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Jour 1

adulte

Je suis content que ça m’arrive en début de saison estivale. Au moins, ça sent moins la bullshit. Du genre «Je vais me calmer parce que l’été est fini, je vais devenir adulte et blablabla…» Non, cette fois la claque vient avant les conneries et les excès de l’été. Vraiment pas une mauvaise chose, au final.

Je pensais que je n’avais plus rien à dire ici. Faut croire que j’arrive à me surprendre encore. Signe que je suis encore bien vivant, et pas sur le pilote automatique. Faut dire que le stress est retombé, que je suis maintenant installé, et qu’il ne me reste qu’à payer pour les x années de ma vie à venir. Ahah, j’ai un ton tellement dramatique pour rien.

La vraie prise de conscience est arrivée vendredi soir. Celle de la semaine passée était juste le prélude, je suppose. Je me suis retrouvé seul dans un concert de Moderat au Métropolis (oui, la salle de concert où je m’étais promis de ne plus jamais remettre les pieds). Je me suis vite souvenu pourquoi. La chaleur, la foule, le son à faire exploser les tympans. Entouré de gamins qui commencent à peine à vivre leurs expériences de vie. Je me suis demandé ce que je crissais là. Après un concert pénible, je suis retourné chez moi à pied. En marchant dans le Village animé, un endroit que j’ai très peu fréquenté dans ma vie. Encore la foule à l’extérieur, à faire la ligne pour entrer dans des bars qui ne m’intéressent plus depuis longtemps. J’ai pressé le pas vers chez moi, puis j’ai continué à boire quelques bières jusqu’aux petites heures, sur mon balcon, à tendre l’oreille vers la rue un peu bruyante. Les temps ne changent pas, mais moi oui. Je pense que j’ai passé le cap des soirées électro, de la défonce, des moments où l’angoisse et l’anxiété du corps se manifestent à cause de la fatigue des muscles, du manque de sommeil, de tous ces éléments que je semblais tolérer facilement avant.

Il fallait bien que je me rende à cette évidence un jour. Le cycle du changement n’en finissait plus de finir, mais j’ai enfin compris qu’il était complété. Quand il n’y a plus de plaisir à faire ce que l’on faisait jadis, il vaut mieux cesser de s’entêter et apprendre à vivre cette nouvelle étape de vie.

Hier soir, je regardais mon meilleur ami s’exciter de sortir dans les bars, pour déraper un dimanche, comme si c’était si original. Et moi, je n’aurais pas pris sa place pour rien au monde. J’ai mangé ma petite papillote de légumes et ma truite avec mon chum, on a bien pris quelques verres, puis on est allé se coucher vers minuit. En fait, je l’ai laissé dormir sur le divan, car il semblait trop bien.

Dans mon grand lit, j’ai eu du mal à trouver le sommeil. C’est toujours un peu confrontant d’accepter de laisser partir une partie de sa jeunesse. De se dire que c’est ainsi que les folies s’arrêtent. Qu’il faut commencer à s’économiser physiquement et mentalement si on veut se sortir de ses patterns. Mais je n’ai plus besoin de lutter. Je n’ai plus besoin de me forcer à rester sage. Je n’ai juste plus envie de m’éclater «gratuitement».

Cette nuit, j’ai fait un rêve. J’étais avec des amis, devant une pharmacie. Je ne sais pas trop ce qu’on attendait. On avait bien du plaisir. Jusqu’à ce que je vois mon ex arriver, me croiser sans me voir, puis pénétrer à l’intérieur du bâtiment. Comme à l’habitude dans mes rêves, j’ai senti une boule au ventre, puis je l’ai suivi, parce qu’il me semble que je voulais l’accuser de ne pas me donner une once d’attention. Mais quand je suis arrivé près de lui dans la pharmacie, je l’ai observé avec un autre. Ils se serraient dans leur bras, s’embrassaient comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des siècles. J’ai ressenti leur amour. Mais pour une fois, pas de haine, pas de frustration, pas même envie d’une confrontation. J’ai fini par détourner le regard de leur bonheur, puis je suis reparti vers la sortie.

Dire que j’étais calme et serein quand je me suis réveillé serait faux. Mais la boule au ventre, elle, n’y était plus. Cet élément peut sembler banal, mais pour moi, il fait toute la différence. Je me suis tourné sur le côté et j’ai serré mon chum dans mes bras. Avec la jeunesse s’en vont aussi les anciens amours. Je suppose que c’est le processus normal des choses. Avec beaucoup de lenteur dans mon cas. Mais j’y suis habitué.

J’ai enfin tenu ma promesse, ce matin. J’ai enfilé mes shorts et je suis allé courir un petit 4 km. Histoire de m’y remettre doucement. Le parcours de course, au bord du fleuve, est des plus charmants. Ce sera parfait pour tout l’été et l’automne. Je dirais la même chose pour la vue de mon balcon. C’est beau, c’est doux, c’est plaisant et relaxant. Je suis bien. Bien installé. Bien dans ma peau. Bien dans mes choix. J’espère que l’été sera à l’image de ce calme et de cette sérénité.

