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La grande déception

Il y a des constatations plus tristes que d’autres. Vous commencez à me connaître, je parle énormément d’amitié et d’amour sur ce blogue. Ce sont probablement les sujets qui importent le plus dans ma vie. Il arrive que l’on doive couper les ponts une bonne fois pour toutes. C’est d’ailleurs ce que j’ai entrepris dernièrement avec un ex. Mais quand le choix ne vient pas de nous, c’est toujours un peu confrontant…

Il n’y a pas à dire, j’y ai cru depuis bientôt près de vingt ans. Vingt années à se dire que rien ne pourra nous séparer. De mon côté, tout était (et est encore) limpide. Mais comment réagir quand le rejet provient des autres? C’est toujours la grande question remplie d’interrogations.

Se faire flusher par des amis, ça arrive à tout le monde dans la vie. C’est un passage obligé. Mais quand il est question d’amitié qui date de plus de 20 ans, ça reste un choc, un peu comme une rupture amoureuse que l’on ne veut pas croire. Je suis d’abord passé par le déni, je pense que je suis maintenant dans la phase de la colère. Quoiqu’elle n’est pas aussi intense que j’aurais pu le croire.

Je suis scorpion, je suis loyal, et c’est en amitié que ça se représente le plus. Je me suis souvent battu pour des amitiés, parce que je ne pouvais pas croire que deux personnes qui ont vécu autant d’aventures pouvaient décider du jour au lendemain de disparaître dans la vie de l’un et l’autre.

Et qu’on me comprenne bien. Je n’ai plus la pensée magique de l’adolescent qui se dit best friend forever et tout ce genre de tralala. Je sais que la vie éloigne les gens, que la distance géographique ou même le travail ou le couple peuvent diminuer les fréquences de rencontres. Mais il y a des gens qui comptent tant dans nos cœurs, que même si on ne les voit pas pendant des mois, ça n’a aucune importance; on sait qu’on pourra les revoir un an plus tard, et que rien ne sera détruit au niveau amical.

Le problème vient souvent de l’interprétation des autres. Je ne dis pas qu’on est blanc comme neige, mais il arrive que des amis nous reprochent des choses qu’on ne peut pas contrôler, en raison de simples moyens logiques ou logistiques. Et c’est exactement ce qui arrive dans le cas présent. Mon meilleur ami, je ne le connais plus, parce qu’il s’est volontairement mis de côté, dans de grands élans dramatiques, comme s’il voulait tester l’amitié de tous ceux qui l’aimaient. Jusque-là, ça peut passer.

Cependant, quand je demande des nouvelles à cet ami, et qu’il me répond bêtement qu’il est juste «trop tard pour prendre des nouvelles», ça me fait bouillir. C’est comme si le reproche m’était dû entièrement, comme si je n’avais pas assez fait d’efforts à la hauteur de cette personne. Pourtant, c’est elle qui a décidé d’aller vivre ailleurs, c’est elle qui a décidé de supprimer son compte Facebook, pour être bien certain de créer une disparition dramatique. Et le message était clair avant même que je m’en rende compte: il faisait ses adieux à ses amis d’avants, pour ensuite disparaître complètement des réseaux sociaux. Et quand je le texte, j’ai droit à des reproches enfantins, du genre, c’est trop tard maintenant (je précise que notre dernière conversation ne remontait qu’à la mi-juillet).

Quand il m’a mandaté de faire son message à tous ceux que l’on connaît (Tu passeras le mot), j’ai trouvé ça tellement insultant et bête. Je respecte le choix de quelqu’un de partir ailleurs et de vouloir faire le ménage dans sa vie. Je respecte cette envie de faire du ménage et d’éliminer certaines personnes de nos vies. Mais tout balayer du revers de la main? Sans justification? Alors que c’est lui-même qui a décidé de s’isoler et de couper contact? Comment peut-il avoir l’audace de me dire que c’est trop tard quand je veux prendre de ses nouvelles? Ça me dépasse.

Et, puis, c’est comme s’il me donnait (m’avait donné plutôt) trop d’importance, comme s’il était de mon devoir de le sauver de je ne sais quoi, de m’occuper de lui comme un parent malade, de le chouchouter comme dans un couple. Je suis désolé, mais ce genre de reproches, de 1) me fait sentir cheap, de 2) me donne trop d’importance et de 3) fait en sorte que c’est comme si je devais le remercier d’avoir toujours été là pour moi, alors que de son avis, je n’ai jamais été là pour lui.

Je crois que certains ont la mémoire courte. Mais passons. En gros, je fais partie du lot, j’ai été flushé comme les autres, au même niveau, sans distinction par rapport à nos vingt ans d’amitié. Et ça, je trouve ça déloyal. D’abord, de me faire mettre sur le même pied d’égalité avec tous les autres qui importaient moins. Mais surtout de me faire porter un genre de fardeau de culpabilité, comme si j’avais pu le sauver de je-ne-sais-quoi.

Je ne crois pas que l’on peut sauver quelqu’un d’une dépression. On peut l’aider, discuter, lui faire voir un autre point de vue, mais je ne pense pas qu’on peut se la jouer Superman et régler tous les problèmes d’un ami avec notre simple présence. Surtout si la dépression est sévère.

Il faut dire que l’ami en question avait déjà annoncé son futur départ de ma vie, en me disant qu’on vivait deux rythmes de vie différents et qu’on était plus à la même place. Et alors? Je ne suis pas à la même place que mes amis qui ont des nouveau-nés, je ne suis pas à la même place que mes amis qui connaissent la gloire littéraire ou médiatique, je ne suis pas à la même place que plein de personnes, et on reste dans des relations amicales charmantes. Et là, on parle de mon meilleur ami…

Je comprends très bien qu’il ne l’a pas eu facile. Mais au-delà des difficultés de la vie, il y a aussi des choix de vie. Et tout comme moi, il n’a pas toujours fait les bons. Je ne l’ai jamais jugé sur ça. Je serais mal placé, d’ailleurs. Mais un moment donné, on ne peut pas toujours accuser les autres. Je ne pense pas que ça lui apporte quoi que ce soit d’en vouloir à ceux qui l’aiment. Il me semble qu’il s’agit d’un processus destructeur qui ne mène à rien. Rendu là, je sais que mes mots ne valent plus grand-chose et que je ne peux pas revenir en arrière.

Je pense tout de même que dans la colère, on attribue beaucoup d’accusations gratuites, et je n’ai pas à me sentir coupable du chemin qu’il a pris. Sinon, je serais probablement sur ce même chemin moi aussi, et ce n’est clairement pas le cas.

Alors tout cela laisse place à l’incompréhension, à des paroles que je reçois comme des lames de couteaux. Comme si tout était de ma faute, comme si j’étais celui qui l’a entraîné dans sa perte. Et, je l’aurais probablement cru si j’avais eu 20 ans. Mais voilà, je suis un adulte. J’ai vécu de nombreux au revoir, de nombreuses déceptions amicales, et plusieurs deuils durant les dernières années. Pourtant, j’étais loin de penser que je devrais faire un deuil de cette grande amitié qui m’a apporté beaucoup de choses.

C’est triste de ne pas être en mesure de sauver les gens qu’on aime. C’est triste de se sentir impuissant devant cette rage et cette haine qui nous sont balancées au visage. Je ne pourrai jamais dire que je n’ai pas travaillé sur cette relation. Si je me rappelle bien une chose, c’est qu’en 2008, j’ai douté une fois de notre amitié, et la réponse que j’avais obtenue m’avait secoué comme jamais: tu n’as pas le droit de me faire ça, tu n’as pas le droit de giving up sur notre amitié. Et c’était vrai. Je n’avais pas le droit de faire une chose du genre. Je l’avais compris rapidement. Cette amitié valait plus que bien des relations. Près de 10 ans plus tard, c’est l’inverse qui se produit, et quand ce serait à mon tour d’affirmer ces paroles dures, je n’ai droit qu’à des reproches, puis du silence. Comme quoi, les gens oublient vite selon leur position.

Je garde tout de même un espoir. Malgré tout. Il arrive que les gens aient besoin de distance pour se rendre compte de ceux qui comptent vraiment pour eux. Je doute, certes, parce que je sais que la vie n’est pas toujours rose, mais je continue ma promesse. Je n’abandonnerai pas. Je serai toujours là. Quand il en aura besoin, quand il verra enfin que je ne suis pas contre lui, mais avec lui. Peut-être ne le verra-t-il jamais, mais dans ce cas, je ne peux rien y faire.

Je lui ai dit que ma porte était toujours ouverte, et je le pense encore. Je me rends simplement compte qu’on ne peut forcer la main des autres. Si cette personne pense que je lui ai fait du mal volontairement, que puis-je faire pour l’en dissuader? On ne peut pas rentrer dans la tête des gens. Surtout quand on ne sait pas trop pourquoi ils nous accusent ainsi, après qu’ils se soient retirés eux-mêmes de nos vies.

En une semaine, j’aurai donc perdu l’amour de ma vie et l’amitié de ma vie. Pour ce qui est de l’amour, ce fut mon choix, parce qu’il en allait de ma santé mentale, il fallait guérir d’une relation qui n’allait jamais reprendre de toute façon. Encore aujourd’hui, j’accepte ma décision d’avoir couper contact avec l’ex le plus destructif de ma vie. Mais je n’ai jamais choisi de me faire jeter comme un vieux kleenex par mon meilleur ami. C’est triste, mais mon instinct me dit que je n’ai pas le privilège de m’apitoyer sur mon sort et de faire du drama avec tout ça. En fait, s’il y a un point positif à la vie adulte, c’est bien de se calmer au niveau des émotions dramatiques. J’ai appris que je ne pouvais pas contrôler les autres. Ce fut un apprentissage douloureux, rempli de pertes et de moments de désespoir, mais je suis zen avec tout ça.

Il faut parfois faire amende honorable et avoir confiance pour la suite. Je souhaite tout le bonheur de monde à mon ami, même s’il décide que je n’en suis plus un. Il aura toujours l’option de revenir prendre de mes nouvelles, et de mon côté, non, je ne lui dirai pas que c’est déjà trop tard.

La normalité de la trentaine?

Vers la fin de ma vingtaine, je disais souvent que j’avais perdu des amis, que les liens s’étaient détruits, ou que nos chemins s’étaient simplement séparés. Arrivé bientôt à la mi-trentaine, je me dis que j’étais un peu trop sévère (ou dramatique). 

Oui, il m’arrive encore de penser que j’ai été trahi, que j’ai été tassé même, mais je me rends compte que je m’en faisais beaucoup pour les aléas naturels de la vie. En fait, je ne devais pas comprendre que la vie est faite pour les séparations. Je me considère encore chanceux, parce que ces séparations n’égalent pas la mort de mes proches. Pas encore.

Avec le temps, j’ai aussi compris que les séparations nous permettaient de comprendre l’importance qu’avaient les autres dans nos vies. Trop peu, trop tard? Je ne suis pas si certain. En d’autres mots, je crois vivre tout ce qu’un humain vit généralement. La perte ne devrait pas toujours être triste ni violente.

Avec tous les gens que l’on rencontre sur le chemin de notre vie, il est tout à fait normal d’en voir disparaître plusieurs. Tout est dans la manière de faire les adieux ou les « au revoir ». Si je me suis souvent senti blessé d’être éliminé de la vie de certains amis en raison de leurs relations amoureuses, je pense maintenant que c’est quelque chose d’inévitable. On ne peut pas plaire à tous, et quand quelqu’un veut vraiment nous faire disparaître de la vie d’un de nos amis, parfois, on n’a juste pas le choix. Mais ce n’est pas toujours ainsi non plus.

Dernièrement, j’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami. Et je craignais que ce soit très triste et drama, mais au contraire, il y avait quelque chose de lumineux dans cet adieu (temporaire, je l’espère). En fait, j’étais heureux des nouveaux défis de mon ami. Je lui souhaite la meilleure des chances, et il faut dire qu’il y a des gens que l’on peut quitter et retrouver sans que cela nous affecte, comme si on s’était vu hier pour la dernière fois. Je ne sais pas ce qui en sera de ma relation avec mon meilleur ami, mais une chose est certaine; lors de ce dernier verre dans un bar miteux, j’ai encore eu la confirmation que certaines personnes sont là pour rester, et qu’il serait très difficile de les éliminer ou de me faire éliminer de leur vie. Peut-être que nous ne nous verrons plus pendant des mois, mais j’ai eu le plaisir de constater que ce genre d’amitié passe au-dessus de tout.

Ce qui est vrai pour tout le monde, c’est que la trentaine nous éloigne des autres. Pas nécessairement volontairement, mais par les simples aléas de la vie quotidienne. Que ce soit à cause de déménagements, de nouveau-nés, de nouvelles relations amoureuses, ou simplement parce que le temps nous manque. Il y en a pour qui je n’ai eu aucun problème à accepter la coupure des ponts (des gens que je considérais souvent néfastes pour moi, de toute façon), il y en a avec qui ce fut plus difficile, du moins de mon côté, parce que j’ai souvent tenté de me battre pour sauver certaines relations amicales, mais pour le moment, je me sens dans une belle phase. Une étape de ma vie où je n’ai plus d’agressivité ou de rancœur envers ceux qui me quittent. Ça fait partie de la vie. C’est ainsi. Il faut s’y accommoder. Bientôt, c’est probablement la mort qui me séparera des êtres que j’aime le plus au monde. Il vaut mieux commencer à devenir zen envers ce processus. Ne surtout pas tomber dans une noirceur.

Évidemment, on ne comprend pas toujours pourquoi les relations amicales prennent des distances. Il y a tant de raisons. Mais on dirait que j’accepte maintenant beaucoup plus facilement ce processus de séparation, que jadis lorsque j’étais dans la vingtaine et où je me sentais plutôt trahi par les gens que j’aime.

J’ai compris avec le temps, parce que je le vis moi-même, qu’on choisit un peu son parcours, qu’on décide d’être là où l’on a envie d’être. Et c’est correct. C’est la logique qui découle du fait de vieillir. On change nos habitudes aussi. On boit moins. On se drogue moins. On évite les situations plus folles. On devient adulte. Encore. Eh oui.

Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai fait la paix avec les gens qui ont pris leur distance, qui m’ont quitté (drastiquement ou avec le temps). C’est un peu la même chose de mon côté; on privilégie les gens qui nous ressemblent, qui vivent les mêmes choses que nous à l’instant X. Ça ne veut pas dire que je me ferme à l’inconnu ou aux situations différentes des miennes (la plus grande preuve de cela, c’est que je ne m’enferme pas avec des gens qui me ressemblent parfaitement). J’aime la confrontation, les divergences d’opinions, les situations de vie qui ne me concernent pas directement.

Je dois tout de même avouer que les dernières années m’ont éloigné des amis des dix dernières années. Il y a eu des non-dits, des trahisons, des événements où je n’avais rien à voir, mais où j’étais déjà déclaré coupable. Je me suis battu. Cela a été un échec lamentable. J’ai surtout compris qu’on ne peut pas se battre quand un amoureux ou une amoureuse d’un ou d’une amie décide qu’il ne nous aime pas. C’est ainsi. Il faut larguer les armes et accepter que l’on ne puisse pas plaire à tous. Et la vie, c’est ça: prendre des chances en aimant des gens, et accepter qu’il y a probablement une date de péremption sur nos relations. Ça ne veut pas dire que l’on ne s’aime plus. Ça veut simplement dire que l’on est plus assez important pour certaines personnes, que tout notre amour ne vaut rien par rapport aux doutes ou aux conflits qui peuvent se produire.

