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I don’t blame you

Je cherche depuis un long moment à commencer une phrase qui ne sonne pas cheesy, mais c’est un peu impossible dans cette situation. Tout se passe toujours trop vite, et après coup, on se demande si on a vraiment vécu ce qui vient de se dérouler quelques minutes auparavant. Si je pouvais résumer le tout, je pense que je décrirais ça comme de la simplicité poétique. Probablement parce que je suis un pseudo-écrivain qui a besoin de faire du sens avec tout ce qu’il vit.

Il est arrivé en après-midi, comme à son habitude. Avec sa joie de vivre habituelle. Il est venu s’asseoir sur le divan à mes côtés. Comme à son habitude. Et c’était la fin des habitudes.

J’ai eu droit à la fameuse phrase que tout le monde déteste entendre: il faut qu’on se parle. Je me suis redressé, méfiant. Puis, il m’a annoncé qu’il allait enfin changer de poste à son travail. Je me suis dit qu’il allait me parler de nouveaux horaires qui compliqueraient nos rencontres. Mais il a simplement dit: Ça, c’était la bonne nouvelle. 

J’ai retenu mon souffle, mais les mots s’enlignaient un après l’autre, la sentence était prononcée.

C’est fini.

Dire que je ne m’y attendais pas serait minimiser les choses. Encore quelques heures auparavant, il commentait un de mes statuts en parlant de la Saint-Valentin.

Il m’a parlé de son amour atténuée, de ce qui l’énervait chez moi, de ces trop nombreuses dépendances qui m’accompagnent. Je n’ai pas su quoi répondre quand il m’a parlé de mes amis, trop néfastes ou trop présents, je ne sais plus. Il m’a refait le parcours de sa vie et de ses exs, en disant qu’il n’aurait pas dû accepter quelqu’un comme moi. Que je n’étais pas l’homme qu’il lui fallait. Qu’il n’était pas l’homme que je voulais. Il m’a décrit un homme qui n’a aucune dépendance, qui est toujours sain dans son corps et dans sa tête. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui souhaiter de trouver cet homme.

Cette conversation me semblait si simple, les yeux humides, assis sur le canapé à flatter Rémi couché sur le dos. Il m’a dit qu’il ne s’était pas ennuyé lors de notre séparation de deux semaines à Noël. Il m’a demandé si moi, je m’étais ennuyé. J’ai été légèrement piqué, lui répliquant que j’avais l’impression que la seule chose qui l’aurait satisfait aurait été que je lui dise chaque jour que je m’ennuie. Il a tout balayé du revers de la main, m’a dit qu’il ne sentait pas assez de démonstration affective de ma part. Peut-être qu’il n’a pas tort, il est vrai que je ne suis pas le plus démonstratif.

Je me suis mis à sourire, à rire même, lorsqu’il m’a dit que la sexualité était vraiment bien, qu’il n’en avait jamais manqué. Je pense lui avoir répliqué: au moins tu diras pas que je baisais mal. Il y avait une certaine simplicité dans ces échanges qui m’ont rappelé tout ce qu’il était. Un bon gars, simple, franc et léger. Je l’ai remercié de m’avoir aidé à atteindre une vie plus saine. Mais pas encore assez pour lui. Il m’a dit qu’il ne savait pas ce que cette relation lui avait apporté. J’ai suggéré qu’il allait peut-être le savoir plus tard. Il n’y avait rien de méchant dans ses paroles ni dans mes réponses. Nous étions comme nous avions toujours été.

Je lui ai pris la main. Il m’a dit que j’étais une bonne personne, que je ne devais pas douter de ça. On n’avait juste pas les mêmes visées d’avenir. Il m’a offert de m’aider à aller faire l’épicerie. Je lui ai répondu que je n’avais pas vraiment la tête à aller me promener dans des allées avec mon ex.

Et le moment de silence qui a suivi l’a encouragé à se lever. Une conversation d’à peine 30 minutes. Je n’ai pas cherché à le retenir. Je l’ai simplement suivi jusqu’à l’entrée, en me disant qu’il valait mieux terminer tout cela de la manière la plus positive possible. Après tout, nous avions vécu une relation somme toute positive. Il a eu de la difficulté à lasser ses bottes. J’ai attendu patiemment qu’il pose son sac sur son dos. Et la finale était tout prêt.

