posessivite

Prenez note: je ne commenterai pas les attentats de Paris, parce qu’avec toutes les conneries que j’ai lues sur les réseaux sociaux, j’ai une saturation complète de stupidité jusqu’à la fin de l’année. Je ne rajouterai pas une couche de plus par-dessus tout ça. Mes plus chères sympathies à tous ceux concernés de près ou de loin (on l’est tous) et aux amis/lecteurs français.

Le titre de cette entrée (la possessivité) a été le thème de ma fin de semaine, et je n’ai pas pris qu’une année de plus ces derniers jours, j’ai été submergé par de petits moments de sagesse qui ont été très importants pour moi. On peut dire que j’ai fait une analyse de mon passé, mon présent et des relations que j’ai entretenues autour de moi. Tout ça est parti d’un simple article banal comme il y en a des milliers sur la toile chaque novembre; la description du signe du zodiaque le plus intense: le scorpion. On lit toujours un peu la même chose: passionné, intense, protecteur, jaloux et possessif (et un merveilleux amant, évidemment!)

À force de se faire parler de notre signe, on en vient à faire des associations personnelles (et on aime tellement quand ça colle pile sur notre personnalité, même quand c’est quasi négatif!) Ça m’a trotté beaucoup en tête, ces derniers jours, ce concept de la possession des autres. Pas dans le sens violent ou macabre, mais simplement de la possessivité égoïste, souvent plus menée par des élans amoureux/amicaux; en d’autres mots, pas pour mal faire, juste parce que c’est dans mon signe et je suis comme ça.

Mais après coup, je me suis rendu compte que j’analysais surtout mon ancien moi-même, et les dernières années qui s’étaient écoulées. J’ai toujours eu cette façon étrange de « tomber amoureux » de personnes extraordinaires, et de vouloir me les accaparer, parce que je suis bien avec eux, parce que j’aime les voir sans obstacle (les obstacles ont longtemps été les autres autour). Pour donner un exemple concret, j’ai toujours préféré recevoir chez moi et dresser la liste des invités selon mon envie, à deux doigts de refuser qu’un tel ou un autre se présente (ok, en refusant que certaines autres personnes se présentent)! Loin de moi l’idée d’être de mauvaise foi, le but était surtout de passer de bons moments avec les gens de qui j’étais vraiment proche, pour éviter de se perdre dans des conversations moins intéressantes, pour me concentrer strictement sur l’essentiel; la vie des gens que j’aime.

Je l’ai souvent ressenti dans mon groupe d’amis gais, où je préférais toujours les voir sans qu’ils ne soient accompagnés. Ce n’est pas que je détestais leur douce moitié, c’est simplement que ça m’enlevait du temps avec les gens qui comptent vraiment. Mais cette habitude de possessivité m’a souvent nui. Elle a parfois créé des qui-propos où je donnais l’impression de ne pas aimer les chums/blondes de mes amis. Honnêtement, l’ironie c’est que ce fut rarement le cas. C’est bien arrivé à une ou deux reprises, mais ce ne fut jamais la norme.

La dernière année m’a appris que je travaillais beaucoup trop fort pour des choses de peu d’importance. Avouons-le un peu; au lieu de paraître franc et de montrer mon amitié, j’avais plutôt cette impression de donner du fil à retordre aux amis et de rendre les choses compliquées pour rien.

Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que plus on voulait attacher les gens, plus ils déliaient leurs cordes rapidement pour s’éloigner. Et le travail que j’ai dû faire sur moi, c’est de laisser les gens s’éloigner, en espérant peut-être qu’un jour, ils reviennent vers moi, puisque je leur laissais maintenant leur liberté.

Est-ce que tout s’est passé ainsi? Loin de là. Mais j’ai compris que c’était correct aussi. Il arrive qu’on lâche prise sur certaines personnes, non pas parce que l’amitié n’y est plus, mais peut-être que ces êtres restent encore avec l’idée qu’on veut les contrôler, les manipuler ou leur imposer des rencontres. Mais je ne fais plus ça de plus un long moment (imposer des rencontres), car ça ne fonctionne pas de toute façon. C’est à l’image de Facebook, et des événements; quand tous disent qu’ils viendront, on peut déjà calculer le nombre de futurs absents. Et parfois, la vie nous surprend, fait disparaitre ceux qu’on croyait pourtant beaucoup plus présents dans nos vies.

Et il faut se concentrer sur ceux qui restent. Cessez de penser à ce qui manque et vivre le moment avec ceux qui y sont. Certes, on peut être déçu, triste, on peut en vouloir, on peut même se dire qu’on leur remettra la monnaie de leur pièce (les scorpions comprendront), mais quand on s’arrête un instant, on se rend vite compte du ridicule de la chose. C’est un peu comme aimer un ex qui se contrefout de notre amour. Il n’y a pas d’issue, il n’y a que du travail perdu, que des efforts qui ne valent rien. C’est là qu’il faut lâcher prise, se défaire de notre colère ou de notre déception. Il n’y a aucun drame. Les gens se croisent et se décroisent sur la ligne du temps.

Chaque année, chaque anniversaire, c’est un nouveau chapitre, une façon de voir et de savoir qui seront à nos côtés l’année suivante. Ce n’est pas un gage de réussite, ça ne veut pas dire grand-chose, mais ça donne une idée précise des relations qui s’étiolent et des nouvelles amitiés qui se créent.

