Hypermodernité

2h17. Il est déjà parti depuis plusieurs heures. Et je reste avec ce sentiment de soulagement et d’inachèvement à la fois. Je réfléchis beaucoup à la représentation que je fais de moi-même sur le web, et je sais que je suis un des seuls qui fait différent. Au lieu de raconter mes exploits, au lieu de vanter ma belle petite vie parfaite, au lieu de montrer des photos de sourires heureux comme tous font sur Facebook, je parle plutôt de mes douleurs, de mes questionnements et de mes peurs. C’est quelque chose dans le monde Internet qui n’existe plus réellement. Aujourd’hui, on magnifie la vie dans le but de… dans le but de quoi au juste ? Pour que nos amis jalousent nos moments de bonheur ? Pour montrer à la moitié de notre liste que nous n’avons vue qu’une fois (ou jamais!) que NOUS on a une vie et qu’il fait bon de la partager de façon naïve, comme si un de nos invités tombait par hasard sur un album photo d’un événement de notre vie ?

Je commence à trouver que cette surreprésentation de soi sur Facebook en particulier devient une parodie de ce que l’on voudrait être vraiment. Et me voilà, parmi tout ça, à jouer une espèce de double jeu, car ma représentation est automatiquement remise en question par les écrits qui se retrouvent sur ce blogue. Séparation des genres; d’un côté, une vie heureuse en images et en statuts, de l’autre, un gouffre de remise en question et de mélancolie sans fin sur le passé.

Je viens de terminer la lecture de l’essai autofictionnel de Nicolas Langelier : « Comment réussir son hypermodernité et sauver le reste de sa vie en 25 étapes faciles ». Ce texte m’a parlé, alors que je vis une situation tout autre. Loin d’être un hipster, loin de l’âge supposément fatidique de 35 ans, ne vivant pas dans le Mile-End et gai de surcroît, le fond du texte peut parler à n’importe qui, chroniqueur culturel ou non. L’enjeu reste le même : cesse d’être figé et commence à agir.

J’ai besoin d’un changement de vie drastique. De quelque chose de plus que différent. J’ai trop donné dans la remise en question et pas assez dans l’action. Je suis trop bien sur mes acquis, à regarder le train qui passe sans vraiment sauter dedans. Pas envie que ça m’explose aux yeux à 35 ans. La solution ? Je pense qu’il est temps de changer de voie. Je dois oublier d’écrire des réflexions pour aider ma vie, mais plutôt écrire la vie. Ou alors ne plus écrire du tout. J’y pense beaucoup. Est-ce une excuse ? Est-ce une paresse ? J’ai plutôt l’impression de ne pas être à la bonne époque, d’avoir une vision de l’écriture ancrée dans un passé trop classique, pas assez hipster justement. Et loin de moi l’idée de vouloir plonger dans le monde de l’ironie, car j’ai toujours pensé qu’au final, l’ironie mène au vide existentiel.

Quand je regarde autour de moi, je ne me surprends même plus de ce vide existentiel. Il est là, présent, partout où je pose les yeux, partout autre que sur Facebook. Je me suis choqué contre moi aujourd’hui, parce que j’en ai voulu intérieurement à mon amie. Inutile. Inutile et ridicule. Alors que mon ex est allé vivre chez elle, elle a posté le soir même une photo de leur souper. Mon ex, le sourire aux lèvres, magnifié par la vie facebookienne, versus mon moi-même, assis devant l’ordinateur, seul, se sentant presque rejeté de quelque chose qui le fait pourtant suffoquer : lui !

C’est alors que le scénario se déroule. On revoit toutes ces photos sur un profil, on se revoit à explorer la moindre information avec avidité, à sentir son cœur battre (vivre à toute allure) parce que l’ex a publié un nouveau statut, un nouveau vidéo ou qu’il était par « hasard » au même endroit que nous quelques heures plus tôt. Des heures entières à encourager cette fausse perception du bonheur de l’autre. À se sentir inutile dans sa vie, parce que pour nous, l’amour n’y est plus. Mais derrière toute image se trouve une vérité qu’il faut savoir décoder; chose que la vitesse des réseaux sociaux ne nous permet plus. La consommation instantanée de la vie des autres. C’est bien là ce qui est offert la plupart du temps.

