Luminosité

Je n’ai pas lu ma dernière entrée de blogue, mais j’ai encore le ressenti que ça sonnait full drama. C’est peut-être l’arrivée prochaine du printemps ou le changement d’heure, mais voilà que je sens un peu de lumière pointer le bout de son nez. C’est assez agréable. Un peu comme si je retrouvais un peu de liberté.

Je pense que les grandes claques dans la face sont souvent bénéfiques pour établir des tournants à 180 degrés. Je crois aussi que les événements que j’ai vécus au cours du dernier mois m’ont assommé, avant de me faire renaître peu à peu. Certes, je n’ai toujours aucun intérêt à me remettre dans le bain des éternelles discussions inutiles sur les sites de rencontre, et puis, j’ai pris le temps de me demander à quoi ça rimait. Si je n’ai pas envie d’établir des liens avec des inconnus, c’est que je ne suis pas prêt, tout simplement. Il faut cesser de forcer les choses. Évidemment, j’ai les hormones dans le tapis et la main droite fatiguée, mais vaut mieux ça que de se faire chier avec le premier venu. Alors, laissons ça au temps, et peut-être au réveil du printemps, qui fait toujours monter la sève d’un coup sec.

La liberté que je goûte est aussi un apaisement par rapport aux anciennes relations. Je m’attache trop ardemment, mais une fois que je décide que c’est bel et bien la fin, je n’en fais qu’à ma tête de scorpion. Je passe à autre chose, et c’est presque enivrant, parce que pour une fois, je fais table rase du passé, sans cette stupide nostalgie énervante qui me pressait tant à toujours regarder vers l’arrière.

Je pense que l’arrêt de mes médicaments se fait aussi déjà ressentir. Comme si les angoisses s’apaisaient, que la confiance revenait tranquillement. Même cet étrange désir obscur que l’on appelle: écrire. On verra bien.

C’était la première fin de semaine depuis un long moment où j’ai pu me reposer, prendre du temps pour moi, établir de nouveaux menus de recettes végé. Ça m’a fait du bien, même si étonnamment, j’aurais souhaité avoir plus de travail pour combler quelques heures supplémentaires, en ce moment même. Mais je suis reconnaissant. Il faut éviter d’être un junkie du travail, comme un junkie dans les autres domaines.

Vendredi prochain est une date importante pour moi. Si tout se passe comme prévu, ce sera enfin le moment où je ferai table rase de mes dettes. Il n’y a pas de sentiment plus agréable que de payer ses quatre cartes de crédit au complet, de remettre le compteur à zéro. Certes, mon hypothèque planera toujours au-dessus de ma tête. Mais ce n’est pas la même chose. Je me rends tout de même compte que manquer d’argent est un élément lourd dans notre bonheur. On aimerait tous ne pas avoir à se préoccuper de savoir si on va arriver à payer tous les comptes à la fin du mois. C’est humain, et quand on voit les factures s’accumuler, on a tous ce petit pincement, cette petite angoisse supplémentaire qui en rajoute sur le reste de nos préoccupations. Je ne suis pas dupe. Il y aura d’autres dépenses imprévues, d’autres moments plus difficiles plus tard, mais je me considère tout de même choyer, car il m’aura fallu moins d’un an, après l’achat d’un condo, pour retomber sur mes pattes. Oui, il y a la deuxième job, mais elle comble autre chose en plus de l’argent, et elle ne m’affecte pas autant que je le craignais au départ.

Pour ce qui est de mes amitiés, je pense que je dramatise également. Les visages changent, la vie change, ça fait partie de la game. J’ai retiré tout ressentiment de mes relations amicales, qu’elles soient en santé ou en puéril. Je serai toujours heureux de revoir les gens qui m’ont apporté du bonheur dans ma vie. Et si on ne se revoit plus, c’est la vie, c’est ainsi. Je me rends compte qu’il y a beaucoup de cycles dans l’amitié. Il fut des temps où je n’avais que des amies féminines, puis toutes les femmes se sont barrées, et il ne restait que mes amitiés masculines. Présentement, c’est un peu le contraire qui se produit; il y a un retour en force des femmes dans ma vie, et presque de l’absence des garçons. Ça n’a pas tant d’importance. Je me rends aussi compte que les amitiés professionnelles prennent le dessus. C’est intéressant. On rencontre beaucoup plus de personnalités différentes en fréquentant nos collègues de travail. Je pense que ça évite de s’enfermer dans un moule d’amitié trop restreint ou identique à nos manières de concevoir le monde.

Ça m’amène aussi à percevoir les réseaux sociaux d’une autre façon. C’est comme si je m’en détachais tranquillement. En fait, je n’ai même pas besoin de trolls pour me faire comprendre que les débats sur la toile sont futiles et souvent voués à créer de la frustration dont on pourrait se passer. C’est la raison pour laquelle je ne me prononce que très rarement sur la place publique à présent. Ça draine de l’énergie, une énergie que je peux mettre ailleurs, sur moi-même et sur les prochains défis qui s’amènent. Ça fait longtemps que j’ai fait une croix sur cette espèce d’aura de pseudo célébrité, de clics et de J’aime. Après plus de 15 ans à raconter ma vie ici, j’ai vécu mon lot de changement par rapport aux réseaux sociaux, et j’ai décroché. Plus envie de me battre dans le vide, simplement le désir de continuer mon chemin, de ressasser mes expériences ici (on ne s’en sort pas!) et de vivre ma vie en étant bien avec moi-même, sans réfléchir à ce qu’un inconnu idiot ou saoul dans son sous-sol pense de moi, de mon existence ou de mon opinion. Je ne m’en porte que mieux.

La seule ironie dans toute cette histoire, c’est de continuer à me raconter ici. Mais j’ai l’excuse de pouvoir dire que je me racontais déjà dans les années 1990, 2000, 2010… alors, je ne me sens pas imposteur, je ne fais que continuer mes habitudes. Je sais que parfois, je devrais fermer ma gueule et éviter de déblatérer sur ma petite personne et le monde qui m’entoure, mais au final, la seule personne que je peux blesser en agissant ainsi, c’est bien moi. J’en prends donc tout le blâme, et je continue quand même, parce que c’est viscéral, c’est quelque chose que je dois sortir de moi. Et de toute façon, le rapport à ma vie intime est bien moindre qu’il était jadis. Quand j’écris, je me plais à m’imaginer que ça n’intéresse personne, ou plutôt, que ça ne choque plus personne. Du moins, pas les gens qui me connaissent et savent qui je suis réellement.

Alors, voilà, un peu de lumière dans ma vie en montagnes russes des dernières années. On tourne la page. On change une nouvelle fois de chapitre, et on s’adapte. C’est tout ce qui compte pour être bien avec soi-même, pour préserver son intégrité… et pour ce qui est des commentaires des autres, ça n’a aucune importance. Je suis de la vieille école, j’ai plusieurs années de vie publique derrière la cravate, et je n’ai aucunement peur des répercussions que pourraient provoquer les récits que je vomis sur ce blogue.

Honnêtement, ça fait du bien. De poser des mots sur cette situation. D’être en paix avec moi-même et ce processus étrange de me livrer tout entier dans les affres du Web. J’en paierai peut-être le prix un jour, mais comme à mon habitude, après un peu de dramatisation, je vais assumer et m’y faire, car je suis ainsi, même dans les pires moments, dans les pires textes trop véridiques et qui ne devraient pas être publiés aux yeux de tous, je garde la tête hors de l’eau, je respire un grand coup, et je continue ma route.

L’angoisse du recul

Avec tous les deuils qui se sont passés dernièrement dans ma vie, j’ai décidé d’arrêter plusieurs choses. La première chose: ce sont mes médicaments. Non, je ne parle pas d’antidépresseurs, je n’en ai jamais pris. Mais je prenais quand même du Xenical, une petite pilule magique pour supposément faire maigrir. Or, la petite pilule magique a fait beaucoup de ravages. Certes, je n’ai pas pris de poids. Mais j’ai eu droit à de belles crises de panique (parfois très intenses).

Je dois parler de ce médicament, parce que je veux que les gens sachent à quoi s’attendre en prenant ces pilules d’Orlistat. Ce médicament nous fait chier (et plus que dans le sens du terme). En fait, pour résumé, le médicament «détruit» 30 % du gras que l’on absorbe. Vous mangez une pizza et des frites? Un cachet, et vous allez chier votre vie sur la bolle. Ce sera d’une belle couleur orange fluo.

Quand je n’étais pas végétarien, j’observais les effets instantanément. En d’autres mots, je chiais ma vie. Depuis que je suis végé, adieu la couleur orange. Elle n’arrive que si je consomme beaucoup de fromages gras ou de produits laitiers. Il arrive qu’une habitude prenne du temps à se perdre. Ce fut le cas de ce médicament malsain. Pas de couleur orangée aux toilettes, mais les effets secondaires multipliés, jusqu’aux crises de panique intenses. Ça ne m’était jamais arrivé avant. Quand je prends du recul et que je regarde la dernière année, je me rends bien compte que quelque chose a changé: en plus de suer, d’avoir de la difficulté à respirer et de sentir des effets d’angoisses; on ne peut pas dire que le médicament fait honneur à sa réputation. Au départ, je pensais que mes maux étaient un résultat de ma consommation de jadis. Mais c’est faux. Après avoir lu sur le sujet, je me rends compte que plusieurs personnes qui ont pris ce médicament ont développé des problèmes d’angoisses, des crises de panique out of nowhere. C’est également mon cas.

Il m’aura fallu une année entière pour m’en rendre compte. Ces derniers mois, je jonglais entre l’idée de la santé physique et de la santé mentale. Je me suis longuement questionné à savoir s’il valait mieux perdre du poids et être angoissé, ou prendre du poids et se sentir bien mentalement. C’est con, je sais. Mais si vous n’êtes pas en surpoids, vous ne pouvez pas juger de ce que les gens peuvent subir pour maigrir. Je suis donc le prototype clé de ce médicament. J’ai tenté de perdre du poids (inefficace!) avec le Xenical. Tout ce que j’ai récolté, ce sont de la sudation et des crises de panique vraiment intenses (et parfois dangereuse; si je repense à la pire que j’ai faite sur l’autoroute à 110 km/h.)

J’ai quand même une crainte immense; celle de reprendre plus de poids après avoir cessé la prise de ce médicament. Il paraît que ça arrive souvent. Pourtant, j’essaie de me raisonner, de me dire que mon alimentation est 100 fois mieux que ce qu’elle était il y a à peine trois mois. Fini le gras, les viandes, le sucre, les sauces, et je viens peu à peu à bout du fromage. Je garde quand même la crainte de devenir énorme. Oui, je m’entraîne trois fois par semaine. Oui, je marche près de 10 000 pas par jour, mais même avec une pilule, semble-t-il que ce n’est pas assez pour perdre du poids. Alors, je crois que ce journal virtuel doit se transformer en agenda nutritionnel. Il est l’heure de cesser de subir des effets secondaires qui ruinent ma vie.

Des exemples? Outre l’épisode de panique sur l’autoroute, je peux nommer les angoisses en réunion de travail, les angoisses dans les transports en commun, l’énorme crise de panique devant un groupe de 12 personnes inconnues, la sudation extrême, et surtout le fait de se sentir fatigué à temps plein.

Si cette pilule m’a appris une chose, c’est que l’on est maître de son destin. Au départ, quand je prenais ces cachets, je continuais à manger du restaurant gras. Amir, au coq, pizza du coin, etc. Maintenant que je ne consomme plus ces repas par choix, l’habitude de prendre la pilule est restée. Mais plus de merde orange. Alors, à quoi bon? Eh bien, c’est la peur. La peur de voir le poids stable remonter la pente. Encore une fois, ceux qui n’ont jamais été gros ne comprendront pas. Mais quand on se trouve gros, on cherche tous les moyens pour arriver à ses fins. Même de payer 100 $ par mois pour une pilule magique, qui n’est pas magique du tout dans mon cas.

Alors, il est temps de dire adieu aux crises d’angoisse. J’ai atteint un point de saturation. Si je ne peux plus être dans un théâtre dans le noir sans paniquer, il y a un grave problème. Ce Xenical m’a transformé en personne craintive d’un mal imaginaire. C’est tellement triste. Je souhaite vraiment que les effets ne soient pas continuels avec la cessation du médicament. Sinon, je ressentirai un regret pour le reste de ma vie.

Pour ceux qui lorgnaient vers le Xenical; je vous le dis, l’effort ne vaut pas le résultat. Apprenez à mieux manger. Point. Comme je l’ai mentionné plus tôt, la seule chose que ce médicament m’aura apprise, c’est de réviser mon alimentation. Quand on voit de l’orange fluo dans un bol, c’est signe qu’on mange trop gras. C’est le seul point positif de cet expérience.

Fin de la parenthèse sur ce médicament malsain.

Comment je vais? Difficile à dire. J’ai vécu deux deuils back to back. Mais il fallait qu’ils se vivent. J’ai perdu mon chum. Qu’ai-je fait par la suite? Me saouler la gueule et retourner écrire à mon ex. Mauvaise idée. Idée débile, je sais. C’est comme si j’avais eu besoin de combler le vide. Or, cette fois-ci, la conversation aura été plus éclairante. Je lui ai demandé textuellement ce qu’il faudrait faire pour le revoir. C’était une suggestion de mon psy. Et il avait raison. Car, quand mon ex m’a dit qu’il n’y avait rien à faire, que c’était fini pour de bon; j’ai lu ces mots noir sur blanc, et ce fut une triste révélation. On ne revient pas dans le passé. Même si les fantasmes peuvent être encore présents dans nos têtes. Il ne faut jamais être tenté par le passé. Ça ne sert à rien. C’est de l’énergie et des espoirs perdus.

J’ai reçu une réponse. Non, rien, il ne se passera rien. Ces simples petits mots ont eu l’effet d’une guérison instantanée. Je suppose que j’avais besoin de les lire. De les ancrer dans ma réalité. Enfin, le mot fin. Le verdict officiel. L’étape du deuil s’est donc enclenchée deux fois. Perdre son chum et perdre son ex pour de bon. Ça m’a shaké de l’intérieur. Ça m’a bouleversé pour de bon. Et puis, rien.

L’acceptation. Car il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter de repartir à zéro. La différence? Pas de plongeon dans l’alcool ou la drogue. Rien. Devenir adulte. Pour de bon.

La réalité, c’est ça. Aucune envie de boire une peine. Aucune envie de rencontrer des prospects sexuels. Je n’ai établi aucun contact avec personne. Plus de deux minutes sur les sites de rencontre m’ont donné une aversion profonde. Je dois rester seul. Vivre avec moi-même. Affronter le vide. Éviter l’aide des solutions faciles.

J’ai décidé de lancer mon énergie dans le travail. J’ai choisi de prendre une deuxième job. Travailler à temps plus que plein. 80 heures par semaine. Me sortir de mes dettes. Remplacer la soûlerie quotidienne sur mon divan par un travail acharné. On pourrait dire que je suis aussi extrémiste d’une autre façon, mais j’aime mieux le travail que le hung over.

Mes vieux amis se sont éclipsés dans la maternité ou dans des lieux géographiques éloignés. Mes parents se sont exilés pour l’hiver. Je n’ai plus aucune obligation de couple. J’ai seulement un condo à payer. C’est terriblement triste, mais je ne le vois pas comme ça. J’essaie d’en tirer le positif pour me concentrer sur le moment présent. Pour éviter de retourner sans cesse vers une nostalgie qui déforme l’actuel.

Alors, comment je vais? Je ne suis pas à plaindre. Je me sens les deux pieds dans l’adulting. Cet espace d’entre-deux entre l’adolescence et la vie adulte. J’ai tout perdu. Tout. Toutefois, je n’ai pas encore perdu toute ma tête. C’est passé proche, je l’avoue. Mais je suis un combattant. Un jour, il m’arrivera peut-être quelque chose de beau. Peut-être pas. Mais j’ai ce désir de vivre. Avec une tête saine. Avec le moins d’angoisse. Et sans besoin de médicament pour y arriver.

Comment se dessinent les prochains mois? Beaucoup de travail. Et beaucoup de sport. Une alimentation végé, que j’ai adoptée avec bonheur et que j’aime. Réduire ma consommation de fromage gras, car c’est le seul problème qui reste. Je n’ai même plus la force (ni le temps) de boire chaque soir. C’est une excellente nouvelle. Je ne consomme plus. Une autre excellente nouvelle. J’ai envie de simplicité. De bonheur créé par les gens, non pas par les substances que j’ingère. Oui, je prendrai un verre à l’occasion. Mais, c’est tout.

