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Le calme avant la tempête

Ok! Je me trouve drôle. Un peu sarcastique avec tout ce qui se passe dans le monde présentement. Ça me démontre encore une fois que mes petits problèmes sont minimes face à la destruction qui se produit en ce moment.

Comme je l’avais annoncé précédemment, je commence la construction de ma nouvelle vie. Celle qui élimine tout élément de drama, celle qui me remet en forme, celle qui tue toutes les dépendances. Tout ça est prévu pour se mettre en place en octobre. Une belle histoire à suivre.

Ce que je peux dire, par contre, c’est que ça fait un mois que j’ai fait le vrai deuil de l’ex-ex. Et pourtant, il me poursuit encore la nuit. Il est là, pas en couple, non; simplement dans le danger de se faire surprendre, dans ces moments si intenses que nous avons jadis vécu ensemble. C’est tellement ironique et presque amusant, cette manière de rêver à mes exs. C’est comme s’ils revenaient vers moi tout en étant matché, et chaque fois, on se fait surprendre, par un ami, par son chum, par des parents, etc. Dans mes rêves, je suis toujours en train de courir après l’amour évanoui. Ma tête et mon corps se dissocient, il semblerait que je sois deux entités uniques. Mes rêves me réveillent vers 4 heures du matin, et je deviens en criss. Soit je me branle, soit j’écoute une émission de chats pour me rendormir.

Reste est que je suis de plus en plus motivé à prendre ma vie en main. À affronter mes peurs, à me faire détruire par l’inconnu. C’est justement ce que je racontais à mon psy dernièrement. Au final, je n’ai pas besoin d’un chum. Non. Ce dont j’ai besoin, c’est d’un entraîneur qui puisse me casser, me briser les illusions, faire en sorte que je souffre et que je chiale, comme une petite tapette qui pense qu’elle ne peut pas aller au-delà de ses forces. C’est faux. Clairement. Je veux justement que l’on me brise pour passer au-delà de qui je suis vraiment. J’ai une envie forte d’être dominé par quelqu’un qui sonne à ma porte à 8 heures le matin pour m’obliger à aller courir 10 km. J’ai ce besoin qu’on me force à suer ma vie. Et la bonne nouvelle, c’est que j’ai déjà commencé les démarches pour que ce genre de truc arrive réellement.

J’ai conversé avec le psy; j’ai vécu trois deuils au mois d’août.

1- Dire adieu à mon ex-ex en lui expliquant ce que je ressentais (c’était le 6 août)

2- Accepter de me faire flusher par mon meilleur ami qui a perdu tout sens de la répartie et qui m’accuse de tous les maux (sérieux… j’espère qu’il ouvrira un jour les yeux)

3- Faire le deuil du Nightlife

Honnêtement, ce dernier point a été le plus facile. Je suis sorti au club Le Cinq downtown Montréal sur De la Montagne. Je pense que c’était la première fois que je sortais dans un club sans petits cachets. J’ai eu beaucoup de plaisir. Mais même avant de m’y rendre, je savais que c’était mes adieux au NightLife. Et je suis relativement assez bien avec ça. La boucle est faite. C’était superbe comme finale. Le deuil sera moins difficile.

Le 7 octobre prochain, ce sera aussi la date d’une nouvelle vie. En fait, d’un nouveau mode de vie. Je me suis toujours dit que ma porte de sortie se trouverait dans le sport. J’ai choisi un entraîneur privé. Les démarches sont déjà engagés. J’ai beau m’entraîner trois par semaine et être quasi végétalien, mon hic, c’est que j’ai besoin de quelqu’un qui me juge, qui me brise, qui me défonce en étant présent durant tout mon entraînement.

Encore une fois, je n’ai pas vu l’été passer, mais elle a quand même été différente, parce qu’il n’y avait plus de drogue. J’ai tué mon temps dans le travail. Ça me rapportera plus que des lendemains de veille sans fin.

Je me prépare donc tranquillement à faire ce que je souhaitais depuis très longtemps. Me lancer dans l’inconnu et les peurs, justement pour briser ce confort trop parfait que je vivais malgré les problèmes financiers. Je dois voir au-delà du financier. Je dois me plonger dans l’inconnu avec violence. Et j’espère être violenté physiquement pas la suite (non, ce n’est pas une inside sexuelle). En fait, je pense prendre un bon six mois de repos niveau rencontre. J’en suis à me dire que je ne me plais pas assez présentement pour accepter de plaire à un autre.

La masturbation sera de mise. Un petit désert s’annonce. Mais il me semble tellement prometteur, qu’il ne me dérange pas du tout.

#Adulting

Ça devait arriver tôt ou tard. C’est arrivé sur le tard. Certaines personnes sont de vieilles âmes, d’autres sont des ados attardés. Je me plais à croire que j’ai choisi le juste milieu, ou du moins, je dois mettre les deux pieds dans cette voie.

Il n’y a pas de drames. Pas d’histoires croustillantes. Ou si peu. C’est comme se réveiller d’un long rêve, faire un petit gain de lucidité et se rendre compte qu’il faudrait que ce gain ne soit pas que de passage. Il y a de ces moments dans une vie où l’on s’arrête un instant pour observer le temps, pour analyser le passé et regarder vers l’avenir. Comme plusieurs le savent, j’excelle dans la manière de scruter l’arrière en avançant à l’aveuglette. Ce temps est révolu. Je pense que ce n’est plus une question de choix; c’est un fait. Pas alternatif.