Et puis, de nouvelles personnes entrent dans nos vies. Elles illuminent notre mal-être, elles deviennent aussi importantes que les amis de jadis. Tout est un cycle. Tout est en mouvement.

Ça m’a pris du temps à comprendre qu’on ne pouvait pas recréer les amitiés d’antan. J’ai toujours eu cette espèce de fibre nostalgique un peu malsaine. Ce désir de ne pas laisser s’échapper les êtres qui me sont chers. Mais avec la sagesse des années qui s’écoulent, je me rends compte qu’il est inutile de se battre. Les relations se tissent et s’éloignent selon les aléas du temps.

Si on est chanceux, il en restera quelques-uns près de notre lit de mort.

Tout ça est un peu comme une déchirure amoureuse. Ou, du moins, ce l’était jadis. Je crois que la perte des amitiés peut être aussi dévastatrice que la perte amoureuse. On ne s’y attend jamais. Mais surtout, il y a rarement une précision aussi claire quand une relation amicale se meurt. On se voit une dernière fois, puis on ne se voit plus. Il peut même ne rien s’être passé. Seulement un silence, qui se remarque au fil des années. Le plus grave problème de notre époque, c’est qu’aujourd’hui, on peut encore suivre nos anciennes amitiés virtuellement. On peut les apercevoir faire un commentaire sur Facebook ou Twitter. Devenir amis avec une personne près de nous. Le hasard de se croiser dans la rue devient moins important, car l’on sait que l’on peut surveiller la vie d’un ancien ami par les réseaux sociaux. À moins d’un grand conflit et d’un bannissement, les gens ne nous bloqueront pas du monde virtuel. Ils continueront à vivre, à commenter, à exister dans ce milieu un peu étrange que l’on appelle le Web.

Il faut faire avec notre temps, comme on dit. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus cruel, que de voir l’évolution d’une ancienne amitié, de façon anonyme, dans l’ombre; être témoin de gens qui continuent leur vie sans nous. Je suppose aussi que c’est le même rapport avec les exs. Mais j’essaie de ne pas les garder sur mon Facebook, ceux-là.

Bref, je m’éloigne de mon sujet. J’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami dans une ambiance légère et positive. Peut-être parce que je sais que même à l’autre bout du monde, il sera toujours important pour moi. Et je pense l’être aussi pour lui. Ça donne peut-être un léger baume au coeur. Mais tout ça n’est qu’exception. Car en général, les gens disparaissent « naturellement », avec les années, avec les événements ou les changements.

Et, pourtant, je suis zen. Ça me va. En fait, je me sens très positif ces derniers temps. Parce que ma vie n’est pas mauvaise, parce qu’il n’y a pas de grands nuages, parce que j’ai aussi cessé de me battre pour retrouver des amis qui avaient volontairement décidé de m’éliminer de leur vie.

Je reste quelqu’un de très possessif en amitié. J’aime voir ceux que je veux. Sans les autres. Sans cette cacophonie que pourrait m’apporter des gens que je ne veux pas voir. C’est sûrement la raison pour laquelle je préfère organiser mes soirées. Je me coupe peut-être de nouvelles rencontres intéressantes. C’est à réfléchir. Mais s’il y a quelque chose qui m’anime dans la vie, c’est bien de voir ceux que j’ai envie de voir. De profiter de ces moments trop éphémères. Sans bruit de fond inutile. Sans ces personnes de trop qui m’empêchent d’être moi-même, qui sait?

Ce n’est probablement pas (sûrement pas) la meilleure façon de conserver ses amitiés. Mais pour moi, c’est instinctif. J’aime peut-être trop les gens que j’aime (à la limite de vouloir les garder pour moi uniquement), mais je suis ainsi. Et j’ai compris que même si je n’avais pas ce genre de comportement, les amis viendraient et partiraient quand même comme bon leur semble. Alors, il vaut mieux profiter de l’instant. Et quand c’est moi qui choisis cet instant, à ma manière, avec mes règles et mes choix, je m’en porte mieux, je suis heureux. Souvent, à la fin de la soirée, je vois dans les yeux de mes amis qu’ils ont apprécié ce petit moment. Il s’agit d’un espace-temps, minuscule et partagé. Peut-être en vue de plusieurs autres moments, peut-être pour un dernier au revoir.

Sobriété

sansal

Les derniers dix jours m’ont apporté beaucoup de réflexions. Des bonnes et des moins bonnes. J’ai tenté la sobriété. Complète. Zéro alcool. Je pense que l’alcool était un refuge dans ma vie. Pour calmer le passé. Pour l’éloigner tout en l’approchant.

Être sobre pendant plusieurs jours, c’est voir la vie différemment. Aucun doute. On se remet à se questionner, à se demander vers où on va, à se dire qu’on n’a pas atteint tous les buts qu’on désirait atteindre. Le plus important, c’est que je me suis rendu compte que sans boire, je pouvais lever 200 livres au Bench (douche bag!!!) et 60 livres en poids libres (douche bag bis!!!).

En fait, être sobre, c’est reprendre le rythme d’une vie « normale », dans le sens où on ne tait plus les problématiques de nos vies. Et quand je parle de problèmes, je trouve que j’exagère. Parce que j’en ai pas de problème. Bon, j’ai appris que je devrai porter des lunettes au travail, c’est un peu le gros drame de ma vie. Sinon, je suis un adulte bien normal. Et c’est justement ce qui me fait peur; être un adulte normal.

C’est comme si j’appréciais être un peu plus « twisted » et que là, ben il n’y a plus rien pour me faire vivre ce sentiment. C’est la triste réalité; je suis bien dans ma vie, à ma place, avec des objectifs précis. Oui, je dois perdre du poids. C’est une obsession. Une obsession qui perdure depuis l’âge de 14 ans, alors que je pesais à peu près le même poids qu’aujourd’hui. Mais la sobriété me fait analyser le tout autrement.

C’est fou comme arrêter de boire remet les choses en place. Je dois l’avouer, ça m’a presque donné envie d’écrire. Je pense que j’utilisais (j’utilise) l’alcool pour éviter d’affronter les choses. Et pourtant… quand je serre la bite de mon homme au petit matin, quand il essaie de me pénétrer pour le fun, même si on doit se lever dans quelques minutes, je me sens bien. En harmonie avec ma vie, avec ce qu’elle m’apporte.

Le plus gros problème, c’est lorsque je reviens du travail la semaine. Je tourne en rond. Vraiment. L’alcool endort mes sentiments. Elle les gèle, un peu comme la drogue le faisait jadis, I guess. C’est un peu comme si je comprenais pourquoi tout est dramatique lorsque je suis sous influence. Je me rappelle les relations perdues, les amitiés larguées… Au final, j’ai compris que boire m’apportait plus de souffrances que de libération. Ça pourra paraître banal pour certains, mais pour moi, c’est comme une révélation.

J’ai reçu un message de mon ex (en réponse à un message d’il y a plus de 6 mois). Notre conversation a duré pendant 3 phrases. Il est ailleurs. Je suis ailleurs. Tout ça est déjà fini depuis longtemps. Et j’ai vite compris que sa réponse provenait de son surmoi, cet état qui se révèle quand on a bu. Il devait être saoul pour m’avoir répondu après tant de temps. Je mentirais si je disais que ça ne m’a pas atteint d’une certaine façon. On est toujours bouleversé quand on reçoit des nouvelles de ceux que l’on a jadis aimés. Ce fut mon cas.

J’ai voulu lui répondre. Un truc un peu mélo-drama… mais je m’en suis empêché. Ça vaut mieux pour ma santé mentale.

Tout ça me fait dire qu’on n’oublie jamais réellement les gens que l’ont a aimés jadis. Ça fait partie du processus du deuil. Et je ne suis plus rendu à ces étapes. Les mois et les années sont passés. Comme une autre de mes ex me disait: c’est déjà fini, depuis longtemps. Et c’est vrai. Il faut apprendre à prendre une distance, à se dire que le moment présent compte plus que les souvenirs du passé.

Je travaille sur ça. Sans alcool, c’est plus facile. Plus facile pour le poids aussi. Alors, ça va bien. Et c’est la même chose pour les amitiés. On ne peut pas forcer les gens à rester dans nos vies. Je me suis tellement accroché aux gens que j’adorais, sans avoir de retour; c’est un jeu qui se joue à deux; je me rends compte qu’il est inutile de vouloir garder des ponts avec des gens qui n’en ont rien à foutre. Mais je me sens de plus en plus choyé; les personnes que je fréquente aujourd’hui sont honnêtes; exit les jeux d’amitié, on voit qui sont les gens qui s’intéressent réellement à nous. Pour le reste, je crois qu’il faut laisser aller.

C’est fou comme nos amis les plus proches peuvent devenir des connaissances. Mais ça fait partie de la game. Les amitiés, c’est un peu comme les ex au final. On sait à l’intérieur de nous que c’est terminé, on tente de se battre pour renverser la vapeur par moment, mais quand ce n’est plus d’actualité, rien ne sert de se battre.

Et ça, je le comprends juste maintenant. C’est comme si je sentais que j’allais disparaître de la vie de plusieurs personnes, en leur laissant le choix de revenir s’ils le veulent. On sait tous que ça ne se passe pas comme ça dans la suite des choses. Mais quand on aime, il faut savoir laisser aller les événements, se dire qu’il faut que ce soit réciproque. Sinon, à quoi bon? Je me pose la question réellement. Je n’ai plus la force de me forcer pour voir des gens qui n’en ont plus rien à foutre de moi. C’est la même chose du côté relationnel. Quand la distance et le temps n’arrangent rien, il n’y a plus rien à faire, sinon que de vivre sa vie avec les personnes présentes, car ce sont elles qui comptent le plus.

La lucidité qui s’empare de moi en ce moment est comme un énorme cheminement. Il faut que la nostalgie des relations reste là où elle est. On ne peut pas recréer artificiellement des relations parfaites qui se sont déroulées jadis. Il faut vivre au présent, et accepter que les gens nous quittent. De manière brutale, parfois, mais peu importe. C’est ainsi que l’on vieillit.

Devenir adulte, c’est tellement fucking compliqué. (Dit le mec qui va avoir besoin de lunettes pour travailler bientôt…)

En terminant, je vous suggère une chanson de Kroy, qui n’a rien à voir avec son album, mais cette chanson est « twisted » comme je l’aime, c’est la chanson COLD. C’est juste Wow!


 

Marcher contre l’autre

A silhouetted couple on a beach, walking away from each other. A seagull looks on.

J’ai renouvelé Pile ou Face pour une autre année, puis je me suis demandé pourquoi? Ouch.

Je ne pense pas que ce soit parce que je n’ai plus rien à dire. C’est juste que j’essaie de me protéger, de protéger les gens autour de moi. Il est loin le temps où je pouvais bavarder de toutes les expériences que je vis. Enfin, disons que l’innocence d’Internet n’y est plus. J’ai relu les milliers de messages que j’avais reçus dans les premières années de ce blogue. On peut dire qu’il y avait des gens qui avaient des visions très précises de ce qu’allait devenir mon avenir. C’est correct. C’est juste un peu un choc de lire ça des années plus tard. Après 18 ans à écrire ma vie sur le Web, je me demande pourquoi j’ai ce besoin (maintenant très rare) de revenir ici pour raconter ce qui se passe. Je ne sais pas trop, c’est comme un enfant dont on veut prendre des nouvelles. Je prends des nouvelles de moi-même, je me demande où j’en suis. C’est peut-être sain. Ou pas.

En fait, je sais très bien pourquoi je reviens ici, maintenant. J’ai écouté une nouvelle fois le film Unfaithful avec mon chum hier. Oui, ça n’a pas très bien vieilli (et ça donne une claque dans face, parce que ça montre qu’on se fait vieux), mais c’est encore tellement poignant.

Revoir ce film, c’est comme une gifle. Parce que ça me ramène en 2002, quand tout était possible. Quand j’étais en couple avec une femme, même si on baisait un mec. C’est surtout la musique qui m’a frappé. J’ai dû retenir mes larmes à plusieurs moments, parce que… parce que je ne sais pas… oui, j’aurais eu à m’expliquer peut-être. J’ai même préféré sortir sur le balcon, laisser passer les images dans ma tête pendant que mon chum prenait sa douche dans la salle de bain.

Et puis, la musique du générique. Cette petite chanson au piano qui dure à peine une minute; ça m’a rappelé tous ces gens que j’ai «perdus» dans ma vie. Ouais, ouais, on croise des gens qui arrivent et qui partent, et le blabla philosophique qui vient avec. J’ai l’impression que ça passait mieux avant. Quand j’étais plus jeune. Peut-être parce que je connaissais moins de gens justement.

Et l’ironie de la chose, c’est que je me souviendrai toujours du moment où j’ai écouté ce film, à 18 ans. Je ne comprenais pas encore tout à fait comment ça allait ressembler à la suite de ma vie, un jour. Mon chum a jugé Diane Lane, c’était prévisible.

Il y a quelques jours, j’ai eu une grande conversation avec Tania. Oui, oui. Pour ceux qui s’en rappellent. Pire encore, mon ancien amant Sébastien est débarqué de France directement chez moi. Je ne dirais pas que ça m’a fucké, car l’eau a coulé sur les ponts. Mais j’ai trouvé le tout très ironique. Comme si la vie voulait me rappeler ma jeunesse, ce que j’ai perdu, ce que j’ai gagné, ce que je n’ai pas accompli, ce que j’ai refusé ou accepté.

Je ne peux pas dire que je vais mal. Ce serait malhonnête. Je ne peux pas dire que je suis nostalgique, car je le suis en tout temps de toute de façon. Pourtant, une petite voix dans ma tête me pousse, me dit qu’il est temps de passer à autre chose sur tous les plans. Putain que c’est pas facile de se départir de son passé. Surtout dans la trentaine. C’est un couteau tranchant, une blessure qui a du mal à se refermer.

Mais non, je ne me considère plus comme quelqu’un de blessé. J’ai fait mes choix. Les autres ont fait les leur aussi. Mais c’est toujours difficile de continuer son chemin, de se dire que ça ne sert plus à rien de vouloir ce que les autres ne veulent plus.

Ce serait trop gros de dire que je me sens abandonné. Parce que je ne ferais que me plaindre pour rien. La vie est une putain de route remplie d’obstacles, mais surtout de départs. Voilà pourquoi j’ai cessé de me battre. J’ai abdiqué. Carrément. Si je regarde vers l’arrière, j’ai l’impression qu’il n’y a plus grand-chose qui reste. La famille, que j’adore, certes. Mais les amitiés s’étiolent. Et pour toute sorte de raisons ridicules. C’est toujours un peu ridicule la perte de l’Autre.

