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Long Long way

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Avertissement: je me sers d’une pseudo critique de disque pour tout ramener vers moi et ma vie. Time to get personnal.

C’est toujours comme ça les débuts de novembre. On se promène dans le froid qui commence. Les morts retournent à leur mortalité. Les gens sont hung over de leur party d’Halloween auxquels je ne participe jamais. Je hais me déguiser. Ça doit faire partie d’un processus inconscient: j’ai tant cherché à savoir qui j’étais qu’il n’est plus question de le masquer. Bref. Novembre amène inévitablement le côté « réchauffons-nous à la maison avec un petit gin et écoutons de la musique émotive pour prendre conscience de nos pertes et de nos gains ».

Trame sonore parfaite: le nouvel album de Damien Rice, My favorite faded fantasy; qui sort seulement lundi ou mardi, mais je m’en contre-fou; au prix où il vend ses billets de concert, j’écoute l’album avant le temps sans le moindre remords! Je suis particulièrement heureux de l’entendre. Un de mes amis me disait que Damien lui avait manqué. C’est un peu le même feeling que j’avais. Sur cet album, il y a deux perles entourées d’excellentes chansons, soit: It takes a lot to know a man (une pièce de près de 10 minutes, mélancolique comme ça faisait longtemps que j’en avais entendu dans ce genre), mais surtout The Box, la petite pépite de l’album; simplement parfaite. La présence des violons qui se marient avec le piano est d’une subtilité étonnante, et on s’étonne à se laisser porter dans un mélancolique-espoir qui coïncide trop bien avec cette période de l’année. Bref, si vous aimez les songwriters acoustiques et symphoniques, garochez-vous sur ce nouvel album.

Et puis, le froid, novembre, la noirceur, l’isolement, la musique mélanco… tout ça ne peut que me faire penser à ma vie présente. Mon meilleur ami me disait dernièrement que plusieurs belles choses m’arrivaient, mais que j’avais tout de même l’air blasé. Je n’ai pas su le contredire, parce qu’il devait y avoir une partie de vérité dans ses paroles. Ce n’est pas que je suis blasé, en fait, c’est que j’apprends à vivre avec la résignation, cette dernière étape du deuil.

Ça m’aura pris 5 ans et deux mois. Comme d’habitude. Parce que c’est toujours la même chose. Je m’enferme dans une boîte, je continue de vivre avec les fantômes, je me saoule à la mélancolie, aux histoires heureuses du passé et j’oublie de vivre ce qui se produit maintenant, ce qui se déroule sous mes yeux. Puis, un jour comme un autre, un matin d’automne, je me réveille et c’est différent. Je ne pleure plus depuis 2012. Je ne le pleure plus. Il s’efface dans le brouillard; même ses yeux sérieux qui me regardaient jouir ne sont plus aussi clairs. Et peu à peu, je finis par hausser les épaules. La résignation. Savoir que se battre est vain. Qu’il n’y a plus rien à aller chercher. Non, ce n’est pas une libération. C’est surtout le naturel de la vie. La logique pure. Le fait de ne plus voir quelqu’un l’éloigne automatiquement. Et à petits pas, on finit par se convaincre: si l’autre ne veut plus de nous dans sa vie, il ne mérite plus qu’on s’attarde une seule seconde à son être.

Alors, ce serait faux de dire qu’il n’y a pas de mélancolie à écrire ces lignes. Ce serait faux aussi de parler de libération. En fait, la réalité, c’est qu’il n’y a rien. Et peu importe s’il y avait mélancolie ou libération, il n’y aurait rien tout de même. Plus rien à changer. Plus rien qui peut faire la moindre différence. Nous sommes une histoire. Une histoire du passé. Comme celle qui la précédait, comme la première qui m’avait tant ravagé. Et en repensant à la première, on sourit. Tout simplement. C’est tout ce qui reste à faire. Même pas besoin de se dire qu’on était fou, aveuglé par l’amour ou la présence de l’autre. Ça n’a plus d’importance.

Il en restera des photos, des courriels, des lettres, des souvenirs. Et pour moi, il en restera un roman. Est-ce une bonne chose ou non? Ce n’est pas la question. Ce fut le cas avec les relations précédentes aussi. Mais j’ose espérer avoir appris, et ne plus me lancer dans quelque chose du genre à l’avenir. Peu importe. S’il y a une chose dont j’ai conscience, c’est que j’en ai assez parlé. Mon ex peut maintenant aller rejoindre le destin de son personnage.

Je vais bien. J’ai vendu toutes mes copies, mais mieux encore, il n’y aura presque pas de retours de librairies, car elles ont tout vendu elles aussi.

