La vie qui s’amuse

Eh lalalalala…. Je ne devrais pas être en train d’écrire ceci, mais mes doigts s’activent quand même sur le clavier… J’ai de la difficulté à comprendre pourquoi la vie s’acharne sur le passé. C’est de l’ironie pure et dure. Avec un petit coup de poignard au ventre en prime.

What are the odds? Seriously? C’est ce que je me suis dit quand je revenais du travail au coin de ma rue. En fait, la première chose qui m’a passé en tête, après la sensation d’un coup de couteau au ventre, c’est que cette petite intersection a toujours eu son importance inconsciente dans mon existence. Je me suis d’abord dit que le scénario se répétait.

En effet, il y a plus de 10 ans, sur ce même coin de rue, je croisais mon premier amour par hasard. Je m’en souviens encore. Je revenais d’une journée de travail au ministère de l’Éducation, et comme ça, par hasard, nos chemins se croisaient après 8 années de silence. J’avais trouvé l’événement cocasse. On ne s’était rien dit, je n’avais que prononcé son prénom par surprise.

Je savais qu’un jour j’allais recroiser l’autre amour de ma vie. Je me disais que ça allait être au hasard d’un détour, quand on ne s’y attend pas, car on ne s’y attend vraiment jamais, même si Montréal est plus petit que l’on pense.

Plus de 10 ans après ce détail, sur le même coin de rue, j’ai recroisé Luc. Il tapotait sur son cellulaire; peut-être pour faire semblant de ne pas me voir, peut-être qu’il ne m’a réellement pas vu. Ces événements se passent souvent trop rapidement; je m’en suis rendu compte, j’ai pensé m’arrêter, puis je me suis souvenu que ça ne servait à rien de courir après quelqu’un qui nous fuit depuis si longtemps. Mais je ne peux m’empêcher de ressentir un petit pincement. L’effet de surprise, mais surtout l’effet de répétition.

Je ne connais pas la raison du pourquoi, mais cet axe, ce petit bout de chemin, cette rue bien connue, c’est quand même celle où j’ai décidé de m’établir, d’y acheter un condo. Je ne comprends pas les raisons de la vie, je n’ai pas d’explications, je me demande juste le pourquoi de cet acharnement.

C’est comme si chaque fois que je m’émancipais de mon passé, on me le rappelle à la première occasion. Je ne suis pas si naïf, j’ai fait A+B assez vite; Luc travaille exactement à l’endroit où je travaillais il y a presque 10 ans. Comme si la vie voulait appuyer sur le bobo, faire en sorte que l’on se recroise.

Je sais, je devrais considérer le tout comme une anecdote. Car, ce n’est pas plus que ça, au final. J’en suis bien conscient. Et pourtant, une petite voix me crie que ça n’a pas de sens, et que même si je devrais cesser de faire du sens avec tout ça justement, le seul moyen de me sortir la tête de tout ça, c’est de continuer mon chemin en souriant. C’est bien ce que je compte faire. Je ne crois pas qu’il y a plusieurs solutions à ce « problème ». Garder la tête haute, sourire, et continuer son chemin. Un peu à l’image de l’existence en général. Ce n’est pas si original de croiser le passé sur son chemin. Ça fait juste foutre un peu le bordel dans nos sentiments.

Il est peut-être là le problème. Je dois être dû pour recommencer à fréquenter des hommes. La triste réalité, c’est que je n’en ai pas vraiment envie. Il y a bien le désir sexuel. L’espèce de folie interne qui me dit qu’il serait fucking temps de sucer une bite. Mais un coup de branlette, et je reviens vers le désintérêt. Pour ça, je ne suis pas comme mon ex, justement. Je ne remplace pas assez facilement ceux qui m’ont marqué.

J’ai lu mon horoscope quelques secondes avant de sortir du métro. Quelques secondes avant de croiser feu l’amour de ma vie. Ça bouleverse toujours un petit peu, ça pète toujours un peu comme un feu d’artifice dans les tripes. On ne peut pas combattre contre ça. Je risque de croiser Luc de nombreuses fois. Il faudra être fort sur ce coin de rue. Retenir le désir de l’arrêter. Retenir le désir même d’y penser.

Une chance que tout va bien ailleurs.

Même si sans amour ni sexualité, la vie n’a pas vraiment de sens. Deal with it. 

40 jours sans médias sociaux

Défi réussi: larguer Facebook pendant 40 jours. Ce n’est pas grand-chose, certes, mais pour moi qui étais somme toute accro aux réseaux sociaux, j’avais envie de parler de ma petite expérience.

Pour les puristes et négatifs; en 40 jours, j’ai publié trois messages sur mon mur. Le premier pour réagir à l’affaire Salvail, le suivant pour réagir à l’élection de Valérie Plante et le dernier pour remercier les gens pour leurs souhaits d’anniversaire.

Ceci étant dit, je dois avouer que j’appréhendais beaucoup mon absence virtuelle. Facebook s’immisce doucement mais fermement dans nos vies, et c’est le quotidien, au jour le jour, qui m’a le plus manqué au départ. Par exemple, ouvrir mon cellulaire le matin et tenter de consulter mon mur, avant de me rendre compte que je n’avais plus l’application. D’ailleurs, l’application Messenger de Facebook est très intrusive. Même en la supprimant complètement, elle restait tout de même sur mon téléphone pour m’avertir que quelqu’un m’écrivait un message. Tout pour ne pas se faire oublier! J’ai dû faire quelques tours de passe-passe pour m’en débarrasser pour de bon.

Ceci étant fait, les premiers jours ont tout de même été difficiles. Tout ce temps libre, tout à coup; tout ce temps gratuit à ne pas faire défiler des publications légères, des quiz et des publicités. Après trois jours, l’envie se faisait déjà moindre. Comme on s’habitue à la présence de quelqu’un, il faut s’habituer à son absence aussi.

L’autre élément, c’est que je ne voulais pas avertir les gens que je délaissais Facebook. Je trouvais que ça faisait mal paraître, comme si j’avais voulu me faire convaincre de ne pas partir du réseau, un peu comme un mec qui a besoin de se faire dire je t’aime! Facebook n’allait pas dire son dernier mot! Oh non! Il a commencé son travail en m’envoyant des courriels chaque jour: Avez-vous lu ce que votre ami X a publié il y a 24 heures? Un peu à l’image de quelqu’un qui veut arrêter de boire… mais qui travaille dans un bar. Il faut prendre sur soi-même.

Et parlant de boire, c’était un peu la constatation malsaine que je voyais en Facebook. J’ai fini par réaliser que j’aimais (le mot est faible) boire de l’alcool et m’installer sur les réseaux sociaux pour m’amuser avec les autres. Un peu comme si je voulais être seul dans la foule, sans réellement assumer cette solitude. Et au nombre de niaiseries que je publiais sur ma page ou celle d’amis, j’avais vraiment ce désir de créer une brèche, une vive déchirure dans ce paradoxe.

Il faut dire aussi que j’avais autre chose pour m’occuper. Ne plus boire d’alcool, éviter la fête, me concentrer sur moi-même et mon corps. À coup d’entraînements intensifs avec des professionnels, jusqu’à cinq fois par semaine. Avec l’absence de l’alcool venait tout naturellement un moindre désir de me connecter aux réseaux sociaux. Une belle raison pour se taire, ou du moins, pour éviter d’écrire des conneries.

Les 40 jours maintenant derrière moi, j’en tire une belle leçon: le juste milieu. Au départ, j’étais certain que j’allais tout simplement revenir sur Facebook et reprendre ce que j’avais mis sur pause un petit moment. Mais prendre du temps pour soi fait changer de perception sur notre vie et nos actions. Certes, je reviendrai sur Facebook. J’y écrirai des statuts. J’échangerai encore certains messages. Mais je crois que j’étais bien naïf de penser que tout allait revenir comme avant. Ce ne sera pas une question d’efforts ou de me retenir de publier, c’est plutôt mon intérêt qui a changé, ma vision de la chose qui s’est modifiée. En fait, je n’ai plus besoin de Facebook. Et c’est la même chose pour tous. Nous n’en avons pas besoin. C’est Facebook qui a besoin de nous. Pour nous dévorer nos précieuses années, pour faire en sorte que l’on passe le plus de temps possible avec lui, loin de la vraie vie, loin de ce qui compte vraiment.

Maintenant, quand j’observe certains chroniqueurs dans ma liste, qui publient plusieurs messages par jour (non liés à leur travail), j’ai plutôt un sentiment de tristesse pour eux. Ils devraient prendre ce temps pour créer, pour peaufiner leur art, pour passer du temps avec leur famille ou leurs amis. Quelque chose de moins virtuel. Quelque chose qui recherche moins l’approbation ou la confrontation des inconnus qu’ils ne verront jamais. À chacun ses choix et sa vie, je ne suis pas là pour me la jouer sauveur et faire une secte anti-Facebook. Je suis juste très zen de ne plus me sentir obligé d’agrémenter mon réseau social. Et je pense que le point le plus essentiel est le suivant: les vrais amis, eux, n’ont pas besoin de nous lire sur une plateforme. Ils savent où nous sommes, ce que l’on vit, ce qui importe, les bons coups comme les mauvais.

À la différence des gens qui publient seulement le côté lumineux de leur vie, j’étais de ceux qui balançaient aussi le côté sombre et le côté chialeux. Je n’en ressens plus le besoin à présent. Et c’est réellement un sentiment de libération. Je n’ai plus besoin d’une course aux likes, de savoir qui me lit, qui me juge ou qui m’appuie. Tout ça n’est que du virtuel, de la notoriété inexistante, impalpable et dont personne ne se souviendra dans quelque temps.

Je ne veux par contre pas donner l’impression d’être amer ou de juger ceux qui prennent du plaisir à envahir leur Facebook de messages. Ce n’est pas mon but, et à vrai dire, je n’ai aucun intérêt à partir en croisade pour convaincre qui que ce soit du bien fait de larguer ce réseau. Vivre et laisser vivre. C’est un peu ma conclusion sur cette expérience.

Alors, qu’ai-je fait de tout ce temps? Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup d’entraînement; ce qui m’a libéré l’esprit. De la course, du vélo, des poids, des circuits, de la boxe, du gym. Je me trouve par contre bien naïf d’avoir cru que j’allais atteindre mes buts en six semaines. J’ai finalement compris qu’il n’y a pas de recette miracle. Ce n’est clairement pas en six semaines que je vais me remettre totalement en forme. J’ai perdu quasiment 10 livres, c’est un bon début, mais j’ai compris qu’il en serait ainsi pour le reste de ma vie. Je me suis bâti un équilibre durant ces quelques semaines, et mon intention est de continuer dans cette voie. C’est facile quand on y pense, mais ce fut tout un processus de parvenir à cette constatation. Car on cherche toujours la facilité, la rapidité. Mais non. Ça n’existe pas.

Mon plus grand highlight de l’automne reste quand même la rencontre avec mes deux entraîneurs privés. Oui, ils m’ont fait sacré mon lot de jurons, oui j’ai sué, j’ai dégoutté devrais-je dire, mais c’est exactement ce dont j’avais besoin. Me faire pousser dans le dos, me faire dire que j’étais capable d’en faire plus, de me dépasser dans chaque petit mouvement. Je lève donc mon chapeau à Charles et Raphaël, qui m’ont toujours accueilli d’abord comme un ami, au lieu d’un simple client.

Sans alcool, il y a aussi plus de lucidité. Que ce soit au travail ou dans la vie en général. Dans mon cas, encore plus par rapport à mon passé, ce passé auquel je tenais tant sans réellement savoir pourquoi. C’était surtout parce que je noyais le deuil à répétition dans le vin. Lorsqu’on élimine cet élément, on n’a pas le choix de réfléchir un peu plus à ce qui nous a amenés là. Et j’ai fait du chemin à ce niveau. Je suis en constant apprentissage certes, mais j’ai appris à laisser les gens partir avec plus de sérénité. Non, on ne remplace jamais ceux qui ont influencé notre vie, on ne peut pas les oublier non plus, mais on peut accepter leur départ, et je peux dire que j’ai enfin scellé ces petits deuils pour lesquels je m’accrochais comme à une bouée dans l’océan. J’ai compris que je pouvais lâcher la bouée, et qu’au final, mes pieds touchaient encore au sol. Je marche donc tranquillement vers le rivage pour me sortir de l’eau.

En apprenant à se connaître ainsi et en continuant à travailler sur soi-même, on finit par mieux se comprendre, et on sait de plus en plus ce qu’on désire et ce qu’on ne veut pas. La preuve est que je n’ai pas du tout rencontré durant ces six semaines. À vrai dire, le sexe était peut-être également une échappatoire pour moi. Vieillir, mais aussi diminuer mes soirées folles, m’a permis de me concentrer sur l’essentiel; m’ouvrir à quelqu’un qui comptera vraiment pour moi. Je ne suis pas dupe; le monde gai est un monde rempli de déceptions, mais je ne ressens plus l’urgence de baiser pour baiser, et encore moins de trouver l’amour le plus vite possible. J’ai confiance qu’en étant de mieux en mieux avec moi-même, je pourrai enfin offrir du bonheur dans la vie d’un autre. Histoire à suivre.

Alors voilà, c’était le petit récit de mes 40 derniers jours. Je ne les regrette pas. Ils m’ont montré le chemin à poursuivre, et ils m’ont surtout fait prendre conscience qu’avec un peu d’efforts, je retrouvais ma détermination d’avant.

Ma première publication Facebook sera donc cette entrée de blogue. Peu de gens la liront, parce que ce sera trop long, mais ces mêmes personnes passeront trois heures à faire défiler une barre de navigation pour lire des messages idiots et voir des publicités sur leur mur. On ne peut pas changer la technologie ni les gens, on peut juste s’aider à améliorer son existence en diminuant les choses frivoles et virtuelles qui n’ont aucune importance.

Il était temps… à maintenant 34 ans.

La facilité n’existe pas

Note 1: personne ne va lire cette entrée, puisqu’elle ne sera pas publiée sur Facebook (c’est là qu’on est rendu, eh oui). Note 2: Après ce beau petit texte kétaine en image, je peux dire que je suis encore dans la difficulté.

La semaine numéro 1 s’achève déjà, et je dois avouer que je suis mitigé. En fait, c’est la première fois que je ressens un vrai obstacle dans mes décisions. Ça arrive souvent le vendredi, quand il n’y a rien de prévu à l’horaire, quand je sais que je vais rentrer du travail et me retrouver seul dans mon condo. Je pourrais dire que la solitude ne me dérange pas le moins du monde, et c’est la réalité, sauf dans ce petit espace-temps du vendredi soir au samedi, où le choix de sortir boire un verre n’est plus possible, et où je me dis qu’il est quand même préférable de ne pas tenter le diable, car voir des amis qui boivent de l’alcool et fument devant moi, c’est un peu trop tôt pour mon petit état mental.

J’ai fait ce que j’avais dit que j’allais faire. J’ai engagé deux entraîneurs privés pour me botter le cul. Je viens d’achever une semaine de cinq entraînements. Dans deux gyms différents. Avec des horaires différents chaque jour. Avec des gens différents. Avec des exercices différents. Avec des menus différents.

Les soirs d’entraînements intensifs et supervisés, quand je reviens chez moi vers 19 heures, j’ai à peine le courage de me faire un souper léger, puis je m’écrase pour une heure ou deux, avant d’aller dormir vers 21 heures. C’est comme un rythme de vie fou et lent à la fois. L’appréhension de l’entraînement, puis le plaisir d’en avoir terminé, puis la chute vers Orphée; et on recommence le lendemain.

S’il y a une chose qui me surprend, c’est que dès les 3e et 4e rendez-vous, j’ai vu que ce n’était pas si difficile physiquement. Je veux dire, je me rappelle le premier entraînement, et je n’étais même pas capable de m’asseoir pour aller faire cacaaaa. Maintenant, je suis à peine raqué  le jour d’après.

Pour ce qui est des réseaux sociaux, c’est ma plus belle découverte. Je ne sais pas si c’est le silence du début qui me fait ça (ça ne fait que quelques jours après tout), mais je ne m’ennuie pas tant de Facebook. Je trouve que c’était plutôt un automatisme pour remplir le temps. Et pour dire des niaiseries. La perte de Facebook me semble donc être le moins pire des maux. C’est, évidemment, l’alcool qui me manque le plus. Quoique je n’ai aucunement envie de boire après mes entraînements en soirée.

J’ai augmenté facilement mes nuits de sommeil de six heures à huit heures, voire plus. Et je m’écroule après une branlette bien méritée. Je croyais que j’allais m’emmerder de longues heures devant la télé. Résultat? Je ne suis même pas capable de suivre mes émissions favorites et je suis en retard partout. Ce nouveau mode de vie m’empêche quasiment de passer plus de temps devant l’écran. Et les entraînements ont aussi diminué ma charge de travail. Oui, le niveau monétaire s’abaisse, mais il est compensé, car moins de dépenses en alcool et cigarettes. Je suppose que tout s’équilibre. Ou peut-être même que j’en ressortirai gagnant. Je ne sais pas, je l’apprendrai le mois prochain.