La semaine passée, durant quelques nuits de suite, je me suis réveillé en sursaut vers quatre heures du matin. Le cœur qui pompe, l’engourdissement dans les bras; les signes d’un ACV ou d’une crise de panique. Pourtant, je n’ai plus d’angoisses comme je pouvais en avoir sur les vilains médicaments de merde (j’en ai parlé il y a quelques semaines). Il fallait bien se rendre à une évidence claire comme le cristal; trop d’alcool. Trop de ce liquide précieux qui donne l’illusion de se détendre, mais qui bousille par en dedans. Et après maintes réflexions, la raison de recourir au vino est fort simple; c’est ironiquement pour éviter de retourner dans le passé. Mais évidemment, une fois réchauffé, la seule chose qui intéresse est justement ce regard vers l’arrière. Je l’ai pratiqué jusqu’à l’usure de mon cynisme. Et puis, je me suis dit que ça suffisait. En fait, c’est très simple. Soit je me calme les nerfs, soit je me cale sous terre.

Comme je n’ai pas prévu ma mort à l’agenda, j’ai décidé d’appliquer la recette de la vie adulte. Oui, il y aura d’autres dérapes, oui, il y aura des occasions alcooliques. Je ne suis pas dupe. Mon problème n’est pas là. J’ai toujours expliqué à mon psy que je préférais boire seul; qu’en événement social, je buvais beaucoup moins; parce que j’avais cette retenue un peu étrange; celle de ne pas faire de folie. Or, avec le Web et les réseaux sociaux, la folie alcoolique peut faire encore pire qu’un verre de trop entre amis.

L’autre constat, c’est que je ne cesse de pleurnicher sur mon poids; je mange bien, je suis végé, je ne consomme que très peu de sucre… mais j’oublie trop souvent cet élément qui se retrouve dans l’alcool. Les sucres de l’alcool; ennemis numéro 1. Ensuite, je me regarde aller; je me défonce au gym, j’ai recommencé la course à pied régulièrement; et c’est comme regarder un plateau sans résultats. Oui, je me maintiens et je ne prends pas de kilogras, oui mon médecin m’a annoncé que j’avais perdu 3 kg depuis la dernière fois. Mais c’est trop peu pour tous les efforts que j’y mets.

Puis, il y a le travail. Beaucoup beaucoup de travail. De nouvelles responsabilités, toujours plus de contrats, de projets, de formations et de demandes. J’en suis venu à un constat précis: je ne peux plus m’offrir le privilège de rentrer au travail lendemain de veille. Aussi ridicule que ça. Et pourtant, même hangover, je vais courir, je vais m’entraîner, je vais former de nouveaux employés, donner des cours, apprendre de nouvelles fonctions, etc.

Pourquoi j’ai mis autant de temps à comprendre tout ça? La raison est idiote: je ne me sentais pas affecté par mes excès. Me coucher saoul aux petites heures et me réveiller pour le travail quelques minces heures plus tard ne semblaient pas trop m’affecter. Je continuais quand même à aller au gym, à suer mon sucre alcoolique. Mais avec les années, j’ai dû me rendre à l’évidence. Je n’ai plus vingt ans.

Il n’y aura pas de résolutions, pas de défi, pas de deadlines. Non. Il va y avoir un arrêt simple. Sans drama. Sans déplacements. J’en parle comme si ça allait être facile, mais je sais que ça ne le sera pas. Pourtant, le sentiment qui monte en moi en est un de fatigue. Fatigué de cette routine où l’alcool prend beaucoup trop de place. Fatigué de sentir le petit cœur qui ne suit pas. Fatigué de mes discussions ou de mes statuts flous sur les réseaux. Il y a des époques pour chaque moment d’une existence. Il y a des crochets, des petites coches dans la linéarité d’une vie, où l’on doit voir les choses en face. Cesser d’envoyer tout balader en se disant que ça ne sert à rien de toute façon.

Et puis, il y a le plus grand problème de ma vie; cet accrochage vers le passé. Vers ce désir du passé. Même si tout a été dit. Même si le retour vers l’autre n’est pas une option saine, ni même possible. Je crois que mes fantasmes du passé ont surpassé la vie réelle que je mène à présent. En fait, c’est comme si je sentais que je n’avais pas avancé depuis des années; de très longues années. Toujours enfermé dans l’attente: un signe, un mot, un geste, un retour magiques. Mais il n’y a rien de magique dans les relations humaines. Et je ne comprendrai jamais pourquoi j’ai sans cesse ce désir de me battre jusqu’à la résignation pour ceux que j’aime ou que j’ai jadis aimés. On dirait que c’est dans mon ADN.

Il faut dire que malgré plusieurs refus, j’ai eu droit à des signes d’espoir. Peut-être était-ce de l’ennui de l’autre côté. Pas de l’ennui de moi. De l’ennui, tout court. Et quand une personne s’emmerde, il arrive qu’elle donne des signaux incohérents. Mais tout reste ma faute. Car personne ne devrait jamais s’accrocher à ces petits éléments d’espoir qui traversent les années, mais n’en donnent pas assez.

J’ai pensé que cette semaine allait être la semaine la plus intense de mon année 2017. Et je suis pas mal convaincu que je me suis trompé. La vie avait un Plan C. Je n’en connais pas encore tous les aboutissements. Mais parfois le hasard se charge de ces choses-là.

Aujourd’hui, j’ai compris le sens du mot doser. J’ai toujours eu de la difficulté à doser mes émotions, mes réactions, mes actions. Et il m’a rappelé que je devais doser. Il l’a écrit en riant. Comme s’il minimisait les dix dernières années. Alors, pour une fois, je vais l’écouter. Je vais doser mes élans. Calmer l’alcool aidera. Je vais réussir à doser mes sentiments. J’ai compris qu’ils ne servaient à rien. On ne sait pas toujours pourquoi certaines personnes se présentent dans nos vies. Mais je pense qu’on peut déceler la bullshit. C’est ma conclusion. J’ai compris que le dosage de mes émotions n’était pas le plus grave des problèmes. Ce qui importe, c’est de doser les retours vers le passé. On peut bien se sentir nostalgique par moment. Mais inutile de chercher à le recréer. Je pense qu’il faut finir par être réaliste; on ne recrée pas ce qui s’est perdu. On ne revit pas une vieille histoire. On ne replonge pas dans une relation comme on reprend la lecture d’un roman après un long moment. Et même quand on lit un roman deux fois, sa propre signification se substitue au souvenir que l’on avait.