Je l’ai serré dans mes bras. Les larmes se sont mises à couler. Prends soin de toi. J’ai déposé un baiser sur sa bouche. Je l’ai pris une nouvelle fois dans mes bras, en flattant le derrière de ses cheveux. Nos corps se sont éloignés, puis j’ai saisi sa tête pour venir déposer un dernier baiser sur son front. C’est là que le coup au cœur est arrivé; comme un petit poignard qui s’insère en nous et nous coupe le souffle.

La porte s’est refermée derrière lui. Je n’ai pas enclenché le verrou, je trouvais que ça ternissait la dernière image qu’il aurait pu avoir de moi.

Le silence. La solitude. Le vide qui m’a envahi peu de temps après.

C’est fini. Ces deux petits mots que personne ne veut vraiment entendre.

Mais je ne peux pas le blâmer, je sais que je suis quelqu’un de complexe, pas facile à vivre, avec mes zones d’ombres. Pourtant, quand je repense à mes autres relations, cette simplicité dans cette rupture me montre que je suis devenu un adulte. Pas de chicane, pas de crises, pas d’histoires à demi terminées. J’ai pensé: c’est la première fois que je me fais laisser en hiver. Je sais, ça n’a aucun rapport, mais c’est ce qui m’est passé par la tête.

Je respecterai toujours cet homme qui m’a suivi dans mes périples des dernières années. Il n’y a pas de haine, de rancœur ou de rancunes. Seulement cette simplicité déstabilisante. Cette simplicité de l’être qui est toujours resté lui-même. Je ne regrette en rien cette relation. Elle m’a beaucoup apprise, a peut-être fait une meilleure personne de moi-même.

Je ne décide que très rarement d’écrire moi-même le mot Fin. Peut-être que je pousse les gens à prendre la décision à ma place inconsciemment. Je ne sais pas, c’est ainsi que mes histoires de cœur se terminent la plupart du temps. Même si je vais mieux dans mes habitudes de vie, dans ma manière d’interagir, dans mes excès qui ont vraiment diminué, je pense que j’ai encore beaucoup de travail à faire.

Je crois également que je vais rester seul pour un bon petit bout de temps. Il faut que je me retrouve, que j’accepte ce que je suis et que j’apprenne à vivre mon célibat. Ce mot me semble tellement étrange. Je suppose qu’il faut parfois être brassé de l’intérieur pour pouvoir comprendre qui nous sommes réellement.

J’ai refusé de voir les amis, ce soir. Parce que j’avais besoin de mettre des mots sur ce que je vis. Je sais que c’est ridicule d’écrire aussi rapidement après des événements qui se sont produits si fraîchement, mais ça semble être ma routine de vie. C’est ma seule manière de gérer ma peine. De toute façon, il fallait que ça sorte tout de suite, comme ça. Les prochains jours seront plus difficiles. Mais il faut que je garde le cap, surtout pas noyer tout ça dans l’alcool. Ce serait une mauvaise décision. Il faut cesser de se faire du mal quand on a de la peine. Je ne suis plus dans l’auto-destruction. Je préfère la jouer rationnel. Il m’a dit: nous ne sommes pas un bon fit. Peut-être. Mais je ne regrette pas notre expérience de vie. Ce petit bout de chemin et cette chute qui semblent étranges… ça fait partie de moi, à présent. On absorbe toujours en nous un peu de ceux que l’on fréquente.

Même s’il m’a dit qu’il réfléchissait à me quitter depuis environ trois semaines, ça n’a pas d’importance. Ça ne me fait pas rager. Je préfère accepter son honnêteté. Me dire qu’on a été bien ensemble. Je vais m’ennuyer de me coller contre lui la nuit. Je vais m’ennuyer de nos réveils les fins de semaine. Je vais m’ennuyer de cette simplicité et de cette joie de vivre qu’il avait toujours. Et je vais essayer d’être plus fort que tout ça. De prendre le meilleur de ce qu’il m’a laissé. Même si notre chapitre à nous est maintenant terminé.

La normalité de la trentaine?

Vers la fin de ma vingtaine, je disais souvent que j’avais perdu des amis, que les liens s’étaient détruits, ou que nos chemins s’étaient simplement séparés. Arrivé bientôt à la mi-trentaine, je me dis que j’étais un peu trop sévère (ou dramatique). 

