Je me fais silencieux ces derniers temps, c’est surtout parce que je m’acharnais à terminer mon dernier roman. Ce fut chose faite, hier soir, en fumant une dernière cigarette, parce qu’on écrase ça aussi. J’ai écrit le dernier mot d’un roman d’environ 180 pages le jour de ma fête. Ce n’était pas prévu; un simple hasard des choses. Reste que ça donne une symbolique au truc.

Pourtant, il reste encore tout à faire. Écrire un premier jet est souvent l’étape que je trouve la plus douloureuse, puis suit l’excitation de la réécriture. Mais à force de réécrire, on finit par s’énerver contre le texte qui ne veut pas sortir aussi bien qu’il n’en parait dans notre tête. Je ne suis pas encore rendu à me poser des questions sur la réception des premiers lecteurs. On est loin de ça (enfin, j’essaie de me le faire croire).

J’ai un peu la mauvaise impression de jouer ma « carrière » (bien que je ne considère pas le métier d’écrivain comme une carrière, en tout cas, pas à ce stade de ma vie) avec ce prochain roman. C’est ça qu’on dit hein? La 2e offrande sérieuse est celle sur laquelle on sera jugé. On laisse toujours la chance au coureur avec un premier livre. Un premier livre peut rarement être parfait de toute façon, surtout s’il est écrit à un jeune âge de la vie (j’entends déjà le namedropping d’écrivain du 18e et 19e siècle! Alors je vais reprendre ma phrase). Ce que je veux dire, c’est que dans notre société d’aujourd’hui, les jeunes prodiges écrivains (et quand je parle de jeunes, je fais référence à un Nelligan ou à un Saint-Denys Garneau, mais encore là, la poésie et le roman sont deux mondes) ne publient plus aux mêmes âges qu’il y a deux siècles. Et c’est tant mieux. J’ai longtemps été obsédé par la publication, jusqu’à ce que je me rende compte, après un certain regard sur mes écrits 10 ans plus tard, que l’écriture de jeunesse, bien qu’elle puisse être cute et naïve, ne donne pas de grands résultats littéraires! En fait, on devrait douter de tout ce qu’on écrit avant l’âge de 25 ans. Pas pour arrêter l’écriture. Simplement pour comprendre qu’on se pratique pour les choses plus sérieuses qui viendront.

Le hic, c’est que le doute est là et nous suit toute notre vie. Ce doute est un moteur, certes, mais également un ravageur, car il ne faut pas grand-chose pour s’éloigner de l’écriture (sans même s’en rendre compte parfois). Alors, après trois ans de silence littéraire, je suis terrifié comme un agneau qui se dirige tout droit vers l’abattoir. C’est pour ça que je dis que je joue un peu ma carrière dans les prochains mois.

Il n’y a qu’une seule chose qui a changé. Je ne m’en fais plus pour la publication. En fait, dans l’état actuel des choses, il est évident que ce roman n’est pas publiable. Je n’ai certes pas terminé de le travailler, mais si on devait me dire que ce n’est pas assez bon (ou pire encore, la putain d’excuse que ça ne « plaira pas au marché présent »), eh bien, j’hausserai les épaules et je continuerai mon chemin.

Parce que l’écriture des trois dernières années qui viennent de s’écouler a joué beaucoup plus comme une thérapie pour moi. Une thérapie personnelle, de moi-même à moi-même, un trip de psychologue gratis, pour tenter de chercher ma vérité, pour essayer de vivre un deuil à fond. Et le terme « à fond » est bien choisi, parce que j’ai toujours cette propension à vivre mes émotions comme de petites fins du monde.

Quand j’entrevois les prochains mois, quand je vois tout le travail, mais surtout, ce retour vers l’arrière avec le recul d’aujourd’hui, je me sens en paix. Il se passera ce qu’il doit bien se passer. J’ai maintenant 29 ans. Eh oui, tout juste à l’aube de la trentaine, et mon cadeau a été beaucoup plus intense que la simple fausse fin d’un livre. Ce qui s’est vraiment éteint en moi, c’est la douleur récurrente de la perte de l’autre. Aujourd’hui, je n’ai plus rien perdu. Je me suis seulement retrouvé moi-même.

 

J’écoutais cette chanson pendant l’écriture des dernières lignes de mon texte. C’était parfait. Juste parfait.

 

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