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Sables mouvants

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Il y a un truc vraiment ironique dans la vie. Peut-être que plus tard, on y voit moins de cynisme et on se met à rire en se tournant vers certaines périodes de notre passé. Mais présentement, je vis une dichotomie entre la qualité de ma vie (entendre; ce que j’ai réglé de mes démons) vs la qualité de la présence des autres dans cette même vie.

J’en vois déjà qui lèvent les yeux au ciel en se disant que je vais chialer sur mon sort ou me plaindre de x ou y. Pas tout à fait. En réalité, si on dresse une ligne du temps et une ligne de nos buts, je serais foutrement ingrat de dire que je ne suis pas satisfait du déroulement. Je pense que mon combat gagné, le plus important, devait être par rapport aux substances que j’ingérais. Et la bonne nouvelle, c’est que je suis passé à autre chose, pour de bon, sans nostalgie (si ce n’est peut-être ma taille qui était plus fine… mais ça ne valait pas la destruction du corps). Ça s’est aussi amélioré côté alcool, quoique j’ai du travail encore à faire de ce côté. J’ai beau avoir diminué de 75 % dans ma fréquence, reste que je me gâte encore un peu trop quand je m’en permets.

Ma vie s’améliore aussi côté travail, avec de nouveaux avantages qui m’ont montré que la persévérance peut payer (même si je me considère encore sous-payé, mais il faut faire la part des choses). J’aime mon travail, j’y suis heureux et j’arrive à remplir mes responsabilités niveau hypothèque. Quand je dis mon salaire à quelqu’un, que je lui parle de mes mensualités, la plupart n’arrive pas à comprendre comment j’y arrive. Ça demande beaucoup de sacrifices. Mais j’aurais de la difficulté à revenir en arrière. Voilà pourquoi je dis que plus les années s’écoulent sur cette ligne de temps, plus mes buts sont atteints. Ce n’est pas facile, mais il faut ce qu’il faut.

Ce que j’ai remarqué, c’est que les sacrifices touchent surtout la vie sociale. Moins de sorties, pas de restaurants et le moins de bars possibles. Ça tombe bien, j’avais pas mal fait le tour des soirées qui s’étirent jusqu’à 5 heures du matin. Et puisque les paradis artificiels ne m’intéressent plus, ça passe encore. C’est surtout au niveau des amitiés que tout déraille. Dans la vingtaine, on fait des acquis amicaux. On s’imagine que les moments resteront figés, qu’ils se répéteront sans cesse jusqu’à notre dernier souffle. Dans la trentaine, on comprend qu’il ne reste pas grand-chose de ces beaux idéaux. Et comme je l’expliquais dans un article précédent, ce n’est pas nécessairement des disputes ou des malentendus qui détruisent nos relations amicales. C’est le jeu du temps, des absences, des occupations multiples qui font en sorte qu’on ne peut plus se séparer en quatre (on vieillit, on cherche le confort de notre salon, le petit bonheur sale de la télévision et du diable Netflix).

Je réagis toujours un peu tout croche quand on s’approche de mon anniversaire. Parce que c’est souvent à ce moment-là que les compteurs se remettent à zéro. Que l’on voit qui sont les gens importants dans notre vie. Je m’étais fait la même réflexion l’an passé (et pourtant, j’avais eu un anniversaire fantastique), mais je me rappellerai toujours la réaction d’une de mes amies qui était rentrée chez moi en s’exclamant: mais qui sont ces gens? C’était la seule de mon ancien groupe d’amis qui avait daigné venir fêter avec la quinzaine de personnes qui étaient là (tous des visages inconnus pour elle, car comme je l’ai dit, la vie est mouvante, et ceux qui étaient là pour nous hier, ne le sont pas nécessairement aujourd’hui). Je me rappelle que ça m’avait un peu blessé. Mais je pense que j’ai toujours eu la mauvaise attitude par rapport à tout ça; moi j’étais allé à leur anniversaire, à leurs soirées, à leurs événements. Mais le renvoi d’ascenseur n’y était pas.