J’ai 33 ans. Je me considère comme quelqu’un d’intelligent, tout de même sain d’esprit. Mon corps ne mérite plus tout ce que je lui ai fait subir jadis. Oui, je suis engorgé financièrement. Un condo, c’est pas aussi facile qu’il n’en paraît. Surtout pour une personne seule. Mais c’est à moi de faire mes choix, à moi de créer mon propre équilibre qui, je l’espère, me mènera au bonheur, un jour. Un jour peut-être encore lointain, mais un jour, sûrement.

I don’t blame you

Je cherche depuis un long moment à commencer une phrase qui ne sonne pas cheesy, mais c’est un peu impossible dans cette situation. Tout se passe toujours trop vite, et après coup, on se demande si on a vraiment vécu ce qui vient de se dérouler quelques minutes auparavant. Si je pouvais résumer le tout, je pense que je décrirais ça comme de la simplicité poétique. Probablement parce que je suis un pseudo-écrivain qui a besoin de faire du sens avec tout ce qu’il vit.

Il est arrivé en après-midi, comme à son habitude. Avec sa joie de vivre habituelle. Il est venu s’asseoir sur le divan à mes côtés. Comme à son habitude. Et c’était la fin des habitudes.

J’ai eu droit à la fameuse phrase que tout le monde déteste entendre: il faut qu’on se parle. Je me suis redressé, méfiant. Puis, il m’a annoncé qu’il allait enfin changer de poste à son travail. Je me suis dit qu’il allait me parler de nouveaux horaires qui compliqueraient nos rencontres. Mais il a simplement dit: Ça, c’était la bonne nouvelle. 

J’ai retenu mon souffle, mais les mots s’enlignaient un après l’autre, la sentence était prononcée.

C’est fini.

Dire que je ne m’y attendais pas serait minimiser les choses. Encore quelques heures auparavant, il commentait un de mes statuts en parlant de la Saint-Valentin.

Il m’a parlé de son amour atténuée, de ce qui l’énervait chez moi, de ces trop nombreuses dépendances qui m’accompagnent. Je n’ai pas su quoi répondre quand il m’a parlé de mes amis, trop néfastes ou trop présents, je ne sais plus. Il m’a refait le parcours de sa vie et de ses exs, en disant qu’il n’aurait pas dû accepter quelqu’un comme moi. Que je n’étais pas l’homme qu’il lui fallait. Qu’il n’était pas l’homme que je voulais. Il m’a décrit un homme qui n’a aucune dépendance, qui est toujours sain dans son corps et dans sa tête. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui souhaiter de trouver cet homme.

Cette conversation me semblait si simple, les yeux humides, assis sur le canapé à flatter Rémi couché sur le dos. Il m’a dit qu’il ne s’était pas ennuyé lors de notre séparation de deux semaines à Noël. Il m’a demandé si moi, je m’étais ennuyé. J’ai été légèrement piqué, lui répliquant que j’avais l’impression que la seule chose qui l’aurait satisfait aurait été que je lui dise chaque jour que je m’ennuie. Il a tout balayé du revers de la main, m’a dit qu’il ne sentait pas assez de démonstration affective de ma part. Peut-être qu’il n’a pas tort, il est vrai que je ne suis pas le plus démonstratif.

Je me suis mis à sourire, à rire même, lorsqu’il m’a dit que la sexualité était vraiment bien, qu’il n’en avait jamais manqué. Je pense lui avoir répliqué: au moins tu diras pas que je baisais mal. Il y avait une certaine simplicité dans ces échanges qui m’ont rappelé tout ce qu’il était. Un bon gars, simple, franc et léger. Je l’ai remercié de m’avoir aidé à atteindre une vie plus saine. Mais pas encore assez pour lui. Il m’a dit qu’il ne savait pas ce que cette relation lui avait apporté. J’ai suggéré qu’il allait peut-être le savoir plus tard. Il n’y avait rien de méchant dans ses paroles ni dans mes réponses. Nous étions comme nous avions toujours été.

Je lui ai pris la main. Il m’a dit que j’étais une bonne personne, que je ne devais pas douter de ça. On n’avait juste pas les mêmes visées d’avenir. Il m’a offert de m’aider à aller faire l’épicerie. Je lui ai répondu que je n’avais pas vraiment la tête à aller me promener dans des allées avec mon ex.

Et le moment de silence qui a suivi l’a encouragé à se lever. Une conversation d’à peine 30 minutes. Je n’ai pas cherché à le retenir. Je l’ai simplement suivi jusqu’à l’entrée, en me disant qu’il valait mieux terminer tout cela de la manière la plus positive possible. Après tout, nous avions vécu une relation somme toute positive. Il a eu de la difficulté à lasser ses bottes. J’ai attendu patiemment qu’il pose son sac sur son dos. Et la finale était tout prêt.

Je l’ai serré dans mes bras. Les larmes se sont mises à couler. Prends soin de toi. J’ai déposé un baiser sur sa bouche. Je l’ai pris une nouvelle fois dans mes bras, en flattant le derrière de ses cheveux. Nos corps se sont éloignés, puis j’ai saisi sa tête pour venir déposer un dernier baiser sur son front. C’est là que le coup au cœur est arrivé; comme un petit poignard qui s’insère en nous et nous coupe le souffle.

La porte s’est refermée derrière lui. Je n’ai pas enclenché le verrou, je trouvais que ça ternissait la dernière image qu’il aurait pu avoir de moi.

Le silence. La solitude. Le vide qui m’a envahi peu de temps après.

C’est fini. Ces deux petits mots que personne ne veut vraiment entendre.

Mais je ne peux pas le blâmer, je sais que je suis quelqu’un de complexe, pas facile à vivre, avec mes zones d’ombres. Pourtant, quand je repense à mes autres relations, cette simplicité dans cette rupture me montre que je suis devenu un adulte. Pas de chicane, pas de crises, pas d’histoires à demi terminées. J’ai pensé: c’est la première fois que je me fais laisser en hiver. Je sais, ça n’a aucun rapport, mais c’est ce qui m’est passé par la tête.

Je respecterai toujours cet homme qui m’a suivi dans mes périples des dernières années. Il n’y a pas de haine, de rancœur ou de rancunes. Seulement cette simplicité déstabilisante. Cette simplicité de l’être qui est toujours resté lui-même. Je ne regrette en rien cette relation. Elle m’a beaucoup apprise, a peut-être fait une meilleure personne de moi-même.

Je ne décide que très rarement d’écrire moi-même le mot Fin. Peut-être que je pousse les gens à prendre la décision à ma place inconsciemment. Je ne sais pas, c’est ainsi que mes histoires de cœur se terminent la plupart du temps. Même si je vais mieux dans mes habitudes de vie, dans ma manière d’interagir, dans mes excès qui ont vraiment diminué, je pense que j’ai encore beaucoup de travail à faire.

Je crois également que je vais rester seul pour un bon petit bout de temps. Il faut que je me retrouve, que j’accepte ce que je suis et que j’apprenne à vivre mon célibat. Ce mot me semble tellement étrange. Je suppose qu’il faut parfois être brassé de l’intérieur pour pouvoir comprendre qui nous sommes réellement.

J’ai refusé de voir les amis, ce soir. Parce que j’avais besoin de mettre des mots sur ce que je vis. Je sais que c’est ridicule d’écrire aussi rapidement après des événements qui se sont produits si fraîchement, mais ça semble être ma routine de vie. C’est ma seule manière de gérer ma peine. De toute façon, il fallait que ça sorte tout de suite, comme ça. Les prochains jours seront plus difficiles. Mais il faut que je garde le cap, surtout pas noyer tout ça dans l’alcool. Ce serait une mauvaise décision. Il faut cesser de se faire du mal quand on a de la peine. Je ne suis plus dans l’auto-destruction. Je préfère la jouer rationnel. Il m’a dit: nous ne sommes pas un bon fit. Peut-être. Mais je ne regrette pas notre expérience de vie. Ce petit bout de chemin et cette chute qui semblent étranges… ça fait partie de moi, à présent. On absorbe toujours en nous un peu de ceux que l’on fréquente.

Même s’il m’a dit qu’il réfléchissait à me quitter depuis environ trois semaines, ça n’a pas d’importance. Ça ne me fait pas rager. Je préfère accepter son honnêteté. Me dire qu’on a été bien ensemble. Je vais m’ennuyer de me coller contre lui la nuit. Je vais m’ennuyer de nos réveils les fins de semaine. Je vais m’ennuyer de cette simplicité et de cette joie de vivre qu’il avait toujours. Et je vais essayer d’être plus fort que tout ça. De prendre le meilleur de ce qu’il m’a laissé. Même si notre chapitre à nous est maintenant terminé.

La normalité de la trentaine?

Vers la fin de ma vingtaine, je disais souvent que j’avais perdu des amis, que les liens s’étaient détruits, ou que nos chemins s’étaient simplement séparés. Arrivé bientôt à la mi-trentaine, je me dis que j’étais un peu trop sévère (ou dramatique). 

Oui, il m’arrive encore de penser que j’ai été trahi, que j’ai été tassé même, mais je me rends compte que je m’en faisais beaucoup pour les aléas naturels de la vie. En fait, je ne devais pas comprendre que la vie est faite pour les séparations. Je me considère encore chanceux, parce que ces séparations n’égalent pas la mort de mes proches. Pas encore.

Avec le temps, j’ai aussi compris que les séparations nous permettaient de comprendre l’importance qu’avaient les autres dans nos vies. Trop peu, trop tard? Je ne suis pas si certain. En d’autres mots, je crois vivre tout ce qu’un humain vit généralement. La perte ne devrait pas toujours être triste ni violente.

Avec tous les gens que l’on rencontre sur le chemin de notre vie, il est tout à fait normal d’en voir disparaître plusieurs. Tout est dans la manière de faire les adieux ou les « au revoir ». Si je me suis souvent senti blessé d’être éliminé de la vie de certains amis en raison de leurs relations amoureuses, je pense maintenant que c’est quelque chose d’inévitable. On ne peut pas plaire à tous, et quand quelqu’un veut vraiment nous faire disparaître de la vie d’un de nos amis, parfois, on n’a juste pas le choix. Mais ce n’est pas toujours ainsi non plus.

Dernièrement, j’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami. Et je craignais que ce soit très triste et drama, mais au contraire, il y avait quelque chose de lumineux dans cet adieu (temporaire, je l’espère). En fait, j’étais heureux des nouveaux défis de mon ami. Je lui souhaite la meilleure des chances, et il faut dire qu’il y a des gens que l’on peut quitter et retrouver sans que cela nous affecte, comme si on s’était vu hier pour la dernière fois. Je ne sais pas ce qui en sera de ma relation avec mon meilleur ami, mais une chose est certaine; lors de ce dernier verre dans un bar miteux, j’ai encore eu la confirmation que certaines personnes sont là pour rester, et qu’il serait très difficile de les éliminer ou de me faire éliminer de leur vie. Peut-être que nous ne nous verrons plus pendant des mois, mais j’ai eu le plaisir de constater que ce genre d’amitié passe au-dessus de tout.

Ce qui est vrai pour tout le monde, c’est que la trentaine nous éloigne des autres. Pas nécessairement volontairement, mais par les simples aléas de la vie quotidienne. Que ce soit à cause de déménagements, de nouveau-nés, de nouvelles relations amoureuses, ou simplement parce que le temps nous manque. Il y en a pour qui je n’ai eu aucun problème à accepter la coupure des ponts (des gens que je considérais souvent néfastes pour moi, de toute façon), il y en a avec qui ce fut plus difficile, du moins de mon côté, parce que j’ai souvent tenté de me battre pour sauver certaines relations amicales, mais pour le moment, je me sens dans une belle phase. Une étape de ma vie où je n’ai plus d’agressivité ou de rancœur envers ceux qui me quittent. Ça fait partie de la vie. C’est ainsi. Il faut s’y accommoder. Bientôt, c’est probablement la mort qui me séparera des êtres que j’aime le plus au monde. Il vaut mieux commencer à devenir zen envers ce processus. Ne surtout pas tomber dans une noirceur.

Évidemment, on ne comprend pas toujours pourquoi les relations amicales prennent des distances. Il y a tant de raisons. Mais on dirait que j’accepte maintenant beaucoup plus facilement ce processus de séparation, que jadis lorsque j’étais dans la vingtaine et où je me sentais plutôt trahi par les gens que j’aime.

J’ai compris avec le temps, parce que je le vis moi-même, qu’on choisit un peu son parcours, qu’on décide d’être là où l’on a envie d’être. Et c’est correct. C’est la logique qui découle du fait de vieillir. On change nos habitudes aussi. On boit moins. On se drogue moins. On évite les situations plus folles. On devient adulte. Encore. Eh oui.

Je crois que c’est la raison pour laquelle j’ai fait la paix avec les gens qui ont pris leur distance, qui m’ont quitté (drastiquement ou avec le temps). C’est un peu la même chose de mon côté; on privilégie les gens qui nous ressemblent, qui vivent les mêmes choses que nous à l’instant X. Ça ne veut pas dire que je me ferme à l’inconnu ou aux situations différentes des miennes (la plus grande preuve de cela, c’est que je ne m’enferme pas avec des gens qui me ressemblent parfaitement). J’aime la confrontation, les divergences d’opinions, les situations de vie qui ne me concernent pas directement.

Je dois tout de même avouer que les dernières années m’ont éloigné des amis des dix dernières années. Il y a eu des non-dits, des trahisons, des événements où je n’avais rien à voir, mais où j’étais déjà déclaré coupable. Je me suis battu. Cela a été un échec lamentable. J’ai surtout compris qu’on ne peut pas se battre quand un amoureux ou une amoureuse d’un ou d’une amie décide qu’il ne nous aime pas. C’est ainsi. Il faut larguer les armes et accepter que l’on ne puisse pas plaire à tous. Et la vie, c’est ça: prendre des chances en aimant des gens, et accepter qu’il y a probablement une date de péremption sur nos relations. Ça ne veut pas dire que l’on ne s’aime plus. Ça veut simplement dire que l’on est plus assez important pour certaines personnes, que tout notre amour ne vaut rien par rapport aux doutes ou aux conflits qui peuvent se produire.

Et puis, de nouvelles personnes entrent dans nos vies. Elles illuminent notre mal-être, elles deviennent aussi importantes que les amis de jadis. Tout est un cycle. Tout est en mouvement.

Ça m’a pris du temps à comprendre qu’on ne pouvait pas recréer les amitiés d’antan. J’ai toujours eu cette espèce de fibre nostalgique un peu malsaine. Ce désir de ne pas laisser s’échapper les êtres qui me sont chers. Mais avec la sagesse des années qui s’écoulent, je me rends compte qu’il est inutile de se battre. Les relations se tissent et s’éloignent selon les aléas du temps.

Si on est chanceux, il en restera quelques-uns près de notre lit de mort.

Tout ça est un peu comme une déchirure amoureuse. Ou, du moins, ce l’était jadis. Je crois que la perte des amitiés peut être aussi dévastatrice que la perte amoureuse. On ne s’y attend jamais. Mais surtout, il y a rarement une précision aussi claire quand une relation amicale se meurt. On se voit une dernière fois, puis on ne se voit plus. Il peut même ne rien s’être passé. Seulement un silence, qui se remarque au fil des années. Le plus grave problème de notre époque, c’est qu’aujourd’hui, on peut encore suivre nos anciennes amitiés virtuellement. On peut les apercevoir faire un commentaire sur Facebook ou Twitter. Devenir amis avec une personne près de nous. Le hasard de se croiser dans la rue devient moins important, car l’on sait que l’on peut surveiller la vie d’un ancien ami par les réseaux sociaux. À moins d’un grand conflit et d’un bannissement, les gens ne nous bloqueront pas du monde virtuel. Ils continueront à vivre, à commenter, à exister dans ce milieu un peu étrange que l’on appelle le Web.

Il faut faire avec notre temps, comme on dit. Mais n’y a-t-il pas quelque chose de plus cruel, que de voir l’évolution d’une ancienne amitié, de façon anonyme, dans l’ombre; être témoin de gens qui continuent leur vie sans nous. Je suppose aussi que c’est le même rapport avec les exs. Mais j’essaie de ne pas les garder sur mon Facebook, ceux-là.

Bref, je m’éloigne de mon sujet. J’ai dit « au revoir » à mon meilleur ami dans une ambiance légère et positive. Peut-être parce que je sais que même à l’autre bout du monde, il sera toujours important pour moi. Et je pense l’être aussi pour lui. Ça donne peut-être un léger baume au coeur. Mais tout ça n’est qu’exception. Car en général, les gens disparaissent « naturellement », avec les années, avec les événements ou les changements.

Et, pourtant, je suis zen. Ça me va. En fait, je me sens très positif ces derniers temps. Parce que ma vie n’est pas mauvaise, parce qu’il n’y a pas de grands nuages, parce que j’ai aussi cessé de me battre pour retrouver des amis qui avaient volontairement décidé de m’éliminer de leur vie.

