Peut-être jamais à la FNAC

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CHAPITRE 2 : 2004 [MAKING OF]

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« La musique vient de prendre toute la place. Elle s’infiltre en nous comme une décharge électrique qui veut retrouver la terre. Un écran affiche l’heure sur la scène principale. Décompte final dans cinquante minutes. À vue d’œil, nous sommes peut-être deux ou trois cents personnes.
J’élargis le cercle pour inclure tout le monde, même Thomas, qui se dandine sur ses souliers et refuse la main de Charlotte qui veut le faire danser. Nous plaçons les sacs des filles au milieu de notre cocon. Nous venons de trouver notre «spot», le lieu où nous nous rejoindrons toute la soirée, même quand nous ne comprendrons plus rien de ce qui se passe. Les sons crachés par les énormes haut-parleurs deviennent stridents, comme une sirène d’ambulance qui repasse sans cesse sur le même coin de rue. C’est l’heure de consommer, d’en rajouter sur ce qui a déjà été avalé.» p. 46


 

It must have turned fast, ‘cause I did not see it come
I must have gone far, used to move so fast
Sing me again, make me sure you’re there
But I don’t have the easy touch, no I’m not strong at all
I turned to the worried kink when I had something, something

 

J’ai choisi la pièce Under a Silent Sea de Loney Dear, d’abord parce que c’est une chanson qui réussit à réunir des éléments de folk et de trance d’une façon plutôt intéressante. C’est surtout un rappel de l’univers des raves, cet univers si magique dont ne peut se souvenir qu’une toute petite tranche de la population. Rien à voir avec les after-hours d’aujourd’hui. Pourtant, dans toute euphorie, la vitesse des événements peut parfois engendrer des conséquences irréversibles. J’aime ce chapitre, car il fait écho au précédent en ramenant une scène dans un bain. Quand j’y repense, je devrais peut-être analyser ce retour constant du bain dans mon roman. Il s’y passe des choses bien décisives.

 

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S’il y a un travail pour lequel j’aurais perdu mon emploi sur-le-champ en plein plateau, c’est bien celui de « claquiste ». On avait beau me répéter la manière simple de le dire, mon cerveau ne voulait pas enregistrer la règle. On me l’aurait chanté en comptine que j’aurais réussi à me fourvoyer en mélangeant les scènes et les prises. J’ai l’air à mon affaire sur le cliché, non? En fait, je suis sûrement en train de demander pour une ixème fois ce qu’il faut dire en premier!

 

*** Les photos utilisées pour illustrer les articles des making of sont une gracieuseté de Pierre Cavale, photographe de plateau et de Mathieu Blanchard, réalisateur. ***
 
 

Lâcher prise

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Je me connais bien dans ce domaine-là, je pourrais relire mon manuscrit des dizaines de fois encore, et je changerais toujours quelque chose. Mais il vient un moment où il n’est plus adéquat de se lancer dans les modifications de dernière minute. Il faut lâcher prise, choisir une date ultime, et, au contraire d’une femme, décider soi-même du moment de l’accouchement.

Ce moment, c’est ce soir.

Dans quelques minutes, j’enverrai le manuscrit et la couverture finale à l’imprimeur. Impossible de revenir en arrière après ce geste. Je pourrai me dire que j’aurai tout donné, que ces cinq dernières années auront représenté le calvaire et la satisfaction de l’écriture à la fois.

Demain, je changerai de chapeau. Je ne serai plus l’écrivain qui révise et qui transforme un texte. Non. Je deviendrai un promoteur, celui qui enclenche la partie « marketing » d’un livre. Je ne m’en cacherai pas, cette aventure a connu son lot de succès et de déceptions, et les prochains jours ne changeront rien à la règle; entre ce que l’on imagine dans sa tête et ce qui se passe réellement, un pont, une rivière, une marrée séparent les deux idéologies.

Je pourrais penser à la critique qui s’en vient. À ceux qui s’amuseront à détruire ce roman pour le plaisir. Mais je n’en ai rien à foutre. J’ai déjà commencé à m’armer contre ceux qui désireront démolir ce travail difficile. Nous sommes dans une ère où la critique ne veut plus dire grand-chose. Et je devrai rester fort devant les paroles des gens à qui je déplairai. Ça fait partie de la game.

Je ne relirai probablement jamais mon livre en entier. Ce n’est plus à mon tour de le faire. J’aurais trop peur de vouloir changer une virgule. Ce sera bientôt aux autres de juger le texte. De se juger par rapport au récit, parce qu’on se lit toujours à travers les écrits des autres. C’est inévitable. J’ai compilé certaines statistiques avec les commentaires de ceux qui ont parcouru mon texte. Je suis satisfait de ce que j’ai recueilli. Les personnes les plus critiques sont évidemment celles qui me connaissent de près. Ça aussi, c’est inévitable. Certains ont détesté la fin, d’autres ont pleuré. Ce n’est pas à moi de décider du feeeling ressenti chez les lecteurs. Je considère déjà que mon roman ne m’appartient plus, et je crois que c’est la bonne attitude à avoir. Dans moins de deux mois, je pourrai m’effacer, disparaître derrière l’histoire, la laisser prendre toute la place.

Je ne suis plus dans le deuil. Je vis avec l’attitude de celui qui a tout donné, qui a fait de son mieux, avec les outils et l’expérience qu’il possédait. Je peux dire que ce fut une bonne école, une école parfois difficile, certes, mais tout roman basé sur une vie est difficile en soi.

Il me restera la dernière étape; assumer. Assumer ce texte, assez dur par moment, et ne pas en pâlir devant les réactions extérieures. Pour le reste, si je n’ai qu’un souhait, c’est que le livre trouve son public. Ceux qui l’ont lu m’ont mis en confiance, mais je ne peux m’empêcher de rester dans le doute. Je suis une boule de contradiction, mais ce n’est pas encore le temps de se remettre en question. Je vais défendre cette partie de moi, celle qui me quitte comme un enfant qui part du nid douillet de chez ses parents.

Je sais déjà qu’il n’y a plus rien à dire sur le sujet. J’ai fait le tour du jardin. J’ai pris des sentiers et des détours longs et irritants au fil des années, mais j’approche de la grande finale, celle où je serai en paix avec mon passé, où je pourrai dire que j’ai raconté ce que je représentais déjà; soit une dizaine d’années de vie de jeunesse, un parcours pour apprendre à mieux me connaître. Me permettre des mots sur ma propre existence. Et en ajouter d’autres qui n’ont rien à voir avec moi.

Les questions resteront sans réponses. On aura beau me demander le vrai du faux. Je resterai de marbre. Car, ça n’a aucune importance. J’ai livré un témoignage fictif, mais par la même occasion, j’en ai profité pour réaliser ce deuil si complexe sur ma vingtaine déjà évanouie. Le reste ne m’appartient plus. L’histoire est maintenant la vôtre.

Joyeux Noël!

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