Le plus gros hic, c’est que l’alcool me faisait perdre la notion du temps. Me faisait perdre ce sentiment présent qui me rappelle sans cesse que l’amour n’a pas trouvé sa place dans ma vie. J’ai aimé, mais je n’aime plus depuis un bon moment. Je me contente de lectures, de sueurs, de travail et d’entraînements. Mon psy me demandait dernièrement où j’allais puiser mon plaisir; vous savez, ce qui nous donne le courage de continuer à vivre. En coupant tous les vices, où allais-je trouver le désir de continuer tout de même à apprécier la vie? Plus le temps passe, et plus je me rends compte que tout est inséré dans un système de consommation; nous recherchons l’illusion du plaisir, ou alors la fuite du bonheur perdu. Toi et moi, on n’est pas si différent. Observe tes gestes. Regarde tes actions. Analyse ce que tu consommes. Tu en prendras conscience aussi. 

Je ne suis pas là pour changer le monde. Je suis là pour changer mon mode de vie. Je ne suis pas là pour dicter des règles. Je suis là pour tenter de respecter un rythme de vie qui me permettra de vivre plus longtemps, sans même savoir si la fin arrivera demain. On ne sait jamais. Mais j’ai passé l’âge de me faire croire que ça ne sert à rien de cesser de se saouler ou de fumer, parce qu’on pourrait se faire frapper par un bus le lendemain. Tout ce processus me rappelle surtout une simple maxime: vivre sera toujours dangereux, mais mourir à petit feu dans les liquides ou la fumée, en pensant que le vide est comblé, c’est encore plus néfaste que de prendre le pari de se lever chaque jour comme s’il s’agissait du dernier de notre existence. 

J’ai coupé tout contact avec ce qui me faisait souffrir dans mon passé. Non, c’est faux de croire que l’on en ressort gagnant. Ça prend beaucoup plus de temps. Ça demande beaucoup plus de résilience. Ce n’est pas parce qu’on oublie les gens que notre cœur les efface aussi facilement. Mais ça devient définitivement plus facile sans artifices, sans faux espoir comblé par ce vide rempli de substances X.

J’ai toujours eu la mauvaise manie de sur-analyser chaque action posée, chaque petit geste de mon passé, mais quand la bruine s’efface, on y voit plus clair, on souffre autant, mais on ne tait plus cette douleur, et c’est seulement à ce moment-là qu’elle finit par se dissoudre, tranquillement, comme une vapeur qui monte vers le plafond avant de s’éclipser totalement.

Je suis cette vapeur, mon passé représente cette vapeur, le temps qui passe se disperse ainsi. Quand j’étais sous influence, j’avais cette peur de l’oubli; oublier ce que j’avais été jadis, oublier le bonheur, les relations, les plaisirs, tout ce qui m’avait forgé. Il m’aura fallu un bon moment avant de comprendre que c’est dans l’oubli que l’on finit par vivre le moment présent, celui qui importe, à la seconde près.

On ne se le cachera pas; on attribut beaucoup de nos lacunes, de nos erreurs et de nos décisions dramatiques au passé, on hait le passé ou au contraire on le porte en héros, en s’y référant pour comparer notre présent. Que ce soit positif ou négatif, il faut cesser cette comparaison vaine. Et c’est sans cesse l’alcool qui nous ramène vers ce jeu comparatif. Jadis, c’était d’autres substances. Ce pourrait être toute autre chose pour vous; le café, le vin, les jeux de hasard, le travail, la famille…

Si cette première semaine m’a appris une seule chose, c’est celle du décrochage. Il n’y a plus rien à faire pour ce qui a été. Il n’y a que des fabulations pour ce qui sera. C’est ici et maintenant qu’il faut placer toute sa concentration.

Cesser de fuir vers l’arrière ou vers l’avant. Voilà le réel combat.

À écouter: Dear Criminals – Not yet the end (cliquez sur le nuage SoundCloud)

Décompte d’une disparition

Ça se trame depuis début juin, je crois. Cette espèce de plan de match que je me suis tant fait subir de nombreuses fois. Difficile de savoir quand c’est la bonne ou non. Après tout, c’est le travail d’une vie. Non, je ne donnerai pas de date. Non, je ne dresserai pas la liste de mes projets. Avec le temps, j’ai compris que fermer ma gueule était souvent mieux pour moi.

Ouais, mais là, tu l’ouvres ta gueule, non?

Euhhh. Ouais. Ben c’est ça être une personne remplie de contradictions haha! Bon, alors, tout ce que je veux dire, c’est que je ne veux pas préciser des dates fixes ou expliquer des résolutions. Si j’entreprends tout ça, ce n’est justement que pour moi, pas pour la toile entière.

Ce que je peux dire par contre, c’est que je sais d’avance que je vais en baver. Que je vais chigner. Si, si. Comme un gros bébé. La bonne nouvelle? Personne n’en sera témoin. Pas ici. Ni nulle part ailleurs.

En fait, cette surexposition de moi-même et de mes états d’âme me nuit beaucoup plus qu’il m’en profite. C’est souvent plus fort que moi malgré tout. Et c’est un peu devenu le journal que je m’écris à moi-même. Grand bien me fasse. Mais pas cette fois-ci. Je change de méthode. Il faut dire que les défis qui m’attendent me semblent représenter l’Everest pour moi. On ira un jour à la fois. Je risque d’être trop crevé pour m’apitoyer sur mon sort de toute manière.

Juste l’observation du décompte qui s’écoule me donne certaines angoisses. Je fais déjà quelques tests d’avance ici et là. Et si je me fie à mon sommeil et à mes rêves, ce ne sera clairement pas de tout repos.

Tout ça me fait aussi prendre conscience que dans la dernière année, j’ai beaucoup trop vécu dans le regard des autres. Ce qu’ils pensent de moi, s’ils me jugent sur ci ou ça. J’étais également dans l’attente. Et tout le monde sait qu’attendre quelqu’un est le pire des pièges, car c’est comme si on installait des barrières ou une prison autour de nous.

Je n’attends donc plus rien de personne, sinon de moi-même. Et c’est aussi là que ça se complique. Ai-je assez de force et d’estime pour me rendre au bout des défis qui s’annoncent dans les prochaines semaines? Je garderai cette réponse pour moi.

Même si j’ai réalisé des bonds de géant dans ma vie ces derniers temps, je ne suis pas encore là où je veux être. De toute façon, il n’y a jamais rien d’acquis. Ce sera un travail constant, et au début, je me doute bien qu’il sera présent à la minute près.

Mais bon, ça faisait longtemps que je voulais me mettre en danger. Dans le sens de sortir de ma zone de confort. J’ai toujours été très fort sur les excuses bidon et les dates fictives. Comme si en une nuit, j’allais devenir un autre homme. Mon côté optimiste m’a toujours dit que c’était possible. Mais le côté pratique sait que le travail n’est jamais fini, que la ligne d’arrivée, dans le fond, elle doit être repoussée le plus loin possible, puisqu’elle signifie ironiquement la mort.

En résumé, je suis confiant, mais apeuré. Je sais déjà que je vais avoir envie de me replier en boule sur moi-même, que je vais subir beaucoup de douleurs physiques et mentales. Et étrangement, c’est un peu ce qui me motive à aller encore plus loin, du moins, à ne pas lâcher ces défis que je considère encore comme complètement dingues pour le moment.

Vous me pardonnerez donc mon absence prolongée, mais je n’ai de compte à rendre à personne.

Suis-je prêt? Non.

J’ai encore quelque temps pour me faire à l’idée.

Tout le monde saura probablement quand ce sera commencé.
Parce que je ne serai… simplement plus là.

Le calme avant la tempête

Ok! Je me trouve drôle. Un peu sarcastique avec tout ce qui se passe dans le monde présentement. Ça me démontre encore une fois que mes petits problèmes sont minimes face à la destruction qui se produit en ce moment.

Comme je l’avais annoncé précédemment, je commence la construction de ma nouvelle vie. Celle qui élimine tout élément de drama, celle qui me remet en forme, celle qui tue toutes les dépendances. Tout ça est prévu pour se mettre en place en octobre. Une belle histoire à suivre.

Ce que je peux dire, par contre, c’est que ça fait un mois que j’ai fait le vrai deuil de l’ex-ex. Et pourtant, il me poursuit encore la nuit. Il est là, pas en couple, non; simplement dans le danger de se faire surprendre, dans ces moments si intenses que nous avons jadis vécu ensemble. C’est tellement ironique et presque amusant, cette manière de rêver à mes exs. C’est comme s’ils revenaient vers moi tout en étant matché, et chaque fois, on se fait surprendre, par un ami, par son chum, par des parents, etc. Dans mes rêves, je suis toujours en train de courir après l’amour évanoui. Ma tête et mon corps se dissocient, il semblerait que je sois deux entités uniques. Mes rêves me réveillent vers 4 heures du matin, et je deviens en criss. Soit je me branle, soit j’écoute une émission de chats pour me rendormir.

Reste est que je suis de plus en plus motivé à prendre ma vie en main. À affronter mes peurs, à me faire détruire par l’inconnu. C’est justement ce que je racontais à mon psy dernièrement. Au final, je n’ai pas besoin d’un chum. Non. Ce dont j’ai besoin, c’est d’un entraîneur qui puisse me casser, me briser les illusions, faire en sorte que je souffre et que je chiale, comme une petite tapette qui pense qu’elle ne peut pas aller au-delà de ses forces. C’est faux. Clairement. Je veux justement que l’on me brise pour passer au-delà de qui je suis vraiment. J’ai une envie forte d’être dominé par quelqu’un qui sonne à ma porte à 8 heures le matin pour m’obliger à aller courir 10 km. J’ai ce besoin qu’on me force à suer ma vie. Et la bonne nouvelle, c’est que j’ai déjà commencé les démarches pour que ce genre de truc arrive réellement.

J’ai conversé avec le psy; j’ai vécu trois deuils au mois d’août.

1- Dire adieu à mon ex-ex en lui expliquant ce que je ressentais (c’était le 6 août)

2- Accepter de me faire flusher par mon meilleur ami qui a perdu tout sens de la répartie et qui m’accuse de tous les maux (sérieux… j’espère qu’il ouvrira un jour les yeux)

3- Faire le deuil du Nightlife

Honnêtement, ce dernier point a été le plus facile. Je suis sorti au club Le Cinq downtown Montréal sur De la Montagne. Je pense que c’était la première fois que je sortais dans un club sans petits cachets. J’ai eu beaucoup de plaisir. Mais même avant de m’y rendre, je savais que c’était mes adieux au NightLife. Et je suis relativement assez bien avec ça. La boucle est faite. C’était superbe comme finale. Le deuil sera moins difficile.

Le 7 octobre prochain, ce sera aussi la date d’une nouvelle vie. En fait, d’un nouveau mode de vie. Je me suis toujours dit que ma porte de sortie se trouverait dans le sport. J’ai choisi un entraîneur privé. Les démarches sont déjà engagés. J’ai beau m’entraîner trois par semaine et être quasi végétalien, mon hic, c’est que j’ai besoin de quelqu’un qui me juge, qui me brise, qui me défonce en étant présent durant tout mon entraînement.

Encore une fois, je n’ai pas vu l’été passer, mais elle a quand même été différente, parce qu’il n’y avait plus de drogue. J’ai tué mon temps dans le travail. Ça me rapportera plus que des lendemains de veille sans fin.

Je me prépare donc tranquillement à faire ce que je souhaitais depuis très longtemps. Me lancer dans l’inconnu et les peurs, justement pour briser ce confort trop parfait que je vivais malgré les problèmes financiers. Je dois voir au-delà du financier. Je dois me plonger dans l’inconnu avec violence. Et j’espère être violenté physiquement pas la suite (non, ce n’est pas une inside sexuelle). En fait, je pense prendre un bon six mois de repos niveau rencontre. J’en suis à me dire que je ne me plais pas assez présentement pour accepter de plaire à un autre.

La masturbation sera de mise. Un petit désert s’annonce. Mais il me semble tellement prometteur, qu’il ne me dérange pas du tout.

Une question simple

La question est simple: combien de fois peut-on modifier la trajectoire de notre vie? Combien de fois peut-on décider de faire un 180 degrés et réussir à ne pas retomber dans nos anciennes habitudes? Je ne parle pas de tout plaquer pour recommencer sa vie ailleurs, je me questionne simplement sur les grandes décisions qui orientent qui nous sommes et ce que nous devenons.

Peut-être que tout ceci est de la grande foutaise. Peut-être que chaque année qui passe, chaque mois ou chaque semaine qui s’écoulent nous orientent automatiquement vers un nouveau destin. Mais au-delà des aléas de nos propres décisions quotidiennes, j’ai la ferme impression qu’il est possible de réorienter sa vie de but en blanc, après de grandes souffrances ou simplement parce que ce que nous vivons ne nous convient plus.

Ce n’est pas réellement mon cas, mais je me questionne tout de même. Des changements drastiques, j’en ai fait et j’en fais depuis des années. Pourtant, j’ai quand même cette impression étrange que je suis sur le quai et que le bateau vogue vers le large sans moi. Ce n’est pas toujours une mauvaise chose de rester les pieds fermes sur ses acquis,  mais si on ressent un manque, je pense qu’il est de notre devoir de réagir et de corriger le tir.

Je ne dirais pas que je suis malheureux et qu’il s’agit d’un choix drastique. Non. Je dirais plutôt que j’ai effectué beaucoup de changements dans ma vie, mais que je n’ai pas encore atteint le point adéquat (l’atteint-on un jour? S’en rend-on compte? C’est une autre question.)

Quand je pense aux grands revirements d’une vie, je me fixe sur deux choses: la santé et les gens qui nous entourent. Je suis très excessif sur le premier point. Je suis dépendant sur le deuxième. Mais je fais des progrès, du moins, je le crois.

Je ne sais pas si je pourrais nommer tous les revirements de ma vie. Je pourrais m’amuser à nommer plusieurs éléments comme l’affirmation de mon homosexualité, le choix de mes études, le choix de partir vivre à l’étranger, le choix de faire tous mes voyages outre-mer, le choix de m’engager en couple, le choix de cesser la drogue, le choix d’acheter un condo, le choix de devenir végétarien et presque végétalien, le choix d’avoir un travail, même deux… mais d’un autre côté, je n’ai jamais choisi de quitter certaines personnes, je n’ai jamais choisi mes ruptures, je n’ai jamais choisi d’être ce que je suis et ce qui m’a construit grâce à mes expériences.

Mon psy me dirait de me relaxer et de regarder où j’en suis (avec une certaine fierté dans la voix), mais ce n’est pas suffisant pour moi. J’ai sans cesse l’impression qu’il manque un autre revirement drastique, qui ferait de moi quelqu’un que je respecte et que j’apprécie comme il est.

On passe son temps à se construire par rapport au regard des autres. Même ceux qui clament haut et fort qu’ils s’en foutent sont obsédés par ce qui se dit sur eux ou sur leurs projets. C’est normal, c’est humain.

Ces derniers temps, beaucoup de gens importants ont pris la décision de quitter mon chemin. Un peu comme des adieux faits au croisement d’une route, ces gens ont décidé de bifurquer à gauche alors que je m’orientais vers la droite. À chacun ses décisions. Je ne suis pas là pour les juger. Je n’ai jamais affirmé que j’étais blanc comme neige non plus. Plus je vieillis et plus je me rends compte qu’un simple mot déplacé peut créer une onde de choc qui anéantit parfois une relation. Ça fait aussi partie du jeu des relations interpersonnelles.

Avec le temps, je me rends surtout compte que je n’ai plus aucune envie de jouer à la victime. De me dire que cette personne a eu tort de faire ceci ou cela. C’est comme si j’avais compris que les impressions et les interprétations des autres ne m’appartenaient pas. C’est libérateur, tout en étant angoissant à la fois. Mais je garde un sentiment zen par rapport à tout ça, car je sais que même sans explication, les gens nous délaissent et vont voir ailleurs si c’est mieux.

Le problème, c’est que le scorpion en moi est très loyal, jusqu’à qu’il décide que c’est fini. Et, une fois que le processus est enclenché, c’est un peu comme si c’était trop tard. Autant en amour qu’en amitié, je suis loyal, jusqu’à la trahison. Ce n’est pas la première fois ni la dernière que je serai trahi, et j’ai appris avec le temps à ne plus être aussi dramatique envers les gens qui disparaissaient. N’empêche. Il est très difficile de revenir me voir après ce genre de trahison. J’ai souvent de la difficulté à tourner la page dans mes relations, mais une fois que c’est fait, les retours en arrière sont très rares.

J’aime bien l’idée d’un temps-tampon. Même si parfois, je ne respecte pas mes propres décisions, la plupart du temps, lorsque je décide quelque chose, je m’y tiens. Même avec les dépendances. Eh oui. L’humain a besoin de plusieurs essais-erreur, mais une fois que c’est ancré, une fois que la grande vague s’est échouée et est morte sur le rivage, le retour en arrière devient impossible.