Par peur d’un ACV en pleine nuit, j’ai aussi décidé de faire la paix avec ceux avec qui j’avais eu des embrouilles dans le passé. Pas pour revenir vers eux comme avant. Non. Simplement pour laisser la nouvelle empreinte de mon «moi présent». Simplement pour être en paix avec ce que j’ai pu avoir dit ou écrit. On ne se cachera pas les choses; il y aura d’autres incompréhensions, d’autres moments où j’enverrai chier le peuple, mais au moins, pour ce qui est des gens du passé, ma liste est maintenant à zéro. Je n’en veux plus à personne. Je ne garde plus aucune animosité envers qui que ce soit. Même pas envers lui.

Sobriété

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Les derniers dix jours m’ont apporté beaucoup de réflexions. Des bonnes et des moins bonnes. J’ai tenté la sobriété. Complète. Zéro alcool. Je pense que l’alcool était un refuge dans ma vie. Pour calmer le passé. Pour l’éloigner tout en l’approchant.

Être sobre pendant plusieurs jours, c’est voir la vie différemment. Aucun doute. On se remet à se questionner, à se demander vers où on va, à se dire qu’on n’a pas atteint tous les buts qu’on désirait atteindre. Le plus important, c’est que je me suis rendu compte que sans boire, je pouvais lever 200 livres au Bench (douche bag!!!) et 60 livres en poids libres (douche bag bis!!!).

En fait, être sobre, c’est reprendre le rythme d’une vie « normale », dans le sens où on ne tait plus les problématiques de nos vies. Et quand je parle de problèmes, je trouve que j’exagère. Parce que j’en ai pas de problème. Bon, j’ai appris que je devrai porter des lunettes au travail, c’est un peu le gros drame de ma vie. Sinon, je suis un adulte bien normal. Et c’est justement ce qui me fait peur; être un adulte normal.

C’est comme si j’appréciais être un peu plus « twisted » et que là, ben il n’y a plus rien pour me faire vivre ce sentiment. C’est la triste réalité; je suis bien dans ma vie, à ma place, avec des objectifs précis. Oui, je dois perdre du poids. C’est une obsession. Une obsession qui perdure depuis l’âge de 14 ans, alors que je pesais à peu près le même poids qu’aujourd’hui. Mais la sobriété me fait analyser le tout autrement.

C’est fou comme arrêter de boire remet les choses en place. Je dois l’avouer, ça m’a presque donné envie d’écrire. Je pense que j’utilisais (j’utilise) l’alcool pour éviter d’affronter les choses. Et pourtant… quand je serre la bite de mon homme au petit matin, quand il essaie de me pénétrer pour le fun, même si on doit se lever dans quelques minutes, je me sens bien. En harmonie avec ma vie, avec ce qu’elle m’apporte.

Le plus gros problème, c’est lorsque je reviens du travail la semaine. Je tourne en rond. Vraiment. L’alcool endort mes sentiments. Elle les gèle, un peu comme la drogue le faisait jadis, I guess. C’est un peu comme si je comprenais pourquoi tout est dramatique lorsque je suis sous influence. Je me rappelle les relations perdues, les amitiés larguées… Au final, j’ai compris que boire m’apportait plus de souffrances que de libération. Ça pourra paraître banal pour certains, mais pour moi, c’est comme une révélation.

J’ai reçu un message de mon ex (en réponse à un message d’il y a plus de 6 mois). Notre conversation a duré pendant 3 phrases. Il est ailleurs. Je suis ailleurs. Tout ça est déjà fini depuis longtemps. Et j’ai vite compris que sa réponse provenait de son surmoi, cet état qui se révèle quand on a bu. Il devait être saoul pour m’avoir répondu après tant de temps. Je mentirais si je disais que ça ne m’a pas atteint d’une certaine façon. On est toujours bouleversé quand on reçoit des nouvelles de ceux que l’on a jadis aimés. Ce fut mon cas.

J’ai voulu lui répondre. Un truc un peu mélo-drama… mais je m’en suis empêché. Ça vaut mieux pour ma santé mentale.

Tout ça me fait dire qu’on n’oublie jamais réellement les gens que l’ont a aimés jadis. Ça fait partie du processus du deuil. Et je ne suis plus rendu à ces étapes. Les mois et les années sont passés. Comme une autre de mes ex me disait: c’est déjà fini, depuis longtemps. Et c’est vrai. Il faut apprendre à prendre une distance, à se dire que le moment présent compte plus que les souvenirs du passé.

Je travaille sur ça. Sans alcool, c’est plus facile. Plus facile pour le poids aussi. Alors, ça va bien. Et c’est la même chose pour les amitiés. On ne peut pas forcer les gens à rester dans nos vies. Je me suis tellement accroché aux gens que j’adorais, sans avoir de retour; c’est un jeu qui se joue à deux; je me rends compte qu’il est inutile de vouloir garder des ponts avec des gens qui n’en ont rien à foutre. Mais je me sens de plus en plus choyé; les personnes que je fréquente aujourd’hui sont honnêtes; exit les jeux d’amitié, on voit qui sont les gens qui s’intéressent réellement à nous. Pour le reste, je crois qu’il faut laisser aller.

C’est fou comme nos amis les plus proches peuvent devenir des connaissances. Mais ça fait partie de la game. Les amitiés, c’est un peu comme les ex au final. On sait à l’intérieur de nous que c’est terminé, on tente de se battre pour renverser la vapeur par moment, mais quand ce n’est plus d’actualité, rien ne sert de se battre.

