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Toujours après

Je vais faire bref cette fois-ci. Ça vient de me péter dans face lol. Décidément, cette 34e année me montre de grandes facettes de la réalité de la vie. It’s like love it or leave it. Je n’arrive même pas à croire que je n’avais pas analysé le passé de cette façon. Faut croire que vieillir nous fait réaliser plusieurs choses aussi.

Hey, en gros, je suis peut-être naïf, mais dans ce cas, je l’assume, parce que je n’avais jamais réalisé tous les adieux que je ne saisissais pas. Je dois avoir l’air stupide, right now. Pourtant, tout me semble si limpide (certains diront qu’il était temps lol).

Quand on prend le petit panier des gens qui nous tenaient à cœur depuis des années… je pense que, sans se mentir, on peut arriver à définir, après coup, le moment exact de notre dissociation. Et ironiquement, c’est rarement triste, c’est juste, la vie, la réalité, et même, c’est souvent un beau souvenir.

Loin de moi l’idée de mettre de l’ésotérique dans ce genre d’histoires,  mais je dois avouer que toutes mes finalités étaient déjà programmées, mais je ne m’en rendais simplement pas compte sur le moment, et plusieurs mois après même.

Ce sont les dernières secondes de toute rencontre qui nous indiqueront plus tard la fin d’une relation.

Exemple 1: mon premier amour de secondaire. Notre dernière rencontre. Out of nowhere. Nous étions en ligne tous les deux. Il m’invite à prendre un verre à Montréal. Nous vivons encore sur la Rive-sud. Je me laisse conduire par son char aucunement sécuritaire et sa conduite ultra mauvaise. Nous arrivons dans un bar. Ironiquement, le même bar qui précédait le trip qui allait détruire nos vies. Il me parle de ses conquêtes féminines. Je l’écoute en me disant que tout ce que je veux, c’est lui. Et pourtant, de retour chez moi, alors qu’il vient me porter en auto, je n’ai pas les couilles de lui dire tout ça. Je sais déjà qu’on ne se reverra plus jamais.

Mon deuxième grand amour, qui est venu chez moi pour la simple raison qu’il était trop accro à la drogue. Nous faisons des choses que je devrai taire, mais j’en suis satisfait. Et après quelques heures, il décide de partir. Je lui indique simplement que j’ai décidé que la drogue, c’était fini pour moi. Il me sourit. Je lui dis à bientôt, mais je ne le reverrai jamais non plus. Et après coup, je le sais, le simple fait de lui dire que je devenais clean concluait notre histoire.

Mon ex-copine, même si ex depuis longtemps, même si femme; ce soir-là; notre rencontre, notre désir, et moi qui vais trop loin. Je voudrais l’avoir pour moi, jouer un rôle d’homme qui domine encore une fois. Lui faire comprendre que je la désire, que je la veux. Et elle; de comprendre que je la veux simplement pour effacer la douleur de l’amant perdu. Elle n’avait pas tort non plus. Posséder pour éviter de souffrir de ne plus être dominé. J’en fais même un chapitre dans mon dernier roman.

Et, finalement, mon ex-meilleur ami. Qui me force à venir le voir en transport en commun à Longueuil. Chose que j’accepte, évidemment, parce que c’est mon meilleur ami. Et tout va bien. Les conversations sont saines, le futur est beau. Et notre départ, devant un bar dans le vieux Longueuil, à se serrer si fortement dans nos bras. Un adieu que je voyais comme un au revoir. Mais un adieu réel, puisque c’est la dernière fois que je le voyais. J’aurais dû comprendre que son attachement si fort était un message plus grand que l’instant du moment.

Et pourtant, je sais très bien que peu importe, on n’arrive jamais à saisir les adieux de ceux que l’on aime, au moment où ils se déroulent. C’est seulement plus tard qu’on comprend toute la charge et toute la portée de ces étreintes qui signifiaient des adieux.

Je ne pourrai pas dire que mes 34 ans auront été de tout repos. Toutes ces pertes m’ont fait réfléchir à la signification des gens dans nos vies. J’ai finalement compris que nous étions tous sur un compteur; nous avons tous une date d’expiration. Ma seule tristesse restera toujours de ne pas avoir été au courant de la date exacte. Mais c’est un peu ça, vivre, exister et communiquer (ou non) avec nos semblables.

Je pense que si je vous donnais le simple exercice de réfléchir à votre dernier moment avec un être cher, vous pourriez trouver des éléments qui vous dictaient déjà qu’il s’agissait d’un adieu définitif. Certes, on essaie de faire du sens avec nos derniers moments. Mais je pense que la plupart du temps, on essaie beaucoup de remettre tout ça sur la faute de l’autre, en se disant que si cette personne était revenue nous relancer, la relation aurait continué. C’est un énorme mensonge. Je pense que chaque personne nous dicte son adieu lors d’une dernière rencontre. Il faut simplement analyser le tout avec du recul. Et dans 95% des cas, on se rend compte que, même inconsciemment, chaque personne qui est entrée dans notre vie a annoncé son départ au dernier moment.