Mes amis enfantent. Tout le monde fait des bébés. Tout le monde disparait peu à peu. Et moi, mon seul projet était un projet de condo. Maintenant que je suis installé, je ressens un vide profond. Je n’ai aucune jalousie envers les amis. Je suis bien content pour eux. On fait tous notre cocon de couple. On doit tous faire des choix. Et pourtant, je suis un peu en criss. Pas de me faire abandonner doucement. Juste de devoir toujours me battre pour voir les gens qui comptaient jadis. J’essaie d’accepter de plus en plus les aléas de la vie. C’est un peu à l’image du professionnel. On chercher à grimper dans la hiérarchie. Meilleurs salaires, meilleures conditions, meilleurs collègues. Mais quand on parle d’amitié, ça fait toujours un peu plus mal de laisser partir les autres sans rien dire. On est content pour eux, mais on connait vite la suite des choses.

À bientôt 33 ans, on dirait que je voudrais la facilité. Des amis simples, qui se présentent quand il faut, qui n’ont pas de rancœur, qui sont là parce qu’ils ont envie d’y être. Des amis qui ne demandent rien en retour, qui sont juste heureux. Je sais, je sais, c’est le plus grand mensonge de l’humanité. Quand on ne sert plus aux autres, on ne sert plus, il n’y a rien à faire pour se battre contre ça.

C’est comme s’il fallait que je me rappelle que j’ai assez donné. Que je dois prendre ce qui passe, sans rouspéter. Pas facile pour un contrôlant anal comme moi haha. Pour ceux qui se le demandent; je n’ai pas vu mon ex depuis bientôt un an. C’est correct. J’ai accepté de me faire tasser aussi. Je vis autre chose. C’est plus au niveau des amitiés que ça fait mal. Je ne pensais pas que l’amitié devait se gérer comme une relation de couple. Je suis naïf peut-être. Je ne travaille pas assez ce genre de chose. Mais dans ma tête, ça devrait être simple, c’est pourquoi l’amitié existe. Quand il faut faire des pieds et des mains pour voir quelqu’un, quand une personne dit qu’elle viendra et ne vient pas, il faut lâcher prise. Et je travaille sur ça. J’ai cessé depuis longtemps de faire des drames. Mais je les vis quand même à l’intérieur. C’est un rejet. Et personne n’aime être rejeté. Mais que faut-il en conclure?

Rien.

C’est ça, le problème. Il faut vieillir. Laisser passer l’absence. Se dire que si l’autre veut vraiment nous voir, il sait comment nous rejoindre. Mais on sait tous que ça n’arrivera pas. Le seul problème dans ma petite tête, c’est que ça me donne l’impression de ne plus être apprécié à ma juste valeur. Et je devrais combattre cet état. Ce n’est pas du tout ça. C’est simplement que l’autre personne trouve plus d’intérêt ailleurs. Elle reviendra peut-être un jour, mais quand les mois s’écoulent, il ne faut plus trop y compter. Il faut que je devienne zen avec ça.

On perd tous des amis proches en route. Normal. Des amitiés de 10 ans et plus? Ça fait un peu plus chier. Mais il y a tellement d’éléments qui rentrent en ligne de compte. On peut pas en vouloir aux autres de vouloir vivre leur vie sans nous. Sans moi.

La possessivité

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Prenez note: je ne commenterai pas les attentats de Paris, parce qu’avec toutes les conneries que j’ai lues sur les réseaux sociaux, j’ai une saturation complète de stupidité jusqu’à la fin de l’année. Je ne rajouterai pas une couche de plus par-dessus tout ça. Mes plus chères sympathies à tous ceux concernés de près ou de loin (on l’est tous) et aux amis/lecteurs français.

Le titre de cette entrée (la possessivité) a été le thème de ma fin de semaine, et je n’ai pas pris qu’une année de plus ces derniers jours, j’ai été submergé par de petits moments de sagesse qui ont été très importants pour moi. On peut dire que j’ai fait une analyse de mon passé, mon présent et des relations que j’ai entretenues autour de moi. Tout ça est parti d’un simple article banal comme il y en a des milliers sur la toile chaque novembre; la description du signe du zodiaque le plus intense: le scorpion. On lit toujours un peu la même chose: passionné, intense, protecteur, jaloux et possessif (et un merveilleux amant, évidemment!)

À force de se faire parler de notre signe, on en vient à faire des associations personnelles (et on aime tellement quand ça colle pile sur notre personnalité, même quand c’est quasi négatif!) Ça m’a trotté beaucoup en tête, ces derniers jours, ce concept de la possession des autres. Pas dans le sens violent ou macabre, mais simplement de la possessivité égoïste, souvent plus menée par des élans amoureux/amicaux; en d’autres mots, pas pour mal faire, juste parce que c’est dans mon signe et je suis comme ça.

Mais après coup, je me suis rendu compte que j’analysais surtout mon ancien moi-même, et les dernières années qui s’étaient écoulées. J’ai toujours eu cette façon étrange de « tomber amoureux » de personnes extraordinaires, et de vouloir me les accaparer, parce que je suis bien avec eux, parce que j’aime les voir sans obstacle (les obstacles ont longtemps été les autres autour). Pour donner un exemple concret, j’ai toujours préféré recevoir chez moi et dresser la liste des invités selon mon envie, à deux doigts de refuser qu’un tel ou un autre se présente (ok, en refusant que certaines autres personnes se présentent)! Loin de moi l’idée d’être de mauvaise foi, le but était surtout de passer de bons moments avec les gens de qui j’étais vraiment proche, pour éviter de se perdre dans des conversations moins intéressantes, pour me concentrer strictement sur l’essentiel; la vie des gens que j’aime.

Je l’ai souvent ressenti dans mon groupe d’amis gais, où je préférais toujours les voir sans qu’ils ne soient accompagnés. Ce n’est pas que je détestais leur douce moitié, c’est simplement que ça m’enlevait du temps avec les gens qui comptent vraiment. Mais cette habitude de possessivité m’a souvent nui. Elle a parfois créé des qui-propos où je donnais l’impression de ne pas aimer les chums/blondes de mes amis. Honnêtement, l’ironie c’est que ce fut rarement le cas. C’est bien arrivé à une ou deux reprises, mais ce ne fut jamais la norme.

La dernière année m’a appris que je travaillais beaucoup trop fort pour des choses de peu d’importance. Avouons-le un peu; au lieu de paraître franc et de montrer mon amitié, j’avais plutôt cette impression de donner du fil à retordre aux amis et de rendre les choses compliquées pour rien.

Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que plus on voulait attacher les gens, plus ils déliaient leurs cordes rapidement pour s’éloigner. Et le travail que j’ai dû faire sur moi, c’est de laisser les gens s’éloigner, en espérant peut-être qu’un jour, ils reviennent vers moi, puisque je leur laissais maintenant leur liberté.

Est-ce que tout s’est passé ainsi? Loin de là. Mais j’ai compris que c’était correct aussi. Il arrive qu’on lâche prise sur certaines personnes, non pas parce que l’amitié n’y est plus, mais peut-être que ces êtres restent encore avec l’idée qu’on veut les contrôler, les manipuler ou leur imposer des rencontres. Mais je ne fais plus ça de plus un long moment (imposer des rencontres), car ça ne fonctionne pas de toute façon. C’est à l’image de Facebook, et des événements; quand tous disent qu’ils viendront, on peut déjà calculer le nombre de futurs absents. Et parfois, la vie nous surprend, fait disparaitre ceux qu’on croyait pourtant beaucoup plus présents dans nos vies.

Et il faut se concentrer sur ceux qui restent. Cessez de penser à ce qui manque et vivre le moment avec ceux qui y sont. Certes, on peut être déçu, triste, on peut en vouloir, on peut même se dire qu’on leur remettra la monnaie de leur pièce (les scorpions comprendront), mais quand on s’arrête un instant, on se rend vite compte du ridicule de la chose. C’est un peu comme aimer un ex qui se contrefout de notre amour. Il n’y a pas d’issue, il n’y a que du travail perdu, que des efforts qui ne valent rien. C’est là qu’il faut lâcher prise, se défaire de notre colère ou de notre déception. Il n’y a aucun drame. Les gens se croisent et se décroisent sur la ligne du temps.

Chaque année, chaque anniversaire, c’est un nouveau chapitre, une façon de voir et de savoir qui seront à nos côtés l’année suivante. Ce n’est pas un gage de réussite, ça ne veut pas dire grand-chose, mais ça donne une idée précise des relations qui s’étiolent et des nouvelles amitiés qui se créent.

Vers quatre heures, ce matin, je me suis arrêté un instant, et j’ai compris que j’étais choyé. Je suis entouré de personnes vraies, où il n’y a pas de jeux d’apparences, de faux-semblants, de superficialité ou de masque. Ce sont des gens vrais, honnêtes, qui ne cherchent pas à créer des histoires inutiles ou dramatiques comme j’en ai jadis vécu. Et il y a cet autre point essentiel; on finit par ressentir clairement quand on intéresse quelqu’un ou quand il joue la politesse en s’en foutant complètement. J’ai mis du temps à déceler ce genre de trucs, parce que j’ai souvent voulu que « ça fonctionne » et que tout soit en harmonie, en me basant sur la chimie du passé, en essayant de recréer sans cesse les bonnes soirées d’antan. Mais je me suis rendu à l’évidence que la répétition du passé n’est jamais exacte, et surtout, elle n’est que très rarement au rendez-vous, même si on invite le même groupe de personnes. Il faut donc le vivre au présent, mais surtout avoir une bonne dose de laisser-aller, de lâcher prise.

Facebook a quelque chose de cruel, parce qu’on se retrouve amis avec des gens avec qui le courant ne passe plus comme avant. On ne les supprime pas toujours. On les garde, en souvenir du passé peut-être, je ne sais pas. Mais si Facebook n’existait pas (ou n’importe quel réseau qui fige le passé) on ne serait probablement plus « amis » avec de nombreuses personnes, et on ne connaîtrait pas ce qu’elles vivent non plus.

En fin de semaine, j’ai passé du temps avec les gens que j’aimais. J’en ai découvert d’autres que je ne connaissais pas, mais j’ai aussi redécouvert des amis qui s’étaient éloignés sur la ligne du temps et qui sont revenus. C’est là que j’ai compris que c’est le moment présent qui compte, pas les souvenirs d’avant.

J’ai dit que j’étais choyé parce j’ai vu environ 25 personnes en 48 heures. J’ai été reçu à souper par des gens que je considère comme de vrais petites étoiles positives dans ma vie. J’ai reçu des amis qui se sont entassés dans mon petit appartement. Mais surtout, j’ai pensé à moi, j’ai oublié les absents, et j’ai profité de mon bonheur. J’ai été agréablement surpris de la chimie naturelle entre les invitées (des gens qui ne se connaissaient pas entre eux au départ, mais qui ont semblé cliquer facilement). Ça m’a enlevé un stress, celui de devoir jouer à l’animateur de foule. Le petit concept cocktail et bulles était parfait. Et je ne me suis même pas saoulé. Signe que je n’ai plus besoin de m’engourdir l’esprit pour avoir du plaisir. Dans le lot, il y avait des gens que je n’avais pas vus depuis des années, et c’était un bel honneur pour moi qu’ils aient choisi de passer du temps en ma compagnie, c’était leur choix.

J’ai cessé de m’approprier les gens, de les attacher, de les vouloir à tout prix à mes côtés, et je crois que ça me réussit bien. C’est ainsi que je veux définir le reste de ma vie; une maison ouverte prête à accueillir ceux qui ont envie d’être là, tout simplement. Je m’en suis tellement fait avec les relations amicales un peu boiteuses, j’ai tant essayé de recoller des morceaux qui laisseraient de toute évidence apparaître la colle et les fissures. Beaucoup d’énergie à couper du vide au couteau. Beaucoup d’analyses, de réflexions, de remises en question. Et pendant qu’on s’acharne sur ça, la vie passe et on ne voit plus l’essentiel.

Vieillir, c’est aussi accepter de ne pas être le centre d’intérêt des autres. C’est accepter que tous ont leurs obligations, leurs petits problèmes, leur rythme de vie où des choix doivent être pris. J’ai longtemps dit que ce n’était pas les paroles qui comptaient, mais bien les actions, et j’ai l’impression que tout ça prend encore plus de sens. J’ai rendu les armes, j’ai fermé les batailles pour garder les amitiés lisses en surface. Je profiterai des gens quand ils seront là. Certains disparaîtront pour toujours, d’autres reviendront peut-être dans les années à venir, ça n’a plus d’importance. Et ça va aussi me permettre de mieux choisir où je me sens le plus apprécié, où j’ai l’impression d’être vraiment invité et voulu. Il y a une espèce d’abstraction dans ce que je raconte, parce que l’amitié est difficile à décrire entre deux personnes, parce qu’on ne sait jamais trop (comme en amour) qui aime le plus, qui tient le plus à l’autre, qui veut plus voir l’autre. Et c’est là que je m’en remets aux gestes, plus qu’aux paroles.

32 ans déjà. Beaucoup de chemin parcouru. Beaucoup de travail sur ma conception des relations humaines. Sur mon comportement jadis possessif envers les autres. Sur cet élan qui me pousse à laisser certaines personnes s’éloigner sans le prendre personnel. Hausser les épaules, tout simplement, et se dire que la vie est un cycle, qu’on recroisera bien ceux qui comptent vraiment. Les adieux en amitié ne sont pas vraiment comparables aux ruptures de couple, parce qu’il faut plus de temps pour se rendre compte du départ d’un ami qui ne nous doit pas nécessairement d’explication. Ça peut faire aussi mal quand on comprend, mais la peur de perdre l’autre a laissé sa place au plaisir de découvrir de nouvelles personnes tout aussi extraordinaires que les fantômes du passé,

Cela porte-t-il malchance de dire que nous sommes heureux?

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Aujourd’hui, je me questionne à savoir si c’est porteur de malchance que de dire que nous sommes heureux à la minute présente. Il me semble que le peu de fois où j’en ai parlé, les badlucks sont arrivés 24 heures plus tard. On fait le pari? Go.

Vraiment. Il y a quelque chose de maléfique à dire que nous sommes heureux à la seconde près. Je ne sais pas si je suis trop superstitieux, mais pour l’instant, je m’en fous; c’est tellement rare de se rendre compte que l’on atteint une passe heureuse, que je préfère l’immortaliser tout de suite, au risque que cela ne dure que très peu de temps.

Avec les années qui passent, je me rends compte qu’il y a du bon à faire du ménage dans sa vie et dans ses relations. C’est peut-être le fait de vieillir, mais je laisse de plus en plus les relations complexes et fucked top derrière moi. Peut-être que je n’en ai plus la force, mais je préfère dire que je n’ai plus de temps à perdre avec des gens qui ne me méritent pas. Il n’y a pas à dire; depuis quelques semaines, je me sens zen (malgré un sautillement de l’oeil qui semble m’annoncer que je suis trop stressé; je mets cela sur le dos du processus de l’achat d’un condo). Justement, le bonheur se met peut-être en place parce que tout semble bien s’enligner, mais je ne suis pas dupe, je sais que je vais en baver d’ici un an!

On laisse ces mauvais présages de côté et on en profite. On en profite pour dire que tout va bien dans ma vie. Que ce soit au niveau du poids, en raison du fait que je ne consomme plus, peut-être aussi parce que j’ai appris à aimer courir et que c’est rendu une obligation (ouais, je rentre dans le moule du mec fatiguant qui fait du jog!).