Et ça, je le comprends juste maintenant. C’est comme si je sentais que j’allais disparaître de la vie de plusieurs personnes, en leur laissant le choix de revenir s’ils le veulent. On sait tous que ça ne se passe pas comme ça dans la suite des choses. Mais quand on aime, il faut savoir laisser aller les événements, se dire qu’il faut que ce soit réciproque. Sinon, à quoi bon? Je me pose la question réellement. Je n’ai plus la force de me forcer pour voir des gens qui n’en ont plus rien à foutre de moi. C’est la même chose du côté relationnel. Quand la distance et le temps n’arrangent rien, il n’y a plus rien à faire, sinon que de vivre sa vie avec les personnes présentes, car ce sont elles qui comptent le plus.

La lucidité qui s’empare de moi en ce moment est comme un énorme cheminement. Il faut que la nostalgie des relations reste là où elle est. On ne peut pas recréer artificiellement des relations parfaites qui se sont déroulées jadis. Il faut vivre au présent, et accepter que les gens nous quittent. De manière brutale, parfois, mais peu importe. C’est ainsi que l’on vieillit.

Devenir adulte, c’est tellement fucking compliqué. (Dit le mec qui va avoir besoin de lunettes pour travailler bientôt…)

En terminant, je vous suggère une chanson de Kroy, qui n’a rien à voir avec son album, mais cette chanson est « twisted » comme je l’aime, c’est la chanson COLD. C’est juste Wow!


 

L’art de garder ses amitiés?

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Eh là, là. Ça devient de plus en plus difficile de tenir un blogue et d’y écrire avec le coeur. Non pas que l’envie n’y est pas, c’est surtout qu’à mon âge, je devrais avoir passé le trip journal intime. Et pourtant, je me rappelle tendrement ma jeunesse où je pouvais venir vomir tout ici dans l’anonymat. À quoi sert un blogue personnel passé l’âge de 30 ans?

C’est une question que je me pose de plus en plus. Non, ce n’est pas une annonce de fermeture (comme j’ai pu en faire le long de nos nombreuses années ensemble depuis 1999). Au final, le processus d’inversement s’est fait complètement; ça y est, je parle beaucoup plus de ma vie dans mes romans que sur ce blogue. Il faudrait que je le voie comme une réussite. Je suppose.

Mais je trouve difficile de parler des sentiments et des émotions sans établir le contexte réel des situations. Je m’étais d’ailleurs promis de ne pas faire ce que je suis en train de faire aujourd’hui, soit écrire aux petites heures du matin, dans un état de doute un peu embrouillé et mélancolique, propre aux premières lueurs des samedis de fin d’été, sous le nouveau vent qui annonce l’automne. Mais j’y suis, déjà lancé, alors voilà.

J’aurais envie d’écrire combien il est éprouvant et difficile de voir quelqu’un près de moi s’enfoncer, descendre dans des abîmes qui semblent sans fin, pour aller toucher un fond qui semble encore loin. Peut-être qu’il n’y a pas de fond. Et pourtant, j’ai placé tant de confiance et d’espoir en cette personne. C’est se sentir inapte et dans l’impossibilité de fournir une aide. Pour la simple et bonne raison que je ne suis pas bien placé pour fournir cette aide. Je peux donner mon oreille, je peux serrer le corps de l’autre dans mes bras et dire que ça va bientôt passer, mais mon rôle est limité. Que faire quand quelqu’un n’entend pas les conseils, qu’il ne semble pas comprendre qu’il faut aller chercher de l’aide extérieure? Je sais, je sais, il y a des moments où ce genre d’effort semble trop énorme… alors, comme une coquille, je regarde cette personne se refermer et s’isoler des autres.

Jusqu’à quel degré peut-on se mêler de la vie et des choix de nos amis? Jusqu’où avons-nous droit d’entrer dans leur existence? De les bouleverser au point qu’ils en retirent quelque chose de bon pour eux? Je me suis souvent mêlé de ce qui ne me regardait pas, et je l’ai regretté autant de fois. Depuis quelques années, j’ai appris à m’effacer quand je sentais qu’on ne voulait pas mon opinion ou qu’on ne voulait pas écouter ce que j’avais à dire. Je ne parle pas de critiquer l’autre gratuitement; je parle de le réveiller de son état léthargique, de tenter de lui ouvrir les yeux. Mais le manque de recul donne un résultat contraire: je deviens la cible, c’est moi que l’on hait, que l’on accuse de ne pas se mêler de ses affaires.

Je remarque que la plupart des gens qui ont un mal-être autour de moi cherchent à se réveiller un matin, guéris, complètement. J’ai beau expliquer que les solutions miracles n’existent pas, que c’est le parcours pour arriver à la transformation qui importe, pas simplement le résultat. Mais comment expliquer cela à quelqu’un qui ne voit pas de lumière au bout du tunnel (sans jeu de mots). Je deviens alors témoin; témoin de la tristesse, de la nostalgie, des regrets maudits et des choix malsains. Je ne peux que regarder, attendre, et être là, que les nuages restent sombres ou qu’ils finissent par se dissiper.

Avec le recul et le temps, je pense que j’ai moi-même été dans cette situation un peu folle. Celle où l’on sent le sol se dérober sous nos pieds, ce moment où plus rien ne semble faire de sens, où l’on souhaiterait justement mourir ou nous téléporter vers notre nouveau moi, sans passer par les étapes cruciales et douloureuses de la guérison. Quand je regarde vers l’arrière, je constate que j’étais peut-être pareil; dans une semi-dépression, à ne pas trouver de moyens plus efficaces que d’engourdir le mal. Comme je l’avais déjà fait de nombreuses fois, quand tout n’était pas encore si près du gouffre.

Alors, aujourd’hui, j’observe. Je comprends. Je conseille parfois timidement, mais je sais que je ne peux pas me mettre dans la peau de l’autre, et même si je ressens ce qu’il vit, le cheminement se doit d’être réalisé étape par étape, sur la durée, avec les moments chiants et les soirées dramatiques.

Mais comment réagir quand l’autre s’enfonce tant que même nos avertissements et nos cris d’alarme ne suffisent pas? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je reste dubitatif, malgré la rage qui me surprend souvent. Ce n’est pas en déclamant des vérités que l’on offre de l’aide. Ce n’est pas en secouant l’autre ni en lui disant ce qu’il veut entendre.