Il faut ensuite gérer cette perte, cette absence. Se dire que rien n’arrive pour rien. 

La normalité de la trentaine?

Vers la fin de ma vingtaine, je disais souvent que j’avais perdu des amis, que les liens s’étaient détruits, ou que nos chemins s’étaient simplement séparés. Arrivé bientôt à la mi-trentaine, je me dis que j’étais un peu trop sévère (ou dramatique). 

Oui, il m’arrive encore de penser que j’ai été trahi, que j’ai été tassé même, mais je me rends compte que je m’en faisais beaucoup pour les aléas naturels de la vie. En fait, je ne devais pas comprendre que la vie est faite pour les séparations. Je me considère encore chanceux, parce que ces séparations n’égalent pas la mort de mes proches. Pas encore.

Avec le temps, j’ai aussi compris que les séparations nous permettaient de comprendre l’importance qu’avaient les autres dans nos vies. Trop peu, trop tard? Je ne suis pas si certain. En d’autres mots, je crois vivre tout ce qu’un humain vit généralement. La perte ne devrait pas toujours être triste ni violente.

Avec tous les gens que l’on rencontre sur le chemin de notre vie, il est tout à fait normal d’en voir disparaître plusieurs. Tout est dans la manière de faire les adieux ou les « au revoir ». Si je me suis souvent senti blessé d’être éliminé de la vie de certains amis en raison de leurs relations amoureuses, je pense maintenant que c’est quelque chose d’inévitable. On ne peut pas plaire à tous, et quand quelqu’un veut vraiment nous faire disparaître de la vie d’un de nos amis, parfois, on n’a juste pas le choix. Mais ce n’est pas toujours ainsi non plus.

Dernièrement, j’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami. Et je craignais que ce soit très triste et drama, mais au contraire, il y avait quelque chose de lumineux dans cet adieu (temporaire, je l’espère). En fait, j’étais heureux des nouveaux défis de mon ami. Je lui souhaite la meilleure des chances, et il faut dire qu’il y a des gens que l’on peut quitter et retrouver sans que cela nous affecte, comme si on s’était vu hier pour la dernière fois. Je ne sais pas ce qui en sera de ma relation avec mon meilleur ami, mais une chose est certaine; lors de ce dernier verre dans un bar miteux, j’ai encore eu la confirmation que certaines personnes sont là pour rester, et qu’il serait très difficile de les éliminer ou de me faire éliminer de leur vie. Peut-être que nous ne nous verrons plus pendant des mois, mais j’ai eu le plaisir de constater que ce genre d’amitié passe au-dessus de tout.

Ce qui est vrai pour tout le monde, c’est que la trentaine nous éloigne des autres. Pas nécessairement volontairement, mais par les simples aléas de la vie quotidienne. Que ce soit à cause de déménagements, de nouveau-nés, de nouvelles relations amoureuses, ou simplement parce que le temps nous manque. Il y en a pour qui je n’ai eu aucun problème à accepter la coupure des ponts (des gens que je considérais souvent néfastes pour moi, de toute façon), il y en a avec qui ce fut plus difficile, du moins de mon côté, parce que j’ai souvent tenté de me battre pour sauver certaines relations amicales, mais pour le moment, je me sens dans une belle phase. Une étape de ma vie où je n’ai plus d’agressivité ou de rancœur envers ceux qui me quittent. Ça fait partie de la vie. C’est ainsi. Il faut s’y accommoder. Bientôt, c’est probablement la mort qui me séparera des êtres que j’aime le plus au monde. Il vaut mieux commencer à devenir zen envers ce processus. Ne surtout pas tomber dans une noirceur.

Évidemment, on ne comprend pas toujours pourquoi les relations amicales prennent des distances. Il y a tant de raisons. Mais on dirait que j’accepte maintenant beaucoup plus facilement ce processus de séparation, que jadis lorsque j’étais dans la vingtaine et où je me sentais plutôt trahi par les gens que j’aime.

J’ai compris avec le temps, parce que je le vis moi-même, qu’on choisit un peu son parcours, qu’on décide d’être là où l’on a envie d’être. Et c’est correct. C’est la logique qui découle du fait de vieillir. On change nos habitudes aussi. On boit moins. On se drogue moins. On évite les situations plus folles. On devient adulte. Encore. Eh oui.

Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai fait la paix avec les gens qui ont pris leur distance, qui m’ont quitté (drastiquement ou avec le temps). C’est un peu la même chose de mon côté; on privilégie les gens qui nous ressemblent, qui vivent les mêmes choses que nous à l’instant X. Ça ne veut pas dire que je me ferme à l’inconnu ou aux situations différentes des miennes (la plus grande preuve de cela, c’est que je ne m’enferme pas avec des gens qui me ressemblent parfaitement). J’aime la confrontation, les divergences d’opinions, les situations de vie qui ne me concernent pas directement.