Mais avant tout, je me rends compte que couper les ponts avec les personnes néfastes dans ma vie me fait un bien fou. Il y a vraiment eu un déclic ce dernier mois; j’ai décidé de laisser-aller. Ça va jusque dans la promo de mon dernier roman; il faut se rendre à l’évidence; la fin est arrivée, et je l’accepte avec le sourire. Avec à peine une douzaine de livres à vendre, je me fous un peu de rester avec ces exemplaires. J’ai plutôt envie de passer à la nouvelle étape, de me remettre à écrire sérieusement, de prendre du temps pour moi; pour mes petits besoins de jeunes adultes. Me la jouer égoïste avec les gens que j’aime et qui importent. Je reçois encore des commentaires extrêmement positifs sur mes écrits, et ça me remplit de bonheur. J’ai déjà commencé à faire mes impôts. L’aventure de Peut-être jamais m’aura rapporté au minimum 10 000$. Ça ne paraît pas être grand-chose pour 5 ans d’écriture (et de souffrances), mais je sais que plusieurs de mes collègues n’arrivent même pas à recevoir deux ou trois mille dollars de redevances. Alors, je ne peux que me compter chanceux d’être un écrivain au Québec qui a réussi à percer en France. Après une année et demie à m’asseoir sur mes acquis, il est temps de me remettre dans une position délicate; il est temps d’écrire autre chose. Je pense que le prochain roman s’éloignera de moi, mais je garderai inévitablement les thématiques qui me sont chères. Elles seront simplement explorées d’une autre manière, d’une manière qui ne me touche plus autant personnellement. C’est un pari à suivre!

J’ai passé une superbe fin de semaine, d’abord samedi avec les amis de mon chum, à faire un rallye dans la forêt, à sentir le grand air, à regarder les belles feuilles remplies de couleurs. C’était beau, c’était bien, j’ai rencontré des gens très sympas. Je remercie mon chum d’avoir des amis aussi extraordinaires. C’en est suivi un beau souper à Saint-Sauveur avec ma belle Anna et son amie Stéphanie, une des premières lectrices de Peut-être jamais d’ailleurs. On a eu un plaisir fou, et c’est exactement ce genre de moments que je veux multiplier à l’avenir.

J’ai passé Thanksgiving avec mes parents. Ma mère se remet tranquillement d’une opération à l’oeil. Tout semble bien aller pour elle. Je me sens rassurée, car je la vois rayonnante. Et c’est hier seulement que je me suis rendu compte que c’était bon d’être en famille intime, d’éloigner justement les mésententes familiales à cause d’une ou deux personnes. Ce beau souper n’avait rien à voir avec les soupers médiocres que je pouvais vivre en compagnie de mon ex. J’ai vu que mes parents appréciaient réellement mon nouveau copain, et que c’était réciproque. Ça m’a fait penser aux soupers que je pouvais vivre avec mon ancienne copine. Mais à présent, je peux être celui que je suis vraiment. Un mec qui aime un mec.

On a discuté de mon prochain condo; j’ai l’impression que c’est un projet qui tient beaucoup à coeur à mes parents, et ça me fait chaud au coeur de le savoir. On a discuté famille, avenir, bébé, adoption, travail et promotion. Je sais que les années qui s’amènent ne seront pas nécessairement faciles, mais elles me donnent beaucoup plus espoir que lorsque je me droguais chaque fin de semaine pour vivre du sexe minable ou pour oublier ma misère solitaire.

Hier, j’ai dit à mon meilleur ami que ça y était; que je commençais ma vraie vie d’adulte. Et pour une fois, je ne regrette pas ma jeunesse. Certes, elle m’a permis de me définir en tant qu’homme, mais je ne l’envie plus (trop de maux de coeur, de maladresse, de non-dits et de manipulation émotionnelle).

Je suis à une étape de ma vie où j’ai envie de rencontrer de nouvelles personnes accueillantes, sans jugement, où j’ai envie de découvrir des parcours différents, des gens qui ne te rabaissent pas dans ta face ou dans ton dos. J’ai beaucoup d’amour et d’amitié à donner, mais je n’ai plus de temps à perdre avec des relations qui tournent à vide; je n’ai surtout plus l’intention de me battre pour des gens qui ne veulent pas de moi, ou pire, qui veulent que je modifie mes comportements pour plaire à leurs critères.

Je suis ce que je suis, je m’accepte de plus en plus dans ma tête, dans mon corps et dans mes choix de vie. Je me rends compte que j’ai trop longtemps écouté les autres; me faisant dire que je ne valais pas grand-chose, ou pire, que je devais faire ceci ou cela pour valoir plus aux yeux de certains. Ça n’a plus d’importance à présent. Je vis pour moi, pour mes envies, pour mes désirs, et pour ceux que je respecte, parce qu’ils me respectent à mon tour.

Bon Thanksgiving à tous!

L’art de garder ses amitiés?

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Eh là, là. Ça devient de plus en plus difficile de tenir un blogue et d’y écrire avec le coeur. Non pas que l’envie n’y est pas, c’est surtout qu’à mon âge, je devrais avoir passé le trip journal intime. Et pourtant, je me rappelle tendrement ma jeunesse où je pouvais venir vomir tout ici dans l’anonymat. À quoi sert un blogue personnel passé l’âge de 30 ans?

C’est une question que je me pose de plus en plus. Non, ce n’est pas une annonce de fermeture (comme j’ai pu en faire le long de nos nombreuses années ensemble depuis 1999). Au final, le processus d’inversement s’est fait complètement; ça y est, je parle beaucoup plus de ma vie dans mes romans que sur ce blogue. Il faudrait que je le voie comme une réussite. Je suppose.

Mais je trouve difficile de parler des sentiments et des émotions sans établir le contexte réel des situations. Je m’étais d’ailleurs promis de ne pas faire ce que je suis en train de faire aujourd’hui, soit écrire aux petites heures du matin, dans un état de doute un peu embrouillé et mélancolique, propre aux premières lueurs des samedis de fin d’été, sous le nouveau vent qui annonce l’automne. Mais j’y suis, déjà lancé, alors voilà.

J’aurais envie d’écrire combien il est éprouvant et difficile de voir quelqu’un près de moi s’enfoncer, descendre dans des abîmes qui semblent sans fin, pour aller toucher un fond qui semble encore loin. Peut-être qu’il n’y a pas de fond. Et pourtant, j’ai placé tant de confiance et d’espoir en cette personne. C’est se sentir inapte et dans l’impossibilité de fournir une aide. Pour la simple et bonne raison que je ne suis pas bien placé pour fournir cette aide. Je peux donner mon oreille, je peux serrer le corps de l’autre dans mes bras et dire que ça va bientôt passer, mais mon rôle est limité. Que faire quand quelqu’un n’entend pas les conseils, qu’il ne semble pas comprendre qu’il faut aller chercher de l’aide extérieure? Je sais, je sais, il y a des moments où ce genre d’effort semble trop énorme… alors, comme une coquille, je regarde cette personne se refermer et s’isoler des autres.

Jusqu’à quel degré peut-on se mêler de la vie et des choix de nos amis? Jusqu’où avons-nous droit d’entrer dans leur existence? De les bouleverser au point qu’ils en retirent quelque chose de bon pour eux? Je me suis souvent mêlé de ce qui ne me regardait pas, et je l’ai regretté autant de fois. Depuis quelques années, j’ai appris à m’effacer quand je sentais qu’on ne voulait pas mon opinion ou qu’on ne voulait pas écouter ce que j’avais à dire. Je ne parle pas de critiquer l’autre gratuitement; je parle de le réveiller de son état léthargique, de tenter de lui ouvrir les yeux. Mais le manque de recul donne un résultat contraire: je deviens la cible, c’est moi que l’on hait, que l’on accuse de ne pas se mêler de ses affaires.

Je remarque que la plupart des gens qui ont un mal-être autour de moi cherchent à se réveiller un matin, guéris, complètement. J’ai beau expliquer que les solutions miracles n’existent pas, que c’est le parcours pour arriver à la transformation qui importe, pas simplement le résultat. Mais comment expliquer cela à quelqu’un qui ne voit pas de lumière au bout du tunnel (sans jeu de mots). Je deviens alors témoin; témoin de la tristesse, de la nostalgie, des regrets maudits et des choix malsains. Je ne peux que regarder, attendre, et être là, que les nuages restent sombres ou qu’ils finissent par se dissiper.

Avec le recul et le temps, je pense que j’ai moi-même été dans cette situation un peu folle. Celle où l’on sent le sol se dérober sous nos pieds, ce moment où plus rien ne semble faire de sens, où l’on souhaiterait justement mourir ou nous téléporter vers notre nouveau moi, sans passer par les étapes cruciales et douloureuses de la guérison. Quand je regarde vers l’arrière, je constate que j’étais peut-être pareil; dans une semi-dépression, à ne pas trouver de moyens plus efficaces que d’engourdir le mal. Comme je l’avais déjà fait de nombreuses fois, quand tout n’était pas encore si près du gouffre.

Alors, aujourd’hui, j’observe. Je comprends. Je conseille parfois timidement, mais je sais que je ne peux pas me mettre dans la peau de l’autre, et même si je ressens ce qu’il vit, le cheminement se doit d’être réalisé étape par étape, sur la durée, avec les moments chiants et les soirées dramatiques.

Mais comment réagir quand l’autre s’enfonce tant que même nos avertissements et nos cris d’alarme ne suffisent pas? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je reste dubitatif, malgré la rage qui me surprend souvent. Ce n’est pas en déclamant des vérités que l’on offre de l’aide. Ce n’est pas en secouant l’autre ni en lui disant ce qu’il veut entendre.

Je pense que j’ai le défaut de la qualité d’un pur scorpion. J’aime mes amis comme j’aime dans une relation de couple. Je pique pour réveiller l’autre, pour obtenir une réaction, pour faire avancer les choses; mais le résultat n’est pas rose. Je deviens vite une cible, celui qui cherche l’attention, qui fait une scène avec quelque chose que la personne essaie de taire, d’oublier, d’ignorer.

J’ai pourtant appris le laisser-aller, avec une confiance aveugle (presque naïve), parce que j’ai toujours cette impression que lorsque les autres auront compris le cheminement à suivre pour s’en sortir, qu’ils auront réussi à s’extirper de leur mal; leur premier réflexe sera de revenir vers moi. Pas pour que je puisse entendre tu avais raison. Ça, ça n’a aucune importante (et je peux me tromper par moment). J’ai surtout la naïveté de croire qu’après une grande noirceur, on reconnaît ceux qui ont voulu nous aider, qu’on comprend même pourquoi ils ne voulaient pas nous conseiller trop drastiquement.

Malheureusement, il est très rare de recevoir le juste retour du balancier. Dans le meilleur des mondes, l’histoire est oubliée, et on fait comme si de rien n’était. On publie son bonheur (réarrangé) sur Facebook, et on récolte les félicitations à demi-mot. Car peu de gens connaissaient vraiment notre état. Je parle évidemment pour les autres, car si je me retourne et me regarde, j’ai fait tout le contraire, en exposant des années de douleurs vives sur le Web. Mais je suis une exception, un être différent, celui qui s’est toujours dit que toute bonne chose (ou mauvaise) pouvait s’expliquer par écrit, et avec une profondeur beaucoup plus longue que 140 caractères ou un statut ambigu sur les médias sociaux.

Ça fait bizarre de se retrouver dans la peau de celui qui est passé par-dessus la déprime, et qui observe maintenant ce mal chez d’autres personnes. Et je le dis sous toute réserve, car on n’est jamais à l’abri d’une rechute. N’empêche. Je ne comprends peut-être pas la dépression médicamentée, car je ne l’ai jamais vécue et je n’ai jamais rien pris pour ça, mais j’ai souvent l’impression de me reconnaître dans les chemins sinueux des autres. Pas facile de ne pas vouloir aider, de se taire et de hocher la tête en silence. C’est pourtant ce que je fais avec beaucoup de personnes autour de moi ces temps-ci. J’ai cessé de les compter. Je constate simplement qu’il y a une multiplication ces derniers mois. C’est correct, ça vient souvent par passe. Le bonheur fout parfois le camp en groupe. Mais je me sens tout de même impuissant, à regarder des scènes malheureuses tout en me disant que mon rôle est d’écouter, pas de suggérer.

Je crains surtout l’avenir à court terme, les folies passagères et les actes de désespoir. Mais je reste ouvert et je dis haut et fort que ces personnes peuvent compter sur moi en temps de crise. M’écouteront-elles? C’est le grand point d’interrogation; une question à laquelle je ne souhaite pas tout à fait répondre, par peur d’apprendre de mauvaises nouvelles.

Pour ceux pour qui l’amitié compte plus que tout, le deuil est cruel et très prenant. Il y a beaucoup d’énergie consacrée à se retenir, à laisser nos idées préconçues de côté et à ne pas envahir l’autre de nos solutions souvent trop simplistes. Je ne cherche pas à donner un cours, je dis juste qu’il est plus bénéfique d’éviter les conversations moralisatrices. Il faut offrir son écoute active, sans se transformer en pseudo-psychologue. Un grand défi quand on voit l’autre dépérir devant nos yeux. Pas facile de «refuser» de jouer au sauveur.

Et puis, égoïstement, il y a aussi notre propre personne. Tout parait si simple quand on conseille les autres, mais arriver à appliquer nos propres analyses à nos situations personnelles se révèle souvent plus difficile, par manque de recul peut-être, mais aussi par orgueil. Car celui qui conseille se donne trop souvent le rôle de quelqu’un qui a réussi là où de tristes âmes sont en train d’échouer. Pourtant, c’est le syndrome de l’Iceberg; on vit tous des échecs et des déceptions sous la surface. Ils sont essentiels à notre cheminement. Quand quelqu’un me dit que c’est facile pour moi, car j’ai, à ses yeux, tout réussi, je retiens un rire nerveux. J’ai envie de me dire: s’ils savaient… ou plutôt; s’ils avaient vraiment porté attention aux petits détails, ils auraient su. 

Je m’en voudrais probablement si toutes ces déprimes se résorbaient en mort d’homme. Je m’invectiverais sûrement de ne pas avoir assez confronté l’autre, pour l’empêcher de tomber dans une solution qui semble régler tout à court terme. Pas facile, pas facile du tout quand on voit des gens dépérir sous nos yeux.

Et ne parlons pas de ceux qui n’allaient pas bien, et qui ont fini par nous quitter malgré tout. Peut-être sont-ils plus heureux aujourd’hui, mais ça, je ne le saurai jamais. Je ne m’en fais pas avec ça. S’ils ont à revenir, je les accueillerai avec amour et compassion. Je me trouve quand même bizarre d’accorder autant de fidélité aux amitiés. Je ne sais pas ce qui explique cela. C’est un peu la peur de la perte, je suppose. Mais c’est inévitable aussi.

Alors voilà, j’ai parlé en parabole, pour éviter de plonger dans un sujet qui me bouleverse encore par moment. Ce n’est pas une mince tâche de se dire qu’il n’y a rien à faire, que même le plus grand geste que l’on pourrait poser (en quelque sorte, il s’agirait de forcer l’autre à consulter) ne suffit pas. Il ne reste donc que la confiance envers le temps. Mais le temps est si long et si rapide à la fois.