Vers quatre heures, ce matin, je me suis arrêté un instant, et j’ai compris que j’étais choyé. Je suis entouré de personnes vraies, où il n’y a pas de jeux d’apparences, de faux-semblants, de superficialité ou de masque. Ce sont des gens vrais, honnêtes, qui ne cherchent pas à créer des histoires inutiles ou dramatiques comme j’en ai jadis vécu. Et il y a cet autre point essentiel; on finit par ressentir clairement quand on intéresse quelqu’un ou quand il joue la politesse en s’en foutant complètement. J’ai mis du temps à déceler ce genre de trucs, parce que j’ai souvent voulu que « ça fonctionne » et que tout soit en harmonie, en me basant sur la chimie du passé, en essayant de recréer sans cesse les bonnes soirées d’antan. Mais je me suis rendu à l’évidence que la répétition du passé n’est jamais exacte, et surtout, elle n’est que très rarement au rendez-vous, même si on invite le même groupe de personnes. Il faut donc le vivre au présent, mais surtout avoir une bonne dose de laisser-aller, de lâcher prise.

Facebook a quelque chose de cruel, parce qu’on se retrouve amis avec des gens avec qui le courant ne passe plus comme avant. On ne les supprime pas toujours. On les garde, en souvenir du passé peut-être, je ne sais pas. Mais si Facebook n’existait pas (ou n’importe quel réseau qui fige le passé) on ne serait probablement plus « amis » avec de nombreuses personnes, et on ne connaîtrait pas ce qu’elles vivent non plus.

En fin de semaine, j’ai passé du temps avec les gens que j’aimais. J’en ai découvert d’autres que je ne connaissais pas, mais j’ai aussi redécouvert des amis qui s’étaient éloignés sur la ligne du temps et qui sont revenus. C’est là que j’ai compris que c’est le moment présent qui compte, pas les souvenirs d’avant.

J’ai dit que j’étais choyé parce j’ai vu environ 25 personnes en 48 heures. J’ai été reçu à souper par des gens que je considère comme de vrais petites étoiles positives dans ma vie. J’ai reçu des amis qui se sont entassés dans mon petit appartement. Mais surtout, j’ai pensé à moi, j’ai oublié les absents, et j’ai profité de mon bonheur. J’ai été agréablement surpris de la chimie naturelle entre les invitées (des gens qui ne se connaissaient pas entre eux au départ, mais qui ont semblé cliquer facilement). Ça m’a enlevé un stress, celui de devoir jouer à l’animateur de foule. Le petit concept cocktail et bulles était parfait. Et je ne me suis même pas saoulé. Signe que je n’ai plus besoin de m’engourdir l’esprit pour avoir du plaisir. Dans le lot, il y avait des gens que je n’avais pas vus depuis des années, et c’était un bel honneur pour moi qu’ils aient choisi de passer du temps en ma compagnie, c’était leur choix.

J’ai cessé de m’approprier les gens, de les attacher, de les vouloir à tout prix à mes côtés, et je crois que ça me réussit bien. C’est ainsi que je veux définir le reste de ma vie; une maison ouverte prête à accueillir ceux qui ont envie d’être là, tout simplement. Je m’en suis tellement fait avec les relations amicales un peu boiteuses, j’ai tant essayé de recoller des morceaux qui laisseraient de toute évidence apparaître la colle et les fissures. Beaucoup d’énergie à couper du vide au couteau. Beaucoup d’analyses, de réflexions, de remises en question. Et pendant qu’on s’acharne sur ça, la vie passe et on ne voit plus l’essentiel.

Vieillir, c’est aussi accepter de ne pas être le centre d’intérêt des autres. C’est accepter que tous ont leurs obligations, leurs petits problèmes, leur rythme de vie où des choix doivent être pris. J’ai longtemps dit que ce n’était pas les paroles qui comptaient, mais bien les actions, et j’ai l’impression que tout ça prend encore plus de sens. J’ai rendu les armes, j’ai fermé les batailles pour garder les amitiés lisses en surface. Je profiterai des gens quand ils seront là. Certains disparaîtront pour toujours, d’autres reviendront peut-être dans les années à venir, ça n’a plus d’importance. Et ça va aussi me permettre de mieux choisir où je me sens le plus apprécié, où j’ai l’impression d’être vraiment invité et voulu. Il y a une espèce d’abstraction dans ce que je raconte, parce que l’amitié est difficile à décrire entre deux personnes, parce qu’on ne sait jamais trop (comme en amour) qui aime le plus, qui tient le plus à l’autre, qui veut plus voir l’autre. Et c’est là que je m’en remets aux gestes, plus qu’aux paroles.

32 ans déjà. Beaucoup de chemin parcouru. Beaucoup de travail sur ma conception des relations humaines. Sur mon comportement jadis possessif envers les autres. Sur cet élan qui me pousse à laisser certaines personnes s’éloigner sans le prendre personnel. Hausser les épaules, tout simplement, et se dire que la vie est un cycle, qu’on recroisera bien ceux qui comptent vraiment. Les adieux en amitié ne sont pas vraiment comparables aux ruptures de couple, parce qu’il faut plus de temps pour se rendre compte du départ d’un ami qui ne nous doit pas nécessairement d’explication. Ça peut faire aussi mal quand on comprend, mais la peur de perdre l’autre a laissé sa place au plaisir de découvrir de nouvelles personnes tout aussi extraordinaires que les fantômes du passé,

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