Je reste quelqu’un de très possessif en amitié. J’aime voir ceux que je veux. Sans les autres. Sans cette cacophonie que pourrait m’apporter des gens que je ne veux pas voir. C’est sûrement la raison pour laquelle je préfère organiser mes soirées. Je me coupe peut-être de nouvelles rencontres intéressantes. C’est à réfléchir. Mais s’il y a quelque chose qui m’anime dans la vie, c’est bien de voir ceux que j’ai envie de voir. De profiter de ces moments trop éphémères. Sans bruit de fond inutile. Sans ces personnes de trop qui m’empêchent d’être moi-même, qui sait?

Ce n’est probablement pas (sûrement pas) la meilleure façon de conserver ses amitiés. Mais pour moi, c’est instinctif. J’aime peut-être trop les gens que j’aime (à la limite de vouloir les garder pour moi uniquement), mais je suis ainsi. Et j’ai compris que même si je n’avais pas ce genre de comportement, les amis viendraient et partiraient quand même comme bon leur semble. Alors, il vaut mieux profiter de l’instant. Et quand c’est moi qui choisis cet instant, à ma manière, avec mes règles et mes choix, je m’en porte mieux, je suis heureux. Souvent, à la fin de la soirée, je vois dans les yeux de mes amis qu’ils ont apprécié ce petit moment. Il s’agit d’un espace-temps, minuscule et partagé. Peut-être en vue de plusieurs autres moments, peut-être pour un dernier au revoir.

La réaction #DesGens

Noël est déjà derrière nous. Ce fut des Fêtes relativement tranquilles et sages. Et c’est bien tant mieux. Je suis de retour chez moi, après avoir vu les deux familles et les amis. Toutes mes activités sociales sont maintenant en pause jusqu’au 30 décembre. Amen.

Pas de résolutions, cette année. J’ai plutôt décidé de les faire une vingtaine de jours avant le premier janvier. Parce que je sais combien les résolutions de veille du jour de l’An disparaissent en coup de vent facilement quelques jours plus tard. Pas de danger, cette fois-ci.

Je suis resté très discret avec les amis et les réseaux sociaux concernant un virement important dans ma vie. Parce qu’avec le temps, je me rends compte je ne suis pas pris au sérieux. Ce n’est pas méchant, on me taquine surtout en se basant sur mes ambivalences du passé. C’est vrai que j’ai souvent eu l’air hésitant, prenant de grandes résolutions… pour mieux les oublier quelques jours/semaines après. Il est vrai que je n’ai pas été le plus grand exemple du: quand je dis quelque chose, je m’y tiens. J’avais une volonté de fer dans ma jeunesse, mais tout ce que j’ai consommé dans ma vie l’a un peu ramollie, m’a peut-être rendu un peu plus faible à certains égards.

C’est pourquoi il y a une vingtaine de jours, je n’ai pas dit à personne que j’arrêtais de manger de la viande. Je savais qu’on allait se mettre à rire et faire des paris sur le nombre de jours où j’allais tenir ma promesse. C’est très humain, je suppose. Et évidemment, ma décision s’est répandue quand même, et c’est exactement ce qui s’est produit. Je pense que les gens aiment beaucoup constater les échecs chez leurs pairs. Ça leur permet souvent de se donner une meilleure conscience personnelle. En observant l’échec chez les autres, on se rassure en se disant qu’on fait bien de rester dans le statu quo. C’est un peu triste, dans un sens. Mais je ne me suis pas senti touché, cette fois-ci.

Parce que j’ai approché ce nouveau défi de manière ouverte, sans restriction ni contrôle. Pas question de jouer de culpabilité, de m’empêcher de tricher si l’occasion se présentait, etc. J’ai décidé de couper la viande, et non, en premier lieu, ce n’est pas une question environnementale. Je ne vois pas pourquoi j’utiliserais cette raison, alors qu’elle n’a pas été le moteur de ma décision. Je me suis surtout rendu compte que la viande amenait autre chose de néfaste. Du moins, pour moi. Les sauces, les marinades, la crème, le fromage gratiné… c’est surtout ce qui accompagnait mes plats de viande habituels, et c’est ça qui n’était pas bon pour ma santé. Éliminer la viande, c’est aussi éliminer plusieurs de ces éléments. C’est fou comme on mange de la viande… pour en cacher le goût avec toute sorte de stratagèmes. J’avais déjà coupé la viande rouge depuis plusieurs années, n’ayant jamais été fan de steaks ou de burger. C’était facile. Ces dernières années, je m’en tenais surtout au poulet et à la dinde. Parfois, au lapin. Même mes sauces à spaghetti ne contenaient que très peu de viande. Ce fut donc facile de tout remplacer par des lentilles.

Je pensais m’ennuyer de la viande, avoir à combattre ardemment pour éviter d’en manger. Mais c’est tout le contraire qui s’est produit. Je n’ai eu aucun manque. Rien. Le seul élément qui m’a un peu perturbé, c’est l’absence de bacon, dans une salade, par exemple. Mais une fois qu’on oublie cet élément, il n’y a pas grand-chose de difficile. Comme je l’ai dit, je refuse les restrictions, et je mange encore parfois des œufs, des produits laitiers et du poisson. Je ne buvais pas de lait, ne mangeait pas de yaourt. Mon gros défi est vraiment de réduire le fromage, cet aliment que j’apprécie trop. Et c’est tristement le plus gras. Tout ne peut pas être si facile.

Manger végé, ça demande de l’organisation. Il faut dire que depuis que j’avais cessé de fumer, il me manquait une passion. Le lien peut paraître étrange pour certains, mais j’avais besoin de me pitcher dans quelque chose d’autre. M’occuper l’esprit en cherchant des recettes, en essayant à tout prix de diversifier mon alimentation, pour ne pas m’ennuyer et justement retourner à la viande par paresse. Le déclic qui m’a permis de continuer et de ne pas lâcher, c’est que je me suis vite rendu compte que je pouvais encore faire les mêmes recettes, simplement en retirant la chair animale. C’est tout aussi bon.

Oui, j’ai mangé deux, trois tranches de dinde à Noël. Pourquoi? Parce que je ne veux pas être celui qui fait chier les gens avec ses choix personnels. S’il y a quelque chose qui m’horripile, c’est bien ceux qui sentent le besoin de convaincre les autres que leurs méthodes alimentaires sont plus saines, que tout le monde devrait choisir leur façon de vivre. Ça ne se passe pas ainsi. Et je ne veux pas être celui qui fait chier et qui fait changer les menus lors des soupers. Je donne toujours l’option de manger avant une soirée, ou alors je ne mange que ce qui accompagne la viande. Pour Noël, oui, j’ai mangé la dinde, mais j’ai évité le ragoût et la tourtière. Pourtant, mon corps m’a bien fait comprendre qu’il n’aimait pas cet élément disparu depuis quelques semaines. La digestion a été plutôt difficile.

C’est une autre chose que je remarque depuis que je mange végé; la réponse du corps. C’est fou comme on oublie que notre corps nous parle, que notre estomac nous donne des signes. Ces deux jours de réveillons m’ont montré que la viande bouleverse mon système, beaucoup plus que je ne l’aurais imaginé.

Bref, quand les gens me disent en pleine face que je ne vais pas tenir le coup, ils ne comprennent pas mon attitude face à ce nouveau mode de vie. Il n’y a pas de défi, pas de restrictions, et si je dois manger un peu de viande dans un souper de famille, ce ne sera pas un drame hystérique. Je vais simplement continuer à manger végé chez moi, dans la vie de tous les jours, et ça, ça ne regarde personne. C’est drôle comment les gens pensent parfois que l’on fait des choix de vie pour leur prouver quelque chose. Je n’ai rien à prouver à personne. Je fais ce que je veux.

Dans un autre ordre d’idées, je dois dire que je ne me suis jamais senti aussi libre. Ce qui est ironique, puisque j’ai une hypothèque de 193 000$ qui plane au-dessus de ma tête. En fait, je pense que je me sens libre parce que j’ai appris à laisser aller toute frustration envers les autres. J’ai toujours pris mes relations interpersonnelles au sérieux. Ma vingtaine était une histoire de pacte d’amitié et de relations tissées serrées. Mais je ne comprenais pas encore bien que la vie est en mouvance, que ce qui était vrai l’année d’avant ne le serait plus nécessairement l’année suivante. Je concevais mes relations d’une façon protectionniste. Comme si les gens m’appartenaient ou me devaient sans cesse quelque chose. Il m’a fallu un certain temps avant de comprendre qu’on apparaît dans la vie des autres, et que ce sont ensuite à eux d’en faire ce qu’ils en veulent. C’est pourquoi je ne considère plus que j’ai perdu des amis. Je trouve même que cette manière de voir les choses est étrange. On ne perd pas d’amis. Il y a des mésententes, des discussions difficiles, des disparitions, mais si je n’ai rien à me reprocher, il n’y a rien à faire d’autre que de suivre cette vie en mouvement.

Mes relations ne sont plus ce qu’elles ont pu être jadis, mais à mon avis, elles tiennent encore la route et la plus belle preuve de tout cela, c’est que je vois ceux que j’ai envie de voir. C’est aussi dans ces temps de Noël qu’on se rend compte des endroits où l’on veut être. C’est un peu comme si je m’étais rendu compte qu’il était faux de croire que l’on a des obligations, que l’on doit être absolument de toutes les soirées ou les événements. Je vais là où j’ai envie d’aller. Je fais des soupers avec les gens que je désire voir. Je me présente aux endroits qui m’intéressent. Ça peut paraître stupide, mais j’ai compris qu’il était inutile de se forcer à se rendre dans des événements où on n’a pas envie d’être. C’est simpliste comme tout, mais le comprendre et l’adapter à notre vie nous donne un sentiment de liberté très intéressant.

2016 a été une année difficile pour plusieurs personnes autour de moi. J’ai eu la chance de ne pas trop subir de difficultés. Pour moi, 2016 n’a pas été la pire année de ma vie. Je dirais même qu’elle a été somme toute plus positive que les autres. C’est peut-être ça devenir adulte, je ne sais pas. On s’en fout, en fait. On peut toujours trouver des significations à tout ce que l’on vit. Mon plus beau défi, c’est de toujours respecter mes feelings. C’est pourquoi je me fâche de moins en moins. J’ai éliminé l’amertume de ma vie. Je n’ai plus le temps de m’obstiner avec les autres non plus. Au départ, je croyais que c’était le signe d’un renoncement, d’une abdication.  Mais j’avais tort. En vieillissant, on choisit ses batailles. Et j’ai choisi de ne plus me battre contre les autres. Je suis ce que je suis. On m’aime ou on me déteste. Ça n’a tellement pas d’importance.

Hier, j’ai appris le décès de George Michael. 53 ans. Quelle tristesse! Son disque Older a été un disque clé dans ma vie. Il avait quelque chose de spirituel, de profond. Il me manquera. Si j’avais été plus vieux, j’aurais adoré assister à l’un de ses concerts pour cet album. C’est trop tard, évidemment. Mais ceux qui ne connaissent pas ce disque devraient y jeter une oreille. C’est pour moi son meilleur disque solo. Jazzy et oriental. The Strangest thing est pour moi une de ses meilleures pièces à vie. Sans oublier Free, cet instrumental qui termine l’album. Je pense que je n’ai jamais autant médité sur un disque. Oui, peut-être avec l’album Splinter de Sneakers pimps.

Tout ça me fait penser que je devrais faire mon TOP 10 des meilleurs albums de 2016 pour moi. Je vais y réfléchir prochainement et j’afficherai probablement ce TOP ici.

Je vous souhaite un Joyeux Noël et une excellente nouvelle année. Merci à tous ceux qui me suivent encore, même si je n’écris à peine qu’une fois par mois.

 

 

Sables mouvants

sable

Il y a un truc vraiment ironique dans la vie. Peut-être que plus tard, on y voit moins de cynisme et on se met à rire en se tournant vers certaines périodes de notre passé. Mais présentement, je vis une dichotomie entre la qualité de ma vie (entendre; ce que j’ai réglé de mes démons) vs la qualité de la présence des autres dans cette même vie.

J’en vois déjà qui lèvent les yeux au ciel en se disant que je vais chialer sur mon sort ou me plaindre de x ou y. Pas tout à fait. En réalité, si on dresse une ligne du temps et une ligne de nos buts, je serais foutrement ingrat de dire que je ne suis pas satisfait du déroulement. Je pense que mon combat gagné, le plus important, devait être par rapport aux substances que j’ingérais. Et la bonne nouvelle, c’est que je suis passé à autre chose, pour de bon, sans nostalgie (si ce n’est peut-être ma taille qui était plus fine… mais ça ne valait pas la destruction du corps). Ça s’est aussi amélioré côté alcool, quoique j’ai du travail encore à faire de ce côté. J’ai beau avoir diminué de 75 % dans ma fréquence, reste que je me gâte encore un peu trop quand je m’en permets.

Ma vie s’améliore aussi côté travail, avec de nouveaux avantages qui m’ont montré que la persévérance peut payer (même si je me considère encore sous-payé, mais il faut faire la part des choses). J’aime mon travail, j’y suis heureux et j’arrive à remplir mes responsabilités niveau hypothèque. Quand je dis mon salaire à quelqu’un, que je lui parle de mes mensualités, la plupart n’arrive pas à comprendre comment j’y arrive. Ça demande beaucoup de sacrifices. Mais j’aurais de la difficulté à revenir en arrière. Voilà pourquoi je dis que plus les années s’écoulent sur cette ligne de temps, plus mes buts sont atteints. Ce n’est pas facile, mais il faut ce qu’il faut.

Ce que j’ai remarqué, c’est que les sacrifices touchent surtout la vie sociale. Moins de sorties, pas de restaurants et le moins de bars possibles. Ça tombe bien, j’avais pas mal fait le tour des soirées qui s’étirent jusqu’à 5 heures du matin. Et puisque les paradis artificiels ne m’intéressent plus, ça passe encore. C’est surtout au niveau des amitiés que tout déraille. Dans la vingtaine, on fait des acquis amicaux. On s’imagine que les moments resteront figés, qu’ils se répéteront sans cesse jusqu’à notre dernier souffle. Dans la trentaine, on comprend qu’il ne reste pas grand-chose de ces beaux idéaux. Et comme je l’expliquais dans un article précédent, ce n’est pas nécessairement des disputes ou des malentendus qui détruisent nos relations amicales. C’est le jeu du temps, des absences, des occupations multiples qui font en sorte qu’on ne peut plus se séparer en quatre (on vieillit, on cherche le confort de notre salon, le petit bonheur sale de la télévision et du diable Netflix).

Je réagis toujours un peu tout croche quand on s’approche de mon anniversaire. Parce que c’est souvent à ce moment-là que les compteurs se remettent à zéro. Que l’on voit qui sont les gens importants dans notre vie. Je m’étais fait la même réflexion l’an passé (et pourtant, j’avais eu un anniversaire fantastique), mais je me rappellerai toujours la réaction d’une de mes amies qui était rentrée chez moi en s’exclamant: mais qui sont ces gens? C’était la seule de mon ancien groupe d’amis qui avait daigné venir fêter avec la quinzaine de personnes qui étaient là (tous des visages inconnus pour elle, car comme je l’ai dit, la vie est mouvante, et ceux qui étaient là pour nous hier, ne le sont pas nécessairement aujourd’hui). Je me rappelle que ça m’avait un peu blessé. Mais je pense que j’ai toujours eu la mauvaise attitude par rapport à tout ça; moi j’étais allé à leur anniversaire, à leurs soirées, à leurs événements. Mais le renvoi d’ascenseur n’y était pas.

Cette année, j’avais pris la décision de simplement… ne rien faire. Pas de déception, pas d’obligation, rien. Et j’aurais dû suivre cette idée. Mais j’étais saoul vendredi dernier, et on m’a convaincu de lancer une invitation comme ça. Je l’ai fait parce que j’avais bu, mais sinon j’aurais résisté. Encore une fois, ça m’a montré le vrai visage de certaines personnes. Quelqu’un qui quitte une conversation sans même prendre la peine de dire qu’il est simplement occupé ou qu’il ne peut pas, je trouve que c’est un manque de respect flagrant. Si j’avais eu 25 ans, j’aurais probablement critiqué et fait une scène. À bientôt 33 ans, je trouve ça irrespectueux, et ça s’arrête là, tout simplement. Je ne sais pas pourquoi je me battais tant pour des amitiés à sens unique. J’ai toujours trouvé que les plus belles amitiés étaient celles qui étaient loyales et égalitaires. Mais mon discours s’est modifié, et je suis à l’âge où je n’ai plus de temps pour ce genre de bataille. Je resterai donc silencieux. Après tout, si je suis supposé n’attendre rien d’eux, ils ne seront pas surpris de ne plus attendre rien de moi.