Dans ma vie, j’ai certes abandonné des amitiés pour le bien de ma propre santé mentale, mais je sais surtout que je me suis fait abandonner, parce que je donnais trop mon avis, parce que les gens préféraient peut-être éviter de me décevoir, ou alors ils étaient peut-être honteux de rester aussi longtemps dans le même pattern. Pourtant, je suis l’exemple parfait du mec qui a vécu 5-6 ans de calvaire en public. Mais il vaut mieux arrêter les comparaisons ici. J’ai appris que l’on ne pouvait pas se targuer de connaître la douleur de l’autre, même si on l’avait vécue d’une manière similaire. Il faut se rendre à l’évidence; il y a autant de solutions pour s’en sortir que d’être humains sur la planète. Il faut juste relativiser.

Et ça, la relativisation, c’est la partie la plus difficile.

Surtout si on se met à l’expliquer à l’autre.

Un jour, j’en ferai un roman. Ouais. Un jour, peut-être. Ou peut-être jamais.

Change-t-on vraiment?

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Est-ce utopique de penser que l’humain peut changer, faire évoluer sa personnalité pour atteindre une certaine sagesse, grandir intérieurement en même temps que physiquement? Change-t-on vraiment, ou n’est-ce qu’une simple suite logique vers un chemin chaotique qui nous amène inévitablement aux portes de la grande finale?

En cette journée de St-Jean, je redeviens un peu nostalgique, et je tourne la tête vers l’arrière pour observer cette date magique qui a annoncé tant de bouleversement dans ma «plus si jeune vie». Au primaire, c’était l’annonce de la fin des cours. Au secondaire, c’était l’annonce des fêtes sans fin. À l’âge adulte, c’est l’annonce d’un unique congé en pleine semaine. Qu’est-il advenu de notre excitation de jeunesse? Le début de l’été reste encore d’actualité, mais les temps changent… ou changent-ils réellement?

Quand je me tourne vers l’arrière, je garde un portrait plutôt satisfaisant de ces fêtes dans les parcs ou dans les maisons de banlieue vides d’adultes. Même passé 18 ans, j’ai toujours trouvé une signification au 23 et 24 juin. Pour moi, c’était d’abord l’occasion de voir ou de revoir des amis; même les plus renfermés. Il s’agissait de rendez-vous précis, d’abord dans le 450, où tout le monde se dirigeait vers un même endroit, en quête d’une aventure souvent créée par diverses drogues. Aujourd’hui, le sens est différent, mais la réunion des amis m’importe toujours autant. Pourtant, la St-Jean rime souvent avec absence. Et de plus en plus en vieillissant. Je sais qu’il vaut mieux ne pas accorder d’importance aux absents, mais on arrive difficilement à les oublier, surtout quand ils ont marqué les souvenirs passés.

Et pourtant, cette situation survenait aussi dans ma jeunesse. Ce qui me porte à croire que les humains ne changent pas. Et je serai sûrement décousu dans mes explications, mais ce que j’essaie d’exprimer n’a que très peu à voir avec cette fête du 23 et 24 juin. En fait, c’est surtout le constat suivant qui me hante: même quand on revoit les gens qui ont été près de nous, ils ont beau être restés les mêmes, ils semblent avoir changé. Ils ont pourtant la même allure (à quelques degrés physiques près, ils vieillissent comme nous), mais quelque chose semble différent. On a tous fait une expérience semblable: rencontrer quelqu’un qui fut important dans notre vie, et ne pas arriver à le reconnaître comme avant. On se dit alors que cette personne a changé, que la vie l’a fait évoluer ou régresser, mais… je pense que c’est un leurre.

On ne change pas. Notre personnalité reste la même. Nos défauts peuvent même s’accentuer, nos qualités aussi, je l’espère. C’est toujours difficile d’arriver à ce constat, car souvent, on voudrait revoir les gens comme on les a quittés. C’est un peu comme avec les ex. On garde souvent un souvenir trafiqué et ancré en mémoire; cet épisode si nostalgique où tout semblait parfait. Et on a beau vouloir recréer la connexion, elle semble inadéquate ou brisée. Ce n’est pas que nous sommes si différents, c’est surtout que le temps a fait son oeuvre et nous a fait oublier ce qui nous avait charmés chez l’autre. Et, elle est là la vérité qui fait mal. Une fois qu’une histoire s’est terminée, le désir de vouloir la réactiver quelques années plus tard est une utopie beaucoup trop optimiste pour ce que nous offre la réalité.

Je travaille fort pour éviter d’être déçu par les gens. En fait, si c’était possible, je préférerais n’avoir jamais d’attentes. Ce serait beaucoup plus simple d’éviter la déception, surtout quand on a réellement envie de revoir une personne. C’est que le souvenir de celle-ci nous semble encore limpide. Le choc est toujours brutal. Mais j’ai fini par croire que ce ne sont pas nos personnalités qui se transforment; ce sont simplement les nouvelles expériences et les milieux de vie divergents entre deux personnes qui provoquent cet étrange état.

Je n’ai jamais pris mes relations humaines pour acquis. J’ai déjà été abasourdi d’en perdre certaines d’un coup sec, voire violemment. Mais je ne pense pas avoir cru un jour qu’une relation durerait toute la vie. Sauf peut-être dans mon adolescence, où il était de bon augure de se promettre l’éternité. Et je l’ai promis, le cœur sur la main (ou sur autre chose!) Encore aujourd’hui, je n’ai pas oublié ces pactes. Mais ils se sont vite révélés irréalisables, parce que la vie avance, et il est souvent impossible de prédire les aléas et la direction que prendront toutes ces rencontres.

Ce qui me bouleverse, c’est qu’il y a de ces gens qui reviennent comme des printemps, pour venir sucer votre énergie et disparaître pour les 12 prochains mois. En amour comme en amitié, les êtres restent sensiblement les mêmes, toute la vie durant, jusque dans leurs habitudes: il y aura les amis réguliers, les connaissances occasionnelles, et avec les médias sociaux bien installés, il y a maintenant les inconnus qui deviennent vite «pas si inconnus que ça». Mais personne ne change vraiment. C’est notre degré de fréquentation qui nous donne une impression d’évolution. Et il faut parfois être critique devant cette grande mascarade qui se déroule sur Facebook. J’évite de comparer changement et empreinte du temps.

Je me suis d’ailleurs rendu compte que j’avais cessé de courir après ce temps, que l’angoisse s’était évaporée comme par enchantement. Et ça m’a fait peur. Depuis mes premières peines de jeunesse, je n’ai jamais cessé de regarder vers l’arrière pour me rappeler le bonheur d’avoir vécu certains moments, avant que les personnes ne «changent». Mais il s’agit d’un mécanisme de défense facile et paresseux. Pour donner du sens à des événements ou à des situations qui restent souvent sans réponse. Pourquoi une amitié ne s’est-elle pas développée comme prévu? Pourquoi un amoureux est-il maintenant considéré comme un amour du passé? Après ma dernière rupture très douloureuse, je m’étais promis de ne plus jeter ce coup d’œil vers l’arrière, ou du moins, de ne plus tenter de trouver des significations grâce à des explications bidon. Il faut cesser de se convaincre que deux êtres qui prennent des routes différentes le font uniquement parce qu’ils ont changé. La réalité, c’est que les séparations sont rarement dues à la transformation extrême d’une personnalité. Cette dernière a toujours existé, même si elle était parfois enfouie ou cachée. Ce qu’on appelle le changement au fond, c’est la découverte profonde de l’autre et de ses convictions (chose de plus en plus difficile à discerner avec nos modes de vie en 140 caractères, autant dans le virtuel que dans le réel, d’ailleurs).

Il faut l’avouer; c’est tellement difficile de se sentir contenté et totalement satisfait de nos jours. Quand tout nous semble éphémère, la seule chose qu’il nous reste, c’est ce passé que l’on embellit sans même s’en rendre compte, en utilisant des moments marquants que l’on réécrit jour après jour dans notre mémoire. Ce passé fictionnel nous fait-il changer pour autant? Non, on ne change pas vraiment. On accumule. On tente de faire de meilleurs choix. On encaisse les échecs. Mais à l’image des souvenirs altérés, changer demeure quelque chose d’intangible. On surnomme ça la sagesse, l’évolution, la fin de l’adolescence, la maturité… mais ce ne sont que des mots qui nous rassurent, qui posent un sens clair et net sur des pages raturées des centaines de fois. Jusqu’à ce que la beauté du moment soit figée. À notre goût.

Quand je ne vois pas tous les amis que je voulais voir à la St-Jean, je ne leur en veux pas. Même à ceux qui choisissent de rester seuls à la maison, par paresse, par mal-être, pas gêne ou peut-être même par désintérêt. Quand je recroise des ex, je ne leur en veux pas non plus. Même si j’ai été trompé, même si on m’a menti, même s’il y a eu des drames. Parce que cette personne devant moi n’a pas changé, elle désirait simplement partir ailleurs, dans un autre milieu, dans une autre vie où je n’existerais plus. Quand on commence réellement à connaître son partenaire, il nous donne inévitablement l’impression de ne pas être celui qui nous a conquis lors du premier rendez-vous. Ce peut être positif, mais souvent, la peur prend le dessus et c’est le moment des adieux. Dans notre société du paraître, en savoir trop sur l’autre brise le mystère, le rend tout à coup trop direct, plus ardu à tolérer. C’est une raison assez forte pour faire fuir la passion. L’autre aurait trop changé par rapport au début de la relation.

Mais on ne change pas, je le répète. Il ne s’agit que de perceptions qui viennent nous troubler dès que la curiosité de l’autre a été attisée. Après tout, c’est le cercle parfait des attentes jusqu’aux déceptions. Si tout s’était bien passé, si la vie était perfection, nous n’aurions aucun problème à rester dans ce que nous avons connu de meilleur et de plaisant. Mais l’existence nous offre très rarement ce genre d’occasion. On se surprend toutefois à rêver les uns des autres, à se demander ce que la relation aurait pu être si notre partenaire n’avait pas autant changé. On se gave de bullshit nostalgique, sans jamais s’apercevoir de notre erreur, un peu à la manière du boulimique qui se fait vomir jour après jour en ignorant volontairement la douleur dans sa gorge et son œsophage.

Alors, à quoi ça sert de se dire que l’on vieillit, mais que l’on ne change pas? Je pense que ça rassure et ça inquiète en même temps. Ça rassure, car l’espoir de revoir les autres nous aguiche; et on dira que les gens changent, car c’est le physique qui frappe le regard dès le départ. Mais si on s’y attarde un peu, on retrouvera ce qui a fait notre bonheur ou notre malheur chez l’autre personne, et en amour, c’est souvent les deux à la fois. C’est comme s’ennuyer, en deux définitions: on s’ennuie de l’autre, car on se rend compte qu’il a gardé ce côté qui nous avait plu et attiré à l’époque, mais on s’ennuie aussi avec l’autre, car on se rend compte qu’il n’y a pas eu d’évolution ou, comme on aime le dire, de changement. C’est le propre des couples qui se sont séparés et qui reviennent ensemble. On retrouve rapidement les patterns qui nous énervaient jadis.

Les St-Jean sont comme de grands compteurs qui repartent à zéro. Comme un second Jour de l’an. Avant, ça dressait le portrait de ce qui s’annonçait durant l’été et le reste de l’année. Maintenant, j’y crois de moins en moins. On donne du sens à ce qui nous arrange… Depuis quelques années, je m’en amuse, je dois l’avouer. Je fais toujours une soirée portes ouvertes pour la St-Jean, et le slogan est simple: «venez avant, venez après, un petit bonjour ou bonsoir quand ça vous chante!» Parfois, une seule personne se pointe, d’autres fois nous sommes trois. Ce soir, nous étions 4. Pas en même temps. Et pas nécessairement ceux que je croyais voir. Et c’est correct ainsi. C’est même original et amusant. Et chaque année, je me rends compte que j’ai eu du plaisir. Il est toujours différent de la St-Jean précédente, mais il est tout de même là. Ça devrait être assez. Mais à force de répéter une tradition, on finit par comprendre certains comportements. Des comportements qui ne changent pas, que ce soit à 20 ou 30 ans.

J’ai pensé moi-même que j’avais changé, que j’étais devenu un meilleur homme. Mais force est de constater que je me mentais. Délibérément. Je n’ai pas changé. À l’image de celui qui attend une compensation, j’avais des attentes. J’en ai d’ailleurs encore, même si je me trouve ridicule d’en avoir. Il n’y a rien à faire. Peut-être fermer les yeux, se dire qu’il n’y a pas de seconde chance. Se convaincre de l’impossibilité du recommencement. Personne ne change à nos côtés. Personne ne peut nous transcender à 100%. Il faut cesser de regarder vers l’arrière pour de bon, faire une croix sur nos fausses impressions, sur ces fragments que l’on reconstruit sans cesse afin de flatter notre ego.

N’empêche. Comment réagir quand notre propre passé nous retrouve et vient ralentir notre rythme candide qui s’approche toujours un peu plus de la ligne d’arrivée? Il faudrait se forcer à hausser les épaules, ignorer cette tentation de vouloir recréer du sens, puis continuer son chemin, à l’image d’un gamin naïf qui s’enfonce dans la forêt à la tombée de la nuit. Éviter de souffrir parce qu’on s’est inventé des scènes de vie retravaillées. Bannir le travestissement de notre vécu et contrer le travail magnifié du cerveau. Dans un monde parfait, ce phénomène serait connu pour être l’étape ultime; une grande finale où l’on s’autoriserait enfin à vivre une explosion cinématographique de nos souvenirs trafiqués et de notre passé maquillé. Une seule fois. One shot deal. Parce qu’on a réussi à éviter le piège des chimères. S’offrir un orgasme créatif pour panser les plaies des années écoulées. Juste avant notre dernier souffle. Comme dans les films de propagande catho, où l’on revoit les amours, les amitiés et la famille défiler de façon ésotérique. Des sourires et du positif. Puis, le mensonge abrupt. Et, plus rien. Il serait déjà trop tard de toute façon.

Pas encore tout à fait «ça»

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Il y a de ces moments dans la vie où tout peut basculer d’un côté positif ou négatif. J’ai vécu ce genre de semaine. Une longue semaine qui a commencé dans un down très intense… parce que j’ai fait du binge watching pour me taper les 2 saisons complètes de la série Nouvelle adresse.

J’en avais déjà parlé lors des premiers épisodes de la série; je ne m’y retrouvais pas et je trouvais le sujet trop dramatique pour vraiment embarquer. J’ai redonné une chance, et même si le sujet, qui ne fait que devenir de plus en plus dramatique, m’était connu, j’ai fini par être complètement absorbé. Avec la finale de la deuxième saison, je suis très satisfait et j’ai hâte de voir la suite. Je dois avouer que je m’étais beaucoup plus accroché aux histoires secondaires qu’à l’histoire principale. Beaucoup de vérités et de réalité dans cette série. Je reviens donc sur mes paroles et je la suggère fortement.