Ironiquement, je suis également connu pour être un mec de dates et de deadlines. Je ne les respecte pas toujours certes, mais si je regarde en arrière, je me surprends à voir plus de réussites que d’échecs. Il y a donc quelque chose d’encouragement dans cette motivation à créer une genre de carapace (encore une fois). Je ne lancerai aucune date sur ce blogue, car j’ai appris à protéger mes arrières. Et je me sens tout de même généreux dans le délai que je m’offre, mais force est de constater que j’ai encore besoin de me renouveler, de changer de mode de vie, de devenir encore mieux.

La différence à présent, c’est que je n’ai plus envie de décrire le tout comme des deuils. Non. Les deuils sont déjà faits depuis longtemps. Je sens que je tangue dans un entre-deux; entre continuer ainsi et modifier tout ce que je connaissais jadis. C’est un sentiment euphorique, mais également effrayant. L’humain a toujours peur de l’inconnu. Mais je caresse cet inconnu avec une volonté et une curiosité que je ne me connaissais pas avant. Je pense que c’est un bon pas vers l’avant.

Le pire, c’est que je n’ai pas à changer tant que ça. J’ai emmagasiné beaucoup d’acquis depuis les deux dernières années. Mon style de vie s’est radicalement transformé. Il me manque encore quelques éléments. Un autre changement drastique pour arriver à être celui que je veux être, à m’aimer tel que je suis.

C’est un défi universel, qui se passe chez de nombreuses personnes. C’est peut-être le signe de la crise de mi-vie. Mid-life crisis. Et pourtant, je reste calme et posé par rapport à tout ça. Malgré toutes les pertes, malgré l’intimité et l’amour qui ne sont pas là au quotidien, je ne peux pas me plaindre d’être dans une mauvaise passe. Je me conforte et j’accepte ce que je vis présentement. Je suis comme la chenille qui se transformera en papillon bientôt (esti de phrase quétaine hahaha).

En résumé, mon défi pour la prochaine année est somme toute assez simple; me surprendre. Me déstabiliser. Me retirer de cette zone de confort que j’apprécie trop. Je ne cherche pas à me faire peur avec des expériences ultimes ou intenses. Non, ce n’est pas le but. Je veux seulement me brasser la cage. Affronter des choses que je ne pense pas aimer, des événements que je ne connais pas, des expériences que je ne voudrais pas vraiment vivre volontairement.

Si j’ai appris une chose dans ma courte existence, c’est que le meilleur sentiment se résume à peu de choses: se surprendre de vivre des moments que l’on n’aurait pas pensé vivre, se décoincer dans ses activités, découvrir l’inconnu et avoir peur. Peur de l’échec, peur de ne pas y arriver, peur de ne pas se lancer. Car, au final, sans la peur, il n’y a pas d’adrénaline, il n’y a pas d’inconnu, il n’y a pas de nouvelles expériences et de nouvelles découvertes.

Mon défi de la prochaine année est assez simple, il se contentera d’un seul mot: oser. Oser la différence. Oser franchir la peur de perdre. Oser la nouveauté. Oser se planter. Solidement, s’il le faut.

 

La grande déception

Il y a des constatations plus tristes que d’autres. Vous commencez à me connaître, je parle énormément d’amitié et d’amour sur ce blogue. Ce sont probablement les sujets qui importent le plus dans ma vie. Il arrive que l’on doive couper les ponts une bonne fois pour toutes. C’est d’ailleurs ce que j’ai entrepris dernièrement avec un ex. Mais quand le choix ne vient pas de nous, c’est toujours un peu confrontant…

Il n’y a pas à dire, j’y ai cru depuis bientôt près de vingt ans. Vingt années à se dire que rien ne pourra nous séparer. De mon côté, tout était (et est encore) limpide. Mais comment réagir quand le rejet provient des autres? C’est toujours la grande question remplie d’interrogations.

Se faire flusher par des amis, ça arrive à tout le monde dans la vie. C’est un passage obligé. Mais quand il est question d’amitié qui date de plus de 20 ans, ça reste un choc, un peu comme une rupture amoureuse que l’on ne veut pas croire. Je suis d’abord passé par le déni, je pense que je suis maintenant dans la phase de la colère. Quoiqu’elle n’est pas aussi intense que j’aurais pu le croire.

Je suis scorpion, je suis loyal, et c’est en amitié que ça se représente le plus. Je me suis souvent battu pour des amitiés, parce que je ne pouvais pas croire que deux personnes qui ont vécu autant d’aventures pouvaient décider du jour au lendemain de disparaître dans la vie de l’un et l’autre.

Et qu’on me comprenne bien. Je n’ai plus la pensée magique de l’adolescent qui se dit best friend forever et tout ce genre de tralala. Je sais que la vie éloigne les gens, que la distance géographique ou même le travail ou le couple peuvent diminuer les fréquences de rencontres. Mais il y a des gens qui comptent tant dans nos cœurs, que même si on ne les voit pas pendant des mois, ça n’a aucune importance; on sait qu’on pourra les revoir un an plus tard, et que rien ne sera détruit au niveau amical.

Le problème vient souvent de l’interprétation des autres. Je ne dis pas qu’on est blanc comme neige, mais il arrive que des amis nous reprochent des choses qu’on ne peut pas contrôler, en raison de simples moyens logiques ou logistiques. Et c’est exactement ce qui arrive dans le cas présent. Mon meilleur ami, je ne le connais plus, parce qu’il s’est volontairement mis de côté, dans de grands élans dramatiques, comme s’il voulait tester l’amitié de tous ceux qui l’aimaient. Jusque-là, ça peut passer.

Cependant, quand je demande des nouvelles à cet ami, et qu’il me répond bêtement qu’il est juste «trop tard pour prendre des nouvelles», ça me fait bouillir. C’est comme si le reproche m’était dû entièrement, comme si je n’avais pas assez fait d’efforts à la hauteur de cette personne. Pourtant, c’est elle qui a décidé d’aller vivre ailleurs, c’est elle qui a décidé de supprimer son compte Facebook, pour être bien certain de créer une disparition dramatique. Et le message était clair avant même que je m’en rende compte: il faisait ses adieux à ses amis d’avants, pour ensuite disparaître complètement des réseaux sociaux. Et quand je le texte, j’ai droit à des reproches enfantins, du genre, c’est trop tard maintenant (je précise que notre dernière conversation ne remontait qu’à la mi-juillet).

Quand il m’a mandaté de faire son message à tous ceux que l’on connaît (Tu passeras le mot), j’ai trouvé ça tellement insultant et bête. Je respecte le choix de quelqu’un de partir ailleurs et de vouloir faire le ménage dans sa vie. Je respecte cette envie de faire du ménage et d’éliminer certaines personnes de nos vies. Mais tout balayer du revers de la main? Sans justification? Alors que c’est lui-même qui a décidé de s’isoler et de couper contact? Comment peut-il avoir l’audace de me dire que c’est trop tard quand je veux prendre de ses nouvelles? Ça me dépasse.

Et, puis, c’est comme s’il me donnait (m’avait donné plutôt) trop d’importance, comme s’il était de mon devoir de le sauver de je ne sais quoi, de m’occuper de lui comme un parent malade, de le chouchouter comme dans un couple. Je suis désolé, mais ce genre de reproches, de 1) me fait sentir cheap, de 2) me donne trop d’importance et de 3) fait en sorte que c’est comme si je devais le remercier d’avoir toujours été là pour moi, alors que de son avis, je n’ai jamais été là pour lui.

Je crois que certains ont la mémoire courte. Mais passons. En gros, je fais partie du lot, j’ai été flushé comme les autres, au même niveau, sans distinction par rapport à nos vingt ans d’amitié. Et ça, je trouve ça déloyal. D’abord, de me faire mettre sur le même pied d’égalité avec tous les autres qui importaient moins. Mais surtout de me faire porter un genre de fardeau de culpabilité, comme si j’avais pu le sauver de je-ne-sais-quoi.

Je ne crois pas que l’on peut sauver quelqu’un d’une dépression. On peut l’aider, discuter, lui faire voir un autre point de vue, mais je ne pense pas qu’on peut se la jouer Superman et régler tous les problèmes d’un ami avec notre simple présence. Surtout si la dépression est sévère.

Il faut dire que l’ami en question avait déjà annoncé son futur départ de ma vie, en me disant qu’on vivait deux rythmes de vie différents et qu’on était plus à la même place. Et alors? Je ne suis pas à la même place que mes amis qui ont des nouveau-nés, je ne suis pas à la même place que mes amis qui connaissent la gloire littéraire ou médiatique, je ne suis pas à la même place que plein de personnes, et on reste dans des relations amicales charmantes. Et là, on parle de mon meilleur ami…

Je comprends très bien qu’il ne l’a pas eu facile. Mais au-delà des difficultés de la vie, il y a aussi des choix de vie. Et tout comme moi, il n’a pas toujours fait les bons. Je ne l’ai jamais jugé sur ça. Je serais mal placé, d’ailleurs. Mais un moment donné, on ne peut pas toujours accuser les autres. Je ne pense pas que ça lui apporte quoi que ce soit d’en vouloir à ceux qui l’aiment. Il me semble qu’il s’agit d’un processus destructeur qui ne mène à rien. Rendu là, je sais que mes mots ne valent plus grand-chose et que je ne peux pas revenir en arrière.

Je pense tout de même que dans la colère, on attribue beaucoup d’accusations gratuites, et je n’ai pas à me sentir coupable du chemin qu’il a pris. Sinon, je serais probablement sur ce même chemin moi aussi, et ce n’est clairement pas le cas.

Alors tout cela laisse place à l’incompréhension, à des paroles que je reçois comme des lames de couteaux. Comme si tout était de ma faute, comme si j’étais celui qui l’a entraîné dans sa perte. Et, je l’aurais probablement cru si j’avais eu 20 ans. Mais voilà, je suis un adulte. J’ai vécu de nombreux au revoir, de nombreuses déceptions amicales, et plusieurs deuils durant les dernières années. Pourtant, j’étais loin de penser que je devrais faire un deuil de cette grande amitié qui m’a apporté beaucoup de choses.

C’est triste de ne pas être en mesure de sauver les gens qu’on aime. C’est triste de se sentir impuissant devant cette rage et cette haine qui nous sont balancées au visage. Je ne pourrai jamais dire que je n’ai pas travaillé sur cette relation. Si je me rappelle bien une chose, c’est qu’en 2008, j’ai douté une fois de notre amitié, et la réponse que j’avais obtenue m’avait secoué comme jamais: tu n’as pas le droit de me faire ça, tu n’as pas le droit de giving up sur notre amitié. Et c’était vrai. Je n’avais pas le droit de faire une chose du genre. Je l’avais compris rapidement. Cette amitié valait plus que bien des relations. Près de 10 ans plus tard, c’est l’inverse qui se produit, et quand ce serait à mon tour d’affirmer ces paroles dures, je n’ai droit qu’à des reproches, puis du silence. Comme quoi, les gens oublient vite selon leur position.

Je garde tout de même un espoir. Malgré tout. Il arrive que les gens aient besoin de distance pour se rendre compte de ceux qui comptent vraiment pour eux. Je doute, certes, parce que je sais que la vie n’est pas toujours rose, mais je continue ma promesse. Je n’abandonnerai pas. Je serai toujours là. Quand il en aura besoin, quand il verra enfin que je ne suis pas contre lui, mais avec lui. Peut-être ne le verra-t-il jamais, mais dans ce cas, je ne peux rien y faire.

Je lui ai dit que ma porte était toujours ouverte, et je le pense encore. Je me rends simplement compte qu’on ne peut forcer la main des autres. Si cette personne pense que je lui ai fait du mal volontairement, que puis-je faire pour l’en dissuader? On ne peut pas rentrer dans la tête des gens. Surtout quand on ne sait pas trop pourquoi ils nous accusent ainsi, après qu’ils se soient retirés eux-mêmes de nos vies.

En une semaine, j’aurai donc perdu l’amour de ma vie et l’amitié de ma vie. Pour ce qui est de l’amour, ce fut mon choix, parce qu’il en allait de ma santé mentale, il fallait guérir d’une relation qui n’allait jamais reprendre de toute façon. Encore aujourd’hui, j’accepte ma décision d’avoir couper contact avec l’ex le plus destructif de ma vie. Mais je n’ai jamais choisi de me faire jeter comme un vieux kleenex par mon meilleur ami. C’est triste, mais mon instinct me dit que je n’ai pas le privilège de m’apitoyer sur mon sort et de faire du drama avec tout ça. En fait, s’il y a un point positif à la vie adulte, c’est bien de se calmer au niveau des émotions dramatiques. J’ai appris que je ne pouvais pas contrôler les autres. Ce fut un apprentissage douloureux, rempli de pertes et de moments de désespoir, mais je suis zen avec tout ça.

Il faut parfois faire amende honorable et avoir confiance pour la suite. Je souhaite tout le bonheur de monde à mon ami, même s’il décide que je n’en suis plus un. Il aura toujours l’option de revenir prendre de mes nouvelles, et de mon côté, non, je ne lui dirai pas que c’est déjà trop tard.

Réfléchir pour se réinventer

Oui, oui, j’existe encore! J’ai simplement appris à fermer ma bouche quand je sentais que je n’avais rien de pertinent à dire. Ça vaut mieux sur notre cher Internet 3.0.

J’aime bien donner de mes nouvelles, mais on dirait que c’est de moins en moins important pour moi de mettre à jour ce blogue. La raison se trouve peut-être simplement dans ma vie présente: je n’ai pas grand-chose à dire, ou plutôt, je n’ai envie de ne rien dire, pour la simple et bonne raison que je me concentre sur moi, et que j’ai de plus en plus horreur de parler de mes petits white rich people problems. Je le dis à la rigolade, bien sûr, car je suis loin d’être riche. Mais je suis blanc et je suis un privilégié de la société. C’est comme si tout ça m’avait explosé au visage ces derniers temps. J’en parlais à mon psy, justement. En lui disant que… well, ce qu’on est en train de faire, c’est de parler de problématiques tellement minimes, que c’est presque honteux de dire que ce sont des problèmes.

Que ce soit au niveau de la perception physique de soi-même, de ses problèmes financiers ou relationnels, je trouve que c’est un peu chercher le pou dans un jardin en santé. J’exagère un peu la métaphore; car je sais qu’on peut être riche et bien entouré, mais ça ne fait pas de nous quelqu’un de bien dans sa peau. J’ajouterais quand même que si on se compare, on se console. Ça ne veut pas dire que je minimise mes questionnements, ça veut juste dire que je les perçois par rapport à ce que j’observe autour de moi.

J’ai la chance de pouvoir «arriver» à vivre seul dans un condo, j’ai la «chance» d’avoir deux jobs pour y arriver. J’ai la «chance» de mettre ma santé en jeu pour des enjeux monétaires, sans me sentir brûler entièrement. Mais tout ça est très relatif. S’il y a une chose qu’on ne peut m’accuser d’être, c’est bien de faire de l’argent sans travailler. J’en connais peu qui se taperaient des 60 à 80 heures par semaine. Avouons-le, la plupart des gens chignent dès qu’ils atteignent 40 heures. Et j’étais pareil aussi avant. Être responsable et assumer un mode de vie plus intéressant est souvent plus difficile et rempli de sacrifices. J’en assume les conséquences. Et même après des semaines de travail trop folles, je me considère chanceux de ne justement pas avoir deux emplois au salaire minimum.

C’est un peu comme si je remerciais la vie, tout en comprenant que les gens qui nous observent en pensant que tout est si facile pour faire de l’argent se foutent le doigt dans l’œil solide. Souvent, on regarde le gazon du voisin et on se dit: bah… il fout rien, et il gagne une fortune! C’est tellement ne pas connaître la condition des autres. Je suis tombé malade solidement la semaine dernière. Et je sais que la cause était un mélange de trop de travail et de trop de sport. À vrai dire, c’est ce qui représente le mieux ma vie ces derniers temps. J’essaie de garder la tête haute, en partageant ma vie professionnelle devant un ordinateur vs des sessions de sport intensives. Pas toujours facile.

Côté perso, j’ai aussi vécu de vilaines montagnes russes, parce lui (oui, lui, le méchant mec du roman), m’est revenu avec une proposition débile. Je l’ai évidemment balayé d’une main, mais je lui en avais proposé une autre, et il devait y réfléchir… mais ce fut un échec. Après m’avoir dit qu’il me reviendrait dans les prochains jours, plus d’un mois plus tard, aucune nouvelle. La déception a refait place à la colère, puis à la résignation. Finalement, tout ça m’aura appris que de revenir vers le passé est TOUJOURS une mauvaise chose. Je sais, je sais, il y a des gens qui nous accrochent, qui pensent peut-être eux-mêmes qu’ils auront un pouvoir infini sur nous, mais se faire niaiser aux deux ans, ça finit par lasser, et on finit par ne plus avoir une once d’intérêt envers ces personnes toxiques qui ne pensent qu’à leur petit bonheur, tout en nous plaçant dans une case «au cas où».