La réalité, c’est que je vois encore beaucoup le bien chez les gens qui me sont chers. Je vis dans un monde légèrement naïf. Les années à venir me montreront probablement que j’avais tort de ne voir que le bon chez les autres. Et il n’y a pas de rancœur. Sables mouvants. La vie n’avance pas en ligne droite. Je me dois simplement de perdre mes illusions sur l’importance que certaines personnes accordent à ma présence ou à ma personne. Ce n’est pas plus mal. On apprend. C’est sain.

Je discutais avec un autre ami qui me racontait que les gens le trouvent parfois lourd et trop insistant. J’ai avoué à cet ami que c’était vrai. C’était une conversation calme et honnête. Ç’a eu l’air de le faire avancer dans son cheminement. Et c’est seulement maintenant que ça me frappe; peut-être que je suis ainsi? Peut-être que c’est moi qui en demande trop aux amis autour de moi. Pas dans le sens où je les harcèle, non. Plutôt dans mes attentes envers eux. Après tout, chacun sa vie, chacun ses occupations. Je pense que m’effacer un peu ne peut pas faire de tort. En même temps, une partie de moi reste encore submergée de doutes. En s’effaçant, on signe souvent un acte de disparition. Mais si c’est ce qui devait arriver de toute façon, alors c’était dû pour arriver.

J’ai la même philosophie en amitié qu’en amour. Je pense que je serai toujours heureux de croiser des personnes qui ont été importantes pour moi, que ce soit dans une année ou dans dix ans. Mais cette vision des choses m’a toujours enfermé dans un monde de bizounours un peu trop utopique. C’est comme quand je disais à mon premier amour que l’on se reverrait à l’âge de 40 ans, ou quand je disais à mon ex de revenir me voir dans 5-10 ans. Au final, cette porte entrouverte, cette mince lueur d’espoir; elle ne fait pas vivre, non, elle transforme l’attente en colère, puis en résignation. Et une fois la page tournée, la souffrance vécue, c’est comme s’il n’y avait plus de retour en arrière possible.

Parlant d’ex, j’ai eu une discussion avec le mien. Une vraie discussion. Entre deux adultes, sans jeux de séduction ou sans espoir/attente. J’ai enfin eu les explications de sa disparition. Ce n’était pas une belle histoire. Il se soigne à présent. Et je n’en dirai pas plus, car il n’y a plus rien à dire sur ce sujet qui ne concerne que lui et sa vie personnelle. Comme vous pouvez le constater aussi, je suis devenu beaucoup plus discret sur ma relation de couple aussi. En fait, je ne gagne plus rien à exposer ma vie intime ici. C’est peut-être la raison pour laquelle je parle si souvent en paraboles. Comme une discussion qui frôle un peu l’onirisme, sans pointer des individus en particulier. On pourra dire que j’ai enfin appris à mieux gérer mes histoires et mes racontars. Je sais, ça fait un blogue plutôt plat et lisse. Mais c’est beaucoup plus rassurant que les confrontations qui en découlaient par la suite.

Alors, je suis zen. Presque comme un spectateur zen, qui regarde la vie des autres comme l’alignement des planètes; peut-être qu’un jour je recroiserai certaines personnes, mais peut-être aussi qu’il vaut mieux que le passé se perde dans l’univers et ne revienne jamais.

Return/Rewind

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J’ai passé une superbe soirée à l’autre bout de la ville. J’en ai profité pour boire, chose que j’évite de faire en semaine, maintenant.

J’ai raté le dernier métro. Non, la STM a flushé le dernier métro, ne respectant pas ses horaires pour fêter son 50e (on est tellement surpris)!

J’ai dû me rabattre sur 2 autobus avec transfert. Soit, 2 heures à poiroter et à être dans notre si belle ville qui fêtait l’année des transports en commun dernièrement…

Et puis, j’ai laissé tomber toute ma haine, parce que je me suis mis à observer le centre-ville et tout à coup, chaque bâtiment me racontait ma propre histoire.

J’ai croisé le Hyatt, cet hôtel où je me suis fait mettre à la porte par mon ex-blonde. Je savais que c’était déjà fini. Je voulais juste baiser un vagin une dernière fois dans ma vie.

Puis le Travelodge est arrivé… l’air de rien. Alors qu’il s’agissait de la première fois où j’allais dormir avec mon ex, où j’allais le sucer, ou je ne m’attendais certainement pas à m’enfermer dans une bulle pendant 10 ans.

On a ensuite roulé vers le village, et j’ai revu mon premier amant, qui allait nous acheter du Poppers alors que c’était encore légal.

Tout près, l’afterhour le Circus, où je me suis revu, complètement gelé, avec ma cousine et de nombreuses amies. J’ai repensé à Ricardo, à notre danseuse nue qu’on avait attirée… et à nos jeux.

Puis le feu Drugstore, où je prenais un verre… des pintes plutôt, avec les amis d’Internet. Je me suis rappelé que c’était la dernière fois que j’avais fêté l’Halloween là-bas… Tout juste à côté du Steak Frites qui a changé de nom dernièrement, et où j’ai connu plusieurs plaisirs amicaux et animaux.

La vie est comme un quartier et des rues qui se défilent et se rejoignent sous nos yeux. On continue à avancer sans savoir vraiment ce qui nous marquera. On continue à vivre notre présent sans en reconnaître les effets qu’il aura sur nous plus tard.

C’est triste et tellement beau à la fois.

Alors qu’on se concentre trop souvent sur les souvenirs du passé, on ne remarque que très rarement que notre présent sera notre nostalgie à venir.

C’est peut-être une question d’âge, une question d’expériences qui doivent se réaliser. J’essaie fort d’oublier tout ça. De ne vivre que pour l’instant. Mais rien n’est facile dans ce passé qui nous poursuit sans cesse.

Une chose est certaine. Même si je voulais, je ne pourrais jamais regretter ma jeunesse, ce serait inutile d’essayer de me convaincre que je n’ai pas vécu ma vie à fond. Et puis, je n’ai aucun remords.

Mon seul combat, c’est de rayer tout ça d’un grand trait. De ne plus porter d’importance aux souvenirs soudains; que ce soit un hôtel, un bar, un magasin ou un coin de rue. C’est pour le moment chose impossible, car je suis prisonnier de cette beauté naïve qui me ramène sans cesse aux instants d’avant.

Sobriété

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Les derniers dix jours m’ont apporté beaucoup de réflexions. Des bonnes et des moins bonnes. J’ai tenté la sobriété. Complète. Zéro alcool. Je pense que l’alcool était un refuge dans ma vie. Pour calmer le passé. Pour l’éloigner tout en l’approchant.

Être sobre pendant plusieurs jours, c’est voir la vie différemment. Aucun doute. On se remet à se questionner, à se demander vers où on va, à se dire qu’on n’a pas atteint tous les buts qu’on désirait atteindre. Le plus important, c’est que je me suis rendu compte que sans boire, je pouvais lever 200 livres au Bench (douche bag!!!) et 60 livres en poids libres (douche bag bis!!!).

En fait, être sobre, c’est reprendre le rythme d’une vie « normale », dans le sens où on ne tait plus les problématiques de nos vies. Et quand je parle de problèmes, je trouve que j’exagère. Parce que j’en ai pas de problème. Bon, j’ai appris que je devrai porter des lunettes au travail, c’est un peu le gros drame de ma vie. Sinon, je suis un adulte bien normal. Et c’est justement ce qui me fait peur; être un adulte normal.

C’est comme si j’appréciais être un peu plus « twisted » et que là, ben il n’y a plus rien pour me faire vivre ce sentiment. C’est la triste réalité; je suis bien dans ma vie, à ma place, avec des objectifs précis. Oui, je dois perdre du poids. C’est une obsession. Une obsession qui perdure depuis l’âge de 14 ans, alors que je pesais à peu près le même poids qu’aujourd’hui. Mais la sobriété me fait analyser le tout autrement.

C’est fou comme arrêter de boire remet les choses en place. Je dois l’avouer, ça m’a presque donné envie d’écrire. Je pense que j’utilisais (j’utilise) l’alcool pour éviter d’affronter les choses. Et pourtant… quand je serre la bite de mon homme au petit matin, quand il essaie de me pénétrer pour le fun, même si on doit se lever dans quelques minutes, je me sens bien. En harmonie avec ma vie, avec ce qu’elle m’apporte.

Le plus gros problème, c’est lorsque je reviens du travail la semaine. Je tourne en rond. Vraiment. L’alcool endort mes sentiments. Elle les gèle, un peu comme la drogue le faisait jadis, I guess. C’est un peu comme si je comprenais pourquoi tout est dramatique lorsque je suis sous influence. Je me rappelle les relations perdues, les amitiés larguées… Au final, j’ai compris que boire m’apportait plus de souffrances que de libération. Ça pourra paraître banal pour certains, mais pour moi, c’est comme une révélation.

J’ai reçu un message de mon ex (en réponse à un message d’il y a plus de 6 mois). Notre conversation a duré pendant 3 phrases. Il est ailleurs. Je suis ailleurs. Tout ça est déjà fini depuis longtemps. Et j’ai vite compris que sa réponse provenait de son surmoi, cet état qui se révèle quand on a bu. Il devait être saoul pour m’avoir répondu après tant de temps. Je mentirais si je disais que ça ne m’a pas atteint d’une certaine façon. On est toujours bouleversé quand on reçoit des nouvelles de ceux que l’on a jadis aimés. Ce fut mon cas.

J’ai voulu lui répondre. Un truc un peu mélo-drama… mais je m’en suis empêché. Ça vaut mieux pour ma santé mentale.

Tout ça me fait dire qu’on n’oublie jamais réellement les gens que l’ont a aimés jadis. Ça fait partie du processus du deuil. Et je ne suis plus rendu à ces étapes. Les mois et les années sont passés. Comme une autre de mes ex me disait: c’est déjà fini, depuis longtemps. Et c’est vrai. Il faut apprendre à prendre une distance, à se dire que le moment présent compte plus que les souvenirs du passé.

Je travaille sur ça. Sans alcool, c’est plus facile. Plus facile pour le poids aussi. Alors, ça va bien. Et c’est la même chose pour les amitiés. On ne peut pas forcer les gens à rester dans nos vies. Je me suis tellement accroché aux gens que j’adorais, sans avoir de retour; c’est un jeu qui se joue à deux; je me rends compte qu’il est inutile de vouloir garder des ponts avec des gens qui n’en ont rien à foutre. Mais je me sens de plus en plus choyé; les personnes que je fréquente aujourd’hui sont honnêtes; exit les jeux d’amitié, on voit qui sont les gens qui s’intéressent réellement à nous. Pour le reste, je crois qu’il faut laisser aller.

C’est fou comme nos amis les plus proches peuvent devenir des connaissances. Mais ça fait partie de la game. Les amitiés, c’est un peu comme les ex au final. On sait à l’intérieur de nous que c’est terminé, on tente de se battre pour renverser la vapeur par moment, mais quand ce n’est plus d’actualité, rien ne sert de se battre.

Et ça, je le comprends juste maintenant. C’est comme si je sentais que j’allais disparaître de la vie de plusieurs personnes, en leur laissant le choix de revenir s’ils le veulent. On sait tous que ça ne se passe pas comme ça dans la suite des choses. Mais quand on aime, il faut savoir laisser aller les événements, se dire qu’il faut que ce soit réciproque. Sinon, à quoi bon? Je me pose la question réellement. Je n’ai plus la force de me forcer pour voir des gens qui n’en ont plus rien à foutre de moi. C’est la même chose du côté relationnel. Quand la distance et le temps n’arrangent rien, il n’y a plus rien à faire, sinon que de vivre sa vie avec les personnes présentes, car ce sont elles qui comptent le plus.

La lucidité qui s’empare de moi en ce moment est comme un énorme cheminement. Il faut que la nostalgie des relations reste là où elle est. On ne peut pas recréer artificiellement des relations parfaites qui se sont déroulées jadis. Il faut vivre au présent, et accepter que les gens nous quittent. De manière brutale, parfois, mais peu importe. C’est ainsi que l’on vieillit.

Devenir adulte, c’est tellement fucking compliqué. (Dit le mec qui va avoir besoin de lunettes pour travailler bientôt…)

En terminant, je vous suggère une chanson de Kroy, qui n’a rien à voir avec son album, mais cette chanson est « twisted » comme je l’aime, c’est la chanson COLD. C’est juste Wow!


 

La vie adulte qui te rentre dans face

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Eh bien, eh bien. Je sens que je me répète un peu, mais voilà, je n’ai pas beaucoup de temps à investir dans ce blogue. La raison est simple, je suis devenu un fucking adulte. C’est triste à dire dans un sens. Peut-être positif dans l’autre. Je ne sais pas, je suis encore en train de jauger toutes les répercussions de ma vie.

Avec un condo à payer, des factures qui s’accumulent, seulement quelques exemplaires de roman à vendre; on dirait que j’ai perdu le fil. Je m’éloigne de l’écriture, et, même si je trouve tout cela très malsain, je ne peux qu’en venir à une simple conclusion: il faut du temps pour écrire, mais surtout, il faut avoir quelque chose à dire. Ce qui n’est pas mon cas présentement. Non pas que je n’ai plus d’idées de roman, mais c’est comme si avec les années, je me rendais de plus en plus compte que mon rêve d’adolescence s’épuisait. D’ailleurs, il n’avait jamais été très solide, parce que j’ai souvent cherché la gloire avant la littérature.

Je pense que je me sentirai toujours un imposteur dans le domaine littéraire. J’ai beau avoir 6 romans de publiés derrière la cravate, j’ai toujours l’impression d’être au point A. J’essaie de minimiser la chose en me disant que lorsque j’aurai quelque chose à dire/écrire, je prendrais les moyens nécessaires pour y arriver.

Mais pour l’instant, en travaillant 55 h par semaine, je ne trouve plus le temps pour rien. J’ai compris ce qu’était le capitaliste malsain: soit perdre ses libertés afin de payer une hypothèque. Évidemment, je dramatise un peu. Même si j’ai plusieurs tâches à accomplir, même si je manque cruellement de temps à cause du travail, je crois qu’il y a (qu’il y aura) toujours une petite voix en moi qui va me hurler qu’il ne faut pas cesser l’écriture.

Mais, c’est difficile. Dans le sens où mes désirs de la vingtaine ne sont plus ce qu’ils sont maintenant dans la trentaine. Ce n’est pas que je ne veux pas, c’est surtout que je suis épuisé par le travail. On cherche tous à améliorer son sort. C’est humain. Et le sacrifice est humain aussi. On ne peut pas être mentalement à plusieurs endroits à la fois. C’est la triste réalité.

Et pourtant, je vais bien. Je dirais même que c’est tranquille. Terminé les grands questionnements de vie, terminé les souffrances atroces par rapport au passé. Je continue dans la vie, je fonce. J’essaie d’améliorer mon sort. On essaie tous d’améliorer son sort.

Je dirais que mes amis sont plus tristes que moi. Certains encore ancrés dans la dépendance, d’autres qui continuent de fréquenter les mauvaises personnes, et il y a ceux dont je ne pourrais dire, car le temps qui passe équivaut souvent à l’éloignement.

Je ne sais pas encore tout à fait quoi penser de mon été. Tranquille est le mot qui me revient sans cesse. J’ai vu ceux qui comptaient sporadiquement, et c’est comme si je connaissais déjà l’avenir. On ne peut plus être aussi perspicace que dans notre jeunesse. Chacun maîtrise à peu près son temps, ses envies et sa vie. Une chose est certaine, les événements se transforment, les amitiés changent, et plusieurs n’évoluent pas vers un bon chemin. Je suppose que ça fait partie de la vie.

Quand j’étais jeune et que je questionnais mes parents au sujet de leurs amis d’enfance, je n’arrivais pas à comprendre que seul le temps pouvait les distancier. Je m’imaginais de grands drames, des disputes, des ruptures douloureuses… mais avec les années, je comprends que l’on ne peut être maître de ce qui se produit dans la vie des autres. C’est peut-être mieux ainsi.

Mon copain n’arrête pas de me répéter qu’il faut s’entourer de relations saines et positives. Je commence à y croire de plus en plus. Avant le drama me faisait vivre, ou en tout cas, je sentais que je vivais plus en raison des situations intenses qui se produisaient dans ma vie ou autour de moi. Je suppose que vieillir entraîne une chose que je ne pourrais expliquer; il vaut mieux être entouré de gens simples et aimants, plutôt que de complications et de drames.

Je dois l’avouer, me sentir zen me semble étrange, surtout par rapport aux autres. Je suppose que je trouve mes complications dans le travail et les relations professionnelles. J’adore mon travail, mais beaucoup d’obstacles se dressent sur mon chemin. Des décisions difficiles seront sûrement à venir. Je tente de faire confiance au destin. Je sais, je sais, je suis peut-être naïf.

