me décevoir, ou alors ils étaient peut-être honteux de rester aussi longtemps dans le même pattern. Pourtant, je suis l’exemple parfait du mec qui a vécu 5-6 ans de calvaire en public. Mais il vaut mieux arrêter les comparaisons ici. J’ai appris que l’on ne pouvait pas se targuer de connaître la douleur de l’autre, même si on l’avait vécue d’une manière similaire. Il faut se rendre à l’évidence; il y a autant de solutions pour s’en sortir que d’être humains sur la planète. Il faut juste relativiser.

Et ça, la relativisation, c’est la partie la plus difficile.

Surtout si on se met à l’expliquer à l’autre.

Un jour, j’en ferai un roman. Ouais. Un jour, peut-être. Ou peut-être jamais.