Cette année, j’avais pris la décision de simplement… ne rien faire. Pas de déception, pas d’obligation, rien. Et j’aurais dû suivre cette idée. Mais j’étais saoul vendredi dernier, et on m’a convaincu de lancer une invitation comme ça. Je l’ai fait parce que j’avais bu, mais sinon j’aurais résisté. Encore une fois, ça m’a montré le vrai visage de certaines personnes. Quelqu’un qui quitte une conversation sans même prendre la peine de dire qu’il est simplement occupé ou qu’il ne peut pas, je trouve que c’est un manque de respect flagrant. Si j’avais eu 25 ans, j’aurais probablement critiqué et fait une scène. À bientôt 33 ans, je trouve ça irrespectueux, et ça s’arrête là, tout simplement. Je ne sais pas pourquoi je me battais tant pour des amitiés à sens unique. J’ai toujours trouvé que les plus belles amitiés étaient celles qui étaient loyales et égalitaires. Mais mon discours s’est modifié, et je suis à l’âge où je n’ai plus de temps pour ce genre de bataille. Je resterai donc silencieux. Après tout, si je suis supposé n’attendre rien d’eux, ils ne seront pas surpris de ne plus attendre rien de moi.

La réalité, c’est que je vois encore beaucoup le bien chez les gens qui me sont chers. Je vis dans un monde légèrement naïf. Les années à venir me montreront probablement que j’avais tort de ne voir que le bon chez les autres. Et il n’y a pas de rancœur. Sables mouvants. La vie n’avance pas en ligne droite. Je me dois simplement de perdre mes illusions sur l’importance que certaines personnes accordent à ma présence ou à ma personne. Ce n’est pas plus mal. On apprend. C’est sain.

Je discutais avec un autre ami qui me racontait que les gens le trouvent parfois lourd et trop insistant. J’ai avoué à cet ami que c’était vrai. C’était une conversation calme et honnête. Ç’a eu l’air de le faire avancer dans son cheminement. Et c’est seulement maintenant que ça me frappe; peut-être que je suis ainsi? Peut-être que c’est moi qui en demande trop aux amis autour de moi. Pas dans le sens où je les harcèle, non. Plutôt dans mes attentes envers eux. Après tout, chacun sa vie, chacun ses occupations. Je pense que m’effacer un peu ne peut pas faire de tort. En même temps, une partie de moi reste encore submergée de doutes. En s’effaçant, on signe souvent un acte de disparition. Mais si c’est ce qui devait arriver de toute façon, alors c’était dû pour arriver.

J’ai la même philosophie en amitié qu’en amour. Je pense que je serai toujours heureux de croiser des personnes qui ont été importantes pour moi, que ce soit dans une année ou dans dix ans. Mais cette vision des choses m’a toujours enfermé dans un monde de bizounours un peu trop utopique. C’est comme quand je disais à mon premier amour que l’on se reverrait à l’âge de 40 ans, ou quand je disais à mon ex de revenir me voir dans 5-10 ans. Au final, cette porte entrouverte, cette mince lueur d’espoir; elle ne fait pas vivre, non, elle transforme l’attente en colère, puis en résignation. Et une fois la page tournée, la souffrance vécue, c’est comme s’il n’y avait plus de retour en arrière possible.

Parlant d’ex, j’ai eu une discussion avec le mien. Une vraie discussion. Entre deux adultes, sans jeux de séduction ou sans espoir/attente. J’ai enfin eu les explications de sa disparition. Ce n’était pas une belle histoire. Il se soigne à présent. Et je n’en dirai pas plus, car il n’y a plus rien à dire sur ce sujet qui ne concerne que lui et sa vie personnelle. Comme vous pouvez le constater aussi, je suis devenu beaucoup plus discret sur ma relation de couple aussi. En fait, je ne gagne plus rien à exposer ma vie intime ici. C’est peut-être la raison pour laquelle je parle si souvent en paraboles. Comme une discussion qui frôle un peu l’onirisme, sans pointer des individus en particulier. On pourra dire que j’ai enfin appris à mieux gérer mes histoires et mes racontars. Je sais, ça fait un blogue plutôt plat et lisse. Mais c’est beaucoup plus rassurant que les confrontations qui en découlaient par la suite.