Tout ça est peut-être l’une des raisons de mon silence ici. Il n’y a rien à dire, sinon que de raconter les déboires de mes amis et connaissances. Je ne pense pas que ça leur plairait. Pour le reste, même si j’en arrache financièrement, tout ce que je peux dire, c’est que tout va bien. J’ai fermé beaucoup de portes. Je continuerai à en fermer dans les prochains mois.

Maintenant, je comprends mieux ce que me racontaient mes parents.

Radiohead – 15 ans plus tard

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Difficile de croire que ça fait déjà 15 ans que j’ai vu mon premier show de Radiohead. La bonne nouvelle dans toute cette histoire? Le t-shirt acheté en 2001 à Oxford en Angleterre me faisait encore parfaitement hier, 15 ans plus tard!

Ne nous excitons pas! Je devais avoir acheté un t-shirt vraiment trop grand pour moi à l’époque haha! Je ne ferai pas de critique du show, puisque pour une fois (si rare, diront certains!) le groupe a joué tout ce que j’avais envie d’entendre. Pas de temps mort. Quasi un sans-faute. Et pourtant, c’est la première fois que je ne pleurais pas lors d’un show de Radiohead. Les temps changent, je suppose. Même pas une petite larme sur Reckoner ou Let down! Ce n’est pas une question de fierté. C’est peut-être dû à l’environnement festif d’Osheaga. C’est peut-être aussi parce que j’ai enfin avancé dans ma vie. Je ne suis plus stuck between pieces (la pognes-tu?)

Je suppose qu’avec le temps, je deviens plus zen. Ou je lâche prise. Enfin. C’est quand même étrange de ne plus avoir de petit hamster qui court de désespoir dans sa tête. Pas que je m’en ennuie, loin de là, mais toujours cette impression de vivre plus intensément dans la douleur.

Être heureux et léger, ça s’apprend. Souvent à la dure. Oh, j’ai encore des petits problèmes à régler, mais bon Dieu qu’ils semblent minces à comparer à il y a quelques années.

C’est drôle, car chaque fois que je vais voir un show de Radiohead, on dirait que ça marque une étape importante dans ma vie, une étape de changement. C’était mon 9e show en 15 ans, je ne peux plus dire qu’on ne change pas! C’est sûr qu’on ne pas tout contrôler dans notre vie. Surtout pas les autres. Je l’ai appris difficilement, mais là je le comprends mieux. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais pour le moment, je ne m’en tire pas si mal. Je déteste écrire ce genre de phrase noir sur blanc, parce que souvent les lendemains après avoir écrit ça, ça devient super apocalyptique! Je préfère dire que tout est relativement parfait, même si rien n’est jamais parfait.

Je n’écris plus. Je sais, je sais, c’est triste. Mais je me rends compte avec les années que je dois vivre avant d’écrire. Je ne pense pas m’en sortir; il faut toujours que je m’inspire de mon vécu pour mettre en scène des livres qui me plaisent. On ne peut pas vivre et écrire à la fois. Certains sont capables. Il semble que ce ne soit pas mon cas. J’accepte le tout. Je ferai probablement un autre défi de NanoWrimo en novembre, histoire de terminer un 2e roman que j’avais commencé l’automne passé. Pour ce qui est de celui qui repose présentement, les chances sont minces. Ça parle de prise d’otages, et tous les événements qui se déroulent dans le monde ne me donnent pas vraiment envie de continuer le récit. On verra bien s’il ressort du tiroir un jour.

Il me reste encore une dizaine de romans à vendre, je ne pense pas en faire imprimer d’autres. Je les garde pour l’événement du 12 août. J’espère que vous ferez votre part (que ce soit avec mon livre ou non) pour acheter un roman québécois ce jour-là!

Marcher contre l’autre

A silhouetted couple on a beach, walking away from each other. A seagull looks on.

J’ai renouvelé Pile ou Face pour une autre année, puis je me suis demandé pourquoi? Ouch.

Je ne pense pas que ce soit parce que je n’ai plus rien à dire. C’est juste que j’essaie de me protéger, de protéger les gens autour de moi. Il est loin le temps où je pouvais bavarder de toutes les expériences que je vis. Enfin, disons que l’innocence d’Internet n’y est plus. J’ai relu les milliers de messages que j’avais reçus dans les premières années de ce blogue. On peut dire qu’il y avait des gens qui avaient des visions très précises de ce qu’allait devenir mon avenir. C’est correct. C’est juste un peu un choc de lire ça des années plus tard. Après 18 ans à écrire ma vie sur le Web, je me demande pourquoi j’ai ce besoin (maintenant très rare) de revenir ici pour raconter ce qui se passe. Je ne sais pas trop, c’est comme un enfant dont on veut prendre des nouvelles. Je prends des nouvelles de moi-même, je me demande où j’en suis. C’est peut-être sain. Ou pas.

En fait, je sais très bien pourquoi je reviens ici, maintenant. J’ai écouté une nouvelle fois le film Unfaithful avec mon chum hier. Oui, ça n’a pas très bien vieilli (et ça donne une claque dans face, parce que ça montre qu’on se fait vieux), mais c’est encore tellement poignant.

Revoir ce film, c’est comme une gifle. Parce que ça me ramène en 2002, quand tout était possible. Quand j’étais en couple avec une femme, même si on baisait un mec. C’est surtout la musique qui m’a frappé. J’ai dû retenir mes larmes à plusieurs moments, parce que… parce que je ne sais pas… oui, j’aurais eu à m’expliquer peut-être. J’ai même préféré sortir sur le balcon, laisser passer les images dans ma tête pendant que mon chum prenait sa douche dans la salle de bain.

Et puis, la musique du générique. Cette petite chanson au piano qui dure à peine une minute; ça m’a rappelé tous ces gens que j’ai «perdus» dans ma vie. Ouais, ouais, on croise des gens qui arrivent et qui partent, et le blabla philosophique qui vient avec. J’ai l’impression que ça passait mieux avant. Quand j’étais plus jeune. Peut-être parce que je connaissais moins de gens justement.

Et l’ironie de la chose, c’est que je me souviendrai toujours du moment où j’ai écouté ce film, à 18 ans. Je ne comprenais pas encore tout à fait comment ça allait ressembler à la suite de ma vie, un jour. Mon chum a jugé Diane Lane, c’était prévisible.

Il y a quelques jours, j’ai eu une grande conversation avec Tania. Oui, oui. Pour ceux qui s’en rappellent. Pire encore, mon ancien amant Sébastien est débarqué de France directement chez moi. Je ne dirais pas que ça m’a fucké, car l’eau a coulé sur les ponts. Mais j’ai trouvé le tout très ironique. Comme si la vie voulait me rappeler ma jeunesse, ce que j’ai perdu, ce que j’ai gagné, ce que je n’ai pas accompli, ce que j’ai refusé ou accepté.

Je ne peux pas dire que je vais mal. Ce serait malhonnête. Je ne peux pas dire que je suis nostalgique, car je le suis en tout temps de toute de façon. Pourtant, une petite voix dans ma tête me pousse, me dit qu’il est temps de passer à autre chose sur tous les plans. Putain que c’est pas facile de se départir de son passé. Surtout dans la trentaine. C’est un couteau tranchant, une blessure qui a du mal à se refermer.

Mais non, je ne me considère plus comme quelqu’un de blessé. J’ai fait mes choix. Les autres ont fait les leur aussi. Mais c’est toujours difficile de continuer son chemin, de se dire que ça ne sert plus à rien de vouloir ce que les autres ne veulent plus.

Ce serait trop gros de dire que je me sens abandonné. Parce que je ne ferais que me plaindre pour rien. La vie est une putain de route remplie d’obstacles, mais surtout de départs. Voilà pourquoi j’ai cessé de me battre. J’ai abdiqué. Carrément. Si je regarde vers l’arrière, j’ai l’impression qu’il n’y a plus grand-chose qui reste. La famille, que j’adore, certes. Mais les amitiés s’étiolent. Et pour toute sorte de raisons ridicules. C’est toujours un peu ridicule la perte de l’Autre.

Mes amis enfantent. Tout le monde fait des bébés. Tout le monde disparait peu à peu. Et moi, mon seul projet était un projet de condo. Maintenant que je suis installé, je ressens un vide profond. Je n’ai aucune jalousie envers les amis. Je suis bien content pour eux. On fait tous notre cocon de couple. On doit tous faire des choix. Et pourtant, je suis un peu en criss. Pas de me faire abandonner doucement. Juste de devoir toujours me battre pour voir les gens qui comptaient jadis. J’essaie d’accepter de plus en plus les aléas de la vie. C’est un peu à l’image du professionnel. On chercher à grimper dans la hiérarchie. Meilleurs salaires, meilleures conditions, meilleurs collègues. Mais quand on parle d’amitié, ça fait toujours un peu plus mal de laisser partir les autres sans rien dire. On est content pour eux, mais on connait vite la suite des choses.

À bientôt 33 ans, on dirait que je voudrais la facilité. Des amis simples, qui se présentent quand il faut, qui n’ont pas de rancœur, qui sont là parce qu’ils ont envie d’y être. Des amis qui ne demandent rien en retour, qui sont juste heureux. Je sais, je sais, c’est le plus grand mensonge de l’humanité. Quand on ne sert plus aux autres, on ne sert plus, il n’y a rien à faire pour se battre contre ça.

C’est comme s’il fallait que je me rappelle que j’ai assez donné. Que je dois prendre ce qui passe, sans rouspéter. Pas facile pour un contrôlant anal comme moi haha. Pour ceux qui se le demandent; je n’ai pas vu mon ex depuis bientôt un an. C’est correct. J’ai accepté de me faire tasser aussi. Je vis autre chose. C’est plus au niveau des amitiés que ça fait mal. Je ne pensais pas que l’amitié devait se gérer comme une relation de couple. Je suis naïf peut-être. Je ne travaille pas assez ce genre de chose. Mais dans ma tête, ça devrait être simple, c’est pourquoi l’amitié existe. Quand il faut faire des pieds et des mains pour voir quelqu’un, quand une personne dit qu’elle viendra et ne vient pas, il faut lâcher prise. Et je travaille sur ça. J’ai cessé depuis longtemps de faire des drames. Mais je les vis quand même à l’intérieur. C’est un rejet. Et personne n’aime être rejeté. Mais que faut-il en conclure?

Rien.

C’est ça, le problème. Il faut vieillir. Laisser passer l’absence. Se dire que si l’autre veut vraiment nous voir, il sait comment nous rejoindre. Mais on sait tous que ça n’arrivera pas. Le seul problème dans ma petite tête, c’est que ça me donne l’impression de ne plus être apprécié à ma juste valeur. Et je devrais combattre cet état. Ce n’est pas du tout ça. C’est simplement que l’autre personne trouve plus d’intérêt ailleurs. Elle reviendra peut-être un jour, mais quand les mois s’écoulent, il ne faut plus trop y compter. Il faut que je devienne zen avec ça.

On perd tous des amis proches en route. Normal. Des amitiés de 10 ans et plus? Ça fait un peu plus chier. Mais il y a tellement d’éléments qui rentrent en ligne de compte. On peut pas en vouloir aux autres de vouloir vivre leur vie sans nous. Sans moi.

Jour 1

adulte

Je suis content que ça m’arrive en début de saison estivale. Au moins, ça sent moins la bullshit. Du genre «Je vais me calmer parce que l’été est fini, je vais devenir adulte et blablabla…» Non, cette fois la claque vient avant les conneries et les excès de l’été. Vraiment pas une mauvaise chose, au final.

Je pensais que je n’avais plus rien à dire ici. Faut croire que j’arrive à me surprendre encore. Signe que je suis encore bien vivant, et pas sur le pilote automatique. Faut dire que le stress est retombé, que je suis maintenant installé, et qu’il ne me reste qu’à payer pour les x années de ma vie à venir. Ahah, j’ai un ton tellement dramatique pour rien.

La vraie prise de conscience est arrivée vendredi soir. Celle de la semaine passée était juste le prélude, je suppose. Je me suis retrouvé seul dans un concert de Moderat au Métropolis (oui, la salle de concert où je m’étais promis de ne plus jamais remettre les pieds). Je me suis vite souvenu pourquoi. La chaleur, la foule, le son à faire exploser les tympans. Entouré de gamins qui commencent à peine à vivre leurs expériences de vie. Je me suis demandé ce que je crissais là. Après un concert pénible, je suis retourné chez moi à pied. En marchant dans le Village animé, un endroit que j’ai très peu fréquenté dans ma vie. Encore la foule à l’extérieur, à faire la ligne pour entrer dans des bars qui ne m’intéressent plus depuis longtemps. J’ai pressé le pas vers chez moi, puis j’ai continué à boire quelques bières jusqu’aux petites heures, sur mon balcon, à tendre l’oreille vers la rue un peu bruyante. Les temps ne changent pas, mais moi oui. Je pense que j’ai passé le cap des soirées électro, de la défonce, des moments où l’angoisse et l’anxiété du corps se manifestent à cause de la fatigue des muscles, du manque de sommeil, de tous ces éléments que je semblais tolérer facilement avant.

Il fallait bien que je me rende à cette évidence un jour. Le cycle du changement n’en finissait plus de finir, mais j’ai enfin compris qu’il était complété. Quand il n’y a plus de plaisir à faire ce que l’on faisait jadis, il vaut mieux cesser de s’entêter et apprendre à vivre cette nouvelle étape de vie.

Hier soir, je regardais mon meilleur ami s’exciter de sortir dans les bars, pour déraper un dimanche, comme si c’était si original. Et moi, je n’aurais pas pris sa place pour rien au monde. J’ai mangé ma petite papillote de légumes et ma truite avec mon chum, on a bien pris quelques verres, puis on est allé se coucher vers minuit. En fait, je l’ai laissé dormir sur le divan, car il semblait trop bien.

Dans mon grand lit, j’ai eu du mal à trouver le sommeil. C’est toujours un peu confrontant d’accepter de laisser partir une partie de sa jeunesse. De se dire que c’est ainsi que les folies s’arrêtent. Qu’il faut commencer à s’économiser physiquement et mentalement si on veut se sortir de ses patterns. Mais je n’ai plus besoin de lutter. Je n’ai plus besoin de me forcer à rester sage. Je n’ai juste plus envie de m’éclater «gratuitement».

Cette nuit, j’ai fait un rêve. J’étais avec des amis, devant une pharmacie. Je ne sais pas trop ce qu’on attendait. On avait bien du plaisir. Jusqu’à ce que je vois mon ex arriver, me croiser sans me voir, puis pénétrer à l’intérieur du bâtiment. Comme à l’habitude dans mes rêves, j’ai senti une boule au ventre, puis je l’ai suivi, parce qu’il me semble que je voulais l’accuser de ne pas me donner une once d’attention. Mais quand je suis arrivé près de lui dans la pharmacie, je l’ai observé avec un autre. Ils se serraient dans leur bras, s’embrassaient comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des siècles. J’ai ressenti leur amour. Mais pour une fois, pas de haine, pas de frustration, pas même envie d’une confrontation. J’ai fini par détourner le regard de leur bonheur, puis je suis reparti vers la sortie.

Dire que j’étais calme et serein quand je me suis réveillé serait faux. Mais la boule au ventre, elle, n’y était plus. Cet élément peut sembler banal, mais pour moi, il fait toute la différence. Je me suis tourné sur le côté et j’ai serré mon chum dans mes bras. Avec la jeunesse s’en vont aussi les anciens amours. Je suppose que c’est le processus normal des choses. Avec beaucoup de lenteur dans mon cas. Mais j’y suis habitué.

J’ai enfin tenu ma promesse, ce matin. J’ai enfilé mes shorts et je suis allé courir un petit 4 km. Histoire de m’y remettre doucement. Le parcours de course, au bord du fleuve, est des plus charmants. Ce sera parfait pour tout l’été et l’automne. Je dirais la même chose pour la vue de mon balcon. C’est beau, c’est doux, c’est plaisant et relaxant. Je suis bien. Bien installé. Bien dans ma peau. Bien dans mes choix. J’espère que l’été sera à l’image de ce calme et de cette sérénité.

Le droit chemin

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J’écris aujourd’hui comme si j’apprenais à écrire pour la première fois. Il est encore tôt. Samedi matin. Avant 7 heures. J’habite mon condo depuis bientôt trois semaines. Oui, j’ai une vue du pont Jacques-Cartier et une vue sur la ronde. Une autre étape de vie. Mais suis-je plus adulte? Je ne le croirais pas.

Qu’est-ce qu’un blogue personnel en 2016? Je me le demande souvent. À quoi ça sert? À quoi ça mène? Pourquoi ai-je si besoin par moment d’y écrire? Pourquoi je n’ai pas écrit depuis le mois de mars? Tant de questions, et aucune réponse claire et directe. Oui, il n’y a pas de doutes. J’en suis à une nouvelle étape de ma vie. Les phases s’enchaînent. La satisfaction, elle, c’est plus indécis.