Je pense que j’ai le défaut de la qualité d’un pur scorpion. J’aime mes amis comme j’aime dans une relation de couple. Je pique pour réveiller l’autre, pour obtenir une réaction, pour faire avancer les choses; mais le résultat n’est pas rose. Je deviens vite une cible, celui qui cherche l’attention, qui fait une scène avec quelque chose que la personne essaie de taire, d’oublier, d’ignorer.

J’ai pourtant appris le laisser-aller, avec une confiance aveugle (presque naïve), parce que j’ai toujours cette impression que lorsque les autres auront compris le cheminement à suivre pour s’en sortir, qu’ils auront réussi à s’extirper de leur mal; leur premier réflexe sera de revenir vers moi. Pas pour que je puisse entendre tu avais raison. Ça, ça n’a aucune importante (et je peux me tromper par moment). J’ai surtout la naïveté de croire qu’après une grande noirceur, on reconnaît ceux qui ont voulu nous aider, qu’on comprend même pourquoi ils ne voulaient pas nous conseiller trop drastiquement.

Malheureusement, il est très rare de recevoir le juste retour du balancier. Dans le meilleur des mondes, l’histoire est oubliée, et on fait comme si de rien n’était. On publie son bonheur (réarrangé) sur Facebook, et on récolte les félicitations à demi-mot. Car peu de gens connaissaient vraiment notre état. Je parle évidemment pour les autres, car si je me retourne et me regarde, j’ai fait tout le contraire, en exposant des années de douleurs vives sur le Web. Mais je suis une exception, un être différent, celui qui s’est toujours dit que toute bonne chose (ou mauvaise) pouvait s’expliquer par écrit, et avec une profondeur beaucoup plus longue que 140 caractères ou un statut ambigu sur les médias sociaux.

Ça fait bizarre de se retrouver dans la peau de celui qui est passé par-dessus la déprime, et qui observe maintenant ce mal chez d’autres personnes. Et je le dis sous toute réserve, car on n’est jamais à l’abri d’une rechute. N’empêche. Je ne comprends peut-être pas la dépression médicamentée, car je ne l’ai jamais vécue et je n’ai jamais rien pris pour ça, mais j’ai souvent l’impression de me reconnaître dans les chemins sinueux des autres. Pas facile de ne pas vouloir aider, de se taire et de hocher la tête en silence. C’est pourtant ce que je fais avec beaucoup de personnes autour de moi ces temps-ci. J’ai cessé de les compter. Je constate simplement qu’il y a une multiplication ces derniers mois. C’est correct, ça vient souvent par passe. Le bonheur fout parfois le camp en groupe. Mais je me sens tout de même impuissant, à regarder des scènes malheureuses tout en me disant que mon rôle est d’écouter, pas de suggérer.

Je crains surtout l’avenir à court terme, les folies passagères et les actes de désespoir. Mais je reste ouvert et je dis haut et fort que ces personnes peuvent compter sur moi en temps de crise. M’écouteront-elles? C’est le grand point d’interrogation; une question à laquelle je ne souhaite pas tout à fait répondre, par peur d’apprendre de mauvaises nouvelles.

Pour ceux pour qui l’amitié compte plus que tout, le deuil est cruel et très prenant. Il y a beaucoup d’énergie consacrée à se retenir, à laisser nos idées préconçues de côté et à ne pas envahir l’autre de nos solutions souvent trop simplistes. Je ne cherche pas à donner un cours, je dis juste qu’il est plus bénéfique d’éviter les conversations moralisatrices. Il faut offrir son écoute active, sans se transformer en pseudo-psychologue. Un grand défi quand on voit l’autre dépérir devant nos yeux. Pas facile de «refuser» de jouer au sauveur.

Et puis, égoïstement, il y a aussi notre propre personne. Tout parait si simple quand on conseille les autres, mais arriver à appliquer nos propres analyses à nos situations personnelles se révèle souvent plus difficile, par manque de recul peut-être, mais aussi par orgueil. Car celui qui conseille se donne trop souvent le rôle de quelqu’un qui a réussi là où de tristes âmes sont en train d’échouer. Pourtant, c’est le syndrome de l’Iceberg; on vit tous des échecs et des déceptions sous la surface. Ils sont essentiels à notre cheminement. Quand quelqu’un me dit que c’est facile pour moi, car j’ai, à ses yeux, tout réussi, je retiens un rire nerveux. J’ai envie de me dire: s’ils savaient… ou plutôt; s’ils avaient vraiment porté attention aux petits détails, ils auraient su. 

Je m’en voudrais probablement si toutes ces déprimes se résorbaient en mort d’homme. Je m’invectiverais sûrement de ne pas avoir assez confronté l’autre, pour l’empêcher de tomber dans une solution qui semble régler tout à court terme. Pas facile, pas facile du tout quand on voit des gens dépérir sous nos yeux.

Et ne parlons pas de ceux qui n’allaient pas bien, et qui ont fini par nous quitter malgré tout. Peut-être sont-ils plus heureux aujourd’hui, mais ça, je ne le saurai jamais. Je ne m’en fais pas avec ça. S’ils ont à revenir, je les accueillerai avec amour et compassion. Je me trouve quand même bizarre d’accorder autant de fidélité aux amitiés. Je ne sais pas ce qui explique cela. C’est un peu la peur de la perte, je suppose. Mais c’est inévitable aussi.

Alors voilà, j’ai parlé en parabole, pour éviter de plonger dans un sujet qui me bouleverse encore par moment. Ce n’est pas une mince tâche de se dire qu’il n’y a rien à faire, que même le plus grand geste que l’on pourrait poser (en quelque sorte, il s’agirait de forcer l’autre à consulter) ne suffit pas. Il ne reste donc que la confiance envers le temps. Mais le temps est si long et si rapide à la fois.