2009-2015

jay

Ce soir, j’avais rendez-vous au Gesù avec Jay-Jay Johanson, pour un concert bien différent de ce que j’avais vécu en 2009 à l’Ex-centris.

Je ne sais pas trop comment aborder la chose. En fait, je suis mélangé entre déception et soulagement. Je m’explique: pour moi, Jay Jay Johanson est un artiste mélancolique, qui joue des pièces mélancoliques. En 2009, quand je l’ai vu en concert pour la première fois, il venait de sortir l’excellent disque Self Portrait et une année avant, nous avions eu droit à son disque au titre long de deux pieds The Long Term Physical Effects Are Not Yet Known. Deux disque que j’avais énormément écouté. Deux disques que j’écoutais encore plus parce que je venais de me faire crisser-là par mon ex.

Je ne me rappelle pas de grand chose, outre le regard du journaliste Charles deschenes qui m’observait en se demandant pourquoi je pleurais du début à la fin du show. Oui, j’avais bu de la vieille bière en grosse Quilles, oui j’avais fumé mille cigarettes, et oui, j’étais au gouffre du désespoir. Mais la libération que ce concert m’avait fait… ouf, c’était magique, lumineux (malgré tout) et simplement parfait dans le choix des chansons.

Ce n’était pas le cas, ce soir. Je n’ai pas versé une larme. Zéro. Je dois avouer que ma première impression a été d’être en colère (et de chialer, diront certains) mais après coup, je dois me rendre à l’évidence. Ce n’est pas nécessairement le concert qui était problématique (même si j’ai trouvé le choix des chansons douteux; pré-enregistrement de guitare pour Hawkeye, alors qu’il aurait très bien pu faire Suffering. Mais surtout, absence de toutes pièces de l’album Self Portrait). Avec le mince recul, je me suis rendu compte que tout partait de moi; de mes émotions, de ce que je vis, ou plutôt de ce que je ne vis plus.

Et j’ai compris que je venais de passer un nouveau chapitre. Même si mes pièces favorites avaient été jouées, je ne pense pas que j’aurais vécu la même tristesse, parce que je ne suis plus où j’étais. Tout simplement. Et ça, pour moi, c’est tout un avancement. Parce que j’ai tellement retenu le passé et sa fausse illusion nostalgique; ça aurait été dramatique de me sentir dans le même état d’esprit qu’en 2009.

Ça m’a fait réfléchir sur la raison pour laquelle je vais voir des concerts, et sur ce fameux hasard qui nous fait choisir un artiste chouchou plutôt qu’un autre. Car la musique, comme les souvenirs, avance et se modifie selon notre perception du temps. Je ne suis plus l’être que j’étais en 2009, je ne suis plus le garçon ravagé par une rupture, celui que je décris si bien dans Peut-être jamais est rendu loin de moi. Il est une entité à part entière qui ne m’appartient plus. Je trouve que c’est un très beau deuil. Sans souffrance, sans déchirement. Le temps a fait son travail, et je le félicite.

Je commence peu à peu à apprécier le fait de vieillir. Certes, je déteste trouver un cheveu blanc par-ci par-là, mais je travaille à accepter le fait que je ne suis plus dans la vingtaine. J’ai toujours autant de difficulté à voir les amis jadis proches s’éloigner, mais je comprends un peu plus. Je comprends que la vie nous amène des gens et que ceux-ci repartent plus loin par moment. Quand je regarde vers l’arrière, je sais que je n’ai pas toujours été parfait, mais je suis quand même heureux de mes acquis. Même si je sais que l’acquis ne rime jamais avec l’amitié. Je n’ai cependant plus la force de me battre pour des gens qui ne veulent plus être en ma présence. Ça n’a rien d’égoïste. Je comprends l’évolution humaine, les changements de cap, les nouvelles relations qui nous font partir à la dérive. Bref!

Toute cette histoire de concert m’a fait réfléchir aux moments marquants où j’ai pleuré ma vie durant une chanson. Et, même si mes amis pensent que ça arrive sans cesse, je peux dire que c’est somme toute très rare. Je peux compter ces moments sur une main, ou peut-être six doigts. Les voici donc:

1. Godspeed you! Black emperor – BBF3 (2000 / 2011)

2. Radiohead – Fake plastic trees (2001)

3. Massive Attack – Group 4 (2006)

4. Interpol – The Lighthouse (2011)

5. Radiohead – Reckoner (2012)

Et évidemment, le show de Jay-Jay Johanson en entier en 2009 😉

C’est tout, en fait. Je n’ai pas tant braillé que ça dans les concerts, vous voyez! 🙂