Le soleil se lève, explose dans les fenêtres de ma chambre à coucher. Chaleur et lumière. Incapable de bien dormir depuis une quinzaine de jours. L’impression d’être devenu irritable. D’en vouloir au monde entier. Et ironiquement, se sentir bien. Être quand même confiant d’avoir pris la bonne décision. Je vis des sentiments en contradiction depuis un long moment déjà. C’est difficile, mais sain. Enfin, je crois que c’est sain.

Pas facile d’adopter des habitudes saines. De vivre selon des principes en lesquels on croit plus ou moins. On dirait qu’il y a toujours cette petite voix dans ma tête qui me dit fuck everything. Cette nuit, c’était l’anniversaire de ma cousine et de son copain. Une fête qui s’est déroulée comme avant. Comme si j’avais couru après ma jeunesse qui s’éloigne pour tenter de la retenir encore un peu. Mais le soleil est maintenant déjà levé depuis longtemps. Une impression de bonheur éphémère. Un questionnement sur ce que c’est que d’être réellement heureux.

Hier, je m’obstinais avec un des membres d’un forum musical que je fréquente. Il argumentait que le nouveau disque de Radiohead n’a rien à voir avec la perfection du passé. Je lui ai répondu qu’il devait grandir, cesser de vivre dans cette foutue nostalgie des expériences et plaisirs adolescents. J’ai eu l’impression de me parler à moi-même. Depuis le début mars, je tenais le coup. Presque parfait. Mais au fond de moi, je savais que ce n’était qu’une question de temps avant de subir un écart, avant de tout remettre en doute. En fait, non, ce n’est pas du doute. C’est simplement comme si je courais derrière le fil de ma vie, à chercher sans cesse ce que je pourrais changer pour me faire croire que ça va mieux maintenant.

Et le pire, c’est que ça va mieux. Je suis dans un environnement sain. Dans un milieu sain. Tout devrait être empreint de sainteté. Et pourtant, il suffit d’une simple nuit pour faire basculer tous mes acquis. Auparavant, j’aurais haussé les épaules, je me serais dit que c’est la vie. Mais ce n’est pas mon sentiment présentement. Non, ce n’est pas la vie. Ce sont mes choix. Dictés par mes pulsions, certes, mais ces élans de désir ne se tairont probablement jamais.

Je parle en parabole. Ça me fait chier. Doit être la raison pour laquelle je me fais discret ici. À 32 ans, je sais ce que je veux, mais c’est comme si un mur m’empêchait de vraiment atteindre mes buts. C’est un combat constant. Une lutte à finir qui ne finit jamais. Et puis, au final, je me rends compte qu’il n’y a pas de contradictions. Je suis humain. Un humain avec ses hauts et ses bas, avec ses réussites et ses échecs, avec ses défis et ses faiblesses.

Mais je ne m’en veux pas. Je ne m’en tiens pas rigueur. Inutile de se flageller, de se punir. Alors, je jette la serviette. Pas de façon défaitiste. J’ai toujours été exigeant envers moi-même. Je ne me suis jamais trouvé parfait. Et c’est normal. Pour tout le monde.

Ce blogue n’a plus aucune importance. J’y ai raconté ma vie, mes malheurs, mes bonheurs, mes amours, mes tristesses, mes pensées sombres, mes regains de joie. Je me suis fait du bien. Je n’ai jamais voulu me censurer. J’aurai réussi à réaliser un premier but avec tous ces écrits. Partir du négatif pour créer une réaction positive. J’en suis encore à me demander ce que sera la suite. S’il y aura suite un jour.

Il ne faut pas se méprendre. Je parle d’écriture ici. Pas de mon passé personnel. Je suis jeune. Même si j’ai pris un sacré coup de vieux avec tout ce stress. Tout ce parcours était nécessaire. Et je le dis honnêtement. Je n’ai plus grand-chose à vendre, si ce n’est que de continuer à me vendre à moi-même. Pour m’encourager pour le suite. Pour me convaincre que je ne suis pas à plaindre. Que ce qui s’en vient pourra être mieux. Mieux qu’avant, assurément.

Je ne pense pas pouvoir dire un jour que j’ai accompli tout ce que je voulais faire. Mais je n’ai plus de rancune envers tout ça. La seule chose qui m’importe, c’est de faire en sorte que ma trentaine soit aussi diversifiée que ma vingtaine. J’apprends la résilience. J’apprends à tolérer la vieillesse. À accepter qui je suis.

Ça m’aura pris beaucoup de travail sur moi-même pour en venir à une toute petite conclusion: je vaux quelque chose, peu importe mes réalisations et mes échecs. J’ai décidé de traiter mes échecs comme des écarts. Apprendre de ses erreurs. Vivre par rapport au jour précédent. Pour le reste, on verra bien, plus tard, quand je me retournerai pour observer le chemin parcouru. Non, il ne sera pas droit. Le chemin n’est droit pour personne. Je fuis les lignes droites. Elles ne sont jamais tout à fait réelles. Et c’est la beauté de la vie. Du moins, c’est ce que je crois.

Je dois surtout apprendre à aimer les autres comme ils m’aiment.

5 ans après

passe

Et voilà, on y est. C’est ici que le vrai décompte commence. La journée du 31 mars est vraiment une journée remplie de signification pour moi. En 2013, je terminais la dernière révision de mon roman avant de l’envoyer en correction. Mais surtout en 2014, je dois avouer que je chiais beaucoup plus dans mes culottes qu’en ce moment. C’était jour de lancement. Le Jour X. Il faisait heureusement beaucoup plus ensoleillé qu’aujourd’hui. J’étais dans un tout autre état d’esprit. Deux ans, c’est un peu comme dix ans pour moi, si je reviens vers l’arrière. Je ne m’attendais pas à vivre tout ce qui allait suivre. Je ne m’attendais pas à grand-chose, si je suis honnête. J’étais encore trop embrouillé dans d’autres petits drames devenus inutiles au fil du temps.

Quand je pose un regard vers l’arrière en ce moment, le petit gars que je vois, c’est celui avec un manque de confiance, qui fait trop la fête, surtout pour oublier le bon sexe (alors qu’ironiquement, il n’avait jamais eu autant de partenaires sexuels). C’est le gamin qui n’a pas été capable de retenir sa souffrance de perdre un seul être, qui a dû l’exprimer aux yeux du monde, comme si ça rachetait la peine de la disparition de l’ex. C’est tout de même spécial les réactions qu’on peut avoir par rapport à certaines personnes dans nos vies.

Bref, il y a du chemin qui a été fait. Beaucoup de chemin et de travail sur ma propre petite personne, qui est quand même loin d’être parfaite ou à mon goût, mais ça c’est un autre débat. Si je suis heureux d’une chose, c’est que j’ai réussi à tasser les gens néfastes dans ma vie, que j’ai gardé le meilleur des autres, que j’ai pardonné à beaucoup de monde, mais aussi que j’accepte que certaines personnes ne veulent pas me pardonner. Ça fait partie de la game.

Je pensais en avoir beaucoup à dire sur ce 31 mars 2014, sur Peut-être jamais, sur le processus, sur l’écriture, le lancement, et tralala. Mais au final, non. Parce que wow, j’ai tout dit. Tout est là. Il n’y a rien à ajouter. Je me questionne encore à savoir si ça faite tant de bien que ça ou non. Je suppose que je ne le saurai jamais.

Et quand je disais que les 31 mars sont persistants dans leur signification, je faisais référence aux boîtes qui m’entourent présentement. C’est reparti pour un déménagement en avril. Après 5 ans à vivre au même endroit. Quand je regarde ce petit appartement, je ne peux que voir défiler les dernières années. Beaucoup de drames, beaucoup de sexes, beaucoup de joie, beaucoup de projets, beaucoup de nuits blanches, beaucoup de souvenirs d’adulescent.

J’ai eu du plaisir ici. Des rencontres. Des conversations que je ne crois plus jamais revivre dans ma vie. Des confidences énormes et intenses. Toute une vie magnifique, malgré les coups bas. Je me suis vu maigrir, je me suis vu engraisser, je me suis vu me muscler, je me suis vu me frustrer. C’était un peu comme le prolongement de ma jeunesse qui ne voulait pas mourir. Maintenant, quand je regarde ce qui s’en vient, je n’ai pas le choix de voir les obligations, les paiements, le travail et la vie d’adulte. Mais au contraire d’il y a 5 ans, aujourd’hui, je n’y vois plus quelque chose de si négatif. De toute façon, ça fait des mois que je n’ai pas posé les pieds dans une boîte de nuit (et je ne m’en ennuie pas). Il m’arrive par moment de ressentir un petit désir pour les euphories d’avant, mais il est vite dispersé quand je me rappelle les lendemains de veille.

J’aurais vraiment tout fait ici. Ma vie artistique, ma vie sexuelle, ma vie nostalgie, ma vie professionnelle, ma vie amoureuse, ma vie amicale… Et le grand saut sera un long vertige. Je ne garde rien. Outre mon lit et ma laveuse-sécheuse. Tout le reste ne m’appartient plus. Tout est donné, tout est vendu, tout est jeté. Les vieux meubles que j’ai transportés comme des pièces à conviction des relations passées, la vaisselle qui ne m’appartenait pas, l’électronique désuète, les tables vernies à la sueur de mon front, le divan, la bibliothèque qu’on avait dû monter par le balcon, les luminaires qui se trouvaient dans mon premier appartement en 2006, les pôles à rideaux, les ventilateurs, la pharmacie, le frigo, le four, le lave-vaisselle. Adieu. Bye bye. Je recommence tout à zéro. Il n’y aura plus de souvenirs, plus de références à l’avant, plus rien même des morceaux de vêtements que je portais jadis. Se débarrasser de tout. Faire table rase. Ne restera que la présence de Rémi, l’abyssin. Une présence réconfortante, le seul lien qui pourrait me lier au passé.

Et je crois que lorsque je poserai le pied hors de cet appartement, ce sera bien la fin. Même si dans cet appart, j’ai ramassé mon ex à la petite cuillère deux fois plutôt qu’une. Mais bon, il n’y a plus grand-chose qui m’étonne, ce devait être la 4e fois après la deuxième rupture. J’en suis venu à en avoir assez des drames, du niaisage et surtout des mensonges. Je pense que toute cette époque m’a permis de comprendre que le mensonge était le pire poison. Ce doit être un peu pour ça que mon chum me trouve trop direct par moment. Quand j’ai fait quelque chose qui lui déplaît, il le sait avant même de poser un pied chez moi. C’est comme ça que je veux définir ma vie et mes actes à présent.

En même temps, je n’ai jamais eu la chienne comme ça. Une vraie chienne. Une chienne qui remplit de doutes, du genre : vais-je être capable de subvenir à mes besoins? Quel est le plan B de la vie pour fucker toute la patente? Je ne suis pas dupe, je sais très bien que d’autres choses vont arriver. It’s part of the process.

Alors, pour résumer ma vie et sa différence avec 2014, l’année de mon lancement, je dirais que j’ai repris mon projet de publication pour en faire un projet d’achat de condo. Je me doute bien que je ne serai probablement pas aussi gagnant dans ce projet que je l’ai été avec le roman. J’espère juste être capable de me sortir la tête de l’eau et de ne pas trop regretter mon choix. Mais ça, seul l’avenir le dira. Et il y a trop de données et d’éléments pour faire en sorte que je sois rassuré et confiant. Car le destin est un mystère, un mystère que je ne veux pas connaître de toute façon.

Alors voilà! En souhaitant un beau 2e anniversaire de publication à Peut-être jamais, je me souhaite surtout une transition agréable et pas trop dramatique. Et quand je regarde les deux dernières semaines qui viennent de se passer, je me dis que ce n’est pas gagné. Je suis passé près d’une crise cardiaque pour des chaises IKEA (!), j’ai pété une coche contre mon fournisseur d’électroménagers et je trouve déjà la banque qui m’offre mon prêt hypothécaire complètement idiote (elle lit les relevés de compte à l’envers et m’accusait de ne pas avoir assez de fonds pour le condo). Ça promet pour la suite! Il est vraiment temps que je recommence à courir sérieusement.

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Bon. Je ne pensais pas revenir à ce blogue avec ce sujet, mais puisque je me retrouve devant un problème éthique, je vais m’y attarder. Je viens de découvrir un autre forum de piratage où l’on partage gratuitement et illégalement mon dernier roman en version électronique.

Au début, la rage. La frustration de voir tous ces mercis un à la suite de l’autre. Pire encore, ça fait déjà plus de 8 mois que c’est disponible, offert à tous. Une fois la colère passée viennent les questionnements sur l’attitude à adopter. Oubliez la police, la police du web ou toutes ces niaiseries. Il est prouvé que de faire fermer un site de téléchargements illégaux ne sert à rien, sinon de motiver d’autres personnes à en ouvrir des dizaines d’autres.

Et c’est là que j’ai commencé à analyser ma frustration; jamais, au grand jamais, je n’ai téléchargé illégalement un roman sur ce genre de site. Si je n’ai pas envie d’acheter un bouquin, la bibliothèque me semble la solution la plus simple. Pourtant, si je faisais un Kanye West de moi-même et que je publiais une capture d’écran de mon ordinateur, on verrait bien que je suis présentement sur un site de streaming afin d’écouter la 4e saison de House of Cards.

J’ai voulu me tester plus loin. Qu’en est-il de la musique? Coupable, je suis. J’ai beau dire que je vais encourager les artistes que j’aime en concert (ce qui est vrai), je n’achète que ce que je ne réussis pas à trouver, ainsi que les artistes québécois. Mais c’est comme si ma façon de consommer la musique n’était pas similaire à ma façon de consommer des livres. Alors que j’ai un haussement d’épaules devant le téléchargement musical, je me colle au discours que Rogers Waters tenait à Tout le monde en parle dimanche dernier: à force de téléchargements, plus personne ne voudra créer. Et je suis tout à fait conscient que musicien ou écrivain, c’est du pareil au même. Construire une oeuvre prend des années de labeur, de doutes, de souffrance, de petites joies. Mais quand on regarde le résultat au niveau finances, c’était déjà pas du luxe, si on doit tout offrir gratuitement, à quoi bon y mettre tant d’efforts? Certains diront qu’il y aura toujours quelqu’un qui passera outre ces détails monétaires pour créer. Le hic? C’est qu’on se retrouvera avec de la création de gosses de riches. Et Dieu sait que ce n’est pas souvent là que se trouve le génie créateur.

Bref, toute cette histoire me fait sourire, car elle me montre deux facettes de ma personnalité. Certains pourraient me reprocher la chose en disant: c’est normal que ça te touche, ce serait de l’argent qui te serait dû! Mais je pense que ma réflexion va au-delà du simple intérêt mercantile. C’est comme si j’avais une échelle de gradation concernant le téléchargement illégal (et ce qui est bon, de ce qui est mal). Peut-être que c’est parce que le réflexe musical est plus vieux que le réflexe de lecteur. Après tout, les liseuses sont arrivées bien après les lecteurs MP3. Et présentement, je continue à me dire que je préfère vraiment le contact avec le papier lors de mes lectures. Je n’ai pas de bidule électronique pour stocker des centaines de livres (et je continue à garder un doute sur les personnes qui en ont autant sur leur machine. Les lisent-ils réellement?) Pourtant, je me rappelle qu’en 2004-2005, je refusais toujours de posséder un lecteur MP3. Je croyais encore aux disques compacts. Les temps changent. J’aime me dire que le livre connaîtra une finale différente. À suivre!

Dans un autre ordre d’idées, pour ceux que ça intéresse, j’en suis à la phase III (voir texte précédent). Je réalise à peu près une phase par mois. C’est sur 7 étapes. Tout va bien pour le moment (bon, ce n’est pas si facile, mais rien n’est facile). Ce qui s’amène dans les deux prochains mois sera complètement fou, alors que je ne promets pas d’être très régulier ici. Tout ça est un peu en réaction à ma vie passée, aux boulets que j’ai trop longtemps traînés. Ces 7 phases sont un peu l’entrée officielle dans le monde adulte (même si j’y suis depuis bien plus de 10 ans, je sais). Il y en a qui apprennent un peu moins vite que les autres, et alors? 😉

Ah oui! Dernière chose! Certains d’entre-vous ont remarqué que le site www.peut-etre-jamais.com redirige maintenant vers la section Livres de Pile ou Face. C’est normal. Je n’ai pas renouvelé le contrat d’hébergement cette année. Mais il reste encore quelques copies chez Archambault ou directement par moi! Ne vous cassez pas la tête à télécharger illégalement ce roman 😛

Les phases

phases

Mes chers amis, d’abord, je m’excuse pour le peu de mises à jour ici. Je suis pris dans un tourbillon de vie très intense, duquel j’ose espérer me sortir en mai… seulement.