Revenir sur mes paroles, je le fais de plus en plus souvent. Je pense que c’est signe de sagesse et du fait de vieillir aussi. Je pense surtout à mon entraînement pour perdre du poids. Je croyais, naïvement peut-être, que le gym 4 fois par semaine allait régler mes problèmes, mais force est de constater que ce n’est pas encore assez. Je croyais que de réduire ma consommation d’alcool allait aider aussi, ce n’est pas assez non plus. Je comprends de plus en plus que pour atteindre ses buts, il faut travailler, puis s’arrêter pour analyser les résultats. La plupart du temps, on se rend compte que même si on travaille fort, ce n’est pas encore tout à fait ça. Ce n’est pas assez. Je me suis donc rendu à l’évidence. Il faudra en faire plus. Encore plus. Je dois avouer que ça me fait un peu peur, mais je n’ai d’autres choix que de repousser les limites des limites que je pensais acceptables. Même mon cousin m’a proposé d’aller courir sur le Mont-Royal avec lui. Je hais la course. Mais je pense que je n’ai plus le choix. Alors, on va travailler là-dessus dans les prochaines semaines.

Je reviens aussi sur mes paroles à propos des amis. Je dois avouer que je pensais que ça y était de mes anciennes relations. J’allais un peu à reculons à cette fête du vendredi soir. Mais j’avais tout faux. Encore une fois, je me suis trompé, car j’ai passé une excellente soirée en compagnie de gens, qui se sont éloignés, certes, mais qui restent encore très importants pour moi. J’espère que ce sera l’adage d’un été prometteur à venir. Je suis toujours plein d’espoir quand la saison estivale s’amène. Ça ne fonctionne pas toujours comme je le veux, mais ma nouvelle maxime est de faire le plus d’efforts possible pour en arriver à être heureux dans tous les domaines de ma vie.

Mon chum ne cesse de me rappeler que seuls le présent et l’avenir comptent. Je travaille encore à oublier le passé. Et je sais que dès que la drogue est en jeu, c’est ce passé qui revient me hanter ou m’exciter si facilement. La coupure est bien là, mais on a tous des moments de faiblesse. Il faut que je me dise que ces moments ne sont que passages, presque créés par ma faute.

La semaine passée, quelques jours après ma dernière entrée sur ce blogue, Facebook a une nouvelle fois banni ma publicité pour mon roman. Cette fois-ci, je ne peux même plus afficher la bande-annonce sur ma propre page personnelle. C’est ridicule, mais bon, c’était aussi le temps de prendre une décision logique par rapport à mon roman. Il a déjà plus d’une année sur le marché, je crois qu’il est temps de passer à autre chose. Il me reste une dizaine de copies. Je n’ai pas de doute, je les écoulerai facilement. Mais ce sera ensuite terminé. J’aurais bien voulu atteindre le chiffre magique de 1 000 exemplaires vendus. Mais je me contenterai de 850 copies, et avec le sourire.

Le temps passe, les projets du passé doivent s’effacer aussi pour laisser la place à d’autres objectifs.

La stabilité

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Nous y voilà, donc. Rendu à cette stabilité, précaire, certes, mais n’empêche. Elle est là, à ma portée, et ces derniers jours m’ont fait comprendre qu’il n’en tenait qu’à moi à l’accueillir à bras ouverts.

Pas toujours facile, évidemment. Mais j’en suis à un moment de ma vie où la liste de mes excès et de mes côtés excentriques s’achève. Peu à peu, les lumières d’alarme s’éteignent. Toute ma vie, je devrai me surveiller et être un peu méfiant, surtout lors de ces moments, où justement je pense avoir repris le dessus sur ma vie. Nous sommes tous des êtres complexes, mais certains prennent des chemins plus sinueux que d’autres. Je fais partie de cette catégorie, et bien que j’ai adoré ce que certains excès ont provoqué dans ma vie, il y a une balance, une certaine stabilité à respecter.

Je n’en prends pas conscience simplement à cet instant, mais la réflexion semble tout à coup plus palpable. Est-ce un leurre? Seul le temps le dira. Pour le moment, ce que j’en dirais, c’est que je possède tous les éléments nécessaires pour me forger une vie plus saine, et quand je dis ça, j’entends surtout moins « alcoolique ». Il m’arrive encore de boire seul, par moment, parce que j’ai toujours éprouvé un plaisir dans cette activité, mais j’ai drastiquement diminué les fréquences. J’arrive au point où je me rends compte que ce n’est plus nécessaire. Ce n’est même pas une « écoeurantite », c’est surtout un ennui et un désintérêt.

Et pourtant, vendredi soir, debout devant la cuvette de l’Olympia, j’ai vomi. Vomir ne m’arrive que très peu. Et je sais très bien que la cause de ces vomissements a été provoquée par le vin cheap vendu là-bas. Bon, le gin ingéré au préalable n’a pas aidé ma cause. Mais je me suis rendu compte que j’ai raté complètement le concert de Damien Rice, aux toilettes ou dans les vapes. Mais qu’est-ce qui me pousse autant à boire pour apprécier un concert? Je me suis souvent posé la question. C’est très difficile à expliquer, mais ça remonte à très loin, quand j’étais tant absorbé par la musique que je sentais mon cerveau décroché vers l’arrière et vivre le rythme. Ce genre d’occasion n’arrivait que peu souvent, mais quand ça me prenait, c’était toujours sous influence. Je me rends compte que j’ai longtemps (trop longtemps) voulu reproduire cette sensation. Le hic, c’est qu’en vieillissant, même si la musique occupe une place très importante dans ma vie, je ne peux plus m’y abandonner comme dans ma jeunesse. C’est peut-être mon état d’adulte qui transforme le tout, qui ne me permet plus de m’abandonner autant, mais j’ai eu beau tout essayer, impossible de revivre ces abandons du passé. Soit j’en ressors frustré et je trouve le concert nul, soit je perds la carte et je ne me souviens plus du moment. Rendu là, outre être malade et perdre beaucoup d’argent, je n’y gagne absolument rien. Il faut donc se rendre à l’évidence; à quoi bon?

Dernièrement, j’ai beaucoup discuté avec mon copain de ces dépendances qui tournent autour de moi et qui font des déplacements. J’ai parlé de la cause de mon excès. Avant, je les mettais sur la faute de mon ex. Consommer pour me retrouver dans le même genre de situation que je vivais jadis. Vouloir revivre des instants mentalement, absorbé par une substance quelconque. Tenter de retrouver un lien, même embrouillé, avec la vie d’avant, avec ce que je désirais encore au fond de moi; être dominé, sans savoir réellement pourquoi. Trouver dans la sexualité sous influence un regain d’énergie, de perversion, de satisfaction. Mais je suis loin de cette époque, je suis rendu ailleurs. Le passé ne m’intéresse plus. L’écriture de mon roman a tout effacé pour tout réécrire. Je me rends compte que je n’ai plus besoin de m’embrouiller l’esprit pour vivre. Cet espace-temps de ma jeunesse adulte n’a plus sa place dans la vie que je veux mener aujourd’hui.

Et puis, consommer voulait aussi dire s’échapper. Se sauver de l’absence de l’autre. S’éloigner de la douleur de la perte. Mais le cliché prévaut; le temps arrange les choses. Pas facilement. Mais l’idée de la perte finit par faire son chemin et on passe à un autre appel.

J’aurai toujours un certain plaisir à m’enivrer. Je crois que c’est en moi. Ça peut s’atténuer, mais disparaître complètement? Je ne suis pas convaincu. Et ce n’est pas mon but non plus. Je suis surtout à la recherche d’un équilibre. Et je veux de plus en plus m’expliquer les raisons qui me poussent à boire. Je pense que c’est un pas dans la bonne direction.

Ça fera bientôt un an que je consulte un nouveau psy. D’abord, pour mes problèmes liés à mon poids et mon acceptation physique. Mais très vite, les sessions se sont orientées vers mon passé et ce qui me poussait à agir ainsi. En ce moment, je considère que je reprends le contrôle. C’est un contrôle fragile, je dois le guetter souvent, car la dérape n’est jamais bien loin. Elle ne sera jamais bien loin, car elle est une réponse facile aux difficultés quotidiennes. Mais le simple fait de ne plus avoir l’envie de me détruire pour me prouver que j’existe ou que j’ai existé est une bonne nouvelle. Et l’essentiel, c’est que je ne regrette rien. Déjà, ça ne sert pas à grand-chose d’avoir des regrets, mais surtout, toutes ces spirales malsaines m’auront amené à être celui que je suis aujourd’hui. Et présentement, je me sens complet.

Certes, ce n’est pas une partie de plaisir tous les jours. Je me bats toujours avec mon poids, avec ce corps dont je ne suis jamais réellement satisfait. Mais j’y vais étape par étape, petit pas par petit pas. Il ne sert à rien de devenir drastique et de replonger dans quelques semaines. Je travaille donc sur ma mentalité, sur mes besoins dans la vie, et non pas sur mes dépendances. Les dépendances sont comme l’argent; parfois on en a beaucoup, à d’autres moments, c’est plus serré. C’est donc une recherche de stabilité qui m’accapare. Et je suis loin d’être à plaindre à ce niveau. J’ai un chum qui m’aime, une famille qui m’apprécie, un environnement de travail agréable où je suis reconnu à ma juste valeur, des amis qui importent, une alimentation saine et beaucoup de sport.

C’est ainsi que se dessine mon avenir. En équilibre. Et c’est ce que je recherche à présent. Une vie saine, tournée vers l’avenir, mais surtout vécue au présent.

J’ai fait du chemin depuis 2012. Je dis 2012, car c’est l’année qui coïncide avec la fin de l’écriture de mon roman, et tout ce qui s’en est suivi par la suite. Je ne suis plus le gamin que j’étais. La trentaine m’a rentré dedans assez durement, mais je crois que je réussis peu à peu à surmonter le vide et l’angoisse de ne pas savoir quoi faire de ma vie. Il y a quelque chose de satisfaisant à accepter notre place; l’endroit où nous sommes rendus, les défis qui s’amènent. En quelque sorte, je suis en paix avec moi-même et mon présent. Et ça, c’est très rare pour un être de mon genre.

J’ai perdu beaucoup d’illusions depuis quelques années. Entre autres que les gens autour de mon univers resteraient là à jamais. J’ai cessé de croire que je pouvais figer mon existence et continuer à la vivre de la même manière. Les gens changent, même s’ils restent un peu identiques. Ceux qui naviguent autour de mes eaux le prouvent clairement. Les rencontres, les expériences, les habitudes; tout cela est sans cesse en mouvement, et je l’accepte. C’est ainsi, on ne peut rien y changer.

Ça me fait un énorme bien de lâcher prise. De me dire que je ne peux pas tout contrôler. Et c’est la réalité. Je ne peux pas tout contrôler. J’accepte donc de ne plus être le centre d’intérêt de certaines personnes, et c’est correct ainsi. Le déclic a eu lieu avec une certaine histoire avec ma cousine. On s’était brouillé pour quelque chose de pas nécessairement claire, et j’ai adopté l’attitude parfaite: les gens se brouillent, parfois ils ont leur raison qu’on ne comprend pas. Dans ce temps-là, il vaut mieux ne pas se battre, et surtout ne pas tenter de rapprochement trop direct (comme si on voulait régler le problème). Ceux qui importent reviennent. Et c’est un peu ma philosophie du moment. Moi, j’aime tout le monde. C’est souvent positif, mais ça peut devenir négatif, car je demande beaucoup de mes amitiés. Parfois, les chums de mes amies ne voient pas cela d’un bon œil. Avant, je me serais jeté dans la gueule du loup pour tenter de mettre cartes sur table et de régler le problème, mais avec le temps, je me rends compte que c’est justement ce qui fout la marde. Alors, il vaut mieux être patient, attendre que les autres se rendre compte d’eux-mêmes que je ne leur veux aucun mal et aucune négativité. C’est un peu triste, mais souvent, je constate que mon caractère fait en sorte que les gens qui me connaissent peu me jugent selon de mauvais critères. Ils pensent que je veux accaparer leur bien-aimé, alors que ce n’est aucunement le cas. Ça m’est arrivé par moment de vouloir régler tout ça, mais je me suis vite retrouvé dans une situation encore pire qu’elle ne l’était. Je pense qu’il faut laisser aller. Éviter d’envenimer la chose. Et puis, il faut bien l’admettre, j’ai passé l’âge de faire des crises d’amitié. Les gens ne nous appartiennent pas, et il faut que l’envie vienne d’eux, pas de moi. C’est la clé. Une clé qui me coûtera probablement quelques amis, mais je deviens plus sain d’esprit quand je ne m’embête plus avec des ouï-dire du passé. J’ai souvent eu le désir de sauver les gens. De vouloir recoller les morceaux brisés pour une phrase dite trop vite ou mal comprise. Ce n’est plus le genre de pression que j’ai envie de me mettre sur les épaules.

Il y a tant de gens adorables et agréables sur le chemin de notre parcours. J’ai décidé de lâcher prise sur les histoires négatives. Alors, voilà. C’est ce que je suis en ce moment, c’est ce que je vis de l’intérieur, et je suis en paix avec mon passé et mon présent. Le reste est de l’inconnu, et je serai toujours curieux de savoir ce qui s’en vient pour moi.

Ces moments de silence, suivi de: comment je me suis pété la gueule dans les profondeurs de la STM

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Presque un mois sans dire un mot. J’en ai eu envie quelquefois, puis j’oubliais, tout simplement. Je me suis posé la question, à savoir si ça signifiait que je n’avais plus rien à raconter, si je n’avais plus envie de m’expliquer ma propre vie…

La conclusion est plus subtile (difficile?) qu’une simple rationalisation de mon état. Je vis souvent le même genre de petite descente quand le projet sur lequel j’ai travaillé meurt à petit feu tranquillement. Ce n’est pas la peine de ne plus le vivre; durant ces moments, je me rends compte que j’ai fait le tour, et qu’il faudra éventuellement quelque chose, car l’humain est en constante quête de renouveau. Et ce renouveau, je ne l’ai pas encore retrouvé, et je ne suis pas convaincu que je le retrouverai dans le roman, mais ça, qui sait…

Je pourrais parler de ménage dans ma vie, mais ceux qui importent sont au courant.

Je pourrais parler de mon ex, mais j’en ai fait le tour, même si j’ai vécu tout un lot d’émotions en le croisant dernièrement.

Je pourrais parler de ma vie de couple, parce que je suis en couple avec un homme.

Je pourrais parler des ventes de mon roman, mais elles vont si bien qu’il ne reste que des miettes de livres ici et là.

Je pourrais parler de mon psy, de mes efforts pour atteindre un équilibre alimentaire, de ma manière de contrôler mes mauvaises pulsions en ce qui a trait à l’alcool.

Je pourrais me féliciter d’avoir terminé mon traitement pour cesser la cigarette lundi dernier.

Mais je pense que la vie m’a fait attendre, parce qu’elle ne voulait pas que j’écrive encore. Elle préférait me donner un nouveau défi; soit celui de me casser la gueule dans les profondeurs de la STM.

Eh oui, la STM s’est bien vengée de mes innombrables piques concernant son service et le salaire trop élevé de ses dirigeants. C’est comme si l’entreprise de transport en commun avait planifié une incantation vaudou contre moi. En fait, c’est ce que j’aimerais pouvoir dire, pour me cacher derrière ma connerie humaine, mais j’en suis venu à la conclusion qu’il fallait que j’affronte ma stupidité comme un grand. Car c’est l’un des défis que la vie m’a donné dernièrement. Voici donc le récit qui a chamboulé ma vie en trois secondes…

C’était samedi dernier, en fin d’après-midi, je devais prendre le métro, puis prendre un autobus, puis prendre un train. C’est le chemin à suivre pour se rendre chez mon copain, qui habite, comme j’aime le dire, en campagne. Je n’étais pas en retard. Peut-être un peu juste, mais si la lumière au coin de la rue était restée rouge quelques secondes de plus, probablement que je n’écrirais pas ces lignes aujourd’hui.