Je pourrais faire tellement de ravage en déballant toute cette histoire en public. Mais encore une fois, cette personne n’en vaut plus la peine. Elle n’a plus ses couilles de jadis. Sûrement trop centré à reconquérir une autre histoire passée. Je n’ai plus de sympathie pour ce genre de personne, malgré le seul souvenir qui reste; celui du bon sexe. Eh bien, désolé, mais le sexe n’est rien sans une certaine forme de respect de la part de l’autre. Comprenez-moi bien, j’ai toujours adoré les jeux de rôles, mais j’ai toujours détesté me faire prendre pour un épais dans un contexte non sexuel. Il y a certaines personnes qui doivent disparaître de nos vies pour de bon. Cette personne a choisi le silence (si, si, après m’avoir dit qu’elle me répondrait dans quelques jours). C’est tellement pathétique que tout intérêt de ma part s’est évanoui entièrement.

Qu’en est-il donc de ma vie sexuelle alors? Un gros zéro. Rien. Niet. Et je m’en fous. Pour le moment, je n’ai aucune envie de baiser des inconnus, je n’ai aucune envie de faire du dating, je me sens un peu asexué. C’est comme si tout l’élément sexuel qui prenait une place si importante dans ma vie s’était évanoui doucement. C’est peut-être l’âge. Quoique je me trouve un peu jeune pour ne plus avoir de pulsion. Mais je me suis rendu compte que les pulsions qui me poussaient à rencontrer pour du cul étaient également toxiques, et souvent se produisaient sous influence. Puisque je vis maintenant une vie rangée sans artifices, les pulsions se sont atténuées naturellement. Évidemment que je souhaite vivre une sexualité active et épanouissante. Mais pour le moment, mes efforts sont ailleurs. L’intérêt n’y est plus. Des histoires sans lendemain, très peu pour moi.

J’ai terminé mon prochain roman il y a un mois. Il est présentement dans les mains de mon premier lecteur bêta. Je n’y crois pas trop, à ce livre. Mais je suis heureux de l’avoir complété. D’avoir encore une fois réalisé un projet de A à Z. Il ne se passera probablement rien avec le texte (je baisse vraiment mes attentes), mais au moins, je serai allé au bout de cette histoire. Mon psy me demandait s’il ne s’agissait pas d’un deuil caché envers l’écriture. Je lui ai répondu que je n’en savais rien. Si j’ai quelque chose de plus à écrire plus tard, je pense que je le ferai, mais je reste ancré dans cette école qui me dicte que je dois vivre ma vie avant de pouvoir la transposer par écrit. La bonne nouvelle, c’est que le dernier roman n’a rien à voir avec ma vie personnelle. C’est d’ailleurs peut-être la première raison qui me fait dire que ça n’ira pas plus loin. On verra bien ce que le futur me réserve.

Mon végétarisme continue. Ça fera bientôt plus de 8 mois. Je m’en porte très bien. J’essaie de commencer à flirter avec le vegan. Mon seul problème reste le fromage. Dans quelques jours, je testerai mon premier «fauxmage» fait maison. On verra bien. Je dirais que la nutrition est ma principale activité après le travail et le sport. Et pourtant, ma physionomie ne se transforme pas (dans ma perception, je reste toujours aussi gros). Mais bon, je le fais pour d’autres raisons aussi. Et je sens que je vais toujours devoir me battre envers cette perception de moi-même. Autant l’accepter et explorer avec celle-ci.

Sinon, sur une note plus optimiste, je vais bien. Bon, j’ai l’impression de sortir d’une guerre à cause d’un rhume d’été persistant, mais sinon, je suis bien chez moi, je vois des amis en masse, même si les anciens amis n’offrent aucune nouvelle d’eux-mêmes; ils sont occupés ailleurs, c’est leur choix. Mais je vais relativement bien. Ça fait tout de même plus de 4 ans que je n’ai pas pris de vacances (genre une semaine de congé), et je devrais réviser ça l’an prochain, car je pense qu’il serait sain pour moi de faire au moins un petit voyage, mais bon, on fait comme on peut avec un condo à payer seul. Pour le moment, je ne m’en fais pas trop. Je me considère toujours comme un privilégié de la vie, même si je roule de paie en paie. J’ai quand même évolué énormément depuis la dernière année. Et on dirait qu’il m’est impossible de chigner sur ma triste condition. Je trouve que ce serait malhonnête.

Si je pouvais faire un souhait monumental pour l’année 2018, ce serait de rencontrer un homme qui me plaît, avec qui je pourrais enfin prévoir de fonder une famille.

Contradictions

Je savais déjà que la vie était remplie de contradictions, ce n’était pas un secret pour personne. Par contre, je me fais toujours rire quand j’élabore de grandes théories sur le moment présent de mon existence (souvent devant mon psy), et que quelques jours plus tard, tout ce que j’avais dit prend le bord et me contredit.

Je racontais dernièrement qu’il n’y avait plus aucune spontanéité dans ma vie. Du genre appeler les amis sur un coup de tête et se réunir, comme quand c’était si facile, il y a plusieurs années. Je disais que pour voir mon monde, je devais toujours faire des projets d’avance, insérer les gens sur des dates de calendrier. Je continue à le croire pour l’essentiel de ma vie sociale, et pourtant, vendredi soir, le hasard semblait bien placé, parce que j’ai revu de vieux amis, en lançant des invitations sur un coup de tête. Et, à ma grande surprise, tout a fonctionné.

Quelques jours auparavant, un autre ami me lançait une invitation de dernière minute, que j’acceptais tout bonnement. Alors, les grandes paroles et les beaux résumés de vie pour mon psy; ils ont pris le bord, en effet. Ça n’a aucune importance, bien évidemment, mais ça reflète bien une chose; j’ai encore beaucoup de difficulté à me lire, et je vais souvent chercher les points les plus négatifs afin de justifier ce qui ne fonctionne plus ou ce qui part en vrille.

Je me suis rendu compte d’un autre élément important aussi. Je crois qu’on pense souvent que les gens nous font du mal volontairement. Comme s’ils avaient fomenté un plan ultime pour nous nuire. Mais je dois me raviser. Je pense que le mal que l’on perçoit de la part des autres prend de grandes proportions parce qu’on scénarise les événements selon notre perception. Impossible de s’en empêcher bien sûr, mais ça m’a remis les pieds sur terre. Le mal volontaire perçu chez l’autre, c’est souvent du préfabriqué pour donner du sens.

En fait, je crois surtout que les gens s’en foutent. Ou sont indifférents par rapport aux répercussions de leurs paroles ou de leurs gestes. Je ne m’exclus pas de l’équation. Je pense que le travail à faire de mon côté, c’est de cesser de faire du sens ou de la symbolique avec les actions des gens qui m’entourent. C’est encore une question de laisser-aller, évidemment. Mais plus que ça, c’est une question de ne pas accorder autant d’importance à une déception personnelle qui n’était pas un plan diabolique construit de toute pièce chez l’autre.

Mais le sens, on veut tous en faire. Ça nous permet de relativiser, tout en dramatisant. Mais, au final, moi aussi, j’ai besoin de m’influer un peu de je-m’en-foutisme. Je pense que c’est la clé pour éviter les paroles trop dures, les regrets niaiseux.

Je reprends peu à peu mon indépendance. Je veux dire en ce sens : ne plus m’inquiéter de ce que les autres pensent, ne pas leur donner des intentions planifiées. Au final, ça revient beaucoup à vivre et laisser vivre, sans imposer quoi que ce soit. Mon petit caractère contrôlant va devoir se calmer les petits nerfs. C’est logique.

Je dis que je retrouve mon indépendance, parce que l’été qui s’annonce me semble un été consacré à la différence, à la nouveauté. Pour cesser de se réfugier dans ce que l’on connait par coeur, surtout dans le passé qui, non, n’était pas nécessairement mieux avant. Le fait d’avoir fait du ménage dans mes sentiments m’aide beaucoup à devenir plus posé, plus calme, plus raisonné.

Je suis peut-être plus prêt que je ne le pense à me tremper le doigt d’orteil pour rencontrer quelqu’un. Pas de pression, pas de promesse. Juste se laisser guider par le soleil, le vent et les rencontres sur notre chemin.

Travail, ex & maladie

La vie est tellement étrange (non, sérieux?). Mon ex est venu me porter des babioles. Un petit vingt minutes top chrono. Une histoire classée où je lui ai dit « Awesome! » en le prenant dans mes bras.

Il s’agissait d’une référence voulue par rapport à un statut Facebook où j’avais relayé que les meilleurs copains fumaient de l’herbe. Je me suis souvenu de sa réponse full ironique: « Awesome! » J’ai ri. En fait, on s’est mis à rire. Et c’est ainsi qu’il est parti avec les derniers restes de ce qui se trouvait dans le condo. Du liquide à verre de contact et une théière.

C’était un peu étrange, mais pas dans le sens de déplaisant. La chanson de Madonna – Power of Goodbye est partie sur mon cellulaire. C’était presque arrangé avec le gars des vues. Ça aura duré un bon 20 minutes. Du blabla comme tous les couples non déchirés doivent avoir en fin de rupture. Cette façon de dire qu’on refuse de rencontrer de nouvelles personnes (et c’est la réalité, cette fois-ci). Nous n’avons aucune envie de baise, de relations, de rencontrer des inconnus. On semble bien l’assumer.

Je me suis posé la question, en revenant vers le passé, pour savoir comment ça s’était passé avec mon autre ex. Et je me suis rappelé que la dernière chose qu’on s’était dite, c’était « à bientôt », et des années plus tard, je ne l’ai toujours pas revu. Je crois que je préfère la finalité de ma dernière relation, car elle n’inclut aucune promesse, juste une vraie finalité; la vraie vie de deux personnes qui se respectent, mais qui se séparent.

J’ai commencé mon nouvel emploi en tant que réviseur aujourd’hui. Au final, ce fut une grosse journée. Je m’en fais beaucoup pour si peu. J’en parlais avec mon psy dernièrement; je m’accroche au travail comme à une bouée de sauvetage. C’est un peu le seul sens de ma vie présentement.

C’est comme si je n’avais pas envie de réfléchir aux amitiés compliquées, aux absences dans ma vie. Mais je garde la tête haute, je construis un certain avenir (peu importe le temps que j’ai encore ici, sur terre). C’est comme si j’étais relax en étant stressé. On s’inquiète tellement pour peu de choses.

Je pense que ma vie amoureuse n’est pas près de s’améliorer. Je n’ai pas la force de me la jouer réseaux sociaux ou sites de rencontres. Je n’en ai aucun intérêt. C’est triste, mais c’est comme ça.

Pour ce qui est de Luc (wow, ça faisait longtemps que je n’avais pas nommé son nom!), l’attente s’est transformée en colère. Pas une immense colère, mais plutôt une colère de déception. Cette colère a fait place à de la résilience. Il a gagné, il ne m’intéresse plus. Par contre, je ne peux m’empêcher de me maudire, car mon inconscient rêve toujours à lui (ou même à mon premier amour). C’est le manque de sexualité dans ma vie, je suppose. Mais, c’est tout. Il n’y a plus rien. (Occasion already passed).

C’est donc fou, de se dire, de comprendre, et d’observer qu’il n’y a plus aucun élément sexuel ou physique dans notre vie. C’est le néant. Depuis bientôt 6 mois. Le silence. L’absence. Le vide. Et pourtant, je m’en fous. C’est comme si moins de pratique = moins de désir.

Je pense aussi que je suis atteint de la Maladie de Biermer. Ce serait logique. On va entrer dans une phase de tests d’ici novembre. Si ce n’est pas concluant, l’avenir s’annonce comme une piqûre hebdomadaire à vie. À suivre…

Mais je vais bien. Je continue mon petit bout de chemin. Et surtout, je fête mes 6 mois en tant que végétarien, mais surtout mes deux ans en tant que gars sobre de chimique.

Ne pas jouer la victime

Alors, voilà. Nous n’avons pas été assez conscients. Nous n’avons pas su garder les promesses du passé. Nous avons joué la carte de l’ego, un ego selfish, un ego qui trouve que son bonheur est trop ou pas assez bon pour l’autre devant nous. On avait la chance de faire différent, de se promettre qu’on ne serait pas le portrait de nos parents la décennie suivante. On a échoué, comme tous les trentenaires qui échouent probablement. Aucune différence. Les promesses d’adolescence s’étiolent, deviennent poussières et s’évaporent avec les années.

 
Je ne jouerai pas à la victime. Je joue sans le savoir depuis un trop grand moment. C’est ça l’amour, l’amitié… ça s’éteint. On ne voit jamais les signes avant-coureurs du meurtre. C’est comme un crime, oui. Ça tue du jour au lendemain, de la minute à la seconde. Et les corps morts se soulèvent et s’éloignent, dans une indifférence qui tue de nouveau.
 
Rien ne sert de se la jouer victime. On a 50 % des torts, c’est évident. On pense par contre tous que c’est l’autre qui abandonne en premier. On ne le saura jamais. On va continuer à vivre. Parce qu’il le faut bien. Parce qu’une hypothèque doit être payée, parce que le travail nous appelle, parce que les enfants doivent manger, parce que la famille doit continuer. Un jour ou l’autre, on se souviendra. Une pensée, une image, un voyage; la perte se remémorera à nos esprits.
 
Mais nous n’avons pas été assez forts. Comme la génération qui nous précédait. Comme toute histoire qui n’est malheureusement jamais indestructible. Tout se meurt. Le corps, la vie, les relations. On se lancera dans le capitalisme, dans la fertilisation, dans l’hédonisme. Pour oublier, oublier ce que l’on a été.
 
Si on ne change pas, les autres, eux, nous voient changer. Ou ils changent eux-mêmes. C’est le cycle éternel. Le jeu des jours qui s’égrainent.
 
Ne pas jouer à la victime. D’abord, parce que ça ne sert à rien. Ça ne ramènera jamais le passé. Décider de vivre sa vie avec les gens qui sont réellement présents. Qui naviguent autour de nous; même si nous sommes tous le satellite instable d’un autre.
 
Je n’aimerai plus jamais comme j’ai aimé. Je ne prendrai plus jamais l’amitié pour acquis. Tout s’efface, tout disparait, en peu de mots, en trop peu d’adieux.
 
Tous ceux que l’on connaissait ne nous reconnaissent plus. Les plus grands amis nous disent que la séparation, c’est mieux comme ça. Les anciens amours préfèrent ne rien répondre ou s’offusquer. Des mots durs, ou pas de mots. Je ne saurai jamais quelle est la pire des conclusions.
 
Et le pire, c’est que je n’en veux à aucun d’eux. J’ai cru naïvement que les promesses du passé avaient force de loi sur tous les événements. L’adolescence m’aura menti. Ce n’est pas un secret pour personne. L’adolescence trompe sans cesse. Rien ne sert de jouer à la victime. Les gens se quittent, les gens disparaissent sans raison ou avec raison. Nous avons tous cette date d’expiration.
 
Si je n’ai qu’une seule réponse, ce sera celle-ci : Ces gens, je les ai aimés. Et je les aime encore. C’est parfois ma faute, parfois non. On ne peut contrôler les aléas de l’amour et de l’amitié. J’ai le cœur gros, mais j’ai un gros cœur qui les accueillera toujours. Même si très peu viendront. Ce sont les destins, les hasards, les perceptions. Ce sont des choses incontrôlables, même à l’ère des grandes communications.
 
Rien ne sert de mettre un baume sur la blessure. On finit toujours par comprendre plus tard. Mais je refuse de jouer à la victime. Je suis rempli d’amour, un amour qui a su mal s’exprimer. Je n’ai pas d’autre choix que de déchirer les pages. Je garderai l’essentiel, toujours avec cette impression que l’on se reverra et que ce sera comme jadis. Nous n’avons pas su prédire ce qui allait arriver. Nous avons profité du temps alloué comme s’il était infini. On savait peut-être intérieurement que tout allait éclater. Mais le beau de la chose, c’est que l’on continuait tout de même à se prédire l’éternel; un espace-temps où seule la mort nous séparerait un jour. Notre naïveté était adorable. Parce que les maux d’adolescence sont des mots adorables. Avec le recul.
 
Nous sommes maintenant des adultes. Nous n’avons pas été assez prudents. Ou nous avons cessé de croire nos paroles d’enfant. À la vie, à la mort… ou jusqu’à ce que le temps et l’éloignement nous séparent.

 

#Adulting

Ça devait arriver tôt ou tard. C’est arrivé sur le tard. Certaines personnes sont de vieilles âmes, d’autres sont des ados attardés. Je me plais à croire que j’ai choisi le juste milieu, ou du moins, je dois mettre les deux pieds dans cette voie.

Il n’y a pas de drames. Pas d’histoires croustillantes. Ou si peu. C’est comme se réveiller d’un long rêve, faire un petit gain de lucidité et se rendre compte qu’il faudrait que ce gain ne soit pas que de passage. Il y a de ces moments dans une vie où l’on s’arrête un instant pour observer le temps, pour analyser le passé et regarder vers l’avenir. Comme plusieurs le savent, j’excelle dans la manière de scruter l’arrière en avançant à l’aveuglette. Ce temps est révolu. Je pense que ce n’est plus une question de choix; c’est un fait. Pas alternatif.