Ces dernières semaines ont été charnières, parce qu’elles m’ont fait grandir. Encore un peu plus. Pas que de bonnes nouvelles, certes, mais beaucoup de positif. La plus grosse problématique, c’est qu’il m’est de plus en plus difficile de parler de moi-même aussi librement que je le faisais jadis. Et puis, ça devient égocentrique à la longue, non?

Je vis une période faste. Mais rempli de questionnements (ça, ça ne change pas!), ce qui est nouveau, c’est surtout les prises de décisions que je dois effectuer dans les prochains mois. On pense que notre vie sera un long fleuve tranquille dans la trentaine, eh bien, on a tout faux. C’est comme si je devais faire des choix obscurs qui sont garants de mon avenir. Mais c’est peut-être moi qui mets trop l’accent sur les répercussions de chaque petit mouvement de vie.

J’en parlais avec mon psy dernièrement; je suis dans plusieurs phases, comme la lune; où l’on mélange deuils et maturité. Je sais, je sais, la vie est faite d’une suite de petits deuils, c’est ce qu’on appelle l’évolution. Il faut savoir oublier des gestes, des pratiques, des moments, des anciens amis… 2016 sera définitivement la fin de plusieurs chapitres, à commencer avec un grand morceau; celui de mon appartement. Ça peut paraître étrange pour certains, mais depuis 4 ans, j’ai accumulé tant de souvenirs dans mon antre. Ce n’est pas le lieu qui importe vraiment, c’est plutôt la mémoire des gens qui sont venus le partager avec moi. Je me rappelle 2011, quand je suis débarqué ici, dans ce petit espace agréable et nouveau. Je traînais encore des histoires, des douleurs, des déceptions. On en traîne toujours, peu importe où l’on pose ses pieds. Mais il s’agissait d’un grand pas pour moi. Après deux échecs amoureux; prendre la chance d’un renouveau, essayer de se libérer des démons du passé. Tout ça s’est passé relativement bien, puis mal, puis bien, puis mal.

Bientôt, je laisserai cet espace derrière moi. Je tenterai l’inconnu. Je m’approcherai encore un peu plus de ce moment «adulte» que j’ai tant voulu repousser malgré tout. Mais à force de repousser l’évidence, on devient une caricature de la personne que l’on voudrait être.

Dans ce lieu, plusieurs hommes sont passés. Peu sont restés. Même chose pour les amis. D’une année à l’autre, ce n’est jamais pareil. On crée des liens, on en brise d’autres. Ça fait partir du vécu. J’ai longtemps cru que j’étais une mauvaise personne; parce que j’ai rarement été complètement heureux de vivre. J’apprends peu à peu à ne plus m’en faire. À me dire qu’il y aura toujours quelque chose d’autre. Il le faut. Sinon, on meurt.

Mon psy dit que je n’ai pas assez de fun. Que le seul plaisir qui semble me convenir vient des nombreuses substances qui ont parsemé mon chemin. Je travaille sur mon cas. Par phase. Et c’est un peu ma thématique de 2016; une phase par mois. En essayant de ne pas trop stresser, d’éviter la pression. Pas facile. Je suis quelqu’un qui me réfugie sans cesse dans le plaisir rapide; celui qui se consomme et s’oublie dès le lendemain. Mais peu à peu, mon but est d’éliminer ce genre de plaisir néfaste à ma vie. Je n’ai pas encore tous les moyens ou toutes les solutions pour réussir à me protéger de la nostalgie et du présent. J’y travaille, certes, mais j’ai une propension à revenir vers l’arrière, à toujours trouver que c’était mieux avant. Parfois, je me dis que je fais erreur, que de quitter mon petit nid pas cher et confortable, pour me cribler de dettes et d’insécurités, n’est pas la solution ultime. Mais j’ai vécu un déclic dernièrement: il faut avancer. Il faut foncer vers cette peur de l’inconnu, au risque de se péter la gueule, évidemment.

Les prochaines semaines seront des semaines cruciales pour mon avenir. Et je haïs cela, dans la mesure où je sais très bien que dès que l’on fait des plans, la vie se charge de faire dévier notre trajet pour nous amener vers un autre chemin. Je tente de ne pas me faire d’attentes, de ne pas trop organiser tout ce qui s’en vient, mais c’est fou, je pourrais dresser une liste de 20 items que je dois planifier prochainement. C’est même beaucoup plus angoissant que la publication de mon dernier roman. Il y a des coups de dés hasardeux, et il y a de la planification à effectuer, mais vous le savez, plus on planifie, moins ça se passe comme on l’espérait. Je dois être superstitieux, je préfère m’attendre au pire, même si je sais que le pire pourrait être encore pire et me surprendre.

Il m’arrive de plus en plus de me questionner, comme ça, en me demandant si toutes ces actions vont voir le jour, si je ne mourrai pas avant d’un accident banal. J’admire les gens qui se croient prédestinés. Parce que je n’arrive pas à me visualiser dans une simple vie, dans la simplicité du quotidien. On dirait qu’il y a toujours une faille, un mais si

Même si le prochain roman avance, je m’interroge sans cesse. Qu’est-ce que j’essaie de dire? Qu’est-ce que je ne saisis pas dans cette histoire, dans ces personnages? C’est la première fois que j’ai tant de recul devant un texte. Peut-être parce qu’il n’est pas écrit au «Je». Peut-être parce que cette histoire concerne les autres, et pas moi tout à fait directement. Quoique…

Ça m’a fait bizarre quand Renaud-Bray m’a annoncé qu’il ne restait que deux exemplaires de mon livre à vendre. Même chose chez Archambault. Même un rabais de 50% avec le code JAN1650 chez Kobo jusqu’au 31 janvier… Ça m’indique que c’est la fin d’un chapitre plus grand encore. Et pourtant, je continue sans cesse à recevoir des commentaires de lecteurs (ce que j’apprécie au plus haut point). Mais de plus en plus, c’est comme si on me parlait d’un livre qui ne me concerne pas. Il a maintenant sa propre vie, il n’existe plus dans mes veines. Il raconte le passé, et ce passé n’est plus présent. Encore un petit deuil, un tout petit.

Je ne deviens plus adulte. Je suis adulte. Et cette constatation me fige, me fout la chienne, vient jouer dans mon cerveau de jeune adolescent attardé. Je ne fais que penser à la suite, à ce qui s’en vient, et quand j’ai un peu trop peur, je cherche le plaisir facile. Ça crée des conflits, en moi, avec les autres. Ça me fait douter de chaque petit choix. Et puis, tout à coup, je me frappe métaphoriquement; je me dis que c’est ça vieillir. On a beau croiser notre passé; que ce soit des anciens amants au supermarché ou à la bibliothèque, que ce soit des anciennes connaissances qu’on ignore dans le métro (que pourrait-on se dire?) ou que ce soit simplement des hasards qui nous rappellent que nous n’avons plus 20 ans. Tout ça devient angoisse. Tout ça donne le goût de se réfugier dans ce qu’on connait le mieux. Et pourtant, je travaille à me sortir de ce cycle. Mais il n’y a rien de facile.

Pour que ce soit facile, il faudra passer l’étape des deuils. Faire en sorte que le passé n’existe plus. Qu’il soit un roman, une histoire, une page écrite et déchirée.

Encore aujourd’hui, je considère que j’ai eu de la chance. D’abord, de me sortir des habitudes vicieuses, ensuite d’avoir réussi à créer à partir des pires moments. Il ne me reste qu’à cesser de vanter ce passé qui était loin d’être rose. Mais le défi, il est là; se sentir bien dans le moment présent, sans chercher le regret à travers la nostalgie et les gens qui nous ont percutés de plein fouet plusieurs années avant.

J’ai laissé tomber les résolutions. J’ai laissé tomber les countdown. Être adulte, c’est apprendre à assumer ses décisions; faire face à ses choix, même si le résultat n’est pas celui qu’on attendait. Ouais, voilà. On en est là. Et la liste est longue. Je ne sais toujours pas si, une fois les éléments de cette liste rayée, je serai plus heureux. Mais une chose est certaine, j’aurai essayé.

On s’en reparlera au mois de mai.

Amours plurielles

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Il n’y a pas à redire, même si la cause contre l’homophobie est loin d’être gagnée, pendant qu’une exposition de photos dans un parc subit la haine de certains radicaux imbéciles à Toulouse, en France, au Québec, ce même genre d’exposition peut avoir lieu dans un collège! Je sais qu’on a toujours été un peu plus à l’avance par rapport à notre niveau de tolérance à Montréal, mais je dois avouer que j’ai été charmé par cette petite expo dont les clichés ont été pris par Marianne Braunwell (avec la collaboration de Béatrice Noël et d’Amélie-Shuka Gadbois-Blanchette).

J’ai beaucoup aimé l’idée du projet, soit de mettre en avant-plan les élèves et les professeurs d’une école qui jouent très bien le jeu des amours plurielles devant la caméra (alors que la plupart des acteurs ne sont pas gais ou lesbiennes). Ces jeunes (et moins jeunes) ont sûrement dû démontrer beaucoup d’ouverture pour accepter de se mettre dans cet état de vulnérabilité, mais au-delà du risque posé, il y a surtout un naturel et une poésie qui se dégagent de tous ces clichés.

Une exposition qui nous amène à nous poser plusieurs questions sur la tolérance et la différence, et c’est terriblement d’actualité ces derniers jours, alors que l’on semble vivre dans un monde qui accorde beaucoup trop d’importance à la peur de l’Autre et de l’inconnu.

Je dois avouer que ma partie favorite de l’exposition a concerné une présentation sur cubes où l’on voit Tous les matins du monde en compagnie de Charles-Alexandre Brazeau Robinson et de Charles-Antoine Garneau.

Ce qu’il y a de beau, ce sont aussi leurs témoignages par rapport à cette expérience :

« Cela ne me dérangeait pas de poser pour Amours plurielles, je supporte la cause et je rendais service à une amie. C’était drôle, car je n’avais jamais vécu ce genre d’expérience, mais disons que c’était assez gênant au début, mais on s’habitue. » Charles-Alexandre Brazeau Robinson

« J’ai accepté ce projet, car je trouvais cela intéressant et que je trouvais que c’était une opportunité pour montrer qu’être homosexuel ce n’est pas mal. C’était assez malaisant lors de la prise des premières photos, mais plus qu’on en prenait plus on était à l’aise. » Charles-Antoine Garneau

Vous pouvez retrouver toutes les photos et divers textes concernant ce beau projet sur le site http://amoursplurielles.com.

 

 

 

La crise de la trentaine?

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J’aurais beaucoup de sujets à aborder aujourd’hui. Je ne sais pas trop comment commencer, donc ce sera sûrement du point par point.

Je veux d’abord commencer par le film Love de Gaspar Noé que j’ai vu lundi dernier. Vous devez savoir que je n’ai rien contre la sexualité explicite; pas du tout même, si elle sert le récit, il n’y a aucun problème. Mais l’impression que j’ai eue en voyant ce film, c’est que le réalisateur voulait tenir son public attentif en diffusant des scènes explicites. Sérieusement, en supprimant les scènes de cul de ce film, on a droit à tous les mauvais clichés de films français (la mort, le deuil, le temps, blablabla). Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas emmerdé autant au cinéma. Gaspar Noé nous sert de belles phrases improvisées sur la vie humaine, et il nous balance des pipes, des trios, des orgies et des éjaculations en plein visage (c’est le cas de le dire)! S’il n’y avait pas ces scènes de sexe, le film serait encore plus vide. Et la mauvaise manie de ce réalisateur, c’est de prolonger le supplice, de faire en sorte qu’on soit exaspéré jusqu’à la fin. La scène avec l’enfant dans le bain est tellement pathétique, je ne peux pas croire que des gens se retrouvent et apprécient ce genre de navet. Je n’ai vu qu’un seul autre film de ce réalisateur (Irréversible), et au moins, dans ce film, on comprenait que la fin était plus lente, plus amoureuse et cheesy. Mais ici, les longueurs sont troublantes. Je ne suis pas sortie de cette projection choqué, je suis sortie du cinéma en criss, parce que j’ai eu l’impression qu’on m’a fait perdre mon temps.

amour

C’est tout le contraire qui s’est passé avec le documentaire L’Amour au temps du numérique de Sophie Lambert diffusé à Télé-Québec. Je lisais Judith Lussier dans le Journal Metro aujourd’hui, et je dois avouer que je n’ai pas compris son point de vue. On ne parle pas de tous les jeunes adultes, certes, mais on parle quand même de nombreux cas, même si ceux-ci ont été triés sur le volet. C’est une représentation assez exacte des amours que vivent cette génération qui vient (déjà) après moi. Je l’ai connu à ses débuts, et je dois avouer que je suis bien content de ne pas avoir grandi avec ces phénomènes de réseaux sociaux et d’hypersexualisation. J’étais à la limite, comme on dit. J’ai compris exactement le propos du documentaire, et quand certains journalistes essaient de minimiser la chose, j’ai l’impression que c’est le signe qu’ils n’ont pas vécu la chose et qu’ils croient que leurs propres expériences sont un exemple parfait du «je ne suis pas comme eux». Eh bien, désolé, chers journalistes, peut-être que vous étiez déconnectés de la réalité, mais ce documentaire représente bien la génération d’aujourd’hui, et quand même beaucoup celle qui vient avant.

Vous pouvez voir les deux parties du documentaire sur le site de Télé-Québec. Ça vaut le détour.

Je saute du coq à l’âne, et je voulais aborder le sujet des trolls sur Facebook et sur le Web en général. Bon dieu que c’est rendu grave! Je ne veux pas sonner dramatique, et j’accepte facilement la critique, mais ces derniers temps, j’ai l’impression que les réseaux sociaux sont devenus un Far West pathétique. Je reçois près de 5-6 demandes d’amitié par jour sur Facebook, et avant, j’acceptais tout le monde, mais j’ai dernièrement vécu beaucoup trop de trolling pour continuer à accepter tout le monde sans analyser leur profil. Quand on ne me spam pas sur mon mur Facebook avec des messages idiots de prêts ridicules, on me bitch sans même m’avoir lu. Je dois avouer que ça me fait sourire. C’est fou comme certaines personnes ont du temps à perdre à vouloir détruire les autres. Je m’amuse dans mes réponses, en jouant d’ironie, mais je me rends compte que tout ça commence à me tirer beaucoup d’énergie. Il faut que je me rende à l’évidence, je vais devoir commencer à mieux surveiller qui j’accepte et qui je refuse. C’est triste.

Sinon, dans les autres nouvelles, Renaud-Bray vient de renouveler mon entente de roman jusqu’au 31 janvier 2016. C’est fou! Ça fera bientôt deux ans que mon roman est sur les tablettes! Même dans les maisons d’édition normales, ce laps de temps est perçu comme un miracle. Je sais que l’histoire achève, mais je suis encore agréablement surpris des critiques qui sortent deux ans plus tard. Et les critiques me font parfois sourire. Je dois avouer que j’avais été chanceux; je n’avais pas vraiment reçu de critiques négatives sur mon roman. Mais parfois, les critiques sortent en même temps, et elles sont tellement opposées entre elles, que je ne peux m’empêcher de rire. Le meilleur exemple s’est produit cette semaine, où j’ai eu droit à une critique moyenne versus une critique parfaite. Voici une critique sur le site du Contemporaliste et en voici une autre sur le site Le Fil rouge. Attention aux spoilers pour ceux qui n’ont pas lu le livre encore.

Tout ça me conforte dans ma position sur le milieu de l’édition. Je dois l’avouer, je suis un peu un éditeur. Beaucoup même. Comme je me suis occupé de tous les segments du processus de publication de mon roman, je connais les rouages. Et tout ça me fait hésiter, ça me donne presque le goût de retourner à l’université pour approfondir mes connaissances en édition. Je crois que j’ai réussi là où peu de gens y sont arrivés. La question que je me pose, c’est est-ce qu’il y a un avenir dans le milieu de l’édition? J’en doute de plus en plus. J’ai l’impression que les prochaines années me donneront raison; que si un auteur veut vraiment se faire connaître, il devra se fier à lui-même, et certainement pas à une maison d’édition qui lui donnera 10 %. Quand je me compare aux autres écrivains qui ont publié dans les maisons traditionnelles, je ne peux que me réjouir de ne pas m’être fait avaler par le réseau. Entre faire 1500$ de profit et 15000$, je choisis la deuxième option. Mais je considère que tout le travail effectué n’en vaut peut-être pas la peine. Ce n’est en rien une question d’être reconnu par les pairs, ça, c’est un détail. Mais dans notre nouveau millénaire, je comprends que la façon d’éditer un livre n’est plus pareil qu’il y a quelques années. Les temps changent, et le milieu du livre a beaucoup de difficulté à s’adapter. Je ne sais pas ce que je deviendrai en tant qu’auteur, mais ce qui me rassure, c’est que je suis capable de mener à moi-même une maison d’édition qui fait du profit. Et ça, je reste surpris que les maisons d’édition normales ne l’aient pas encore compris, qu’elles ne soient pas encore venues chercher mes services. Ça sonne un peu pompeux, mais leur but n’est-il pas de faire de l’argent? Moi, je sais comment. C’est leur perte, comme on dit…

Je pense que je suis dans une sorte de crise de la trentaine. À me demander ce qui serait la meilleure avenue; continuer sur le chemin de l’indépendance, ou m’allier à une maison d’édition qui a déjà fait ses preuves.