J’ai donc dévalé les escaliers roulants de la station de métro, comme je l’ai fait des milliers de fois. Un couple niaisait et prenait son temps devant moi, et j’ai senti l’impatience grandir dans mon ventre. C’est que j’entendais déjà le wagon qui s’en venait à quai. Quand je l’ai aperçu, il était déjà là depuis un bon moment (5 secondes). Je n’avais pas encore entendu la petite musique qui t’annonce, en te narguant presque, que c’est trop tard. J’ai donc dévalé les quelques marches en écoutant cette chanson maudite et en voyant les portes commencer à se refermer. Il me restait trois secondes. J’aurais pu simplement insérer mon sac de gym entre les portes et causer une réouverture, mais tout à coup, le défi était de réussir à rentrer dans le wagon, à y faire passer mon corps en entier. Et je me revois, aux pas de course, propulsant d’abord mon sac devant moi, réussissant à poser un pied à l’intérieur du wagon.

Ce que je n’avais pas prévu, c’était la mince couche d’eau sur le quai. La température douce qui rend la neige en slush, tout ça traîné par les bottes des gens… Mon soulier n’avait rien vu venir non plus, et c’est à ce moment que le glissement s’est produit. D’abord, dès la première fraction de seconde, je me suis étendu de tout mon long dans le wagon; j’ai presque pensé crier « victoire! ». J’aurais eu l’air complètement fou étendu au sol, mais bahhhh, j’avais vécu pire humiliation. Mais lorsque j’ai entendu un «CRACK!» par-dessus la musique de mes écouteurs, j’ai compris avant même de hurler ce qui venait d’arriver. Mon pied gauche, entre le quai et le wagon, dans ce petit espace vide où rien ne devrait s’insérer, à défaut de ne plus jamais le revoir. J’y ai vu mon pied; se tordre, se mutiler, devenir guenille dans un mouvement qui n’avait rien de naturel. Je suis tombé, le pied coincé, et mon propre poids a fracturé ma cheville… c’était inévitable. Et je le savais déjà, alors j’en ai profité pour hurler et sacrer, couché par terre, pendant que le wagon reprenait sa route vers la prochaine station, comme si de rien n’était.

Quand des passagers ont tenté de me toucher la jambe, j’ai tout de suite crié qu’il ne fallait surtout pas, qu’elle était sûrement cassée. Je me suis donc agrippé à deux gaillards, jeunes et beaux d’ailleurs (je l’ai remarqué; c’est bien la preuve que ce n’était pas mon jour de mort haha). Les deux mecs m’ont fait monter à l’étage vers le changeur. L’un a dit: « ça paraît que tu as mal! » C’est là que j’ai compris que je dégoûtais à pleine sueur, en choc traumatique, sur l’adrénaline. J’étais trempé de partout.

Le changeur était une exception à la règle: super sympathique. Il m’a servi de l’eau, m’a donné des essuie-tout pour m’essuyer la face un peu. Je ne voulais pas appeler d’ambulance, car j’étais tout près d’un hôpital. J’ai attendu les policiers du métro; encore deux beaux jeunes hommes gentils. Ils m’ont soutenu dans ma triste marche jusqu’à l’hôpital de l’autre côté de la rue. Et là-bas, une belle attente allait commencer.

Un seul médecin pour voir la pièce entière remplie de gens. Système de santé pathétique. Vraiment. Et la niaiserie encore pire; impossible de passer une radiographie avant que le médecin l’autorise. Ri-di-cu-le. Je savais pourtant que j’avais une fracture, c’était inévitable. Mais non, j’ai dû attendre 4 heures pour voir un médecin cinq secondes qui m’a dit que tout ce qu’il y avait à faire était d’aller faire… une radiographie (nonnn??? Vraiment??!) En observant les méthodes et les règles complètement ridicules de l’hôpital dans lequel je me trouvais, j’ai compris pourquoi le système de santé était ridiculement engorgé. J’en ai d’ailleurs vu de toutes les couleurs durant mon attente.

Je suis sorti vers 22h00 le soir, avec un plâtre temporaire et un verdict que je connaissais déjà au fond de moi: fracture de la cheville gauche. Le médecin n’étant pas capable de lire une radiographie comme il faut, il m’a donné rendez-vous le lundi suivant, afin qu’un radiologiste donne son avis sur la blessure (le technicien m’ayant fait passer la radio ne devant pas être assez qualifié, je suppose).

Je suis sorti de l’hôpital avec une constatation; bon dieu, il ne faudrait pas être sur le bord de la mort et atterrir dans cet endroit! Heureusement, ce n’était pas mon cas, et j’étais bien accompagné de mon meilleur ami Thomas. On a ensuite passé la soirée ensemble. Ça faisait un bail qu’on ne s’était pas vu. J’aurais préféré d’autres conditions, mais la vie ne nous laisse pas toujours le choix. Elle ne lui a pas laissé beaucoup de choix non plus; il a dû me déshabiller pour la pose du plâtre et il a joué au taxi. En poussant mon fauteuil roulant dans le couloir de l’hôpital, on s’est passé la réflexion qu’on ne vivait jamais de moment comme les autres. Nous, on ne vit pas des enterrements de vie de gars ou des mariages; on est surtout là quand l’un ou l’autre est dans la deep shit. C’est ça, la vraie amitié.

Plus tard dans la soirée, Juan est venu faire son tour, complètement saoul, et ça a permis de détendre l’atmosphère. C’était une belle visite. Mon mec est venu me voir le lendemain, puis lundi mes parents sont venus me chercher pour aller passer du temps à la maison familiale. J’ai eu droit à un arrêt de travail jusqu’en janvier, mais comme mon assurance au travail est merdique (pas d’assurance courte durée), j’ai dealé pour pouvoir continuer à travailler de la maison. Je me tape présentement des 12 heures par jour. Mais de toute façon, je n’ai que ça à faire.

Je ne serai donc pas très très sorteux durant le temps des Fêtes. L’an passé, c’était la grippe du siècle. Cette année, c’est l’handicap. J’essaie de prendre tout ça avec un grain de sel. La rengaine «chanceux dans sa malchance » s’applique souvent dans ma vie.

Toute cette aventure me fait réaliser qu’on ne sait jamais quand la vie peut basculer. Sans prendre un ton dramatique, mais… c’est si vrai qu’on ne sait pas quand notre dernier souffle sera venu. Et je suppose que c’est correct comme ça. Je ne peux pas dramatiser la chose, parce que je chignais qu’il ne se passait pas grand-chose dans ma vie dernièrement. Eh bien, voilà le nouveau défi. En fait, il y en a deux; et le plus difficile ne sera pas dans les mouvements, mais bien au niveau de la prise de poids. En arrêt de travail, mais aussi en arrêt de gym (ou du moins de cardio), j’espère que ça ne fessera pas trop fort sur la silhouette. Pour le reste, ce sera un bel indice d’observer qui viendra me voir et qui ne sera pas là. Une autre méthode pour connaître ses vrais amis en soi.

Ce qui est le plus chiant quand on perd l’usage temporaire d’une jambe? SE LAVER! Bordel que c’est un casse-tête! Une chose est certaine en tout cas, je vais économiser de l’argent. Vous imaginez? Je ne peux pas faire d’épicerie, et je ne peux même pas décider d’aller m’acheter une bouteille de vin au coin de la rue.

Sinon, je suis un danger public en fauteuil roulant. Et je suis un danger pour moi-même avec des béquilles (le p’tit Jezus ne serait pas content de m’entendre sacrer de même lol).

Alors voilà! Je vous souhaite un beau temps des Fêtes; plus actif que le mien (ce ne sera pas difficile!). Pour ceux qui cherchent encore mon roman, il reste 19 copies au Québec et 5 copies en France. J’ai aussi deux copies que je peux dédicacer pour ceux qui passent par Paypal (voir les infos dans le coin droit!) Dépêchez-vous 😉

Un dernier message que tu ne liras pas

soleil

Six petits « bips ». Comme six petits coups secs qui résonnent dans la noirceur de la nuit. 4h30 du matin, et déjà mon irritation m’empêche de refermer l’œil. Mais qui donc ose m’écrire six fois de suite à cette heure tardive? J’ai pensé à Alix, mais ça n’avait pas de sens, il ne se couche jamais aussi tard. C’est pourtant le seul qui écrit de courts messages l’un à la suite de l’autre. C’était trop tentant, j’ai saisi mon téléphone cellulaire pour identifier le nom de celui ou celle qui m’importunait dans mon sommeil. J’aurais dû le savoir. C’était lui, évidemment.

À quoi bon! Aussi bien répondre sur-le-champ. Après des messages ambigus la semaine passée (que j’avais analysé comme des appels à l’aide) il valait mieux ne pas prendre de chance. Il a d’abord paru surpris de ma réponse. J’ai coupé court en lui demandant ce qu’il faisait debout un dimanche matin. Il n’a pas répondu tout de suite, préférant dire qu’il voulait qu’on se voie parce qu’il avait besoin de se changer les idées. Je me suis mordu une lèvre. Avant, quand il me lançait ce genre de phrases, c’était pour s’envoyer en l’air. En secret.

Je ne pouvais pas le voir en après-midi ni le soir; 5 à 7, suivi d’un concert. Je lui ai proposé de passer chez lui ensuite, mais il ne voulait pas. J’ai compris qu’il ne voulait pas que je vienne le voir dans son nouvel appartement. En fait, il évitait toujours les rencontres qui pouvaient nous offrir un peu trop de proximité. Il me connaissait bien. Moi aussi, je me serais méfié de moi-même.

Nous ne sommes pas arrivés à une entente, si bien que j’ai senti une certaine rage dans ses écrits. Puis, il a proposé: « tout de suite »! Le sachant à l’autre bout de la ville, je l’ai averti qu’il était 4h45 du matin et que le métro ne fonctionnait pas. Il a suggéré de venir me rejoindre dans notre ancien coin, me donnant rendez-vous devant notre ancien appartement, dans la Petite-Italie. J’ai trouvé ça un peu cruel, mais je n’ai rien relevé.

À 5h00 du matin, je me suis levé, un peu tête en l’air, ne sachant pas trop ce que je foutais là. Je me suis rappelé ses idées noires, j’ai tenté de chasser le reste de ma pensée (ce n’est pas à toi de t’occuper de lui) mais je m’en serais voulu s’il y avait eu mort d’homme. Dans ma cuisine, devant le soleil levant, mon chat ne comprenait pas trop ce que je faisais non plus. J’ai fait jouer de la musique. Obstacles  de Syd Matters. J’ai fumé une cigarette en me rappelant que je devais arrêter de fumer pour la xième fois. Que je devais cesser d’écrire des textes au Je aussi. Haussement d’épaule en buvant un verre de jus d’orange. We played hide and seek in waterfalls / We were younger, we were younger

J’ai enfilé un t-shirt trop petit pour moi, parce que les excès de la semaine précédente étaient beaucoup trop violents. Une paire de lunettes fumées et j’étais prêt pour un trajet de deux stations de métro. Malgré le mois de mai, il faisait froid. J’ai laissé échapper un « pays de cul », puis je me suis engouffré dans la chaleur d’une station. Seul. Qui d’autre aurait répondu à l’appel un dimanche matin, si tôt? Je venais évidemment de rater le premier wagon. 10 minutes à attendre. Il allait être en retard, donc aucune importance.

Dehors, à deux rues de notre ancien appartement, j’ai réalisé l’ironie de la chose. Se donner rendez-vous devant le lieu de notre deuxième et dernière chance. Où le bonheur n’avait point eu le temps de se créer, trop vite ravagé par l’annonce d’une autre séparation. De la rue, j’ai levé la tête vers le 2e étage, me demandant si les nouveaux locataires étaient heureux ici. La chanson Changes de Girls in hawaii dans les oreilles. J’ai retenu un haut-le-coeur, vestige d’une pensée romantique pour un passé révolu depuis… depuis déjà 5 ans. Jour pour jour, en ce dimanche de mai. J’ai eu beau me dire que les signes de la vie n’étaient que hasards, on a eu beau me reprocher que je faisais trop de liens, comme dans un roman, mais impossible de ne pas souligner l’étrangeté de la chose. Le 7 mai 2009, on emménageait ici. En 2014, j’y étais encore, et j’attendais toujours le même homme. I’m stuck under a balcony in the moisture of the mist / Smoking cigarettes ’cause I’m in despair / Is it some kind of boredom or just the need to fill myself up /It makes me smoke much more than I would want to…aaarrg

Il est arrivé avec son 10 minutes de retard habituel. En applaudissant. En guise de félicitations. Parce que j’étais à l’heure. Pourtant, je savais qu’il avait toujours été pire que moi. En plus de me retarder dans ma vie et mes futures relations.

Nous avons marché vers le restaurant de déjeuners ouvert très tôt, même le dimanche. Il venait de finir sa dernière bière. Je savais ce que ça voulait dire sans avoir à poser d’autres questions. And you look so nervous, so nervous, so nervous / You won’t conceal those cracks for live

Face à face dans une banquette, un menu ouvert que nous allions consulter seulement une heure plus tard, j’ai pris des nouvelles. Je l’avais bien vu quelques semaines auparavant; pour lui remettre mon fameux livre, celui que je n’aurais jamais écrit sans son aide (j’ai pensé: sans toute cette souffrance). Un peu plus et il me disait que je n’étais rien sans lui. Il y a quelques années, j’aurais sûrement adhéré à ses paroles. Des flashs de notre dernière rencontre ont alors submergé mon esprit. Souvenirs flous. Attirances. Alcool. Consommation. Un autre sarcasme de la vie, pour me prouver que c’est elle qui décidait de la fin, que j’aie sorti un roman ou non. Je me suis mis à sourire. Je ne regrettais rien de notre dernière rencontre, même si elle me tuait un peu plus en dedans. I’m just lying, just lying, just lying / Just lying again / Sitting aside in the sadness sometimes / You can see us faces down

Il m’a raconté ses problèmes de colocation. Je me suis demandé pourquoi ce garçon faisait craquer tant de mecs autour de lui. Alors qu’il me disait que les coups de foudre sont impossibles, je lui ai répondu que « pourtant, il en avait eu un dès qu’il m’avait rencontré à l’époque ». Hésitation de quelques secondes, puis approbation. Petit bonheur inutile, car tout ça n’existait plus depuis bien longtemps. Je me suis encore demandé ce que je faisais ici, et si Alix avait raison quand il m’avait dit de me méfier (attention, s’il coule, il va vouloir sombrer avec toi).