La semaine passée, durant quelques nuits de suite, je me suis réveillé en sursaut vers quatre heures du matin. Le cœur qui pompe, l’engourdissement dans les bras; les signes d’un ACV ou d’une crise de panique. Pourtant, je n’ai plus d’angoisses comme je pouvais en avoir sur les vilains médicaments de merde (j’en ai parlé il y a quelques semaines). Il fallait bien se rendre à une évidence claire comme le cristal; trop d’alcool. Trop de ce liquide précieux qui donne l’illusion de se détendre, mais qui bousille par en dedans. Et après maintes réflexions, la raison de recourir au vino est fort simple; c’est ironiquement pour éviter de retourner dans le passé. Mais évidemment, une fois réchauffé, la seule chose qui intéresse est justement ce regard vers l’arrière. Je l’ai pratiqué jusqu’à l’usure de mon cynisme. Et puis, je me suis dit que ça suffisait. En fait, c’est très simple. Soit je me calme les nerfs, soit je me cale sous terre.

Comme je n’ai pas prévu ma mort à l’agenda, j’ai décidé d’appliquer la recette de la vie adulte. Oui, il y aura d’autres dérapes, oui, il y aura des occasions alcooliques. Je ne suis pas dupe. Mon problème n’est pas là. J’ai toujours expliqué à mon psy que je préférais boire seul; qu’en événement social, je buvais beaucoup moins; parce que j’avais cette retenue un peu étrange; celle de ne pas faire de folie. Or, avec le Web et les réseaux sociaux, la folie alcoolique peut faire encore pire qu’un verre de trop entre amis.

L’autre constat, c’est que je ne cesse de pleurnicher sur mon poids; je mange bien, je suis végé, je ne consomme que très peu de sucre… mais j’oublie trop souvent cet élément qui se retrouve dans l’alcool. Les sucres de l’alcool; ennemis numéro 1. Ensuite, je me regarde aller; je me défonce au gym, j’ai recommencé la course à pied régulièrement; et c’est comme regarder un plateau sans résultats. Oui, je me maintiens et je ne prends pas de kilogras, oui mon médecin m’a annoncé que j’avais perdu 3 kg depuis la dernière fois. Mais c’est trop peu pour tous les efforts que j’y mets.

Puis, il y a le travail. Beaucoup beaucoup de travail. De nouvelles responsabilités, toujours plus de contrats, de projets, de formations et de demandes. J’en suis venu à un constat précis: je ne peux plus m’offrir le privilège de rentrer au travail lendemain de veille. Aussi ridicule que ça. Et pourtant, même hangover, je vais courir, je vais m’entraîner, je vais former de nouveaux employés, donner des cours, apprendre de nouvelles fonctions, etc.

Pourquoi j’ai mis autant de temps à comprendre tout ça? La raison est idiote: je ne me sentais pas affecté par mes excès. Me coucher saoul aux petites heures et me réveiller pour le travail quelques minces heures plus tard ne semblaient pas trop m’affecter. Je continuais quand même à aller au gym, à suer mon sucre alcoolique. Mais avec les années, j’ai dû me rendre à l’évidence. Je n’ai plus vingt ans.

Il n’y aura pas de résolutions, pas de défi, pas de deadlines. Non. Il va y avoir un arrêt simple. Sans drama. Sans déplacements. J’en parle comme si ça allait être facile, mais je sais que ça ne le sera pas. Pourtant, le sentiment qui monte en moi en est un de fatigue. Fatigué de cette routine où l’alcool prend beaucoup trop de place. Fatigué de sentir le petit cœur qui ne suit pas. Fatigué de mes discussions ou de mes statuts flous sur les réseaux. Il y a des époques pour chaque moment d’une existence. Il y a des crochets, des petites coches dans la linéarité d’une vie, où l’on doit voir les choses en face. Cesser d’envoyer tout balader en se disant que ça ne sert à rien de toute façon.

Et puis, il y a le plus grand problème de ma vie; cet accrochage vers le passé. Vers ce désir du passé. Même si tout a été dit. Même si le retour vers l’autre n’est pas une option saine, ni même possible. Je crois que mes fantasmes du passé ont surpassé la vie réelle que je mène à présent. En fait, c’est comme si je sentais que je n’avais pas avancé depuis des années; de très longues années. Toujours enfermé dans l’attente: un signe, un mot, un geste, un retour magiques. Mais il n’y a rien de magique dans les relations humaines. Et je ne comprendrai jamais pourquoi j’ai sans cesse ce désir de me battre jusqu’à la résignation pour ceux que j’aime ou que j’ai jadis aimés. On dirait que c’est dans mon ADN.

Il faut dire que malgré plusieurs refus, j’ai eu droit à des signes d’espoir. Peut-être était-ce de l’ennui de l’autre côté. Pas de l’ennui de moi. De l’ennui, tout court. Et quand une personne s’emmerde, il arrive qu’elle donne des signaux incohérents. Mais tout reste ma faute. Car personne ne devrait jamais s’accrocher à ces petits éléments d’espoir qui traversent les années, mais n’en donnent pas assez.

J’ai pensé que cette semaine allait être la semaine la plus intense de mon année 2017. Et je suis pas mal convaincu que je me suis trompé. La vie avait un Plan C. Je n’en connais pas encore tous les aboutissements. Mais parfois le hasard se charge de ces choses-là.

Aujourd’hui, j’ai compris le sens du mot doser. J’ai toujours eu de la difficulté à doser mes émotions, mes réactions, mes actions. Et il m’a rappelé que je devais doser. Il l’a écrit en riant. Comme s’il minimisait les dix dernières années. Alors, pour une fois, je vais l’écouter. Je vais doser mes élans. Calmer l’alcool aidera. Je vais réussir à doser mes sentiments. J’ai compris qu’ils ne servaient à rien. On ne sait pas toujours pourquoi certaines personnes se présentent dans nos vies. Mais je pense qu’on peut déceler la bullshit. C’est ma conclusion. J’ai compris que le dosage de mes émotions n’était pas le plus grave des problèmes. Ce qui importe, c’est de doser les retours vers le passé. On peut bien se sentir nostalgique par moment. Mais inutile de chercher à le recréer. Je pense qu’il faut finir par être réaliste; on ne recrée pas ce qui s’est perdu. On ne revit pas une vieille histoire. On ne replonge pas dans une relation comme on reprend la lecture d’un roman après un long moment. Et même quand on lit un roman deux fois, sa propre signification se substitue au souvenir que l’on avait.

Par peur d’un ACV en pleine nuit, j’ai aussi décidé de faire la paix avec ceux avec qui j’avais eu des embrouilles dans le passé. Pas pour revenir vers eux comme avant. Non. Simplement pour laisser la nouvelle empreinte de mon «moi présent». Simplement pour être en paix avec ce que j’ai pu avoir dit ou écrit. On ne se cachera pas les choses; il y aura d’autres incompréhensions, d’autres moments où j’enverrai chier le peuple, mais au moins, pour ce qui est des gens du passé, ma liste est maintenant à zéro. Je n’en veux plus à personne. Je ne garde plus aucune animosité envers qui que ce soit. Même pas envers lui.

Lâcher prise (part II)

De plus en plus étrange de parler de mon je-me-moi ici, alors que je regarde ce qui se passe en Syrie, ou plus près de nous, avec le cher crosseur de gouvernement provincial (Bombardier, Hydro, Charest). Mais bon, mon travail est de ramener le personnel à l’universel, alors passons…

J’ai vécu (je vis) une petite rechute extrême niveau alcool. Je hais ça, mais bon, j’essaie de dealer avec tout ça. Dans la section « Bonnes nouvelles », mes finances se sont replacées. C’est fou comme avoir de l’argent enlève un boulet à nos vies. Je travaille beaucoup, certes, mais ça me semble moins pire qu’au départ. Je dirais que je me suis habitué à cette situation. L’humain s’habitue à tout. Le hic, c’est que je sens mon cœur qui veut sortir de ma poitrine, et ça, ce n’est pas très rassurant, mais je sais pertinemment que c’est lié à ma consommation d’alcool. Bon dieu, un jour j’aimerais réussir à me sevrer pour de bon. À suivre…

J’ai eu une grosse discussion avec mon psy, hier. On a touché le bobo, comme on dit. Je savais déjà que j’étais control freak (ou très anal comme dirait mon amie Evelyne lol), mais je n’avais pas fait le lien directement avec ma façon de m’abandonner. On est arrivé au constat que je refuse de lâcher prise, que je ne réussis jamais à m’abandonner. Pour éviter d’y réfléchir, je m’impose des extrêmes; que ce soit dans l’alcool, dans le travail… au moins, pas encore dans le sexe.

En effet, je suis très tranquille. C’est probablement la peur de retourner vers d’anciennes habitudes, où j’étais un peu trop adepte des soirées sans lendemain. On vieillit, hein? Je dis ça parce que je me rends bien compte que je suis rapidement blasé par la game gay qui se joue sur les réseaux de rencontres. En fait, je me rends compte que je n’ai pas beaucoup d’intérêt à rencontrer de nouvelles personnes (ou du moins, à faire une démarche en ce sens sur les sites de dating). C’est tellement chiant, avouons-le. Et pourtant, avec le printemps, vient la sève qui monte et le côté horny aussi. On verra bien ce que la vie me réserve.

Ça me ramène vers mon ex. Pas le dernier, l’autre d’avant. Toujours l’autre d’avant, on dirait. J’ai encore des pulsions de pantouflards. Comme si je voulais me retourner vers quelque chose que je connaissais d’avance. I know, c’est malsain. Et il faut que j’arrête de me voiler la face. Ce n’est qu’un désir sexuel. Désir qui a été encore plus important, parce que j’ai croisé le mec de mon ex sur Grindr. Je ne sais pas si le petit coquin faisait ça dans son dos (je m’en calice, dans un sens), mais je n’ai pas pu m’empêcher d’aller répandre la bonne nouvelle. Et je me suis senti tellement con après. En fait, c’est comme si j’avais eu de fausses illusions. Comme si je croyais que mon ex ne ferait pas de moves tant qu’il est en couple. C’est comme si j’avais l’espoir niaiseux qu’il attende d’être enfin célibataire pour me recontacter. Quelle stupidité! Mais j’y croyais, comme un mec aveuglé par sa nostalgie et son passé. J’ai poussé le truc loin, en lui demandant qu’est-ce que je pourrais donc faire pour qu’il revienne, l’histoire d’une soirée. J’ai mangé une belle claque dans face quand il m’a dit qu’il ne reviendrait pas. Jamais.

Il fallait accuser le coup. Et ce fut notre dernier échange. Probablement le dernier des derniers. Alors, je lui ai promis un truc. Un dernier cadeau de fête. Un cadeau d’adieu. Disparaître de sa vie, le jour de sa fête. I know, ça fait presque romantique de la manière dont je l’écris. Et, cette fois-ci, j’ai décidé que c’était là. Lâcher prise pour de bon. Cesser d’avoir ce mince petit espoir con (et pourtant, je ne voudrais jamais revenir en couple avec cet ex). Tout est une question de pulsions sexuelles. Si on ajoute l’alcool. Je déraille. Et, j’ai déraillé beaucoup trop souvent. Quand quelqu’un veut vraiment être dans notre vie, il s’arrange pour s’y présenter. C’est une phrase toute conne, mais c’est bel et bien une réalité.

Après la séance de psy, je me suis trouvé juste con. Con de me battre pour quelqu’un qui n’en a rien à faire de moi. Ça suffit, la dramatisation. La réalité m’est aussi revenue dans la face grâce aux amis. «C’est la xième fois que tu lui dis que tu vas disparaître de sa vie. Fais-le donc pour vrai, une fois pour toutes. » Oui, c’est logique. Mais les pulsions, les fucking pulsions hein!

Bref, mon travail des prochains mois est de lâcher prise (encore, oui). Arrêter de me brouiller la tête pour éviter toutes ces pensées et ces réflexions. Pas évident. J’ai pourtant réussi à lâcher prise avec tous les amis du passé. J’applique la même règle que plus tôt: si quelqu’un ne fait pas l’effort de vouloir être dans ta vie, ne perds pas ton temps. Voilà.

C’est le moment de passer à l’autre étape. D’en finir pour de bon. En finir de finir. Il n’y a plus rien à retirer du passé. Je dois vivre le moment présent. Et, surtout, arrêter de m’enfermer dans ma tête. Je dirais que depuis que j’ai cessé ces putains de médicaments qui me faisaient chier, la confiance a repris le dessus. Out les crises d’angoisses. Out les doutes sur moi-même. Je vais dire comme le déclare si bien Mariana Mazza; il faut s’assumer dans son corps et dans son esprit. Si ça ne plaît pas, fuck off!

Luminosité

Je n’ai pas lu ma dernière entrée de blogue, mais j’ai encore le ressenti que ça sonnait full drama. C’est peut-être l’arrivée prochaine du printemps ou le changement d’heure, mais voilà que je sens un peu de lumière pointer le bout de son nez. C’est assez agréable. Un peu comme si je retrouvais un peu de liberté.

Je pense que les grandes claques dans la face sont souvent bénéfiques pour établir des tournants à 180 degrés. Je crois aussi que les événements que j’ai vécus au cours du dernier mois m’ont assommé, avant de me faire renaître peu à peu. Certes, je n’ai toujours aucun intérêt à me remettre dans le bain des éternelles discussions inutiles sur les sites de rencontre, et puis, j’ai pris le temps de me demander à quoi ça rimait. Si je n’ai pas envie d’établir des liens avec des inconnus, c’est que je ne suis pas prêt, tout simplement. Il faut cesser de forcer les choses. Évidemment, j’ai les hormones dans le tapis et la main droite fatiguée, mais vaut mieux ça que de se faire chier avec le premier venu. Alors, laissons ça au temps, et peut-être au réveil du printemps, qui fait toujours monter la sève d’un coup sec.

La liberté que je goûte est aussi un apaisement par rapport aux anciennes relations. Je m’attache trop ardemment, mais une fois que je décide que c’est bel et bien la fin, je n’en fais qu’à ma tête de scorpion. Je passe à autre chose, et c’est presque enivrant, parce que pour une fois, je fais table rase du passé, sans cette stupide nostalgie énervante qui me pressait tant à toujours regarder vers l’arrière.

Je pense que l’arrêt de mes médicaments se fait aussi déjà ressentir. Comme si les angoisses s’apaisaient, que la confiance revenait tranquillement. Même cet étrange désir obscur que l’on appelle: écrire. On verra bien.

C’était la première fin de semaine depuis un long moment où j’ai pu me reposer, prendre du temps pour moi, établir de nouveaux menus de recettes végé. Ça m’a fait du bien, même si étonnamment, j’aurais souhaité avoir plus de travail pour combler quelques heures supplémentaires, en ce moment même. Mais je suis reconnaissant. Il faut éviter d’être un junkie du travail, comme un junkie dans les autres domaines.

Vendredi prochain est une date importante pour moi. Si tout se passe comme prévu, ce sera enfin le moment où je ferai table rase de mes dettes. Il n’y a pas de sentiment plus agréable que de payer ses quatre cartes de crédit au complet, de remettre le compteur à zéro. Certes, mon hypothèque planera toujours au-dessus de ma tête. Mais ce n’est pas la même chose. Je me rends tout de même compte que manquer d’argent est un élément lourd dans notre bonheur. On aimerait tous ne pas avoir à se préoccuper de savoir si on va arriver à payer tous les comptes à la fin du mois. C’est humain, et quand on voit les factures s’accumuler, on a tous ce petit pincement, cette petite angoisse supplémentaire qui en rajoute sur le reste de nos préoccupations. Je ne suis pas dupe. Il y aura d’autres dépenses imprévues, d’autres moments plus difficiles plus tard, mais je me considère tout de même choyer, car il m’aura fallu moins d’un an, après l’achat d’un condo, pour retomber sur mes pattes. Oui, il y a la deuxième job, mais elle comble autre chose en plus de l’argent, et elle ne m’affecte pas autant que je le craignais au départ.

Pour ce qui est de mes amitiés, je pense que je dramatise également. Les visages changent, la vie change, ça fait partie de la game. J’ai retiré tout ressentiment de mes relations amicales, qu’elles soient en santé ou en puéril. Je serai toujours heureux de revoir les gens qui m’ont apporté du bonheur dans ma vie. Et si on ne se revoit plus, c’est la vie, c’est ainsi. Je me rends compte qu’il y a beaucoup de cycles dans l’amitié. Il fut des temps où je n’avais que des amies féminines, puis toutes les femmes se sont barrées, et il ne restait que mes amitiés masculines. Présentement, c’est un peu le contraire qui se produit; il y a un retour en force des femmes dans ma vie, et presque de l’absence des garçons. Ça n’a pas tant d’importance. Je me rends aussi compte que les amitiés professionnelles prennent le dessus. C’est intéressant. On rencontre beaucoup plus de personnalités différentes en fréquentant nos collègues de travail. Je pense que ça évite de s’enfermer dans un moule d’amitié trop restreint ou identique à nos manières de concevoir le monde.