Alors, je suis zen. Presque comme un spectateur zen, qui regarde la vie des autres comme l’alignement des planètes; peut-être qu’un jour je recroiserai certaines personnes, mais peut-être aussi qu’il vaut mieux que le passé se perde dans l’univers et ne revienne jamais.

À toi, mon passé

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À toi, mon passé, envers lequel je n’ai aucune animosité, aucun regret et surtout pas de remords. Ce soir, il s’est passé un beau grand déclic dans mon petit cerveau d’être humain. Et c’est en anglais que ça sonne le mieux; I don’t care anymore.

C’était une soirée somme toute anecdotique. Quelques verres avec de bons amis, puis quelques rencontres avec des fantômes du passé. Tu en faisais partie. Un simple verre nous séparait. Toi, à l’extérieur. Moi, à l’intérieur. Je t’ai naïvement attendu. Je me disais qu’après tout ce temps, je n’étais plus un danger. Tu m’avais même dit, il y a au moins 10 ans de cela, que tu n’avais rien contre moi. Mais la fierté et l’orgueil sont des moteurs puissants. Je suis convaincu que tu n’avais aucune intention de protéger quoi que ce soit. Ta virilité? Tu l’as prouvé depuis bien longtemps. Ton hétérosexualité? Tu as amené ta preuve avec toi. Rien d’autre ne nous séparait qu’un simple verre, quelques pas à peine à franchir. Tu sais très bien que je n’aurais jamais osé faire ces quelques pas, parce que moi, je n’ai jamais rien eu de négatif à dire envers toi. J’en ai peut-être trop dit à l’époque, j’ai peut-être causé un bouleversement trop énorme dans ton petit coeur d’adolescent, mais entre toi et moi, ce n’était que des babioles. Rien de fatal. Rien qui aurait pu nuire à ta si belle réputation de garçon parfait.

Je te fais sans doute encore peur. En raison de mes mots. En raison de ce que je balance sur le Web. Tu t’es probablement arrêté depuis 15 ans. Me lire te trouble probablement encore trop. Peur de découvrir un mot de trop envers toi. Mais ne t’inquiète pas, je me contrebalance complètement de ta vie, comme tu le fais si bien envers moi également. Il n’y a pas de malaise, il n’y a pas de rancune, il n’y a rien, en fait.

Je n’ai aucune intention de régler des comptes, car ils se sont effacés depuis un très long moment. 15 ans. 15 ans pile. Ne fais pas l’innocent. Tu m’as remarqué. Je t’ai remarqué. Tu t’es éclipsé; tu avais sans doute peur de dévoiler ton passé à ton entourage. Tu as probablement tant travaillé à le rendre lisse et limpide. Et ça me fait sourire. Ce soir, j’ai appris que je pouvais encore terrifier quelqu’un. Au point où un simple bonsoir poli n’était pas de mise. Et une vieille amie du secondaire me l’a confirmé; Il n’a pas envie de te parler. 

Ne t’inquiète pas. Je m’en doutais.

Je ne suis pas triste. Ni nostalgique. J’ai déjà tellement donné. Ça m’a fait sourire. Étrangement. Parce que je me posais vraiment la question. Va-t-il faire ce premier pas, ou sera-t-il lâche jusqu’au bout? Réponse nette et précise. C’est tout ce que j’avais besoin de savoir.