Oui, il m’arrive encore de penser que j’ai été trahi, que j’ai été tassé même, mais je me rends compte que je m’en faisais beaucoup pour les aléas naturels de la vie. En fait, je ne devais pas comprendre que la vie est faite pour les séparations. Je me considère encore chanceux, parce que ces séparations n’égalent pas la mort de mes proches. Pas encore.

Avec le temps, j’ai aussi compris que les séparations nous permettaient de comprendre l’importance qu’avaient les autres dans nos vies. Trop peu, trop tard? Je ne suis pas si certain. En d’autres mots, je crois vivre tout ce qu’un humain vit généralement. La perte ne devrait pas toujours être triste ni violente.

Avec tous les gens que l’on rencontre sur le chemin de notre vie, il est tout à fait normal d’en voir disparaître plusieurs. Tout est dans la manière de faire les adieux ou les « au revoir ». Si je me suis souvent senti blessé d’être éliminé de la vie de certains amis en raison de leurs relations amoureuses, je pense maintenant que c’est quelque chose d’inévitable. On ne peut pas plaire à tous, et quand quelqu’un veut vraiment nous faire disparaître de la vie d’un de nos amis, parfois, on n’a juste pas le choix. Mais ce n’est pas toujours ainsi non plus.

Dernièrement, j’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami. Et je craignais que ce soit très triste et drama, mais au contraire, il y avait quelque chose de lumineux dans cet adieu (temporaire, je l’espère). En fait, j’étais heureux des nouveaux défis de mon ami. Je lui souhaite la meilleure des chances, et il faut dire qu’il y a des gens que l’on peut quitter et retrouver sans que cela nous affecte, comme si on s’était vu hier pour la dernière fois. Je ne sais pas ce qui en sera de ma relation avec mon meilleur ami, mais une chose est certaine; lors de ce dernier verre dans un bar miteux, j’ai encore eu la confirmation que certaines personnes sont là pour rester, et qu’il serait très difficile de les éliminer ou de me faire éliminer de leur vie. Peut-être que nous ne nous verrons plus pendant des mois, mais j’ai eu le plaisir de constater que ce genre d’amitié passe au-dessus de tout.

Ce qui est vrai pour tout le monde, c’est que la trentaine nous éloigne des autres. Pas nécessairement volontairement, mais par les simples aléas de la vie quotidienne. Que ce soit à cause de déménagements, de nouveau-nés, de nouvelles relations amoureuses, ou simplement parce que le temps nous manque. Il y en a pour qui je n’ai eu aucun problème à accepter la coupure des ponts (des gens que je considérais souvent néfastes pour moi, de toute façon), il y en a avec qui ce fut plus difficile, du moins de mon côté, parce que j’ai souvent tenté de me battre pour sauver certaines relations amicales, mais pour le moment, je me sens dans une belle phase. Une étape de ma vie où je n’ai plus d’agressivité ou de rancœur envers ceux qui me quittent. Ça fait partie de la vie. C’est ainsi. Il faut s’y accommoder. Bientôt, c’est probablement la mort qui me séparera des êtres que j’aime le plus au monde. Il vaut mieux commencer à devenir zen envers ce processus. Ne surtout pas tomber dans une noirceur.

Évidemment, on ne comprend pas toujours pourquoi les relations amicales prennent des distances. Il y a tant de raisons. Mais on dirait que j’accepte maintenant beaucoup plus facilement ce processus de séparation, que jadis lorsque j’étais dans la vingtaine et où je me sentais plutôt trahi par les gens que j’aime.

J’ai compris avec le temps, parce que je le vis moi-même, qu’on choisit un peu son parcours, qu’on décide d’être là où l’on a envie d’être. Et c’est correct. C’est la logique qui découle du fait de vieillir. On change nos habitudes aussi. On boit moins. On se drogue moins. On évite les situations plus folles. On devient adulte. Encore. Eh oui.

Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai fait la paix avec les gens qui ont pris leur distance, qui m’ont quitté (drastiquement ou avec le temps). C’est un peu la même chose de mon côté; on privilégie les gens qui nous ressemblent, qui vivent les mêmes choses que nous à l’instant X. Ça ne veut pas dire que je me ferme à l’inconnu ou aux situations différentes des miennes (la plus grande preuve de cela, c’est que je ne m’enferme pas avec des gens qui me ressemblent parfaitement). J’aime la confrontation, les divergences d’opinions, les situations de vie qui ne me concernent pas directement.