Je dois tout de même avouer que les dernières années m’ont éloigné des amis des dix dernières années. Il y a eu des non-dits, des trahisons, des événements où je n’avais rien à voir, mais où j’étais déjà déclaré coupable. Je me suis battu. Cela a été un échec lamentable. J’ai surtout compris qu’on ne peut pas se battre quand un amoureux ou une amoureuse d’un ou d’une amie décide qu’il ne nous aime pas. C’est ainsi. Il faut larguer les armes et accepter que l’on ne puisse pas plaire à tous. Et la vie, c’est ça: prendre des chances en aimant des gens, et accepter qu’il y a probablement une date de péremption sur nos relations. Ça ne veut pas dire que l’on ne s’aime plus. Ça veut simplement dire que l’on est plus assez important pour certaines personnes, que tout notre amour ne vaut rien par rapport aux doutes ou aux conflits qui peuvent se produire.

Et puis, de nouvelles personnes entrent dans nos vies. Elles illuminent notre mal-être, elles deviennent aussi importantes que les amis de jadis. Tout est un cycle. Tout est en mouvement.

Ça m’a pris du temps à comprendre qu’on ne pouvait pas recréer les amitiés d’antan. J’ai toujours eu cette espèce de fibre nostalgique un peu malsaine. Ce désir de ne pas laisser s’échapper les êtres qui me sont chers. Mais avec la sagesse des années qui s’écoulent, je me rends compte qu’il est inutile de se battre. Les relations se tissent et s’éloignent selon les aléas du temps.

Si on est chanceux, il en restera quelques-uns près de notre lit de mort.

Tout ça est un peu comme une déchirure amoureuse. Ou, du moins, ce l’était jadis. Je crois que la perte des amitiés peut être aussi dévastatrice que la perte amoureuse. On ne s’y attend jamais. Mais surtout, il y a rarement une précision aussi claire quand une relation amicale se meurt. On se voit une dernière fois, puis on ne se voit plus. Il peut même ne rien s’être passé. Seulement un silence, qui se remarque au fil des années. Le plus grave problème de notre époque, c’est qu’aujourd’hui, on peut encore suivre nos anciennes amitiés virtuellement. On peut les apercevoir faire un commentaire sur Facebook ou Twitter. Devenir amis avec une personne près de nous. Le hasard de se croiser dans la rue devient moins important, car l’on sait que l’on peut surveiller la vie d’un ancien ami par les réseaux sociaux. À moins d’un grand conflit et d’un bannissement, les gens ne nous bloqueront pas du monde virtuel. Ils continueront à vivre, à commenter, à exister dans ce milieu un peu étrange que l’on appelle le Web.

Il faut faire avec notre temps, comme on dit. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus cruel, que de voir l’évolution d’une ancienne amitié, de façon anonyme, dans l’ombre; être témoin de gens qui continuent leur vie sans nous. Je suppose aussi que c’est le même rapport avec les exs. Mais j’essaie de ne pas les garder sur mon Facebook, ceux-là.

Bref, je m’éloigne de mon sujet. J’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami dans une ambiance légère et positive. Peut-être parce que je sais que même à l’autre bout du monde, il sera toujours important pour moi. Et je pense l’être aussi pour lui. Ça donne peut-être un léger baume au coeur. Mais tout ça n’est qu’exception. Car en général, les gens disparaissent « naturellement », avec les années, avec les événements ou les changements.

Et, pourtant, je suis zen. Ça me va. En fait, je me sens très positif ces derniers temps. Parce que ma vie n’est pas mauvaise, parce qu’il n’y a pas de grands nuages, parce que j’ai aussi cessé de me battre pour retrouver des amis qui avaient volontairement décidé de m’éliminer de leur vie.

Je reste quelqu’un de très possessif en amitié. J’aime voir ceux que je veux. Sans les autres. Sans cette cacophonie que pourrait m’apporter des gens que je ne veux pas voir. C’est sûrement la raison pour laquelle je préfère organiser mes soirées. Je me coupe peut-être de nouvelles rencontres intéressantes. C’est à réfléchir. Mais s’il y a quelque chose qui m’anime dans la vie, c’est bien de voir ceux que j’ai envie de voir. De profiter de ces moments trop éphémères. Sans bruit de fond inutile. Sans ces personnes de trop qui m’empêchent d’être moi-même, qui sait?

Ce n’est probablement pas (sûrement pas) la meilleure façon de conserver ses amitiés. Mais pour moi, c’est instinctif. J’aime peut-être trop les gens que j’aime (à la limite de vouloir les garder pour moi uniquement), mais je suis ainsi. Et j’ai compris que même si je n’avais pas ce genre de comportement, les amis viendraient et partiraient quand même comme bon leur semble. Alors, il vaut mieux profiter de l’instant. Et quand c’est moi qui choisis cet instant, à ma manière, avec mes règles et mes choix, je m’en porte mieux, je suis heureux. Souvent, à la fin de la soirée, je vois dans les yeux de mes amis qu’ils ont apprécié ce petit moment. Il s’agit d’un espace-temps, minuscule et partagé. Peut-être en vue de plusieurs autres moments, peut-être pour un dernier au revoir.