trois-fleches-circulaires

Ça y est. J’ai franchi le point de non-retour; l’inévitable qui amène la confession envers soi-même, le désir d’aller de l’avant et d’embrasser le changement.

Le premier indice de ce nouveau pas s’est révélé à moi mercredi passé, après une brosse qui m’a semblé légère, mais qui m’a montré que l’extrémisme faisait encore partie de moi. Je me revois encore, vers 2h00 du matin, en train d’écrire un article sur ce blogue, pour parler de lui. Mais la conscience s’est faite entendre cette fois-ci, et je n’ai rien publié. C’est un avancement.

Il n’y a pas à dire, j’ai fait beaucoup de cheminement au cours de ces deux dernières années; reconnaître mes problèmes, aller chercher de l’aide pour les régler, réussir un exploit que je croyais impossible (me libérer de la marijuana) et surtout, travailler sur moi-même, sur cette peur du vide et de l’ennui. On a tous un peu peur de la solitude, et j’ai trop souvent choisi de la combler à l’aide de diverses substances.

Encore aujourd’hui, ce n’est pas facile de contrôler la pulsion (le choix si simple de repousser ses propres problèmes avec une solution toute faite), et après  de nombreux traitements, j’ai pu me dire que j’étais guéri. Mais la guérison d’un problème en amène parfois d’autres. C’est l’histoire de ma vie après tout. Je suis fier de moi; je ne vide plus une bouteille de vin par soir depuis bien longtemps, je ne passe plus mes fins de semaine à fumer des joints et à rester prostré devant le vide, n’ayant envie de rien. Mais un problème persiste; celui de l’estime de moi.

Ou comment réussir à s’apprécier et à s’aimer, avec ses lacunes, ses petites bibites et cette forme de punition par la récompense. J’arrive à un stade où j’ai tant parlé de mon passé que celui-ci s’est détaché de moi pour devenir un Autre. Quelque chose qui ne me concernait plus. Le dernier roman y est pour beaucoup. Je me rends compte qu’il facile de se cacher derrière lui, de dire à ceux qui me posent des questions « oui, c’est arrivé. Mais je ne suis plus cette personne aujourd’hui. » C’est en partie vrai. En partie.

Parce qu’il me reste un grave problème que je traîne depuis l’adolescence, qui occupe mes pensées de temps en temps, voire sans cesse. J’ai toujours associé ma perception du vide à la perception de mon propre reflet, de mon image. Si la solitude est si présente, c’est qu’on m’a rejeté dans le passé, c’est que je n’arrive plus à plaire autant avec l’être que j’ai construit au fil du temps et qui me représente, moi, aux yeux des autres. Ce n’est pas toujours faux, mais il est clairement faux de penser que c’est la vérité ultime. J’ai peut-être réglé les plus graves problèmes liés à mes diverses dépendances (drogue, sexe, affection, surconsommation), mais je n’ai jamais réglé cette ambivalence constante, cette relation malsaine avec la nourriture, l’alimentation.

Depuis bientôt une année, je pratique le jeûne. Deux jours/nuits par semaine. Ne pas manger est devenu un défi. Il vaut mieux ramper à quatre pattes sur le plancher plutôt que d’ingérer un aliment qui me donnerait de l’énergie. Chaque vendredi soir, je plonge dans l’anorexie programmée; un contrôle qui me donne l’impression d’éviter les excès et de stabiliser mon poids. Mais qu’est-ce que j’évite au juste?

Je n’évite rien, je remplace le problème de boulimie que j’avais jadis quand je fumais de la mari; et quand je pars travailler le lundi matin, je me touche l’abdomen en me félicitant. J’ai réussi, pour un moment précis, un court laps de temps, à éviter la nourriture, comme si je préférais les carences alimentaires à une prise de poids. Et je contrôle tout ça depuis si longtemps, que c’est devenu une habitude que mon cerveau considère comme saine.

Il est temps que ça cesse. C’est pourquoi je suis retourné consulter pour ces troubles alimentaires. Ça coûte une fortune, certes, mais je me dois d’investir dans ma santé, si je veux passer le cap des 40 ans. Ce ne sera pas facile; de supprimer ces habitudes, cette routine de fin de semaine qui me tient à l’écart de la vie, parce que je ne peux simplement pas me déplacer par manque de force et d’énergie. J’ai beau m’entraîner la semaine, je perds tout la fin de semaine.

Je sais que je dois chercher sous la surface, ce qui me fait agir de la sorte. Je ne peux plus me cacher derrière la douleur d’une relation amoureuse malsaine. Il n’y a plus grand-chose qui m’attache à mon passé. Le but de mon roman était d’ailleurs clair: faire table rase du passé, observer ce que j’ai été, comment j’ai agis, pourquoi je me suis adonné à ce genre d’activités. Certes, il y a ce désir de plaire, ce désir de ne pas être rejeté par l’autre, et Dieu sait que dans le monde gai, tout est une question d’apparence, mais il est temps de voir au-delà de ce faux-semblant.

Ce ne sera pas facile. De combattre les envies de revenir vers l’arrière, de retourner aux vieilles habitudes, aux solutions simples qui fonctionnaient bien. Mais je sais qu’à ce rythme, je vais mourir bientôt. Et je n’ai pas envie de mourir. J’ai envie de vivre, de partager ma vie et mon sourire, de trouver un équilibre.

Je suis arrivé à un point de ma vie où je peux regarder vers l’arrière et comprendre les erreurs à ne pas reproduire. Mais je préfère surtout regarder vers l’avenir, cesser d’avoir toutes ces angoisses et ces peurs malsaines; toujours craindre de ne jamais plus aimer et être aimé; et accuser injustement mon apparence physique pour tous mes maux.

J’ai longtemps cru que l’anorexie était un geste d’amour envers mon corps; le restreindre pour lui donner meilleure apparence, plus belle vitalité. Ça ne tient plus la route. Je sais que je m’embarque dans un long cheminement rempli d’embûches et d’obstacles. De toute façon, c’est trop tard. J’ai ouvert la porte à une vie plus saine, et je le saurai tout de suite si je me mens. Je connais mes patterns. Je sais ce que je dois surveiller. Et ça n’a rien à voir avec la volonté. Prendre soin de sa santé, c’est aussi éviter les restrictions ou les régimes miracles. Ça ne fonctionne pas.

On a tous nos petits problèmes. On ne réussira jamais à les régler complètement. On ne peut qu’espérer et devenir meilleur, d’abord pour soi-même, ensuite pour celui ou celle que l’on aime. Il est temps de prendre le taureau par les cornes, de cesser de se cacher derrière une superficialité mensongère.

Ma décision est prise. Elle est irrévocable. Je vais travailler à m’aider, à devenir quelqu’un de sain et d’équilibré. De toute façon, c’est ça ou la mort.

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