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Je me revois encore, à pareille date, il y a deux ans, à pleurer comme une madeleine alors que je terminais l’écriture de ce livre. Ça reste un accomplissement, mais ce ne sera jamais l’accomplissement de ma vie. Parce qu’il renferme beaucoup trop de souffrances pour être réellement positif. Alors je m’accroche à ce dont je me suis toujours accroché; les retours de lecture, les remerciements sur l’aide que mes écrits ont pu amener, même les relations toxiques qui se sont terminées après la lecture de ce roman. J’avais oublié la générosité des lecteurs. Car chaque histoire écrite renferme des centaines d’histoires similaires.

J’ai rencontré mon traducteur littéraire en personne, jeudi. Il arrivait directement de Victoria, en Colombie-Britannique. Il n’a fallu qu’un demi-verre de vin rouge afin que le courant passe. On a fini par vider la bouteille. J’ai écouté son parcours avec fascination, j’ai apprécié son honnêteté. J’oublie souvent que les gens qui m’ont lu ont un peu l’impression de me connaître. Et je suis surtout heureux de ne pas décevoir ou trop être à côté de l’image qu’ils ont de moi, à travers le prisme de Gabriel.

Nous allons continuer notre projet de traduction. Nous sommes tous les deux convaincus qu’il y a un marché anglophone pour mon roman. C’est toujours agréable de savoir que quelqu’un d’aussi expérimenté en traduction peut visualiser la voix du personnage et déclarer en toute honnêteté que le livre se lit d’une traite, un peu à la manière d’un roman policier. Quand mon traducteur m’a annoncé que sa femme s’appelait Sarah, et qu’il avait un entourage rempli de références par rapport aux noms des personnages de mon roman; ça m’a fait sourire. Mais surtout, ça me montre qu’encore une fois, on lit pour se créer sa propre histoire; avec son passé et ses références. Je dois avouer que j’étais tout de même très heureux d’avoir tant de commentaires positifs de la part d’un homme, un homme hétéro. C’est encore une preuve que le roman n’a pas de frontière.

Je commence aussi tranquillement à me mettre dans la peau de mon prochain personnage: un jeune homme complètement obsédé par son poids; qui pratique le surentraînement, qui flirte avec l’anorexie et qui met sa vie en danger avec des produits pas trop clean. Pour écrire un livre, je dois me mettre dans la peau de mon personnage principal. Alors, je n’échappe pas à la règle. J’ai recommencé l’entraînement 4 à 5 fois par semaine, un vrai entraînement souffrant et difficile. J’ai faim tout le temps. Et c’est justement cette alerte du cerveau dont j’ai besoin. Vivre avec l’impression de ne pas avoir assez mangé, vivre tous les désagréments psychologiques d’une certaine forme de «restriction» alimentaire. Mon psy capote un peu; car ce genre d’expérimentation peut virer très mal, mais je suis suivi et peu importe ce que me diront les autres; si je veux écrire une histoire qui a du sens, je dois me plonger dedans avec la même obsession de mon personnage. Et puis, on ne se le cachera pas; j’ai du poids à perdre de toute façon! Ça va me faire bizarre de me retrouver comme à 15-16 ans, dans le même pattern, mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour donner un peu de vraisemblance à un personnage. Je m’y engage à 100%, parce que je n’ai pas le choix de le vivre moi-même si je veux le transposer de façon réaliste.

Dans les autres nouvelles, ça fera bientôt deux mois que je ne fume plus la cigarette. Ça a fait drastiquement baisser ma consommation d’alcool également. Ça tombe bien, parce que je n’arrive pas à me sortir de mes dettes de l’épisode de Google de cet été. Chaque fois que je rembourse une carte de crédit, j’en fais grimper une autre. Ce petit jeu peut continuer très longtemps. Mais avec des paiements de 1300$ aux deux semaines, ce n’est pas évident de tenir la route. Je ne sais pas si ça ajoute au fait que je donne une impression de moi à l’air blasé, mais je n’ai pas le choix de vivre dans le strict minimum, de moins sortir et d’éviter les restaurants (mon personnage de roman refuserait tout restaurant de toute manière; car il n’aurait pas le contrôle de ce qu’il ingurgite). Je ne sais pas si la vie m’offre un beau test, ou si c’est moi qui le crée pour me punir d’être une mauvaise personne. Je ne saurais dire pourquoi j’ai toujours cette impression d’être une mauvaise personne. C’est un sentiment ancré en moi depuis tant d’années; j’ai toujours eu l’impression d’être en tort, d’être mauvais, méchant, égoïste, cruel… Tout ça vient inévitablement des anciennes relations, de ce qu’on m’a lancé pour me blesser, de ce que le quotidien m’amène pour m’abaisser un peu plus chaque jour.