Ça m’amène aussi à percevoir les réseaux sociaux d’une autre façon. C’est comme si je m’en détachais tranquillement. En fait, je n’ai même pas besoin de trolls pour me faire comprendre que les débats sur la toile sont futiles et souvent voués à créer de la frustration dont on pourrait se passer. C’est la raison pour laquelle je ne me prononce que très rarement sur la place publique à présent. Ça draine de l’énergie, une énergie que je peux mettre ailleurs, sur moi-même et sur les prochains défis qui s’amènent. Ça fait longtemps que j’ai fait une croix sur cette espèce d’aura de pseudo célébrité, de clics et de J’aime. Après plus de 15 ans à raconter ma vie ici, j’ai vécu mon lot de changement par rapport aux réseaux sociaux, et j’ai décroché. Plus envie de me battre dans le vide, simplement le désir de continuer mon chemin, de ressasser mes expériences ici (on ne s’en sort pas!) et de vivre ma vie en étant bien avec moi-même, sans réfléchir à ce qu’un inconnu idiot ou saoul dans son sous-sol pense de moi, de mon existence ou de mon opinion. Je ne m’en porte que mieux.

La seule ironie dans toute cette histoire, c’est de continuer à me raconter ici. Mais j’ai l’excuse de pouvoir dire que je me racontais déjà dans les années 1990, 2000, 2010… alors, je ne me sens pas imposteur, je ne fais que continuer mes habitudes. Je sais que parfois, je devrais fermer ma gueule et éviter de déblatérer sur ma petite personne et le monde qui m’entoure, mais au final, la seule personne que je peux blesser en agissant ainsi, c’est bien moi. J’en prends donc tout le blâme, et je continue quand même, parce que c’est viscéral, c’est quelque chose que je dois sortir de moi. Et de toute façon, le rapport à ma vie intime est bien moindre qu’il était jadis. Quand j’écris, je me plais à m’imaginer que ça n’intéresse personne, ou plutôt, que ça ne choque plus personne. Du moins, pas les gens qui me connaissent et savent qui je suis réellement.

Alors, voilà, un peu de lumière dans ma vie en montagnes russes des dernières années. On tourne la page. On change une nouvelle fois de chapitre, et on s’adapte. C’est tout ce qui compte pour être bien avec soi-même, pour préserver son intégrité… et pour ce qui est des commentaires des autres, ça n’a aucune importance. Je suis de la vieille école, j’ai plusieurs années de vie publique derrière la cravate, et je n’ai aucunement peur des répercussions que pourraient provoquer les récits que je vomis sur ce blogue.

Honnêtement, ça fait du bien. De poser des mots sur cette situation. D’être en paix avec moi-même et ce processus étrange de me livrer tout entier dans les affres du Web. J’en paierai peut-être le prix un jour, mais comme à mon habitude, après un peu de dramatisation, je vais assumer et m’y faire, car je suis ainsi, même dans les pires moments, dans les pires textes trop véridiques et qui ne devraient pas être publiés aux yeux de tous, je garde la tête hors de l’eau, je respire un grand coup, et je continue ma route.

L’angoisse du recul

Avec tous les deuils qui se sont passés dernièrement dans ma vie, j’ai décidé d’arrêter plusieurs choses. La première chose: ce sont mes médicaments. Non, je ne parle pas d’antidépresseurs, je n’en ai jamais pris. Mais je prenais quand même du Xenical, une petite pilule magique pour supposément faire maigrir. Or, la petite pilule magique a fait beaucoup de ravages. Certes, je n’ai pas pris de poids. Mais j’ai eu droit à de belles crises de panique (parfois très intenses).

Je dois parler de ce médicament, parce que je veux que les gens sachent à quoi s’attendre en prenant ces pilules d’Orlistat. Ce médicament nous fait chier (et plus que dans le sens du terme). En fait, pour résumé, le médicament «détruit» 30 % du gras que l’on absorbe. Vous mangez une pizza et des frites? Un cachet, et vous allez chier votre vie sur la bolle. Ce sera d’une belle couleur orange fluo.

Quand je n’étais pas végétarien, j’observais les effets instantanément. En d’autres mots, je chiais ma vie. Depuis que je suis végé, adieu la couleur orange. Elle n’arrive que si je consomme beaucoup de fromages gras ou de produits laitiers. Il arrive qu’une habitude prenne du temps à se perdre. Ce fut le cas de ce médicament malsain. Pas de couleur orangée aux toilettes, mais les effets secondaires multipliés, jusqu’aux crises de panique intenses. Ça ne m’était jamais arrivé avant. Quand je prends du recul et que je regarde la dernière année, je me rends bien compte que quelque chose a changé: en plus de suer, d’avoir de la difficulté à respirer et de sentir des effets d’angoisses; on ne peut pas dire que le médicament fait honneur à sa réputation. Au départ, je pensais que mes maux étaient un résultat de ma consommation de jadis. Mais c’est faux. Après avoir lu sur le sujet, je me rends compte que plusieurs personnes qui ont pris ce médicament ont développé des problèmes d’angoisses, des crises de panique out of nowhere. C’est également mon cas.

Il m’aura fallu une année entière pour m’en rendre compte. Ces derniers mois, je jonglais entre l’idée de la santé physique et de la santé mentale. Je me suis longuement questionné à savoir s’il valait mieux perdre du poids et être angoissé, ou prendre du poids et se sentir bien mentalement. C’est con, je sais. Mais si vous n’êtes pas en surpoids, vous ne pouvez pas juger de ce que les gens peuvent subir pour maigrir. Je suis donc le prototype clé de ce médicament. J’ai tenté de perdre du poids (inefficace!) avec le Xenical. Tout ce que j’ai récolté, ce sont de la sudation et des crises de panique vraiment intenses (et parfois dangereuse; si je repense à la pire que j’ai faite sur l’autoroute à 110 km/h.)

J’ai quand même une crainte immense; celle de reprendre plus de poids après avoir cessé la prise de ce médicament. Il paraît que ça arrive souvent. Pourtant, j’essaie de me raisonner, de me dire que mon alimentation est 100 fois mieux que ce qu’elle était il y a à peine trois mois. Fini le gras, les viandes, le sucre, les sauces, et je viens peu à peu à bout du fromage. Je garde quand même la crainte de devenir énorme. Oui, je m’entraîne trois fois par semaine. Oui, je marche près de 10 000 pas par jour, mais même avec une pilule, semble-t-il que ce n’est pas assez pour perdre du poids. Alors, je crois que ce journal virtuel doit se transformer en agenda nutritionnel. Il est l’heure de cesser de subir des effets secondaires qui ruinent ma vie.

Des exemples? Outre l’épisode de panique sur l’autoroute, je peux nommer les angoisses en réunion de travail, les angoisses dans les transports en commun, l’énorme crise de panique devant un groupe de 12 personnes inconnues, la sudation extrême, et surtout le fait de se sentir fatigué à temps plein.

Si cette pilule m’a appris une chose, c’est que l’on est maître de son destin. Au départ, quand je prenais ces cachets, je continuais à manger du restaurant gras. Amir, au coq, pizza du coin, etc. Maintenant que je ne consomme plus ces repas par choix, l’habitude de prendre la pilule est restée. Mais plus de merde orange. Alors, à quoi bon? Eh bien, c’est la peur. La peur de voir le poids stable remonter la pente. Encore une fois, ceux qui n’ont jamais été gros ne comprendront pas. Mais quand on se trouve gros, on cherche tous les moyens pour arriver à ses fins. Même de payer 100 $ par mois pour une pilule magique, qui n’est pas magique du tout dans mon cas.

Alors, il est temps de dire adieu aux crises d’angoisse. J’ai atteint un point de saturation. Si je ne peux plus être dans un théâtre dans le noir sans paniquer, il y a un grave problème. Ce Xenical m’a transformé en personne craintive d’un mal imaginaire. C’est tellement triste. Je souhaite vraiment que les effets ne soient pas continuels avec la cessation du médicament. Sinon, je ressentirai un regret pour le reste de ma vie.

Pour ceux qui lorgnaient vers le Xenical; je vous le dis, l’effort ne vaut pas le résultat. Apprenez à mieux manger. Point. Comme je l’ai mentionné plus tôt, la seule chose que ce médicament m’aura apprise, c’est de réviser mon alimentation. Quand on voit de l’orange fluo dans un bol, c’est signe qu’on mange trop gras. C’est le seul point positif de cet expérience.

Fin de la parenthèse sur ce médicament malsain.

Comment je vais? Difficile à dire. J’ai vécu deux deuils back to back. Mais il fallait qu’ils se vivent. J’ai perdu mon chum. Qu’ai-je fait par la suite? Me saouler la gueule et retourner écrire à mon ex. Mauvaise idée. Idée débile, je sais. C’est comme si j’avais eu besoin de combler le vide. Or, cette fois-ci, la conversation aura été plus éclairante. Je lui ai demandé textuellement ce qu’il faudrait faire pour le revoir. C’était une suggestion de mon psy. Et il avait raison. Car, quand mon ex m’a dit qu’il n’y avait rien à faire, que c’était fini pour de bon; j’ai lu ces mots noir sur blanc, et ce fut une triste révélation. On ne revient pas dans le passé. Même si les fantasmes peuvent être encore présents dans nos têtes. Il ne faut jamais être tenté par le passé. Ça ne sert à rien. C’est de l’énergie et des espoirs perdus.

J’ai reçu une réponse. Non, rien, il ne se passera rien. Ces simples petits mots ont eu l’effet d’une guérison instantanée. Je suppose que j’avais besoin de les lire. De les ancrer dans ma réalité. Enfin, le mot fin. Le verdict officiel. L’étape du deuil s’est donc enclenchée deux fois. Perdre son chum et perdre son ex pour de bon. Ça m’a shaké de l’intérieur. Ça m’a bouleversé pour de bon. Et puis, rien.

L’acceptation. Car il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter de repartir à zéro. La différence? Pas de plongeon dans l’alcool ou la drogue. Rien. Devenir adulte. Pour de bon.

La réalité, c’est ça. Aucune envie de boire une peine. Aucune envie de rencontrer des prospects sexuels. Je n’ai établi aucun contact avec personne. Plus de deux minutes sur les sites de rencontre m’ont donné une aversion profonde. Je dois rester seul. Vivre avec moi-même. Affronter le vide. Éviter l’aide des solutions faciles.

J’ai décidé de lancer mon énergie dans le travail. J’ai choisi de prendre une deuxième job. Travailler à temps plus que plein. 80 heures par semaine. Me sortir de mes dettes. Remplacer la soûlerie quotidienne sur mon divan par un travail acharné. On pourrait dire que je suis aussi extrémiste d’une autre façon, mais j’aime mieux le travail que le hung over.

Mes vieux amis se sont éclipsés dans la maternité ou dans des lieux géographiques éloignés. Mes parents se sont exilés pour l’hiver. Je n’ai plus aucune obligation de couple. J’ai seulement un condo à payer. C’est terriblement triste, mais je ne le vois pas comme ça. J’essaie d’en tirer le positif pour me concentrer sur le moment présent. Pour éviter de retourner sans cesse vers une nostalgie qui déforme l’actuel.

Alors, comment je vais? Je ne suis pas à plaindre. Je me sens les deux pieds dans l’adulting. Cet espace d’entre-deux entre l’adolescence et la vie adulte. J’ai tout perdu. Tout. Toutefois, je n’ai pas encore perdu toute ma tête. C’est passé proche, je l’avoue. Mais je suis un combattant. Un jour, il m’arrivera peut-être quelque chose de beau. Peut-être pas. Mais j’ai ce désir de vivre. Avec une tête saine. Avec le moins d’angoisse. Et sans besoin de médicament pour y arriver.

Comment se dessinent les prochains mois? Beaucoup de travail. Et beaucoup de sport. Une alimentation végé, que j’ai adoptée avec bonheur et que j’aime. Réduire ma consommation de fromage gras, car c’est le seul problème qui reste. Je n’ai même plus la force (ni le temps) de boire chaque soir. C’est une excellente nouvelle. Je ne consomme plus. Une autre excellente nouvelle. J’ai envie de simplicité. De bonheur créé par les gens, non pas par les substances que j’ingère. Oui, je prendrai un verre à l’occasion. Mais, c’est tout.

J’ai 33 ans. Je me considère comme quelqu’un d’intelligent, tout de même sain d’esprit. Mon corps ne mérite plus tout ce que je lui ai fait subir jadis. Oui, je suis engorgé financièrement. Un condo, c’est pas aussi facile qu’il n’en paraît. Surtout pour une personne seule. Mais c’est à moi de faire mes choix, à moi de créer mon propre équilibre qui, je l’espère, me mènera au bonheur, un jour. Un jour peut-être encore lointain, mais un jour, sûrement.

I don’t blame you

Je cherche depuis un long moment à commencer une phrase qui ne sonne pas cheesy, mais c’est un peu impossible dans cette situation. Tout se passe toujours trop vite, et après coup, on se demande si on a vraiment vécu ce qui vient de se dérouler quelques minutes auparavant. Si je pouvais résumer le tout, je pense que je décrirais ça comme de la simplicité poétique. Probablement parce que je suis un pseudo-écrivain qui a besoin de faire du sens avec tout ce qu’il vit.

Il est arrivé en après-midi, comme à son habitude. Avec sa joie de vivre habituelle. Il est venu s’asseoir sur le divan à mes côtés. Comme à son habitude. Et c’était la fin des habitudes.

J’ai eu droit à la fameuse phrase que tout le monde déteste entendre: il faut qu’on se parle. Je me suis redressé, méfiant. Puis, il m’a annoncé qu’il allait enfin changer de poste à son travail. Je me suis dit qu’il allait me parler de nouveaux horaires qui compliqueraient nos rencontres. Mais il a simplement dit: Ça, c’était la bonne nouvelle. 

J’ai retenu mon souffle, mais les mots s’enlignaient un après l’autre, la sentence était prononcée.

C’est fini.

Dire que je ne m’y attendais pas serait minimiser les choses. Encore quelques heures auparavant, il commentait un de mes statuts en parlant de la Saint-Valentin.

Il m’a parlé de son amour atténuée, de ce qui l’énervait chez moi, de ces trop nombreuses dépendances qui m’accompagnent. Je n’ai pas su quoi répondre quand il m’a parlé de mes amis, trop néfastes ou trop présents, je ne sais plus. Il m’a refait le parcours de sa vie et de ses exs, en disant qu’il n’aurait pas dû accepter quelqu’un comme moi. Que je n’étais pas l’homme qu’il lui fallait. Qu’il n’était pas l’homme que je voulais. Il m’a décrit un homme qui n’a aucune dépendance, qui est toujours sain dans son corps et dans sa tête. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui souhaiter de trouver cet homme.

Cette conversation me semblait si simple, les yeux humides, assis sur le canapé à flatter Rémi couché sur le dos. Il m’a dit qu’il ne s’était pas ennuyé lors de notre séparation de deux semaines à Noël. Il m’a demandé si moi, je m’étais ennuyé. J’ai été légèrement piqué, lui répliquant que j’avais l’impression que la seule chose qui l’aurait satisfait aurait été que je lui dise chaque jour que je m’ennuie. Il a tout balayé du revers de la main, m’a dit qu’il ne sentait pas assez de démonstration affective de ma part. Peut-être qu’il n’a pas tort, il est vrai que je ne suis pas le plus démonstratif.

Je me suis mis à sourire, à rire même, lorsqu’il m’a dit que la sexualité était vraiment bien, qu’il n’en avait jamais manqué. Je pense lui avoir répliqué: au moins tu diras pas que je baisais mal. Il y avait une certaine simplicité dans ces échanges qui m’ont rappelé tout ce qu’il était. Un bon gars, simple, franc et léger. Je l’ai remercié de m’avoir aidé à atteindre une vie plus saine. Mais pas encore assez pour lui. Il m’a dit qu’il ne savait pas ce que cette relation lui avait apporté. J’ai suggéré qu’il allait peut-être le savoir plus tard. Il n’y avait rien de méchant dans ses paroles ni dans mes réponses. Nous étions comme nous avions toujours été.

Je lui ai pris la main. Il m’a dit que j’étais une bonne personne, que je ne devais pas douter de ça. On n’avait juste pas les mêmes visées d’avenir. Il m’a offert de m’aider à aller faire l’épicerie. Je lui ai répondu que je n’avais pas vraiment la tête à aller me promener dans des allées avec mon ex.

Et le moment de silence qui a suivi l’a encouragé à se lever. Une conversation d’à peine 30 minutes. Je n’ai pas cherché à le retenir. Je l’ai simplement suivi jusqu’à l’entrée, en me disant qu’il valait mieux terminer tout cela de la manière la plus positive possible. Après tout, nous avions vécu une relation somme toute positive. Il a eu de la difficulté à lasser ses bottes. J’ai attendu patiemment qu’il pose son sac sur son dos. Et la finale était tout prêt.

Je l’ai serré dans mes bras. Les larmes se sont mises à couler. Prends soin de toi. J’ai déposé un baiser sur sa bouche. Je l’ai pris une nouvelle fois dans mes bras, en flattant le derrière de ses cheveux. Nos corps se sont éloignés, puis j’ai saisi sa tête pour venir déposer un dernier baiser sur son front. C’est là que le coup au cœur est arrivé; comme un petit poignard qui s’insère en nous et nous coupe le souffle.

La porte s’est refermée derrière lui. Je n’ai pas enclenché le verrou, je trouvais que ça ternissait la dernière image qu’il aurait pu avoir de moi.

Le silence. La solitude. Le vide qui m’a envahi peu de temps après.