Dans ma vie, j’ai certes abandonné des amitiés pour le bien de ma propre santé mentale, mais je sais surtout que je me suis fait abandonner, parce que je donnais trop mon avis, parce que les gens préféraient peut-être éviter de me décevoir, ou alors ils étaient peut-être honteux de rester aussi longtemps dans le même pattern. Pourtant, je suis l’exemple parfait du mec qui a vécu 5-6 ans de calvaire en public. Mais il vaut mieux arrêter les comparaisons ici. J’ai appris que l’on ne pouvait pas se targuer de connaître la douleur de l’autre, même si on l’avait vécue d’une manière similaire. Il faut se rendre à l’évidence; il y a autant de solutions pour s’en sortir que d’être humains sur la planète. Il faut juste relativiser.

Et ça, la relativisation, c’est la partie la plus difficile.

Surtout si on se met à l’expliquer à l’autre.

Un jour, j’en ferai un roman. Ouais. Un jour, peut-être. Ou peut-être jamais.

Un dernier message que tu ne liras pas

soleil

Six petits « bips ». Comme six petits coups secs qui résonnent dans la noirceur de la nuit. 4h30 du matin, et déjà mon irritation m’empêche de refermer l’œil. Mais qui donc ose m’écrire six fois de suite à cette heure tardive? J’ai pensé à Alix, mais ça n’avait pas de sens, il ne se couche jamais aussi tard. C’est pourtant le seul qui écrit de courts messages l’un à la suite de l’autre. C’était trop tentant, j’ai saisi mon téléphone cellulaire pour identifier le nom de celui ou celle qui m’importunait dans mon sommeil. J’aurais dû le savoir. C’était lui, évidemment.

À quoi bon! Aussi bien répondre sur-le-champ. Après des messages ambigus la semaine passée (que j’avais analysé comme des appels à l’aide) il valait mieux ne pas prendre de chance. Il a d’abord paru surpris de ma réponse. J’ai coupé court en lui demandant ce qu’il faisait debout un dimanche matin. Il n’a pas répondu tout de suite, préférant dire qu’il voulait qu’on se voie parce qu’il avait besoin de se changer les idées. Je me suis mordu une lèvre. Avant, quand il me lançait ce genre de phrases, c’était pour s’envoyer en l’air. En secret.

Je ne pouvais pas le voir en après-midi ni le soir; 5 à 7, suivi d’un concert. Je lui ai proposé de passer chez lui ensuite, mais il ne voulait pas. J’ai compris qu’il ne voulait pas que je vienne le voir dans son nouvel appartement. En fait, il évitait toujours les rencontres qui pouvaient nous offrir un peu trop de proximité. Il me connaissait bien. Moi aussi, je me serais méfié de moi-même.

Nous ne sommes pas arrivés à une entente, si bien que j’ai senti une certaine rage dans ses écrits. Puis, il a proposé: « tout de suite »! Le sachant à l’autre bout de la ville, je l’ai averti qu’il était 4h45 du matin et que le métro ne fonctionnait pas. Il a suggéré de venir me rejoindre dans notre ancien coin, me donnant rendez-vous devant notre ancien appartement, dans la Petite-Italie. J’ai trouvé ça un peu cruel, mais je n’ai rien relevé.

À 5h00 du matin, je me suis levé, un peu tête en l’air, ne sachant pas trop ce que je foutais là. Je me suis rappelé ses idées noires, j’ai tenté de chasser le reste de ma pensée (ce n’est pas à toi de t’occuper de lui) mais je m’en serais voulu s’il y avait eu mort d’homme. Dans ma cuisine, devant le soleil levant, mon chat ne comprenait pas trop ce que je faisais non plus. J’ai fait jouer de la musique. Obstacles  de Syd Matters. J’ai fumé une cigarette en me rappelant que je devais arrêter de fumer pour la xième fois. Que je devais cesser d’écrire des textes au Je aussi. Haussement d’épaule en buvant un verre de jus d’orange. We played hide and seek in waterfalls / We were younger, we were younger

J’ai enfilé un t-shirt trop petit pour moi, parce que les excès de la semaine précédente étaient beaucoup trop violents. Une paire de lunettes fumées et j’étais prêt pour un trajet de deux stations de métro. Malgré le mois de mai, il faisait froid. J’ai laissé échapper un « pays de cul », puis je me suis engouffré dans la chaleur d’une station. Seul. Qui d’autre aurait répondu à l’appel un dimanche matin, si tôt? Je venais évidemment de rater le premier wagon. 10 minutes à attendre. Il allait être en retard, donc aucune importance.

Dehors, à deux rues de notre ancien appartement, j’ai réalisé l’ironie de la chose. Se donner rendez-vous devant le lieu de notre deuxième et dernière chance. Où le bonheur n’avait point eu le temps de se créer, trop vite ravagé par l’annonce d’une autre séparation. De la rue, j’ai levé la tête vers le 2e étage, me demandant si les nouveaux locataires étaient heureux ici. La chanson Changes de Girls in hawaii dans les oreilles. J’ai retenu un haut-le-coeur, vestige d’une pensée romantique pour un passé révolu depuis… depuis déjà 5 ans. Jour pour jour, en ce dimanche de mai. J’ai eu beau me dire que les signes de la vie n’étaient que hasards, on a eu beau me reprocher que je faisais trop de liens, comme dans un roman, mais impossible de ne pas souligner l’étrangeté de la chose. Le 7 mai 2009, on emménageait ici. En 2014, j’y étais encore, et j’attendais toujours le même homme. I’m stuck under a balcony in the moisture of the mist / Smoking cigarettes ’cause I’m in despair / Is it some kind of boredom or just the need to fill myself up /It makes me smoke much more than I would want to…aaarrg

Il est arrivé avec son 10 minutes de retard habituel. En applaudissant. En guise de félicitations. Parce que j’étais à l’heure. Pourtant, je savais qu’il avait toujours été pire que moi. En plus de me retarder dans ma vie et mes futures relations.