Ça n’a que très peu d’importance. Du moins, pour l’instant. Je continue mon petit chemin. J’expérimente. Je grandis. J’apprends à vivre avec l’adulte en moi. J’ai longtemps été confiné dans une boîte maudite, on m’a souvent attribué une personnalité, un genre, un jugement ou une impression. Je suis en constant apprentissage pour tenter de me foutre de l’opinion des autres. Mais avouez que ce n’est pas toujours facile. Ça se travaille, évidemment. Au contraire d’un acteur qui se fait juger sur son apparence, moi, on me juge sur mes écrits et ce que je dis/pense. Peu de gens le savent, outre les écrivains bien sûr, mais c’est la forme de jugement la plus difficile à gérer. Un acteur peut se cacher derrière son personnage, peut justifier ses paroles en se cachant derrière un scénariste. Mais l’écrivain, lui, est sur la ligne de mire. Il va au front, il se fait atteindre par les projectiles; ces paroles malhonnêtes qui sont souvent lancées par rapport à des extraits de livres, des bouts de texte hors contexte, etc. Se battre contre ça est inutile. Il vaut mieux livrer un livre et fermer les yeux, choisir ce que l’on veut entendre.

Ça fait cinq longues années que je repousse mon évolution; le fait de devenir vraiment adulte. Mais ça se termine maintenant. Je garderai mon cœur jeune, mais mes actions ne seront plus juvéniles. J’ai cessé de pleurer le passé. [Je te le laisse, Erik!] Je suis bien où je suis, à présent. Entouré de ceux qui comptent, loin des gens négatifs, même dans mon lit. J’ai fait la paix avec ceux qui me cherchaient des ennuis. En fait, ça ne vaut pas la peine. J’ai aussi fait la paix avec ceux que je croyais mes amis, mais qui ne sont en fait que des connaissances. Ça va, la vie se chargera de décider de notre sort. Plus envie de me battre pour les amours, les amitiés, les histoires d’embrouilles familiales. Ça ne me concerne plus. Je reprends le contrôle de mon être; que ceux qui m’aiment vraiment me suivent, et que les autres prennent un autre chemin.

J’aurai 31 ans dans quelques jours. Et je n’ai jamais été aussi zen de toute ma vie. J’ai accepté ma réalité. J’ai choisi mes prochains défis. Il y aura des échecs, c’est inévitable, mais qui ne tombe jamais ne peut pas réellement triompher. Et puis, n’est-ce pas le propre même de la vie? On finit tous par se casser la gueule quelquefois. Ceux qui réussiront sont ceux qui le reconnaissent.

Le point de non-retour

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Ça y est. J’ai franchi le point de non-retour; l’inévitable qui amène la confession envers soi-même, le désir d’aller de l’avant et d’embrasser le changement.

Le premier indice de ce nouveau pas s’est révélé à moi mercredi passé, après une brosse qui m’a semblé légère, mais qui m’a montré que l’extrémisme faisait encore partie de moi. Je me revois encore, vers 2h00 du matin, en train d’écrire un article sur ce blogue, pour parler de lui. Mais la conscience s’est faite entendre cette fois-ci, et je n’ai rien publié. C’est un avancement.

Il n’y a pas à dire, j’ai fait beaucoup de cheminement au cours de ces deux dernières années; reconnaître mes problèmes, aller chercher de l’aide pour les régler, réussir un exploit que je croyais impossible (me libérer de la marijuana) et surtout, travailler sur moi-même, sur cette peur du vide et de l’ennui. On a tous un peu peur de la solitude, et j’ai trop souvent choisi de la combler à l’aide de diverses substances.

Encore aujourd’hui, ce n’est pas facile de contrôler la pulsion (le choix si simple de repousser ses propres problèmes avec une solution toute faite), et après  de nombreux traitements, j’ai pu me dire que j’étais guéri. Mais la guérison d’un problème en amène parfois d’autres. C’est l’histoire de ma vie après tout. Je suis fier de moi; je ne vide plus une bouteille de vin par soir depuis bien longtemps, je ne passe plus mes fins de semaine à fumer des joints et à rester prostré devant le vide, n’ayant envie de rien. Mais un problème persiste; celui de l’estime de moi.

Ou comment réussir à s’apprécier et à s’aimer, avec ses lacunes, ses petites bibites et cette forme de punition par la récompense. J’arrive à un stade où j’ai tant parlé de mon passé que celui-ci s’est détaché de moi pour devenir un Autre. Quelque chose qui ne me concernait plus. Le dernier roman y est pour beaucoup. Je me rends compte qu’il facile de se cacher derrière lui, de dire à ceux qui me posent des questions « oui, c’est arrivé. Mais je ne suis plus cette personne aujourd’hui. » C’est en partie vrai. En partie.