C’est fini. Ces deux petits mots que personne ne veut vraiment entendre.

Mais je ne peux pas le blâmer, je sais que je suis quelqu’un de complexe, pas facile à vivre, avec mes zones d’ombres. Pourtant, quand je repense à mes autres relations, cette simplicité dans cette rupture me montre que je suis devenu un adulte. Pas de chicane, pas de crises, pas d’histoires à demi terminées. J’ai pensé: c’est la première fois que je me fais laisser en hiver. Je sais, ça n’a aucun rapport, mais c’est ce qui m’est passé par la tête.

Je respecterai toujours cet homme qui m’a suivi dans mes périples des dernières années. Il n’y a pas de haine, de rancœur ou de rancunes. Seulement cette simplicité déstabilisante. Cette simplicité de l’être qui est toujours resté lui-même. Je ne regrette en rien cette relation. Elle m’a beaucoup apprise, a peut-être fait une meilleure personne de moi-même.

Je ne décide que très rarement d’écrire moi-même le mot Fin. Peut-être que je pousse les gens à prendre la décision à ma place inconsciemment. Je ne sais pas, c’est ainsi que mes histoires de cœur se terminent la plupart du temps. Même si je vais mieux dans mes habitudes de vie, dans ma manière d’interagir, dans mes excès qui ont vraiment diminué, je pense que j’ai encore beaucoup de travail à faire.

Je crois également que je vais rester seul pour un bon petit bout de temps. Il faut que je me retrouve, que j’accepte ce que je suis et que j’apprenne à vivre mon célibat. Ce mot me semble tellement étrange. Je suppose qu’il faut parfois être brassé de l’intérieur pour pouvoir comprendre qui nous sommes réellement.

J’ai refusé de voir les amis, ce soir. Parce que j’avais besoin de mettre des mots sur ce que je vis. Je sais que c’est ridicule d’écrire aussi rapidement après des événements qui se sont produits si fraîchement, mais ça semble être ma routine de vie. C’est ma seule manière de gérer ma peine. De toute façon, il fallait que ça sorte tout de suite, comme ça. Les prochains jours seront plus difficiles. Mais il faut que je garde le cap, surtout pas noyer tout ça dans l’alcool. Ce serait une mauvaise décision. Il faut cesser de se faire du mal quand on a de la peine. Je ne suis plus dans l’auto-destruction. Je préfère la jouer rationnel. Il m’a dit: nous ne sommes pas un bon fit. Peut-être. Mais je ne regrette pas notre expérience de vie. Ce petit bout de chemin et cette chute qui semblent étranges… ça fait partie de moi, à présent. On absorbe toujours en nous un peu de ceux que l’on fréquente.

Même s’il m’a dit qu’il réfléchissait à me quitter depuis environ trois semaines, ça n’a pas d’importance. Ça ne me fait pas rager. Je préfère accepter son honnêteté. Me dire qu’on a été bien ensemble. Je vais m’ennuyer de me coller contre lui la nuit. Je vais m’ennuyer de nos réveils les fins de semaine. Je vais m’ennuyer de cette simplicité et de cette joie de vivre qu’il avait toujours. Et je vais essayer d’être plus fort que tout ça. De prendre le meilleur de ce qu’il m’a laissé. Même si notre chapitre à nous est maintenant terminé.

La normalité de la trentaine?

Vers la fin de ma vingtaine, je disais souvent que j’avais perdu des amis, que les liens s’étaient détruits, ou que nos chemins s’étaient simplement séparés. Arrivé bientôt à la mi-trentaine, je me dis que j’étais un peu trop sévère (ou dramatique). 

Oui, il m’arrive encore de penser que j’ai été trahi, que j’ai été tassé même, mais je me rends compte que je m’en faisais beaucoup pour les aléas naturels de la vie. En fait, je ne devais pas comprendre que la vie est faite pour les séparations. Je me considère encore chanceux, parce que ces séparations n’égalent pas la mort de mes proches. Pas encore.

Avec le temps, j’ai aussi compris que les séparations nous permettaient de comprendre l’importance qu’avaient les autres dans nos vies. Trop peu, trop tard? Je ne suis pas si certain. En d’autres mots, je crois vivre tout ce qu’un humain vit généralement. La perte ne devrait pas toujours être triste ni violente.

Avec tous les gens que l’on rencontre sur le chemin de notre vie, il est tout à fait normal d’en voir disparaître plusieurs. Tout est dans la manière de faire les adieux ou les « au revoir ». Si je me suis souvent senti blessé d’être éliminé de la vie de certains amis en raison de leurs relations amoureuses, je pense maintenant que c’est quelque chose d’inévitable. On ne peut pas plaire à tous, et quand quelqu’un veut vraiment nous faire disparaître de la vie d’un de nos amis, parfois, on n’a juste pas le choix. Mais ce n’est pas toujours ainsi non plus.

Dernièrement, j’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami. Et je craignais que ce soit très triste et drama, mais au contraire, il y avait quelque chose de lumineux dans cet adieu (temporaire, je l’espère). En fait, j’étais heureux des nouveaux défis de mon ami. Je lui souhaite la meilleure des chances, et il faut dire qu’il y a des gens que l’on peut quitter et retrouver sans que cela nous affecte, comme si on s’était vu hier pour la dernière fois. Je ne sais pas ce qui en sera de ma relation avec mon meilleur ami, mais une chose est certaine; lors de ce dernier verre dans un bar miteux, j’ai encore eu la confirmation que certaines personnes sont là pour rester, et qu’il serait très difficile de les éliminer ou de me faire éliminer de leur vie. Peut-être que nous ne nous verrons plus pendant des mois, mais j’ai eu le plaisir de constater que ce genre d’amitié passe au-dessus de tout.

Ce qui est vrai pour tout le monde, c’est que la trentaine nous éloigne des autres. Pas nécessairement volontairement, mais par les simples aléas de la vie quotidienne. Que ce soit à cause de déménagements, de nouveau-nés, de nouvelles relations amoureuses, ou simplement parce que le temps nous manque. Il y en a pour qui je n’ai eu aucun problème à accepter la coupure des ponts (des gens que je considérais souvent néfastes pour moi, de toute façon), il y en a avec qui ce fut plus difficile, du moins de mon côté, parce que j’ai souvent tenté de me battre pour sauver certaines relations amicales, mais pour le moment, je me sens dans une belle phase. Une étape de ma vie où je n’ai plus d’agressivité ou de rancœur envers ceux qui me quittent. Ça fait partie de la vie. C’est ainsi. Il faut s’y accommoder. Bientôt, c’est probablement la mort qui me séparera des êtres que j’aime le plus au monde. Il vaut mieux commencer à devenir zen envers ce processus. Ne surtout pas tomber dans une noirceur.

Évidemment, on ne comprend pas toujours pourquoi les relations amicales prennent des distances. Il y a tant de raisons. Mais on dirait que j’accepte maintenant beaucoup plus facilement ce processus de séparation, que jadis lorsque j’étais dans la vingtaine et où je me sentais plutôt trahi par les gens que j’aime.

J’ai compris avec le temps, parce que je le vis moi-même, qu’on choisit un peu son parcours, qu’on décide d’être là où l’on a envie d’être. Et c’est correct. C’est la logique qui découle du fait de vieillir. On change nos habitudes aussi. On boit moins. On se drogue moins. On évite les situations plus folles. On devient adulte. Encore. Eh oui.

Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai fait la paix avec les gens qui ont pris leur distance, qui m’ont quitté (drastiquement ou avec le temps). C’est un peu la même chose de mon côté; on privilégie les gens qui nous ressemblent, qui vivent les mêmes choses que nous à l’instant X. Ça ne veut pas dire que je me ferme à l’inconnu ou aux situations différentes des miennes (la plus grande preuve de cela, c’est que je ne m’enferme pas avec des gens qui me ressemblent parfaitement). J’aime la confrontation, les divergences d’opinions, les situations de vie qui ne me concernent pas directement.

Je dois tout de même avouer que les dernières années m’ont éloigné des amis des dix dernières années. Il y a eu des non-dits, des trahisons, des événements où je n’avais rien à voir, mais où j’étais déjà déclaré coupable. Je me suis battu. Cela a été un échec lamentable. J’ai surtout compris qu’on ne peut pas se battre quand un amoureux ou une amoureuse d’un ou d’une amie décide qu’il ne nous aime pas. C’est ainsi. Il faut larguer les armes et accepter que l’on ne puisse pas plaire à tous. Et la vie, c’est ça: prendre des chances en aimant des gens, et accepter qu’il y a probablement une date de péremption sur nos relations. Ça ne veut pas dire que l’on ne s’aime plus. Ça veut simplement dire que l’on est plus assez important pour certaines personnes, que tout notre amour ne vaut rien par rapport aux doutes ou aux conflits qui peuvent se produire.

Et puis, de nouvelles personnes entrent dans nos vies. Elles illuminent notre mal-être, elles deviennent aussi importantes que les amis de jadis. Tout est un cycle. Tout est en mouvement.

Ça m’a pris du temps à comprendre qu’on ne pouvait pas recréer les amitiés d’antan. J’ai toujours eu cette espèce de fibre nostalgique un peu malsaine. Ce désir de ne pas laisser s’échapper les êtres qui me sont chers. Mais avec la sagesse des années qui s’écoulent, je me rends compte qu’il est inutile de se battre. Les relations se tissent et s’éloignent selon les aléas du temps.

Si on est chanceux, il en restera quelques-uns près de notre lit de mort.

Tout ça est un peu comme une déchirure amoureuse. Ou, du moins, ce l’était jadis. Je crois que la perte des amitiés peut être aussi dévastatrice que la perte amoureuse. On ne s’y attend jamais. Mais surtout, il y a rarement une précision aussi claire quand une relation amicale se meurt. On se voit une dernière fois, puis on ne se voit plus. Il peut même ne rien s’être passé. Seulement un silence, qui se remarque au fil des années. Le plus grave problème de notre époque, c’est qu’aujourd’hui, on peut encore suivre nos anciennes amitiés virtuellement. On peut les apercevoir faire un commentaire sur Facebook ou Twitter. Devenir amis avec une personne près de nous. Le hasard de se croiser dans la rue devient moins important, car l’on sait que l’on peut surveiller la vie d’un ancien ami par les réseaux sociaux. À moins d’un grand conflit et d’un bannissement, les gens ne nous bloqueront pas du monde virtuel. Ils continueront à vivre, à commenter, à exister dans ce milieu un peu étrange que l’on appelle le Web.

Il faut faire avec notre temps, comme on dit. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus cruel, que de voir l’évolution d’une ancienne amitié, de façon anonyme, dans l’ombre; être témoin de gens qui continuent leur vie sans nous. Je suppose aussi que c’est le même rapport avec les exs. Mais j’essaie de ne pas les garder sur mon Facebook, ceux-là.

Bref, je m’éloigne de mon sujet. J’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami dans une ambiance légère et positive. Peut-être parce que je sais que même à l’autre bout du monde, il sera toujours important pour moi. Et je pense l’être aussi pour lui. Ça donne peut-être un léger baume au coeur. Mais tout ça n’est qu’exception. Car en général, les gens disparaissent « naturellement », avec les années, avec les événements ou les changements.

Et, pourtant, je suis zen. Ça me va. En fait, je me sens très positif ces derniers temps. Parce que ma vie n’est pas mauvaise, parce qu’il n’y a pas de grands nuages, parce que j’ai aussi cessé de me battre pour retrouver des amis qui avaient volontairement décidé de m’éliminer de leur vie.

Je reste quelqu’un de très possessif en amitié. J’aime voir ceux que je veux. Sans les autres. Sans cette cacophonie que pourrait m’apporter des gens que je ne veux pas voir. C’est sûrement la raison pour laquelle je préfère organiser mes soirées. Je me coupe peut-être de nouvelles rencontres intéressantes. C’est à réfléchir. Mais s’il y a quelque chose qui m’anime dans la vie, c’est bien de voir ceux que j’ai envie de voir. De profiter de ces moments trop éphémères. Sans bruit de fond inutile. Sans ces personnes de trop qui m’empêchent d’être moi-même, qui sait?

Ce n’est probablement pas (sûrement pas) la meilleure façon de conserver ses amitiés. Mais pour moi, c’est instinctif. J’aime peut-être trop les gens que j’aime (à la limite de vouloir les garder pour moi uniquement), mais je suis ainsi. Et j’ai compris que même si je n’avais pas ce genre de comportement, les amis viendraient et partiraient quand même comme bon leur semble. Alors, il vaut mieux profiter de l’instant. Et quand c’est moi qui choisis cet instant, à ma manière, avec mes règles et mes choix, je m’en porte mieux, je suis heureux. Souvent, à la fin de la soirée, je vois dans les yeux de mes amis qu’ils ont apprécié ce petit moment. Il s’agit d’un espace-temps, minuscule et partagé. Peut-être en vue de plusieurs autres moments, peut-être pour un dernier au revoir.

La réaction #DesGens

Noël est déjà derrière nous. Ce fut des Fêtes relativement tranquilles et sages. Et c’est bien tant mieux. Je suis de retour chez moi, après avoir vu les deux familles et les amis. Toutes mes activités sociales sont maintenant en pause jusqu’au 30 décembre. Amen.

Pas de résolutions, cette année. J’ai plutôt décidé de les faire une vingtaine de jours avant le premier janvier. Parce que je sais combien les résolutions de veille du jour de l’An disparaissent en coup de vent facilement quelques jours plus tard. Pas de danger, cette fois-ci.

Je suis resté très discret avec les amis et les réseaux sociaux concernant un virement important dans ma vie. Parce qu’avec le temps, je me rends compte je ne suis pas pris au sérieux. Ce n’est pas méchant, on me taquine surtout en se basant sur mes ambivalences du passé. C’est vrai que j’ai souvent eu l’air hésitant, prenant de grandes résolutions… pour mieux les oublier quelques jours/semaines après. Il est vrai que je n’ai pas été le plus grand exemple du: quand je dis quelque chose, je m’y tiens. J’avais une volonté de fer dans ma jeunesse, mais tout ce que j’ai consommé dans ma vie l’a un peu ramollie, m’a peut-être rendu un peu plus faible à certains égards.

C’est pourquoi il y a une vingtaine de jours, je n’ai pas dit à personne que j’arrêtais de manger de la viande. Je savais qu’on allait se mettre à rire et faire des paris sur le nombre de jours où j’allais tenir ma promesse. C’est très humain, je suppose. Et évidemment, ma décision s’est répandue quand même, et c’est exactement ce qui s’est produit. Je pense que les gens aiment beaucoup constater les échecs chez leurs pairs. Ça leur permet souvent de se donner une meilleure conscience personnelle. En observant l’échec chez les autres, on se rassure en se disant qu’on fait bien de rester dans le statu quo. C’est un peu triste, dans un sens. Mais je ne me suis pas senti touché, cette fois-ci.

Parce que j’ai approché ce nouveau défi de manière ouverte, sans restriction ni contrôle. Pas question de jouer de culpabilité, de m’empêcher de tricher si l’occasion se présentait, etc. J’ai décidé de couper la viande, et non, en premier lieu, ce n’est pas une question environnementale. Je ne vois pas pourquoi j’utiliserais cette raison, alors qu’elle n’a pas été le moteur de ma décision. Je me suis surtout rendu compte que la viande amenait autre chose de néfaste. Du moins, pour moi. Les sauces, les marinades, la crème, le fromage gratiné… c’est surtout ce qui accompagnait mes plats de viande habituels, et c’est ça qui n’était pas bon pour ma santé. Éliminer la viande, c’est aussi éliminer plusieurs de ces éléments. C’est fou comme on mange de la viande… pour en cacher le goût avec toute sorte de stratagèmes. J’avais déjà coupé la viande rouge depuis plusieurs années, n’ayant jamais été fan de steaks ou de burger. C’était facile. Ces dernières années, je m’en tenais surtout au poulet et à la dinde. Parfois, au lapin. Même mes sauces à spaghetti ne contenaient que très peu de viande. Ce fut donc facile de tout remplacer par des lentilles.

Je pensais m’ennuyer de la viande, avoir à combattre ardemment pour éviter d’en manger. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Je n’ai eu aucun manque. Rien. Le seul élément qui m’a un peu perturbé, c’est l’absence de bacon, dans une salade, par exemple. Mais une fois qu’on oublie cet élément, il n’y a pas grand-chose de difficile. Comme je l’ai dit, je refuse les restrictions, et je mange encore parfois des œufs, des produits laitiers et du poisson. Je ne buvais pas de lait, ne mangeait pas de yaourt. Mon gros défi est vraiment de réduire le fromage, cet aliment que j’apprécie trop. Et c’est tristement le plus gras. Tout ne peut pas être si facile.

Manger végé, ça demande de l’organisation. Il faut dire que depuis que j’avais cessé de fumer, il me manquait une passion. Le lien peut paraître étrange pour certains, mais j’avais besoin de me pitcher dans quelque chose d’autre. M’occuper l’esprit en cherchant des recettes, en essayant à tout prix de diversifier mon alimentation, pour ne pas m’ennuyer et justement retourner à la viande par paresse. Le déclic qui m’a permis de continuer et de ne pas lâcher, c’est que je me suis vite rendu compte que je pouvais encore faire les mêmes recettes, simplement en retirant la chair animale. C’est tout aussi bon.