Je dois tout de même avouer que les dernières années m’ont éloigné des amis des dix dernières années. Il y a eu des non-dits, des trahisons, des événements où je n’avais rien à voir, mais où j’étais déjà déclaré coupable. Je me suis battu. Cela a été un échec lamentable. J’ai surtout compris qu’on ne peut pas se battre quand un amoureux ou une amoureuse d’un ou d’une amie décide qu’il ne nous aime pas. C’est ainsi. Il faut larguer les armes et accepter que l’on ne puisse pas plaire à tous. Et la vie, c’est ça: prendre des chances en aimant des gens, et accepter qu’il y a probablement une date de péremption sur nos relations. Ça ne veut pas dire que l’on ne s’aime plus. Ça veut simplement dire que l’on est plus assez important pour certaines personnes, que tout notre amour ne vaut rien par rapport aux doutes ou aux conflits qui peuvent se produire.

Et puis, de nouvelles personnes entrent dans nos vies. Elles illuminent notre mal-être, elles deviennent aussi importantes que les amis de jadis. Tout est un cycle. Tout est en mouvement.

Ça m’a pris du temps à comprendre qu’on ne pouvait pas recréer les amitiés d’antan. J’ai toujours eu cette espèce de fibre nostalgique un peu malsaine. Ce désir de ne pas laisser s’échapper les êtres qui me sont chers. Mais avec la sagesse des années qui s’écoulent, je me rends compte qu’il est inutile de se battre. Les relations se tissent et s’éloignent selon les aléas du temps.

Si on est chanceux, il en restera quelques-uns près de notre lit de mort.

Tout ça est un peu comme une déchirure amoureuse. Ou, du moins, ce l’était jadis. Je crois que la perte des amitiés peut être aussi dévastatrice que la perte amoureuse. On ne s’y attend jamais. Mais surtout, il y a rarement une précision aussi claire quand une relation amicale se meurt. On se voit une dernière fois, puis on ne se voit plus. Il peut même ne rien s’être passé. Seulement un silence, qui se remarque au fil des années. Le plus grave problème de notre époque, c’est qu’aujourd’hui, on peut encore suivre nos anciennes amitiés virtuellement. On peut les apercevoir faire un commentaire sur Facebook ou Twitter. Devenir amis avec une personne près de nous. Le hasard de se croiser dans la rue devient moins important, car l’on sait que l’on peut surveiller la vie d’un ancien ami par les réseaux sociaux. À moins d’un grand conflit et d’un bannissement, les gens ne nous bloqueront pas du monde virtuel. Ils continueront à vivre, à commenter, à exister dans ce milieu un peu étrange que l’on appelle le Web.

Il faut faire avec notre temps, comme on dit. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus cruel, que de voir l’évolution d’une ancienne amitié, de façon anonyme, dans l’ombre; être témoin de gens qui continuent leur vie sans nous. Je suppose aussi que c’est le même rapport avec les exs. Mais j’essaie de ne pas les garder sur mon Facebook, ceux-là.

Bref, je m’éloigne de mon sujet. J’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami dans une ambiance légère et positive. Peut-être parce que je sais que même à l’autre bout du monde, il sera toujours important pour moi. Et je pense l’être aussi pour lui. Ça donne peut-être un léger baume au coeur. Mais tout ça n’est qu’exception. Car en général, les gens disparaissent « naturellement », avec les années, avec les événements ou les changements.

Et, pourtant, je suis zen. Ça me va. En fait, je me sens très positif ces derniers temps. Parce que ma vie n’est pas mauvaise, parce qu’il n’y a pas de grands nuages, parce que j’ai aussi cessé de me battre pour retrouver des amis qui avaient volontairement décidé de m’éliminer de leur vie.

Je reste quelqu’un de très possessif en amitié. J’aime voir ceux que je veux. Sans les autres. Sans cette cacophonie que pourrait m’apporter des gens que je ne veux pas voir. C’est sûrement la raison pour laquelle je préfère organiser mes soirées. Je me coupe peut-être de nouvelles rencontres intéressantes. C’est à réfléchir. Mais s’il y a quelque chose qui m’anime dans la vie, c’est bien de voir ceux que j’ai envie de voir. De profiter de ces moments trop éphémères. Sans bruit de fond inutile. Sans ces personnes de trop qui m’empêchent d’être moi-même, qui sait?