Parce qu’il me reste un grave problème que je traîne depuis l’adolescence, qui occupe mes pensées de temps en temps, voire sans cesse. J’ai toujours associé ma perception du vide à la perception de mon propre reflet, de mon image. Si la solitude est si présente, c’est qu’on m’a rejeté dans le passé, c’est que je n’arrive plus à plaire autant avec l’être que j’ai construit au fil du temps et qui me représente, moi, aux yeux des autres. Ce n’est pas toujours faux, mais il est clairement faux de penser que c’est la vérité ultime. J’ai peut-être réglé les plus graves problèmes liés à mes diverses dépendances (drogue, sexe, affection, surconsommation), mais je n’ai jamais réglé cette ambivalence constante, cette relation malsaine avec la nourriture, l’alimentation.

Depuis bientôt une année, je pratique le jeûne. Deux jours/nuits par semaine. Ne pas manger est devenu un défi. Il vaut mieux ramper à quatre pattes sur le plancher plutôt que d’ingérer un aliment qui me donnerait de l’énergie. Chaque vendredi soir, je plonge dans l’anorexie programmée; un contrôle qui me donne l’impression d’éviter les excès et de stabiliser mon poids. Mais qu’est-ce que j’évite au juste?

Je n’évite rien, je remplace le problème de boulimie que j’avais jadis quand je fumais de la mari; et quand je pars travailler le lundi matin, je me touche l’abdomen en me félicitant. J’ai réussi, pour un moment précis, un court laps de temps, à éviter la nourriture, comme si je préférais les carences alimentaires à une prise de poids. Et je contrôle tout ça depuis si longtemps, que c’est devenu une habitude que mon cerveau considère comme saine.

Il est temps que ça cesse. C’est pourquoi je suis retourné consulter pour ces troubles alimentaires. Ça coûte une fortune, certes, mais je me dois d’investir dans ma santé, si je veux passer le cap des 40 ans. Ce ne sera pas facile; de supprimer ces habitudes, cette routine de fin de semaine qui me tient à l’écart de la vie, parce que je ne peux simplement pas me déplacer par manque de force et d’énergie. J’ai beau m’entraîner la semaine, je perds tout la fin de semaine.

Je sais que je dois chercher sous la surface, ce qui me fait agir de la sorte. Je ne peux plus me cacher derrière la douleur d’une relation amoureuse malsaine. Il n’y a plus grand-chose qui m’attache à mon passé. Le but de mon roman était d’ailleurs clair: faire table rase du passé, observer ce que j’ai été, comment j’ai agis, pourquoi je me suis adonné à ce genre d’activités. Certes, il y a ce désir de plaire, ce désir de ne pas être rejeté par l’autre, et Dieu sait que dans le monde gai, tout est une question d’apparence, mais il est temps de voir au-delà de ce faux-semblant.

Ce ne sera pas facile. De combattre les envies de revenir vers l’arrière, de retourner aux vieilles habitudes, aux solutions simples qui fonctionnaient bien. Mais je sais qu’à ce rythme, je vais mourir bientôt. Et je n’ai pas envie de mourir. J’ai envie de vivre, de partager ma vie et mon sourire, de trouver un équilibre.

Je suis arrivé à un point de ma vie où je peux regarder vers l’arrière et comprendre les erreurs à ne pas reproduire. Mais je préfère surtout regarder vers l’avenir, cesser d’avoir toutes ces angoisses et ces peurs malsaines; toujours craindre de ne jamais plus aimer et être aimé; et accuser injustement mon apparence physique pour tous mes maux.

J’ai longtemps cru que l’anorexie était un geste d’amour envers mon corps; le restreindre pour lui donner meilleure apparence, plus belle vitalité. Ça ne tient plus la route. Je sais que je m’embarque dans un long cheminement rempli d’embûches et d’obstacles. De toute façon, c’est trop tard. J’ai ouvert la porte à une vie plus saine, et je le saurai tout de suite si je me mens. Je connais mes patterns. Je sais ce que je dois surveiller. Et ça n’a rien à voir avec la volonté. Prendre soin de sa santé, c’est aussi éviter les restrictions ou les régimes miracles. Ça ne fonctionne pas.

On a tous nos petits problèmes. On ne réussira jamais à les régler complètement. On ne peut qu’espérer et devenir meilleur, d’abord pour soi-même, ensuite pour celui ou celle que l’on aime. Il est temps de prendre le taureau par les cornes, de cesser de se cacher derrière une superficialité mensongère.

Ma décision est prise. Elle est irrévocable. Je vais travailler à m’aider, à devenir quelqu’un de sain et d’équilibré. De toute façon, c’est ça ou la mort.