Oui, j’ai mangé deux, trois tranches de dinde à Noël. Pourquoi? Parce que je ne veux pas être celui qui fait chier les gens avec ses choix personnels. S’il y a quelque chose qui m’horripile, c’est bien ceux qui sentent le besoin de convaincre les autres que leurs méthodes alimentaires sont plus saines, que tout le monde devrait choisir leur façon de vivre. Ça ne se passe pas ainsi. Et je ne veux pas être celui qui fait chier et qui fait changer les menus lors des soupers. Je donne toujours l’option de manger avant une soirée, ou alors je ne mange que ce qui accompagne la viande. Pour Noël, oui, j’ai mangé la dinde, mais j’ai évité le ragoût et la tourtière. Pourtant, mon corps m’a bien fait comprendre qu’il n’aimait pas cet élément disparu depuis quelques semaines. La digestion a été plutôt difficile.

C’est une autre chose que je remarque depuis que je mange végé; la réponse du corps. C’est fou comme on oublie que notre corps nous parle, que notre estomac nous donne des signes. Ces deux jours de réveillons m’ont montré que la viande bouleverse mon système, beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé.

Bref, quand les gens me disent en pleine face que je ne vais pas tenir le coup, ils ne comprennent pas mon attitude face à ce nouveau mode de vie. Il n’y a pas de défi, pas de restrictions, et si je dois manger un peu de viande dans un souper de famille, ce ne sera pas un drame hystérique. Je vais simplement continuer à manger végé chez moi, dans la vie de tous les jours, et ça, ça ne regarde personne. C’est drôle comment les gens pensent parfois que l’on fait des choix de vie pour leur prouver quelque chose. Je n’ai rien à prouver à personne. Je fais ce que je veux.

Dans un autre ordre d’idées, je dois dire que je ne me suis jamais senti aussi libre. Ce qui est ironique, puisque j’ai une hypothèque de 193 000$ qui plane au-dessus de ma tête. En fait, je pense que je me sens libre parce que j’ai appris à laisser aller toute frustration envers les autres. J’ai toujours pris mes relations interpersonnelles au sérieux. Ma vingtaine était une histoire de pacte d’amitié et de relations tissées serrées. Mais je ne comprenais pas encore bien que la vie est en mouvance, que ce qui était vrai l’année d’avant ne le serait plus nécessairement l’année suivante. Je concevais mes relations d’une façon protectionniste. Comme si les gens m’appartenaient ou me devaient sans cesse quelque chose. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre qu’on apparaît dans la vie des autres, et que ce sont ensuite à eux d’en faire ce qu’ils en veulent. C’est pourquoi je ne considère plus que j’ai perdu des amis. Je trouve même que cette manière de voir les choses est étrange. On ne perd pas d’amis. Il y a des mésententes, des discussions difficiles, des disparitions, mais si je n’ai rien à me reprocher, il n’y a rien à faire d’autre que de suivre cette vie en mouvement.

Mes relations ne sont plus ce qu’elles ont pu être jadis, mais à mon avis, elles tiennent encore la route et la plus belle preuve de tout cela, c’est que je vois ceux que j’ai envie de voir. C’est aussi dans ces temps de Noël qu’on se rend compte des endroits où l’on veut être. C’est un peu comme si je m’étais rendu compte qu’il était faux de croire que l’on a des obligations, que l’on doit être absolument de toutes les soirées ou les événements. Je vais là où j’ai envie d’aller. Je fais des soupers avec les gens que je désire voir. Je me présente aux endroits qui m’intéressent. Ça peut paraître stupide, mais j’ai compris qu’il était inutile de se forcer à se rendre dans des événements où on n’a pas envie d’être. C’est simpliste comme tout, mais le comprendre et l’adapter à notre vie nous donne un sentiment de liberté très intéressant.

2016 a été une année difficile pour plusieurs personnes autour de moi. J’ai eu la chance de ne pas trop subir de difficultés. Pour moi, 2016 n’a pas été la pire année de ma vie. Je dirais même qu’elle a été somme toute plus positive que les autres. C’est peut-être ça devenir adulte, je ne sais pas. On s’en fout, en fait. On peut toujours trouver des significations à tout ce que l’on vit. Mon plus beau défi, c’est de toujours respecter mes feelings. C’est pourquoi je me fâche de moins en moins. J’ai éliminé l’amertume de ma vie. Je n’ai plus le temps de m’obstiner avec les autres non plus. Au départ, je croyais que c’était le signe d’un renoncement, d’une abdication.  Mais j’avais tort. En vieillissant, on choisit ses batailles. Et j’ai choisi de ne plus me battre contre les autres. Je suis ce que je suis. On m’aime ou on me déteste. Ça n’a tellement pas d’importance.

Hier, j’ai appris le décès de George Michael. 53 ans. Quelle tristesse! Son disque Older a été un disque clé dans ma vie. Il avait quelque chose de spirituel, de profond. Il me manquera. Si j’avais été plus vieux, j’aurais adoré assister à l’un de ses concerts pour cet album. C’est trop tard, évidemment. Mais ceux qui ne connaissent pas ce disque devraient y jeter une oreille. C’est pour moi son meilleur disque solo. Jazzy et oriental. The Strangest thing est pour moi une de ses meilleures pièces à vie. Sans oublier Free, cet instrumental qui termine l’album. Je pense que je n’ai jamais autant médité sur un disque. Oui, peut-être avec l’album Splinter de Sneakers pimps.

Tout ça me fait penser que je devrais faire mon TOP 10 des meilleurs albums de 2016 pour moi. Je vais y réfléchir prochainement et j’afficherai probablement ce TOP ici.

Je vous souhaite un Joyeux Noël et une excellente nouvelle année. Merci à tous ceux qui me suivent encore, même si je n’écris à peine qu’une fois par mois.

 

 

Sables mouvants

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Il y a un truc vraiment ironique dans la vie. Peut-être que plus tard, on y voit moins de cynisme et on se met à rire en se tournant vers certaines périodes de notre passé. Mais présentement, je vis une dichotomie entre la qualité de ma vie (entendre; ce que j’ai réglé de mes démons) vs la qualité de la présence des autres dans cette même vie.

J’en vois déjà qui lèvent les yeux au ciel en se disant que je vais chialer sur mon sort ou me plaindre de x ou y. Pas tout à fait. En réalité, si on dresse une ligne du temps et une ligne de nos buts, je serais foutrement ingrat de dire que je ne suis pas satisfait du déroulement. Je pense que mon combat gagné, le plus important, devait être par rapport aux substances que j’ingérais. Et la bonne nouvelle, c’est que je suis passé à autre chose, pour de bon, sans nostalgie (si ce n’est peut-être ma taille qui était plus fine… mais ça ne valait pas la destruction du corps). Ça s’est aussi amélioré côté alcool, quoique j’ai du travail encore à faire de ce côté. J’ai beau avoir diminué de 75 % dans ma fréquence, reste que je me gâte encore un peu trop quand je m’en permets.

Ma vie s’améliore aussi côté travail, avec de nouveaux avantages qui m’ont montré que la persévérance peut payer (même si je me considère encore sous-payé, mais il faut faire la part des choses). J’aime mon travail, j’y suis heureux et j’arrive à remplir mes responsabilités niveau hypothèque. Quand je dis mon salaire à quelqu’un, que je lui parle de mes mensualités, la plupart n’arrive pas à comprendre comment j’y arrive. Ça demande beaucoup de sacrifices. Mais j’aurais de la difficulté à revenir en arrière. Voilà pourquoi je dis que plus les années s’écoulent sur cette ligne de temps, plus mes buts sont atteints. Ce n’est pas facile, mais il faut ce qu’il faut.

Ce que j’ai remarqué, c’est que les sacrifices touchent surtout la vie sociale. Moins de sorties, pas de restaurants et le moins de bars possibles. Ça tombe bien, j’avais pas mal fait le tour des soirées qui s’étirent jusqu’à 5 heures du matin. Et puisque les paradis artificiels ne m’intéressent plus, ça passe encore. C’est surtout au niveau des amitiés que tout déraille. Dans la vingtaine, on fait des acquis amicaux. On s’imagine que les moments resteront figés, qu’ils se répéteront sans cesse jusqu’à notre dernier souffle. Dans la trentaine, on comprend qu’il ne reste pas grand-chose de ces beaux idéaux. Et comme je l’expliquais dans un article précédent, ce n’est pas nécessairement des disputes ou des malentendus qui détruisent nos relations amicales. C’est le jeu du temps, des absences, des occupations multiples qui font en sorte qu’on ne peut plus se séparer en quatre (on vieillit, on cherche le confort de notre salon, le petit bonheur sale de la télévision et du diable Netflix).

Je réagis toujours un peu tout croche quand on s’approche de mon anniversaire. Parce que c’est souvent à ce moment-là que les compteurs se remettent à zéro. Que l’on voit qui sont les gens importants dans notre vie. Je m’étais fait la même réflexion l’an passé (et pourtant, j’avais eu un anniversaire fantastique), mais je me rappellerai toujours la réaction d’une de mes amies qui était rentrée chez moi en s’exclamant: mais qui sont ces gens? C’était la seule de mon ancien groupe d’amis qui avait daigné venir fêter avec la quinzaine de personnes qui étaient là (tous des visages inconnus pour elle, car comme je l’ai dit, la vie est mouvante, et ceux qui étaient là pour nous hier, ne le sont pas nécessairement aujourd’hui). Je me rappelle que ça m’avait un peu blessé. Mais je pense que j’ai toujours eu la mauvaise attitude par rapport à tout ça; moi j’étais allé à leur anniversaire, à leurs soirées, à leurs événements. Mais le renvoi d’ascenseur n’y était pas.

Cette année, j’avais pris la décision de simplement… ne rien faire. Pas de déception, pas d’obligation, rien. Et j’aurais dû suivre cette idée. Mais j’étais saoul vendredi dernier, et on m’a convaincu de lancer une invitation comme ça. Je l’ai fait parce que j’avais bu, mais sinon j’aurais résisté. Encore une fois, ça m’a montré le vrai visage de certaines personnes. Quelqu’un qui quitte une conversation sans même prendre la peine de dire qu’il est simplement occupé ou qu’il ne peut pas, je trouve que c’est un manque de respect flagrant. Si j’avais eu 25 ans, j’aurais probablement critiqué et fait une scène. À bientôt 33 ans, je trouve ça irrespectueux, et ça s’arrête là, tout simplement. Je ne sais pas pourquoi je me battais tant pour des amitiés à sens unique. J’ai toujours trouvé que les plus belles amitiés étaient celles qui étaient loyales et égalitaires. Mais mon discours s’est modifié, et je suis à l’âge où je n’ai plus de temps pour ce genre de bataille. Je resterai donc silencieux. Après tout, si je suis supposé n’attendre rien d’eux, ils ne seront pas surpris de ne plus attendre rien de moi.

La réalité, c’est que je vois encore beaucoup le bien chez les gens qui me sont chers. Je vis dans un monde légèrement naïf. Les années à venir me montreront probablement que j’avais tort de ne voir que le bon chez les autres. Et il n’y a pas de rancœur. Sables mouvants. La vie n’avance pas en ligne droite. Je me dois simplement de perdre mes illusions sur l’importance que certaines personnes accordent à ma présence ou à ma personne. Ce n’est pas plus mal. On apprend. C’est sain.

Je discutais avec un autre ami qui me racontait que les gens le trouvent parfois lourd et trop insistant. J’ai avoué à cet ami que c’était vrai. C’était une conversation calme et honnête. Ç’a eu l’air de le faire avancer dans son cheminement. Et c’est seulement maintenant que ça me frappe; peut-être que je suis ainsi? Peut-être que c’est moi qui en demande trop aux amis autour de moi. Pas dans le sens où je les harcèle, non. Plutôt dans mes attentes envers eux. Après tout, chacun sa vie, chacun ses occupations. Je pense que m’effacer un peu ne peut pas faire de tort. En même temps, une partie de moi reste encore submergée de doutes. En s’effaçant, on signe souvent un acte de disparition. Mais si c’est ce qui devait arriver de toute façon, alors c’était dû pour arriver.

J’ai la même philosophie en amitié qu’en amour. Je pense que je serai toujours heureux de croiser des personnes qui ont été importantes pour moi, que ce soit dans une année ou dans dix ans. Mais cette vision des choses m’a toujours enfermé dans un monde de bizounours un peu trop utopique. C’est comme quand je disais à mon premier amour que l’on se reverrait à l’âge de 40 ans, ou quand je disais à mon ex de revenir me voir dans 5-10 ans. Au final, cette porte entrouverte, cette mince lueur d’espoir; elle ne fait pas vivre, non, elle transforme l’attente en colère, puis en résignation. Et une fois la page tournée, la souffrance vécue, c’est comme s’il n’y avait plus de retour en arrière possible.

Parlant d’ex, j’ai eu une discussion avec le mien. Une vraie discussion. Entre deux adultes, sans jeux de séduction ou sans espoir/attente. J’ai enfin eu les explications de sa disparition. Ce n’était pas une belle histoire. Il se soigne à présent. Et je n’en dirai pas plus, car il n’y a plus rien à dire sur ce sujet qui ne concerne que lui et sa vie personnelle. Comme vous pouvez le constater aussi, je suis devenu beaucoup plus discret sur ma relation de couple aussi. En fait, je ne gagne plus rien à exposer ma vie intime ici. C’est peut-être la raison pour laquelle je parle si souvent en paraboles. Comme une discussion qui frôle un peu l’onirisme, sans pointer des individus en particulier. On pourra dire que j’ai enfin appris à mieux gérer mes histoires et mes racontars. Je sais, ça fait un blogue plutôt plat et lisse. Mais c’est beaucoup plus rassurant que les confrontations qui en découlaient par la suite.

Alors, je suis zen. Presque comme un spectateur zen, qui regarde la vie des autres comme l’alignement des planètes; peut-être qu’un jour je recroiserai certaines personnes, mais peut-être aussi qu’il vaut mieux que le passé se perde dans l’univers et ne revienne jamais.

Return/Rewind

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J’ai passé une superbe soirée à l’autre bout de la ville. J’en ai profité pour boire, chose que j’évite de faire en semaine, maintenant.

J’ai raté le dernier métro. Non, la STM a flushé le dernier métro, ne respectant pas ses horaires pour fêter son 50e (on est tellement surpris)!

J’ai dû me rabattre sur 2 autobus avec transfert. Soit, 2 heures à poiroter et à être dans notre si belle ville qui fêtait l’année des transports en commun dernièrement…

Et puis, j’ai laissé tomber toute ma haine, parce que je me suis mis à observer le centre-ville et tout à coup, chaque bâtiment me racontait ma propre histoire.

J’ai croisé le Hyatt, cet hôtel où je me suis fait mettre à la porte par mon ex-blonde. Je savais que c’était déjà fini. Je voulais juste baiser un vagin une dernière fois dans ma vie.

Puis le Travelodge est arrivé… l’air de rien. Alors qu’il s’agissait de la première fois où j’allais dormir avec mon ex, où j’allais le sucer, ou je ne m’attendais certainement pas à m’enfermer dans une bulle pendant 10 ans.

On a ensuite roulé vers le village, et j’ai revu mon premier amant, qui allait nous acheter du Poppers alors que c’était encore légal.

Tout près, l’afterhour le Circus, où je me suis revu, complètement gelé, avec ma cousine et de nombreuses amies. J’ai repensé à Ricardo, à notre danseuse nue qu’on avait attirée… et à nos jeux.

Puis le feu Drugstore, où je prenais un verre… des pintes plutôt, avec les amis d’Internet. Je me suis rappelé que c’était la dernière fois que j’avais fêté l’Halloween là-bas… Tout juste à côté du Steak Frites qui a changé de nom dernièrement, et où j’ai connu plusieurs plaisirs amicaux et animaux.

La vie est comme un quartier et des rues qui se défilent et se rejoignent sous nos yeux. On continue à avancer sans savoir vraiment ce qui nous marquera. On continue à vivre notre présent sans en reconnaître les effets qu’il aura sur nous plus tard.

C’est triste et tellement beau à la fois.

Alors qu’on se concentre trop souvent sur les souvenirs du passé, on ne remarque que très rarement que notre présent sera notre nostalgie à venir.

C’est peut-être une question d’âge, une question d’expériences qui doivent se réaliser. J’essaie fort d’oublier tout ça. De ne vivre que pour l’instant. Mais rien n’est facile dans ce passé qui nous poursuit sans cesse.

Une chose est certaine. Même si je voulais, je ne pourrais jamais regretter ma jeunesse, ce serait inutile d’essayer de me convaincre que je n’ai pas vécu ma vie à fond. Et puis, je n’ai aucun remords.

Mon seul combat, c’est de rayer tout ça d’un grand trait. De ne plus porter d’importance aux souvenirs soudains; que ce soit un hôtel, un bar, un magasin ou un coin de rue. C’est pour le moment chose impossible, car je suis prisonnier de cette beauté naïve qui me ramène sans cesse aux instants d’avant.