Écrire un roman en 28 jours

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Nous sommes le 28 novembre 2015, et je viens de mettre un point final à un nouveau roman écrit en 28 jours, qui fait pour l’instant 196 pages, 45 chapitres et 51 218 mots.

Peu importe le contenu de ce roman, la première chose que je tiens à faire, c’est me féliciter moi-même. Vraiment. Je n’aurais jamais cru qu’un simple défi sur Internet allait me pousser autant. Ni que j’allais être si assidu. Quand je lisais certains auteurs connus dirent qu’ils écrivent leur roman en 29 jours, je me disais: «Facile! Ils font ça de leur journée, sans se soucier d’avoir un 2e emploi, de devoir continuer à payer le loyer et tout le tralala.» Et malgré tout, j’y suis parvenu. En travaillant 38 heures par semaine, en m’entraînant 4 à 5 fois par semaine aussi. C’est certain que ma vie sociale en a pris un coup, mais présentement, ce doit être mon foie qui remercie enfin le ciel que ce soit terminé. Du moins, cette partie.

Je ne mentirai pas. Écrire demande de la volonté. C’est un défi. Écrire chaque jour demande plus que ça. Et s’il n’y avait pas eu l’alcool, je ne sais pas si j’y serais arrivé après les longues journées de travail. J’ai évité les saoûleries (parce qu’écrire saoul ne fonctionne pas). La bière low calories m’a beaucoup aidé, et quelques bouteilles de vin ici et là. Pour les dernières 48 heures, et pour les dernières scènes plus difficiles que je devais écrire, je me suis permis du rhum (ce fut la seule fois).

On ne se mentira pas. Il s’agit d’un premier jet. c’est raw. Je sais très bien que je devrais ajouter 10 000 mots pour ensuite en raturer 15 000. Ça fait partie du processus de la réécriture. Mais je n’en suis pas encore là. Pour le moment, je profite de ce succès. Parce qu’il faut cesser de se mentir; après Peut-être jamais, j’ai vécu une longue période de page blanche (presque 3 ans). J’avais besoin de quelque chose pour me botter le cul, pour me remettre en selle.

J’ai suivi les conseils du NanoWrimo: ne pas se relire. Juste écrire, continuer où l’on s’est arrêté chaque jour. La proximité avec mes personnages s’est développée, mais pas dans la même optique qu’avec mon livre précédent. J’ai ajouté de la distance, du recul, j’ai choisi (pour le moment) de raconter l’histoire à la 3e personne. Ça m’a permis d’être moins affecté par les événements, de moins m’investir dans les émotions de mes personnages. Peut-être que c’est un piège, peut-être que le livre s’en ressentira. Je n’en ai aucune idée à cette étape.

C’est la première fois que j’écrivais un roman sans suivre un plan précis. J’avais bien une idée qui me trottait dans la tête depuis un an (signe qu’elle est potable pour l’exploiter), mais je n’ai pas pris des pages et des pages de notes, je n’ai pas dressé de plan chapitre par chapitre, je me suis laissé aller au gré du moment. Ça annonce beaucoup de rature, de coins qui ont peut-être été tournés trop ronds, mais pour le moment, je repousse tous ces doutes et ces questionnements. Je me suis donné un défi, je l’ai relevé, je m’y suis tenu, et ça, ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Pour vous donner une idée, j’ai écrit le roman Peut-être jamais sur une période de 5 ans. Il faisait environ 55 000 mots.

Écrire sans faire de plan, c’est surtout problématique pour terminer un livre. Je ne peux pas dire que je suis 100% satisfait de ma finale, mais elle est différente de tout ce que j’ai écrit depuis que j’ai commencé à écrire des livres. Il y a quelque chose d’universel, de plus général dans mon écriture. Je n’ai pas encore trouvé de titre pour le roman. C’est un autre des nombreux détails qui sera à élaborer avec le travail de réécriture.

Je crois que je reste assez zen. Je ne prédis pas que ce roman sortira un jour dans le public. Ça, c’est le travail qui va suivre qui va le dicter. Il y a mille choses à revoir, mais au moins, je sens que mes personnages sont ancrés et solides. Il faudra mettre du temps pour les amplifier, pour leur donner un sens et des justifications à leurs actes, mais ils sont quand même bien construits. Je pensais devoir me battre avec des problèmes de récits, d’anachronismes, des problématiques qui m’auraient fait douter de la suite du récit, mais c’est comme si j’avais vomi une ligne du temps, et elle me semble solide pour le moment.

Mon roman traite de plusieurs sujets; il s’intéresse aux demi-vérités, aux subterfuges, aux mensonges que les hommes se racontent pour se sentir plus légers, à toutes ces omissions qu’on cache aux autres. On reconnaîtra ma plume, car je touche encore aux sujets des dépendances, des obsessions, même un peu aux jeux de rôles dans les relations. Mais rien à voir avec le précédent.

Ça fait du bien d’écrire sur des choses que l’on ne vit pas nécessairement. Quoique certains me reconnaîtront quand même parmi tous les personnages. Le livre est aussi beaucoup plus violent, et il aurait pu l’être encore plus, mais les événements qui se sont déroulés à Paris dernièrement ont changé ma perception des choses. Pour le mieux, je crois.

Plein de doutes et de questionnements continuent de s’entrecroiser dans ma tête; est-ce plausible? Est-ce logique? Y a-t-il un sens aux actions de ces personnages? Sont-ils assez humains ou trop robots? Beaucoup de travail à venir, certes, mais pour le moment, je prends une pause, je lève mon verre, et je profite de cette belle réalisation.

La possessivité

posessivite

Prenez note: je ne commenterai pas les attentats de Paris, parce qu’avec toutes les conneries que j’ai lues sur les réseaux sociaux, j’ai une saturation complète de stupidité jusqu’à la fin de l’année. Je ne rajouterai pas une couche de plus par-dessus tout ça. Mes plus chères sympathies à tous ceux concernés de près ou de loin (on l’est tous) et aux amis/lecteurs français.

Le titre de cette entrée (la possessivité) a été le thème de ma fin de semaine, et je n’ai pas pris qu’une année de plus ces derniers jours, j’ai été submergé par de petits moments de sagesse qui ont été très importants pour moi. On peut dire que j’ai fait une analyse de mon passé, mon présent et des relations que j’ai entretenues autour de moi. Tout ça est parti d’un simple article banal comme il y en a des milliers sur la toile chaque novembre; la description du signe du zodiaque le plus intense: le scorpion. On lit toujours un peu la même chose: passionné, intense, protecteur, jaloux et possessif (et un merveilleux amant, évidemment!)

À force de se faire parler de notre signe, on en vient à faire des associations personnelles (et on aime tellement quand ça colle pile sur notre personnalité, même quand c’est quasi négatif!) Ça m’a trotté beaucoup en tête, ces derniers jours, ce concept de la possession des autres. Pas dans le sens violent ou macabre, mais simplement de la possessivité égoïste, souvent plus menée par des élans amoureux/amicaux; en d’autres mots, pas pour mal faire, juste parce que c’est dans mon signe et je suis comme ça.

Mais après coup, je me suis rendu compte que j’analysais surtout mon ancien moi-même, et les dernières années qui s’étaient écoulées. J’ai toujours eu cette façon étrange de « tomber amoureux » de personnes extraordinaires, et de vouloir me les accaparer, parce que je suis bien avec eux, parce que j’aime les voir sans obstacle (les obstacles ont longtemps été les autres autour). Pour donner un exemple concret, j’ai toujours préféré recevoir chez moi et dresser la liste des invités selon mon envie, à deux doigts de refuser qu’un tel ou un autre se présente (ok, en refusant que certaines autres personnes se présentent)! Loin de moi l’idée d’être de mauvaise foi, le but était surtout de passer de bons moments avec les gens de qui j’étais vraiment proche, pour éviter de se perdre dans des conversations moins intéressantes, pour me concentrer strictement sur l’essentiel; la vie des gens que j’aime.

Je l’ai souvent ressenti dans mon groupe d’amis gais, où je préférais toujours les voir sans qu’ils ne soient accompagnés. Ce n’est pas que je détestais leur douce moitié, c’est simplement que ça m’enlevait du temps avec les gens qui comptent vraiment. Mais cette habitude de possessivité m’a souvent nui. Elle a parfois créé des qui-propos où je donnais l’impression de ne pas aimer les chums/blondes de mes amis. Honnêtement, l’ironie c’est que ce fut rarement le cas. C’est bien arrivé à une ou deux reprises, mais ce ne fut jamais la norme.

La dernière année m’a appris que je travaillais beaucoup trop fort pour des choses de peu d’importance. Avouons-le un peu; au lieu de paraître franc et de montrer mon amitié, j’avais plutôt cette impression de donner du fil à retordre aux amis et de rendre les choses compliquées pour rien.

Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que plus on voulait attacher les gens, plus ils déliaient leurs cordes rapidement pour s’éloigner. Et le travail que j’ai dû faire sur moi, c’est de laisser les gens s’éloigner, en espérant peut-être qu’un jour, ils reviennent vers moi, puisque je leur laissais maintenant leur liberté.

Est-ce que tout s’est passé ainsi? Loin de là. Mais j’ai compris que c’était correct aussi. Il arrive qu’on lâche prise sur certaines personnes, non pas parce que l’amitié n’y est plus, mais peut-être que ces êtres restent encore avec l’idée qu’on veut les contrôler, les manipuler ou leur imposer des rencontres. Mais je ne fais plus ça de plus un long moment (imposer des rencontres), car ça ne fonctionne pas de toute façon. C’est à l’image de Facebook, et des événements; quand tous disent qu’ils viendront, on peut déjà calculer le nombre de futurs absents. Et parfois, la vie nous surprend, fait disparaitre ceux qu’on croyait pourtant beaucoup plus présents dans nos vies.

Et il faut se concentrer sur ceux qui restent. Cessez de penser à ce qui manque et vivre le moment avec ceux qui y sont. Certes, on peut être déçu, triste, on peut en vouloir, on peut même se dire qu’on leur remettra la monnaie de leur pièce (les scorpions comprendront), mais quand on s’arrête un instant, on se rend vite compte du ridicule de la chose. C’est un peu comme aimer un ex qui se contrefout de notre amour. Il n’y a pas d’issue, il n’y a que du travail perdu, que des efforts qui ne valent rien. C’est là qu’il faut lâcher prise, se défaire de notre colère ou de notre déception. Il n’y a aucun drame. Les gens se croisent et se décroisent sur la ligne du temps.

Chaque année, chaque anniversaire, c’est un nouveau chapitre, une façon de voir et de savoir qui seront à nos côtés l’année suivante. Ce n’est pas un gage de réussite, ça ne veut pas dire grand-chose, mais ça donne une idée précise des relations qui s’étiolent et des nouvelles amitiés qui se créent.

Vers quatre heures, ce matin, je me suis arrêté un instant, et j’ai compris que j’étais choyé. Je suis entouré de personnes vraies, où il n’y a pas de jeux d’apparences, de faux-semblants, de superficialité ou de masque. Ce sont des gens vrais, honnêtes, qui ne cherchent pas à créer des histoires inutiles ou dramatiques comme j’en ai jadis vécu. Et il y a cet autre point essentiel; on finit par ressentir clairement quand on intéresse quelqu’un ou quand il joue la politesse en s’en foutant complètement. J’ai mis du temps à déceler ce genre de trucs, parce que j’ai souvent voulu que « ça fonctionne » et que tout soit en harmonie, en me basant sur la chimie du passé, en essayant de recréer sans cesse les bonnes soirées d’antan. Mais je me suis rendu à l’évidence que la répétition du passé n’est jamais exacte, et surtout, elle n’est que très rarement au rendez-vous, même si on invite le même groupe de personnes. Il faut donc le vivre au présent, mais surtout avoir une bonne dose de laisser-aller, de lâcher prise.

Facebook a quelque chose de cruel, parce qu’on se retrouve amis avec des gens avec qui le courant ne passe plus comme avant. On ne les supprime pas toujours. On les garde, en souvenir du passé peut-être, je ne sais pas. Mais si Facebook n’existait pas (ou n’importe quel réseau qui fige le passé) on ne serait probablement plus « amis » avec de nombreuses personnes, et on ne connaîtrait pas ce qu’elles vivent non plus.

En fin de semaine, j’ai passé du temps avec les gens que j’aimais. J’en ai découvert d’autres que je ne connaissais pas, mais j’ai aussi redécouvert des amis qui s’étaient éloignés sur la ligne du temps et qui sont revenus. C’est là que j’ai compris que c’est le moment présent qui compte, pas les souvenirs d’avant.

J’ai dit que j’étais choyé parce j’ai vu environ 25 personnes en 48 heures. J’ai été reçu à souper par des gens que je considère comme de vrais petites étoiles positives dans ma vie. J’ai reçu des amis qui se sont entassés dans mon petit appartement. Mais surtout, j’ai pensé à moi, j’ai oublié les absents, et j’ai profité de mon bonheur. J’ai été agréablement surpris de la chimie naturelle entre les invitées (des gens qui ne se connaissaient pas entre eux au départ, mais qui ont semblé cliquer facilement). Ça m’a enlevé un stress, celui de devoir jouer à l’animateur de foule. Le petit concept cocktail et bulles était parfait. Et je ne me suis même pas saoulé. Signe que je n’ai plus besoin de m’engourdir l’esprit pour avoir du plaisir. Dans le lot, il y avait des gens que je n’avais pas vus depuis des années, et c’était un bel honneur pour moi qu’ils aient choisi de passer du temps en ma compagnie, c’était leur choix.

J’ai cessé de m’approprier les gens, de les attacher, de les vouloir à tout prix à mes côtés, et je crois que ça me réussit bien. C’est ainsi que je veux définir le reste de ma vie; une maison ouverte prête à accueillir ceux qui ont envie d’être là, tout simplement. Je m’en suis tellement fait avec les relations amicales un peu boiteuses, j’ai tant essayé de recoller des morceaux qui laisseraient de toute évidence apparaître la colle et les fissures. Beaucoup d’énergie à couper du vide au couteau. Beaucoup d’analyses, de réflexions, de remises en question. Et pendant qu’on s’acharne sur ça, la vie passe et on ne voit plus l’essentiel.

Vieillir, c’est aussi accepter de ne pas être le centre d’intérêt des autres. C’est accepter que tous ont leurs obligations, leurs petits problèmes, leur rythme de vie où des choix doivent être pris. J’ai longtemps dit que ce n’était pas les paroles qui comptaient, mais bien les actions, et j’ai l’impression que tout ça prend encore plus de sens. J’ai rendu les armes, j’ai fermé les batailles pour garder les amitiés lisses en surface. Je profiterai des gens quand ils seront là. Certains disparaîtront pour toujours, d’autres reviendront peut-être dans les années à venir, ça n’a plus d’importance. Et ça va aussi me permettre de mieux choisir où je me sens le plus apprécié, où j’ai l’impression d’être vraiment invité et voulu. Il y a une espèce d’abstraction dans ce que je raconte, parce que l’amitié est difficile à décrire entre deux personnes, parce qu’on ne sait jamais trop (comme en amour) qui aime le plus, qui tient le plus à l’autre, qui veut plus voir l’autre. Et c’est là que je m’en remets aux gestes, plus qu’aux paroles.

32 ans déjà. Beaucoup de chemin parcouru. Beaucoup de travail sur ma conception des relations humaines. Sur mon comportement jadis possessif envers les autres. Sur cet élan qui me pousse à laisser certaines personnes s’éloigner sans le prendre personnel. Hausser les épaules, tout simplement, et se dire que la vie est un cycle, qu’on recroisera bien ceux qui comptent vraiment. Les adieux en amitié ne sont pas vraiment comparables aux ruptures de couple, parce qu’il faut plus de temps pour se rendre compte du départ d’un ami qui ne nous doit pas nécessairement d’explication. Ça peut faire aussi mal quand on comprend, mais la peur de perdre l’autre a laissé sa place au plaisir de découvrir de nouvelles personnes tout aussi extraordinaires que les fantômes du passé,