Nous avons marché vers le restaurant de déjeuners ouvert très tôt, même le dimanche. Il venait de finir sa dernière bière. Je savais ce que ça voulait dire sans avoir à poser d’autres questions. And you look so nervous, so nervous, so nervous / You won’t conceal those cracks for live

Face à face dans une banquette, un menu ouvert que nous allions consulter seulement une heure plus tard, j’ai pris des nouvelles. Je l’avais bien vu quelques semaines auparavant; pour lui remettre mon fameux livre, celui que je n’aurais jamais écrit sans son aide (j’ai pensé: sans toute cette souffrance). Un peu plus et il me disait que je n’étais rien sans lui. Il y a quelques années, j’aurais sûrement adhéré à ses paroles. Des flashs de notre dernière rencontre ont alors submergé mon esprit. Souvenirs flous. Attirances. Alcool. Consommation. Un autre sarcasme de la vie, pour me prouver que c’est elle qui décidait de la fin, que j’aie sorti un roman ou non. Je me suis mis à sourire. Je ne regrettais rien de notre dernière rencontre, même si elle me tuait un peu plus en dedans. I’m just lying, just lying, just lying / Just lying again / Sitting aside in the sadness sometimes / You can see us faces down

Il m’a raconté ses problèmes de colocation. Je me suis demandé pourquoi ce garçon faisait craquer tant de mecs autour de lui. Alors qu’il me disait que les coups de foudre sont impossibles, je lui ai répondu que « pourtant, il en avait eu un dès qu’il m’avait rencontré à l’époque ». Hésitation de quelques secondes, puis approbation. Petit bonheur inutile, car tout ça n’existait plus depuis bien longtemps. Je me suis encore demandé ce que je faisais ici, et si Alix avait raison quand il m’avait dit de me méfier (attention, s’il coule, il va vouloir sombrer avec toi).

Il m’a parlé de son père. Qui lit encore mon blog, parait-il. Il le soupçonne même d’avoir acheté mon roman. La curiosité n’a pas de limites, je le comprends un peu. Ça m’a fait penser à mes parents. Ils ont eu des mots très durs pour le dernier homme qui a partagé ma vie, personnage ou pas. Les sœurs de Luc, elles, se sont arrêtées à la bande-annonce. Elles ont demandé si c’était tiré de notre histoire. En voyant la gueule de l’acteur, je ne peux pas croire qu’elles aient douté. Il m’a raconté qu’il les avait rassurées, parlant de texte romancé. Il n’a pas tort, il y a de la fiction… Mais il faut être dupe pour croire que la réalité ne vient pas se mêler de tout ça. Bon, de toute façon, ça n’a aucune importance. Je salue quand même le père de Luc, lui souhaite la meilleure des chances s’il se lance dans la lecture de mon livre. Moi-même, je ne sais pas si je voudrais en lire et en savoir autant si j’avais un fils.

Ça me ramène à la force incroyable de mes parents. Qui, eux, ont tout lu déjà. Au contraire des autres, ils n’ont pas cherché à connaître la vérité dans la fiction. Ma mère m’a bien posé certaines questions précises, mais elle ne s’est pas aventurée au sujet de ce qui touchait l’intimité sexuelle des personnages. Mon père est plus timide. C’est normal. Je sais qu’il éprouve beaucoup de colère et qu’il utilise des termes grossiers pour décrire certaines personnes liées au livre. Je ne pense pas en savoir plus. Tout était dit quand papa m’a demandé si j’allais écrire un « vrai roman » un jour. Il s’est ensuite mis à me parler de polar et de romans policiers. Petit soupir.

Retour au déjeuner. 6h00 du matin. Je l’écoute encore parler. J’ai parfois l’impression que je suis le seul qui l’écoute parler ainsi. J’ose glisser l’idée de son chum. Oui, il a un copain depuis 4 ans déjà. Un copain qu’il voit peu. Ça me fait hausser les épaules, me dire que c’est normal si ça va bien. Et je sais que c’est lui qui devrait se trouver à ma place présentement. Évidemment, la complexité des histoires qu’il vit ne permet pas de mettre son chum dans les confidences. Lui, je ne l’ai jamais vu. Enfin. À peine croisé au coin d’une rue un samedi soir en allant au dépanneur. Quand je pense à lui, je pense à son ancien bon ami, qui fut mon amant, et dont je me suis inspiré pour une scène de sexe vers la fin de mon livre. Le monde est petit. Très petit.

Nous avons fini par commander de la nourriture. La dernière fois que j’avais les fesses dans ce restaurant, nous vivions encore ensemble. Des liens, encore des liens. Il n’y a que ça qui nous unit; les liens du passé, les liens du passé qui se recoupent avec le présent. Et même s’il a changé, même si je ne veux pas revenir en couple avec lui, il y a cette force d’attraction malsaine, ce désir invisible qui fait office d’aimant. Si je n’écoutais que mes pulsions, je serais déjà assis à ses côtés, à le toucher et à profiter d’un corps que je ne reconnaîtrais pas.

Après trois heures dans le restaurant, nous sommes sortis pour marcher et digérer. Même si j’avais dormi deux, trois heures cette nuit-là, il m’a fait marcher de Jean-Talon à la rue Sainte-Catherine. Soleil éblouissant. Comme si la vie n’avait pas vraiment changé. Nous avons parlé de son pénis. Et il n’en fallait pas plus pour que mon attirance revienne en force. En observant la scène d’un point de vue extérieur, je n’y voyais qu’un désespoir. Un désespoir vain, comme si l’unique but était d’obtenir satisfaction. Et puis, la vérité s’est amenée d’elle-même. Ça ne changerait jamais.