Ne t’en fais plus. Nos secrets vont mourir du passage du temps. Je ne parlerai plus de ces trois ans de découvertes. Je ne dirai rien sur les multiples tromperies envers nos copines de l’époque. Je ne parlerai pas des masturbations mutuelles après minuit. Ni du partage d’une brosse à dent après avoir tenté de se foutre un doigt au cul. Pas un mot sur nos frenchs sous la douche. Rien sur le fait de m’étouffer sous la force de ton sperme dans ma gorge. Rien non plus sur le partage de ma copine de l’époque; à t’embrasser pendant que tu pénétrais probablement l’une des premières femmes de ta vie. Une vraie femme. Ne t’inquiète pas, je ne me vanterai pas de tout ce que je n’ai pas dit dans le roman Pile ou Face. Pas un mot sur l’après-bal, où tu m’as choisi pour te sucer en pleine rue alors que tu avais ma cousine à disponibilité, pas un mot sur notre séance photo pornographique, pas un mot sur l’orgie à 5 qui nous a presque coûté la vie parce que je voulais faire foncer la New Beetle dans un mur après cette soirée atroce. Pas un mot sur la douleur de te perdre pour un simple trip ridicule qui aura marqué la fin des choses entre nous. Non, tu n’as pas à craindre. Tes amis, ton petit cercle, personne ne saura rien. Tu conserveras ta chère réputation.

Et je souris encore, parce que je sonne un peu amer, mais j’en ris. Jeunesse, oblige. Mon grand, sache que je n’ai jamais voulu faire de toi un pédé. Tu as dessiné ta voie comme tu l’entendais. Avec des phrases comme une bite n’a pas d’oeil ou encore sucer, c’est pas pédé. Et je te félicite. J’ai toujours douté, un peu, je l’avoue, que tu finirais comme moi. Mais ce n’est pas le cas. Pas pour le moment. Ce ne le sera probablement jamais. Mais qui sait ce que tu fais en cachette. Ça ne me regarde pas. Après tout, tu te traitais toi-même de bisexuel, et à maintes reprises appart ça. Te souviens-tu notre promesse? On se reverra à 40 ans. Peut-être. À toi de voir, moi je n’ai aucun problème à assumer ma vie, à assumer mon passé et le fil de nos histoires qui se sont croisées. Je constate même que tu fais des efforts, tu as même des amis gais. Bravo. Qui sait ce que tu fais avec eux? Ça ne me regarde pas. Plus rien ne me regarde, en fait. Et je suis très zen avec ça.

Par contre, le fait de ne pas avoir encore assez de couilles pour venir mettre le passé à plat, ça, je ne peux m’empêcher de trouver ça cheap. Mais je me rappelle trop bien que c’est ta façon de faire. Même à l’époque, tu le disais toi-même: on est toujours seul. Même les meilleurs amis ne dureront pas. Tu n’as peut-être pas tort. Mais à 16 ans, ce genre de discours m’avait détruit. Il me faisait perdre mes illusions si vite sur les amitiés et les amours. Car perdre ami et amour à la fois, ce n’est jamais facile. Mais t’inquiètes, d’autres clones de toi-même t’ont vite remplacé. Et force est de constater que tu n’avais pas tort.

Le processus fut sensiblement le même avec mon ex. En fait, je me rends compte que je suis une bouée. Je suis serviable jusqu’à ce que l’autre retrouve le bonheur et s’éclipse. Mais au final, toutes ces histoires m’ont fait réfléchir. N’est-ce pas la même chose pour tout le monde? Nous sommes des bouées les uns pour les autres, jusqu’à ce que nous trouvions mieux ailleurs. Et le cycle se répète infiniment. C’est la nature humaine. I like you a lot, until…

Je te remercie ancien amant-ami. Te revoir à travers une fenêtre m’a fait réaliser bien des choses. Je m’étais toujours demandé pourquoi j’avais choisi la voie de l’écriture. Je savais bien que c’était pour me souvenir.  Mais aujourd’hui, je sais que c’était surtout pour trafiquer le réel. Parce que la fiction est bien plus alléchante. Mais tant mieux si tout ce processus me permet de retrouver l’écriture.

J’ai toujours été quelqu’un qui se cherchait en analysant ses propres expériences personnelles. Maintenant, je me suis trouvé. Il n’y a pas de réponse à fabriquer avec le passé. Il n’y a rien. Que du vide. Que des souvenirs qui ne veulent plus dire grand-chose. N’empêche. Une seule chose compte, à présent. Le présent.