Il m’a parlé de son père. Qui lit encore mon blog, parait-il. Il le soupçonne même d’avoir acheté mon roman. La curiosité n’a pas de limites, je le comprends un peu. Ça m’a fait penser à mes parents. Ils ont eu des mots très durs pour le dernier homme qui a partagé ma vie, personnage ou pas. Les sœurs de Luc, elles, se sont arrêtées à la bande-annonce. Elles ont demandé si c’était tiré de notre histoire. En voyant la gueule de l’acteur, je ne peux pas croire qu’elles aient douté. Il m’a raconté qu’il les avait rassurées, parlant de texte romancé. Il n’a pas tort, il y a de la fiction… Mais il faut être dupe pour croire que la réalité ne vient pas se mêler de tout ça. Bon, de toute façon, ça n’a aucune importance. Je salue quand même le père de Luc, lui souhaite la meilleure des chances s’il se lance dans la lecture de mon livre. Moi-même, je ne sais pas si je voudrais en lire et en savoir autant si j’avais un fils.

Ça me ramène à la force incroyable de mes parents. Qui, eux, ont tout lu déjà. Au contraire des autres, ils n’ont pas cherché à connaître la vérité dans la fiction. Ma mère m’a bien posé certaines questions précises, mais elle ne s’est pas aventurée au sujet de ce qui touchait l’intimité sexuelle des personnages. Mon père est plus timide. C’est normal. Je sais qu’il éprouve beaucoup de colère et qu’il utilise des termes grossiers pour décrire certaines personnes liées au livre. Je ne pense pas en savoir plus. Tout était dit quand papa m’a demandé si j’allais écrire un « vrai roman » un jour. Il s’est ensuite mis à me parler de polar et de romans policiers. Petit soupir.

Retour au déjeuner. 6h00 du matin. Je l’écoute encore parler. J’ai parfois l’impression que je suis le seul qui l’écoute parler ainsi. J’ose glisser l’idée de son chum. Oui, il a un copain depuis 4 ans déjà. Un copain qu’il voit peu. Ça me fait hausser les épaules, me dire que c’est normal si ça va bien. Et je sais que c’est lui qui devrait se trouver à ma place présentement. Évidemment, la complexité des histoires qu’il vit ne permet pas de mettre son chum dans les confidences. Lui, je ne l’ai jamais vu. Enfin. À peine croisé au coin d’une rue un samedi soir en allant au dépanneur. Quand je pense à lui, je pense à son ancien bon ami, qui fut mon amant, et dont je me suis inspiré pour une scène de sexe vers la fin de mon livre. Le monde est petit. Très petit.

Nous avons fini par commander de la nourriture. La dernière fois que j’avais les fesses dans ce restaurant, nous vivions encore ensemble. Des liens, encore des liens. Il n’y a que ça qui nous unit; les liens du passé, les liens du passé qui se recoupent avec le présent. Et même s’il a changé, même si je ne veux pas revenir en couple avec lui, il y a cette force d’attraction malsaine, ce désir invisible qui fait office d’aimant. Si je n’écoutais que mes pulsions, je serais déjà assis à ses côtés, à le toucher et à profiter d’un corps que je ne reconnaîtrais pas.

Après trois heures dans le restaurant, nous sommes sortis pour marcher et digérer. Même si j’avais dormi deux, trois heures cette nuit-là, il m’a fait marcher de Jean-Talon à la rue Sainte-Catherine. Soleil éblouissant. Comme si la vie n’avait pas vraiment changé. Nous avons parlé de son pénis. Et il n’en fallait pas plus pour que mon attirance revienne en force. En observant la scène d’un point de vue extérieur, je n’y voyais qu’un désespoir. Un désespoir vain, comme si l’unique but était d’obtenir satisfaction. Et puis, la vérité s’est amenée d’elle-même. Ça ne changerait jamais.

J’ai compris que je pouvais comparer notre histoire à celle vécue avec mon ex-copine. Même en étant gai à 100%, je sais que la seule femme que je pourrais baiser sans soucis serait bel et bien Sarah. Par habitude? Par naturel? Par connaissance d’un corps passé que je ne connais pourtant plus maintenant? Je suis convaincu que ce serait la seule qui pourrait encore réussir à me faire goûter au corps féminin. Eh bien, je sens cette espèce de similitude avec mon ex. Cette impression que même si je le reverrai dans 10 ans, j’aurais toujours cette attirance, cette forme d’attraction poétique et sexuelle à la fois. Un intérêt de mon corps vers le sien, sans même le vouloir.

Je n’ai aucun désir de reformer un couple avec lui, pas envie de partager une vie commune dans un appartement. Mais toute forme d’amitié entre nous se transforme en option sexuelle dans mon esprit. Je me rends compte que ça ne sert à rien de me mentir à ce sujet. Il n’y a pas d’ambiguïté. Il est passé à autre chose. Moi, j’ai écrit un livre et je l’ai gardé près de moi grâce à un personnage. Ce n’est pas sa faute. C’est la mienne. J’assume. J’assume aussi le fait que je suis passé à autre chose. Le problème, c’est la proximité. Qu’elle existe une fois par année ou une fois par mois ne change rien. Comme si chaque occasion remettait les compteurs à zéro. Ce n’est pas du jeu pour moi. Et ce n’est pas de sa faute, ou si peu, par moment.

Cette histoire, c’est une histoire banale comme des milliers d’autres. Une attirance sexuelle interdite entre deux êtres pour diverses raisons. Un truc inévitable. Un truc que je dois me forcer à éviter. J’aurai toujours une certaine affection pour lui, mais il est temps qu’il me laisse partir et qu’il cesse de revenir me chercher. Ça fait de la peine de penser que ma place n’est plus là, que je devrai probablement le forcer à me remplacer par son copain. Parce que c’est son rôle à lui à présent.

Je n’ai pas assez de résilience pour faire ami-ami avec mes exs. Parce que l’attraction physique gagne tout le temps. Je suis un être de pulsions. J’en parlais justement avec une collègue de travail qui vient de se séparer. Elle a tout de suite installé des balises claires entre son ex-copain et elle, car ils doivent partager l’appartement jusqu’en juillet. Elle ne me dit peut-être pas tout, mais j’admire son courage et sa conviction. Quand c’est fini, c’est fini. Et, elle a raison. C’est le seul moyen de vraiment tourner la page et de concevoir un avenir avec quelqu’un d’autre.

J’ai compris pourquoi j’étais célibataire depuis si longtemps. Vivre dans le passé est une partie du problème, mais c’est surtout la réactualisation d’un amour passé qui m’a nui. Ce n’est pas la faute de Luc. J’ai longtemps été son confident. Il voudrait que je continue à l’être (mais uniquement quand ça l’arrange). Il restera centré sur lui-même comme je l’ai toujours connu. Ça fait partie de sa personnalité. Je ne pourrai jamais le changer. Mais je peux tenter de me changer moi. Et ces derniers jours, je vis une certaine libération. D’abord, pour avoir compris que ce n’était pas l’amour qui me guidait vers lui. C’est une question de disponibilité des corps. Je suis convaincu que si Luc était célibataire, nous aurions vécu encore du sexe pendant un long moment, jusqu’à ce que l’ennui prenne toute la place. Et je ne crois pas que l’ennui comme souvenir d’une relation est mieux que la passion qui finit drastiquement.

Quand j’ai publié mon roman, je m’étais dit que je fermais le dossier le soir même. La vie s’est amusée à me faire comprendre qu’il y avait des choses que je ne contrôlais pas. Tout comme je ne contrôle pas toujours ce qui me fait bander. Mais les pulsions se contrôlent, ou du moins, elles peuvent être évitées si on prend des précautions. C’est un peu dire que mon ex est contagieux, et que dès que je le fréquente, je fais de la fièvre et le désire encore. Le temps et l’absence font diminuer les fièvres. J’ai fini d’être dans l’attente pour une simple relation sexuelle. Avant, j’étais dans l’attente par amour. Comme ce n’est plus le cas, la seule chose qui me rappelle mon désir est sa présence. Il n’y a pas 10 000 solutions.

Je mise sur le fait qu’il ne fasse pas trop de conneries. C’est tout ce que je peux souhaiter. Et espérer qu’il s’en sorte psychologiquement. Mais, à partir de maintenant, j’ai choisi de ne pas sombrer avec lui. Je lui ai laissé le contrôle très longtemps. Trop longtemps. Et d’une certaine façon, il s’en foutait. Il a toujours pensé qu’il y avait droit en tout temps. Les années passent, la vie change, et je dois m’aider d’abord. Me la jouer égoïste, oui peut-être. Quoi qu’il en soit, le deuil est terminé. Il ne faut plus rouvrir la brèche ou faire saigner la cicatrice du passé.

Je disparaîtrai doucement. Et son père, s’il me lit vraiment, ne lui parlera pas de cette publication. Tout se fera sous silence, pour son bien à lui, pour qu’il m’oublie sans même s’en rendre compte. Ce sera sans conflits, sans arguments et sans rancœur. Il vivra sa vie d’adulte, avec ses hauts et ses bas, et ce réflexe si naturel de m’écrire ou de me parler s’en ira avec le temps. Je lui faciliterai la tâche, car je ne le relancerai pas. Retenir ses pulsions, les contrôler pour le bien de l’autre, mais surtout pour son propre bien. Nous sommes tous les deux dans la trentaine. Il n’y a plus d’excuses pour aller puiser dans le passé et chambouler le présent. Nous sommes deux hommes. Deux hommes en paix malgré les vagues douloureuses de la solitude et du temps. Deux hommes qui font de leur mieux, avec leurs démons, leurs souvenirs, et une forme d’affection l’un pour l’autre que je n’aurai que trop rarement vécu dans ma vie.

Et si je n’avais qu’un tout petit souhait à lancer dans l’univers, ce serait de recommencer toute cette histoire folle… Avec un autre.

Tout va bien, ne t’en fait pas.

avenir

Ça y est. J’ai suivi le conseil de Philippe Scnobb, j’ai envoyé mon roman à mon ex. Évidemment, j’ai accompagné le tout d’un courriel larmoyant expliquant qu’il s’agissait de l’histoire de notre amour. Eh oui, je suis comme ça, j’aime rendre tout dramatique.

Il m’a répondu, m’a dit qu’il allait le lire. Qui ne serait pas curieux de savoir ce que l’on dit sur soi? Mon amie Annie me dit qu’il va sûrement péter une coche quand il aura fini sa lecture. Peut-être. Ça ne me regarde plus vraiment dans un certain sens.

Je suis passé par toutes les étapes du deuil. La dernière pierre étant la déception. Déception de voir que ce projet touche plusieurs personnes, mais touchera-t-il un éditeur? Trop homo, trop autobio, trop trash, trop triste. Je ne sais point. Seul le temps le dira. Mais moi, mon deuil est fini. L’histoire a pris fin. La règle des 5 ans de misère s’achève. Car le temps file, et c’est déjà le constat. En 2014, ça fera 5 années que je m’épuise pour du vide, de l’absence et du silence. C’est le moment de tout jeter, de tout oublier pour de bon.

La tristesse a fait place à la résignation. Et au désir de vivre autre chose. D’aller voir ailleurs. Oh oui, certes, je suis bien allé voir ailleurs plusieurs fois, mais je n’y étais pas. Pas totalement là.

Ça fait maintenant deux mois que je ne consomme plus. Que je suis devenu un petit être parfait. Mais je ne le fais pas pour les autres. Je le fais pour moi. Toujours dans cette optique de guérison. Le 26 juillet, je fermerai mon dossier chez la psy. Ce sera notre dernière rencontre. Notre au revoir. Et je pourrai lui dire: « ne t’en fait pas, tout va bien ».

Eh oui, tout va bien. Malgré tout. Je continue à vivre. Aucun désir de mort. Aucune pensée négative. La nostalgie oui, mais j’ai l’habitude. Aujourd’hui, je profite du soleil et je suis zen. Je prends soin de moi, de mon corps, de ma vie et de mes relations.

J’ai passé une belle fin de semaine, du jeudi à dimanche, d’abord chez mon amie Annie jeudi soir, à refaire le monde, à planifier un voyage prochain en Europe. Je crois que j’ai besoin de vacances malgré tout, que mes vendredis de congé ne sont pas assez pour décrocher totalement. Nous visons la Croatie. Un coin de pays inconnu pour moi. Un petit dépaysement.

Vendredi soir, je suis allé faire le souper dans le nouvel appartement de mon meilleur ami. Ça faisait un bail que nous n’avions pas passé une soirée ensemble, avec Cadot. 2013 n’a pas été si bon pour nous, mais force est de constater que nous nous tenons, que nous sommes toujours liés comme au secondaire. Je ne m’en fais pas pour eux. Ils dessinent le chemin de leur vie vers du positif, ça ne peut que mieux aller pour 2014.

Et samedi, je suis allé profiter de la piscine chez mes parents. Une vraie fin de semaine de Rive-Sud. Comme si je me retrouvais dans le temps, et c’est quand même spécial, puisque j’écris présentement un roman pour ados qui se passe là. J’ai enfin rencontré l’amoureux de mon amie Maryline. Un bon garçon, américain charmeur à la Kurt Cobain. Nadia et Émilie sont venues nous rejoindre. Belle soirée d’été improvisée. Mes parents sont arrivés vers 23h. Ça faisait du bien de les voir. Je trouve encore que je ne les vois pas assez souvent. J’ai rassuré ma mère, qui s’en fait toujours un peu pour son fils unique. Elle s’en fera toujours un peu, je suppose. Comme je m’en fais de plus en plus secrètement pour eux. Quand j’observe ce que la perte d’un amour peut me faire subir, je n’ose pas trop penser à ce que pourrait me faire vivre la perte de mes parents; des gens si honnêtes, aimables et ouverts. Une chose à fois, il vaut mieux repousser les pensées macabres.

J’ai terminé le tout, ce dimanche, avec ma cousine, au Adonis, à faire notre épicerie. Après une longue année sans se voir, nous recréons les liens. C’est un peu comme retrouver sa sœur. Et tout ça me fait prendre conscience que je suis bien entouré, que je n’ai pas à me plaindre sur les gens qui m’entourent. Oui, je suis Scorpion, et je suis vite déçu par certaines décisions de mes amis, mais en vieillissant, j’apprends à laisser aller. L’amitié compte encore énormément dans ma vie, mais j’accepte que les autres ont une vie, des obligations et bientôt ils auront une famille, des enfants, de nouvelles préoccupations. La seule chose que je souhaite, c’est de les suivre dans cette aventure. Je ne sais pas si c’est la trentaine qui m’ouvre les yeux, mais j’ai envie de bâtir quelque chose, de me coller contre le corps chaud de quelqu’un pendant les nuits d’hiver, de vivre la simplicité des choses, parce que vieillir, c’est s’éloigner des actes extrêmes, c’est apprendre à découvrir le quotidien et ses petits plaisirs.

Il faut vivre pour soi. Tout en prenant soin des gens qui s’amènent sur le sentier de notre existence. Avoir bientôt 30 ans, c’est aussi accepter la perte de ses illusions. Je ne serai peut-être jamais le grand écrivain que j’aurais espéré être. Mais, au final, ça n’a pas d’importance. Je continuerai à écrire pour moi. Parce que j’ai beau dire que l’écriture n’est plus le centre de ma vie, je ne peux pas m’en éloigner très longtemps. Alors, on verra, c’est tout, c’est comme ça. Accepter le sort. Accepter ce que la vie nous offre. Cesser de penser à l’avenir, arrêter de songer au passé. Vivre. Vivre et ne plus se poser de questions sur ce que l’on a laissé passer, sur ce qui nous a quittés, sur ce qu’on aurait pu devenir ou être.