Ce n’est probablement pas (sûrement pas) la meilleure façon de conserver ses amitiés. Mais pour moi, c’est instinctif. J’aime peut-être trop les gens que j’aime (à la limite de vouloir les garder pour moi uniquement), mais je suis ainsi. Et j’ai compris que même si je n’avais pas ce genre de comportement, les amis viendraient et partiraient quand même comme bon leur semble. Alors, il vaut mieux profiter de l’instant. Et quand c’est moi qui choisis cet instant, à ma manière, avec mes règles et mes choix, je m’en porte mieux, je suis heureux. Souvent, à la fin de la soirée, je vois dans les yeux de mes amis qu’ils ont apprécié ce petit moment. Il s’agit d’un espace-temps, minuscule et partagé. Peut-être en vue de plusieurs autres moments, peut-être pour un dernier au revoir.

Un dernier message que tu ne liras pas

soleil

Six petits « bips ». Comme six petits coups secs qui résonnent dans la noirceur de la nuit. 4h30 du matin, et déjà mon irritation m’empêche de refermer l’œil. Mais qui donc ose m’écrire six fois de suite à cette heure tardive? J’ai pensé à Alix, mais ça n’avait pas de sens, il ne se couche jamais aussi tard. C’est pourtant le seul qui écrit de courts messages l’un à la suite de l’autre. C’était trop tentant, j’ai saisi mon téléphone cellulaire pour identifier le nom de celui ou celle qui m’importunait dans mon sommeil. J’aurais dû le savoir. C’était lui, évidemment.

À quoi bon! Aussi bien répondre sur-le-champ. Après des messages ambigus la semaine passée (que j’avais analysé comme des appels à l’aide) il valait mieux ne pas prendre de chance. Il a d’abord paru surpris de ma réponse. J’ai coupé court en lui demandant ce qu’il faisait debout un dimanche matin. Il n’a pas répondu tout de suite, préférant dire qu’il voulait qu’on se voie parce qu’il avait besoin de se changer les idées. Je me suis mordu une lèvre. Avant, quand il me lançait ce genre de phrases, c’était pour s’envoyer en l’air. En secret.

Je ne pouvais pas le voir en après-midi ni le soir; 5 à 7, suivi d’un concert. Je lui ai proposé de passer chez lui ensuite, mais il ne voulait pas. J’ai compris qu’il ne voulait pas que je vienne le voir dans son nouvel appartement. En fait, il évitait toujours les rencontres qui pouvaient nous offrir un peu trop de proximité. Il me connaissait bien. Moi aussi, je me serais méfié de moi-même.

Nous ne sommes pas arrivés à une entente, si bien que j’ai senti une certaine rage dans ses écrits. Puis, il a proposé: « tout de suite »! Le sachant à l’autre bout de la ville, je l’ai averti qu’il était 4h45 du matin et que le métro ne fonctionnait pas. Il a suggéré de venir me rejoindre dans notre ancien coin, me donnant rendez-vous devant notre ancien appartement, dans la Petite-Italie. J’ai trouvé ça un peu cruel, mais je n’ai rien relevé.

À 5h00 du matin, je me suis levé, un peu tête en l’air, ne sachant pas trop ce que je foutais là. Je me suis rappelé ses idées noires, j’ai tenté de chasser le reste de ma pensée (ce n’est pas à toi de t’occuper de lui) mais je m’en serais voulu s’il y avait eu mort d’homme. Dans ma cuisine, devant le soleil levant, mon chat ne comprenait pas trop ce que je faisais non plus. J’ai fait jouer de la musique. Obstacles  de Syd Matters. J’ai fumé une cigarette en me rappelant que je devais arrêter de fumer pour la xième fois. Que je devais cesser d’écrire des textes au Je aussi. Haussement d’épaule en buvant un verre de jus d’orange. We played hide and seek in waterfalls / We were younger, we were younger

J’ai enfilé un t-shirt trop petit pour moi, parce que les excès de la semaine précédente étaient beaucoup trop violents. Une paire de lunettes fumées et j’étais prêt pour un trajet de deux stations de métro. Malgré le mois de mai, il faisait froid. J’ai laissé échapper un « pays de cul », puis je me suis engouffré dans la chaleur d’une station. Seul. Qui d’autre aurait répondu à l’appel un dimanche matin, si tôt? Je venais évidemment de rater le premier wagon. 10 minutes à attendre. Il allait être en retard, donc aucune importance.