J’ai compris que je pouvais comparer notre histoire à celle vécue avec mon ex-copine. Même en étant gai à 100%, je sais que la seule femme que je pourrais baiser sans soucis serait bel et bien Sarah. Par habitude? Par naturel? Par connaissance d’un corps passé que je ne connais pourtant plus maintenant? Je suis convaincu que ce serait la seule qui pourrait encore réussir à me faire goûter au corps féminin. Eh bien, je sens cette espèce de similitude avec mon ex. Cette impression que même si je le reverrai dans 10 ans, j’aurais toujours cette attirance, cette forme d’attraction poétique et sexuelle à la fois. Un intérêt de mon corps vers le sien, sans même le vouloir.

Je n’ai aucun désir de reformer un couple avec lui, pas envie de partager une vie commune dans un appartement. Mais toute forme d’amitié entre nous se transforme en option sexuelle dans mon esprit. Je me rends compte que ça ne sert à rien de me mentir à ce sujet. Il n’y a pas d’ambiguïté. Il est passé à autre chose. Moi, j’ai écrit un livre et je l’ai gardé près de moi grâce à un personnage. Ce n’est pas sa faute. C’est la mienne. J’assume. J’assume aussi le fait que je suis passé à autre chose. Le problème, c’est la proximité. Qu’elle existe une fois par année ou une fois par mois ne change rien. Comme si chaque occasion remettait les compteurs à zéro. Ce n’est pas du jeu pour moi. Et ce n’est pas de sa faute, ou si peu, par moment.

Cette histoire, c’est une histoire banale comme des milliers d’autres. Une attirance sexuelle interdite entre deux êtres pour diverses raisons. Un truc inévitable. Un truc que je dois me forcer à éviter. J’aurai toujours une certaine affection pour lui, mais il est temps qu’il me laisse partir et qu’il cesse de revenir me chercher. Ça fait de la peine de penser que ma place n’est plus là, que je devrai probablement le forcer à me remplacer par son copain. Parce que c’est son rôle à lui à présent.

Je n’ai pas assez de résilience pour faire ami-ami avec mes exs. Parce que l’attraction physique gagne tout le temps. Je suis un être de pulsions. J’en parlais justement avec une collègue de travail qui vient de se séparer. Elle a tout de suite installé des balises claires entre son ex-copain et elle, car ils doivent partager l’appartement jusqu’en juillet. Elle ne me dit peut-être pas tout, mais j’admire son courage et sa conviction. Quand c’est fini, c’est fini. Et, elle a raison. C’est le seul moyen de vraiment tourner la page et de concevoir un avenir avec quelqu’un d’autre.

J’ai compris pourquoi j’étais célibataire depuis si longtemps. Vivre dans le passé est une partie du problème, mais c’est surtout la réactualisation d’un amour passé qui m’a nui. Ce n’est pas la faute de Luc. J’ai longtemps été son confident. Il voudrait que je continue à l’être (mais uniquement quand ça l’arrange). Il restera centré sur lui-même comme je l’ai toujours connu. Ça fait partie de sa personnalité. Je ne pourrai jamais le changer. Mais je peux tenter de me changer moi. Et ces derniers jours, je vis une certaine libération. D’abord, pour avoir compris que ce n’était pas l’amour qui me guidait vers lui. C’est une question de disponibilité des corps. Je suis convaincu que si Luc était célibataire, nous aurions vécu encore du sexe pendant un long moment, jusqu’à ce que l’ennui prenne toute la place. Et je ne crois pas que l’ennui comme souvenir d’une relation est mieux que la passion qui finit drastiquement.

Quand j’ai publié mon roman, je m’étais dit que je fermais le dossier le soir même. La vie s’est amusée à me faire comprendre qu’il y avait des choses que je ne contrôlais pas. Tout comme je ne contrôle pas toujours ce qui me fait bander. Mais les pulsions se contrôlent, ou du moins, elles peuvent être évitées si on prend des précautions. C’est un peu dire que mon ex est contagieux, et que dès que je le fréquente, je fais de la fièvre et le désire encore. Le temps et l’absence font diminuer les fièvres. J’ai fini d’être dans l’attente pour une simple relation sexuelle. Avant, j’étais dans l’attente par amour. Comme ce n’est plus le cas, la seule chose qui me rappelle mon désir est sa présence. Il n’y a pas 10 000 solutions.

Je mise sur le fait qu’il ne fasse pas trop de conneries. C’est tout ce que je peux souhaiter. Et espérer qu’il s’en sorte psychologiquement. Mais, à partir de maintenant, j’ai choisi de ne pas sombrer avec lui. Je lui ai laissé le contrôle très longtemps. Trop longtemps. Et d’une certaine façon, il s’en foutait. Il a toujours pensé qu’il y avait droit en tout temps. Les années passent, la vie change, et je dois m’aider d’abord. Me la jouer égoïste, oui peut-être. Quoi qu’il en soit, le deuil est terminé. Il ne faut plus rouvrir la brèche ou faire saigner la cicatrice du passé.

Je disparaîtrai doucement. Et son père, s’il me lit vraiment, ne lui parlera pas de cette publication. Tout se fera sous silence, pour son bien à lui, pour qu’il m’oublie sans même s’en rendre compte. Ce sera sans conflits, sans arguments et sans rancœur. Il vivra sa vie d’adulte, avec ses hauts et ses bas, et ce réflexe si naturel de m’écrire ou de me parler s’en ira avec le temps. Je lui faciliterai la tâche, car je ne le relancerai pas. Retenir ses pulsions, les contrôler pour le bien de l’autre, mais surtout pour son propre bien. Nous sommes tous les deux dans la trentaine. Il n’y a plus d’excuses pour aller puiser dans le passé et chambouler le présent. Nous sommes deux hommes. Deux hommes en paix malgré les vagues douloureuses de la solitude et du temps. Deux hommes qui font de leur mieux, avec leurs démons, leurs souvenirs, et une forme d’affection l’un pour l’autre que je n’aurai que trop rarement vécu dans ma vie.

Et si je n’avais qu’un tout petit souhait à lancer dans l’univers, ce serait de recommencer toute cette histoire folle… Avec un autre.