Dehors, à deux rues de notre ancien appartement, j’ai réalisé l’ironie de la chose. Se donner rendez-vous devant le lieu de notre deuxième et dernière chance. Où le bonheur n’avait point eu le temps de se créer, trop vite ravagé par l’annonce d’une autre séparation. De la rue, j’ai levé la tête vers le 2e étage, me demandant si les nouveaux locataires étaient heureux ici. La chanson Changes de Girls in hawaii dans les oreilles. J’ai retenu un haut-le-coeur, vestige d’une pensée romantique pour un passé révolu depuis… depuis déjà 5 ans. Jour pour jour, en ce dimanche de mai. J’ai eu beau me dire que les signes de la vie n’étaient que hasards, on a eu beau me reprocher que je faisais trop de liens, comme dans un roman, mais impossible de ne pas souligner l’étrangeté de la chose. Le 7 mai 2009, on emménageait ici. En 2014, j’y étais encore, et j’attendais toujours le même homme. I’m stuck under a balcony in the moisture of the mist / Smoking cigarettes ’cause I’m in despair / Is it some kind of boredom or just the need to fill myself up /It makes me smoke much more than I would want to…aaarrg

Il est arrivé avec son 10 minutes de retard habituel. En applaudissant. En guise de félicitations. Parce que j’étais à l’heure. Pourtant, je savais qu’il avait toujours été pire que moi. En plus de me retarder dans ma vie et mes futures relations.

Nous avons marché vers le restaurant de déjeuners ouvert très tôt, même le dimanche. Il venait de finir sa dernière bière. Je savais ce que ça voulait dire sans avoir à poser d’autres questions. And you look so nervous, so nervous, so nervous / You won’t conceal those cracks for live

Face à face dans une banquette, un menu ouvert que nous allions consulter seulement une heure plus tard, j’ai pris des nouvelles. Je l’avais bien vu quelques semaines auparavant; pour lui remettre mon fameux livre, celui que je n’aurais jamais écrit sans son aide (j’ai pensé: sans toute cette souffrance). Un peu plus et il me disait que je n’étais rien sans lui. Il y a quelques années, j’aurais sûrement adhéré à ses paroles. Des flashs de notre dernière rencontre ont alors submergé mon esprit. Souvenirs flous. Attirances. Alcool. Consommation. Un autre sarcasme de la vie, pour me prouver que c’est elle qui décidait de la fin, que j’aie sorti un roman ou non. Je me suis mis à sourire. Je ne regrettais rien de notre dernière rencontre, même si elle me tuait un peu plus en dedans. I’m just lying, just lying, just lying / Just lying again / Sitting aside in the sadness sometimes / You can see us faces down

Il m’a raconté ses problèmes de colocation. Je me suis demandé pourquoi ce garçon faisait craquer tant de mecs autour de lui. Alors qu’il me disait que les coups de foudre sont impossibles, je lui ai répondu que « pourtant, il en avait eu un dès qu’il m’avait rencontré à l’époque ». Hésitation de quelques secondes, puis approbation. Petit bonheur inutile, car tout ça n’existait plus depuis bien longtemps. Je me suis encore demandé ce que je faisais ici, et si Alix avait raison quand il m’avait dit de me méfier (attention, s’il coule, il va vouloir sombrer avec toi).

Il m’a parlé de son père. Qui lit encore mon blog, parait-il. Il le soupçonne même d’avoir acheté mon roman. La curiosité n’a pas de limites, je le comprends un peu. Ça m’a fait penser à mes parents. Ils ont eu des mots très durs pour le dernier homme qui a partagé ma vie, personnage ou pas. Les sœurs de Luc, elles, se sont arrêtées à la bande-annonce. Elles ont demandé si c’était tiré de notre histoire. En voyant la gueule de l’acteur, je ne peux pas croire qu’elles aient douté. Il m’a raconté qu’il les avait rassurées, parlant de texte romancé. Il n’a pas tort, il y a de la fiction… Mais il faut être dupe pour croire que la réalité ne vient pas se mêler de tout ça. Bon, de toute façon, ça n’a aucune importance. Je salue quand même le père de Luc, lui souhaite la meilleure des chances s’il se lance dans la lecture de mon livre. Moi-même, je ne sais pas si je voudrais en lire et en savoir autant si j’avais un fils.

Ça me ramène à la force incroyable de mes parents. Qui, eux, ont tout lu déjà. Au contraire des autres, ils n’ont pas cherché à connaître la vérité dans la fiction. Ma mère m’a bien posé certaines questions précises, mais elle ne s’est pas aventurée au sujet de ce qui touchait l’intimité sexuelle des personnages. Mon père est plus timide. C’est normal. Je sais qu’il éprouve beaucoup de colère et qu’il utilise des termes grossiers pour décrire certaines personnes liées au livre. Je ne pense pas en savoir plus. Tout était dit quand papa m’a demandé si j’allais écrire un « vrai roman » un jour. Il s’est ensuite mis à me parler de polar et de romans policiers. Petit soupir.

Retour au déjeuner. 6h00 du matin. Je l’écoute encore parler. J’ai parfois l’impression que je suis le seul qui l’écoute parler ainsi. J’ose glisser l’idée de son chum. Oui, il a un copain depuis 4 ans déjà. Un copain qu’il voit peu. Ça me fait hausser les épaules, me dire que c’est normal si ça va bien. Et je sais que c’est lui qui devrait se trouver à ma place présentement. Évidemment, la complexité des histoires qu’il vit ne permet pas de mettre son chum dans les confidences. Lui, je ne l’ai jamais vu. Enfin. À peine croisé au coin d’une rue un samedi soir en allant au dépanneur. Quand je pense à lui, je pense à son ancien bon ami, qui fut mon amant, et dont je me suis inspiré pour une scène de sexe vers la fin de mon livre. Le monde est petit. Très petit.

Nous avons fini par commander de la nourriture. La dernière fois que j’avais les fesses dans ce restaurant, nous vivions encore ensemble. Des liens, encore des liens. Il n’y a que ça qui nous unit; les liens du passé, les liens du passé qui se recoupent avec le présent. Et même s’il a changé, même si je ne veux pas revenir en couple avec lui, il y a cette force d’attraction malsaine, ce désir invisible qui fait office d’aimant. Si je n’écoutais que mes pulsions, je serais déjà assis à ses côtés, à le toucher et à profiter d’un corps que je ne reconnaîtrais pas.

Après trois heures dans le restaurant, nous sommes sortis pour marcher et digérer. Même si j’avais dormi deux, trois heures cette nuit-là, il m’a fait marcher de Jean-Talon à la rue Sainte-Catherine. Soleil éblouissant. Comme si la vie n’avait pas vraiment changé. Nous avons parlé de son pénis. Et il n’en fallait pas plus pour que mon attirance revienne en force. En observant la scène d’un point de vue extérieur, je n’y voyais qu’un désespoir. Un désespoir vain, comme si l’unique but était d’obtenir satisfaction. Et puis, la vérité s’est amenée d’elle-même. Ça ne changerait jamais.

J’ai compris que je pouvais comparer notre histoire à celle vécue avec mon ex-copine. Même en étant gai à 100%, je sais que la seule femme que je pourrais baiser sans soucis serait bel et bien Sarah. Par habitude? Par naturel? Par connaissance d’un corps passé que je ne connais pourtant plus maintenant? Je suis convaincu que ce serait la seule qui pourrait encore réussir à me faire goûter au corps féminin. Eh bien, je sens cette espèce de similitude avec mon ex. Cette impression que même si je le reverrai dans 10 ans, j’aurais toujours cette attirance, cette forme d’attraction poétique et sexuelle à la fois. Un intérêt de mon corps vers le sien, sans même le vouloir.

Je n’ai aucun désir de reformer un couple avec lui, pas envie de partager une vie commune dans un appartement. Mais toute forme d’amitié entre nous se transforme en option sexuelle dans mon esprit. Je me rends compte que ça ne sert à rien de me mentir à ce sujet. Il n’y a pas d’ambiguïté. Il est passé à autre chose. Moi, j’ai écrit un livre et je l’ai gardé près de moi grâce à un personnage. Ce n’est pas sa faute. C’est la mienne. J’assume. J’assume aussi le fait que je suis passé à autre chose. Le problème, c’est la proximité. Qu’elle existe une fois par année ou une fois par mois ne change rien. Comme si chaque occasion remettait les compteurs à zéro. Ce n’est pas du jeu pour moi. Et ce n’est pas de sa faute, ou si peu, par moment.

Cette histoire, c’est une histoire banale comme des milliers d’autres. Une attirance sexuelle interdite entre deux êtres pour diverses raisons. Un truc inévitable. Un truc que je dois me forcer à éviter. J’aurai toujours une certaine affection pour lui, mais il est temps qu’il me laisse partir et qu’il cesse de revenir me chercher. Ça fait de la peine de penser que ma place n’est plus là, que je devrai probablement le forcer à me remplacer par son copain. Parce que c’est son rôle à lui à présent.

Je n’ai pas assez de résilience pour faire ami-ami avec mes exs. Parce que l’attraction physique gagne tout le temps. Je suis un être de pulsions. J’en parlais justement avec une collègue de travail qui vient de se séparer. Elle a tout de suite installé des balises claires entre son ex-copain et elle, car ils doivent partager l’appartement jusqu’en juillet. Elle ne me dit peut-être pas tout, mais j’admire son courage et sa conviction. Quand c’est fini, c’est fini. Et, elle a raison. C’est le seul moyen de vraiment tourner la page et de concevoir un avenir avec quelqu’un d’autre.

J’ai compris pourquoi j’étais célibataire depuis si longtemps. Vivre dans le passé est une partie du problème, mais c’est surtout la réactualisation d’un amour passé qui m’a nui. Ce n’est pas la faute de Luc. J’ai longtemps été son confident. Il voudrait que je continue à l’être (mais uniquement quand ça l’arrange). Il restera centré sur lui-même comme je l’ai toujours connu. Ça fait partie de sa personnalité. Je ne pourrai jamais le changer. Mais je peux tenter de me changer moi. Et ces derniers jours, je vis une certaine libération. D’abord, pour avoir compris que ce n’était pas l’amour qui me guidait vers lui. C’est une question de disponibilité des corps. Je suis convaincu que si Luc était célibataire, nous aurions vécu encore du sexe pendant un long moment, jusqu’à ce que l’ennui prenne toute la place. Et je ne crois pas que l’ennui comme souvenir d’une relation est mieux que la passion qui finit drastiquement.

Quand j’ai publié mon roman, je m’étais dit que je fermais le dossier le soir même. La vie s’est amusée à me faire comprendre qu’il y avait des choses que je ne contrôlais pas. Tout comme je ne contrôle pas toujours ce qui me fait bander. Mais les pulsions se contrôlent, ou du moins, elles peuvent être évitées si on prend des précautions. C’est un peu dire que mon ex est contagieux, et que dès que je le fréquente, je fais de la fièvre et le désire encore. Le temps et l’absence font diminuer les fièvres. J’ai fini d’être dans l’attente pour une simple relation sexuelle. Avant, j’étais dans l’attente par amour. Comme ce n’est plus le cas, la seule chose qui me rappelle mon désir est sa présence. Il n’y a pas 10 000 solutions.

Je mise sur le fait qu’il ne fasse pas trop de conneries. C’est tout ce que je peux souhaiter. Et espérer qu’il s’en sorte psychologiquement. Mais, à partir de maintenant, j’ai choisi de ne pas sombrer avec lui. Je lui ai laissé le contrôle très longtemps. Trop longtemps. Et d’une certaine façon, il s’en foutait. Il a toujours pensé qu’il y avait droit en tout temps. Les années passent, la vie change, et je dois m’aider d’abord. Me la jouer égoïste, oui peut-être. Quoi qu’il en soit, le deuil est terminé. Il ne faut plus rouvrir la brèche ou faire saigner la cicatrice du passé.

Je disparaîtrai doucement. Et son père, s’il me lit vraiment, ne lui parlera pas de cette publication. Tout se fera sous silence, pour son bien à lui, pour qu’il m’oublie sans même s’en rendre compte. Ce sera sans conflits, sans arguments et sans rancœur. Il vivra sa vie d’adulte, avec ses hauts et ses bas, et ce réflexe si naturel de m’écrire ou de me parler s’en ira avec le temps. Je lui faciliterai la tâche, car je ne le relancerai pas. Retenir ses pulsions, les contrôler pour le bien de l’autre, mais surtout pour son propre bien. Nous sommes tous les deux dans la trentaine. Il n’y a plus d’excuses pour aller puiser dans le passé et chambouler le présent. Nous sommes deux hommes. Deux hommes en paix malgré les vagues douloureuses de la solitude et du temps. Deux hommes qui font de leur mieux, avec leurs démons, leurs souvenirs, et une forme d’affection l’un pour l’autre que je n’aurai que trop rarement vécu dans ma vie.

Et si je n’avais qu’un tout petit souhait à lancer dans l’univers, ce serait de recommencer toute cette histoire folle… Avec un autre.