Et tout ça me fait sourire. Il faut bien sourire d’avoir été aussi con. De se sentir exclu en raison d’une simple photo publiée sur Facebook. Le problème, c’est que je suis convaincu que je suis loin d’être le seul à avoir été entraîné dans une obsession malsaine pour la vie supposément merveilleuse d’un ex. Combien avez-vous d’exs sur votre Facebook ? Combien de petites victoires ou de grandes déceptions avez-vous vécues en lisant leurs statuts, en voyant leurs photos ? À quoi mène toute cette hypermodernité comme se demande justement Langelier ?

On dit souvent que seul le moment présent « compte » vraiment. Mais il faudrait peut-être réviser notre définition du présent. Car devant un ordinateur, tout ce flux instantané qui sort, c’est surtout un vomissement infini de clichés, de règlements de compte ou vantardise provenant d’une insécurité profonde.

Alors quand je reviens à moi ici, quand je pose les vraies questions qui font hausser les yeux en l’air de plusieurs lecteurs sûrement… quand j’entends que je me plains trop, que je chigne un peu trop souvent sur le pauvre sort de ma vie, c’est plutôt une bonne chose finalement. Je crois que je n’ai pas à m’excuser d’oser poser les questions chiantes. C’est aussi ça la vraie vie. Mettre le paraître de côté et s’observer nous-mêmes dans le miroir; voir la trace de nos erreurs, tenter de les analyser et comprendre inévitablement qu’il faudra les répéter deux, trois fois avant de pouvoir réellement avancer.

La semaine qui vient de s’écouler m’a fait vivre des émotions différentes aux deux secondes, un melting pot d’émotions. En quelques phrases, passer de la frustration au désir, de la haine à l’amour, de la violence des mots à la douceur des gestes. Chercher les traces d’amour et se buter toujours à un non-sens. Se demander à quoi tout cela rime. Pourquoi en être encore au même point après tout ce temps ?

Je suis la représentation même de l’hédoniste qui s’assume. Celui qui va le plus loin possible au nom du plaisir; parce que le plaisir peut toujours être plus grand, plus marquant, plus violent. Mais il arrive un temps où il faut tuer le plaisir, aussi bon soit-il encore. Il faut le tuer avant d’avoir envie de se tuer soi-même lorsqu’on ne vit pas ces plaisirs ultimes.

Il n’y a pas d’excuses. J’ai passé ces deux dernières années de ma vie à « attendre le plaisir ». À petite dose, un moment volé par-ci par-là. J’ai même réussi à planifier l’horaire de mes plaisirs. Heures et agenda à l’appui. Pour que tout soit magnifié, pour que le « trip » soit réalisé selon des règles encore plus intenses que les règles de l’Art. Et finalement, chaque fois que le plaisir me laissait tomber dans ses derniers soubresauts, il ne me fallait qu’une respiration supplémentaire pour me rendre compte du long vide à venir. Il était déjà là. Après la petite mort, le désir mélancolique d’avancer notre vie sur fastforward, ou plutôt de mettre notre existence sur pause, comme si rien d’autre n’avait d’importance.

Le constat que je fais aujourd’hui est encore plus grave. Car je me rends compte que le plaisir a toujours compté avant toute chose. J’ai compris mon exaspération, ma frustration et mes agressions de scorpion quand je me suis rendu compte que tout ce que j’aimais dans ma dernière relation était simplement et uniquement le plaisir. Tout ce qui n’était pas plaisir m’irritait.

Ce plaisir est générationnel. Enfants des baby-boomers, on essaie de le vivre longtemps, d’étirer la sauce et de rester éternel adolescent. Pour nous, vieillir ne peut pas nous empêcher de vivre les nombreuses nuits blanches. Et c’est bien là qu’on se trompe.

Vieillir, c’est accepter petit à petit de se détacher des niaiseries qui virevoltent autour de nous. C’est prendre une grande respiration et se dire que c’est simplement une autre étape qui commence. Il faudra faire quelques deuils supplémentaires pour le comprendre vraiment, mais la plus grande vérité nous a déjà été dévoilée depuis longtemps : Baby… you’re gone.

Commentaires (2)
Hyperplasie
1 Mardi, 17 Mai 2011 08:14
jp
C’est très agréable de te lire finalement, on apprend tout ce que l’on ne savait pas, tu déguises tellement subtilement que l’on comprend ce que l’on ne devait pas savoir. J’ai des images en tête qui me viennent, des morceaux d’histoires... Donc tu as note tout tes RV galant, les fois ou tu as réussi a arrache un moment d’émotions, ou il devait repartir parce que sa place n’a jamais été a tes cotes. Car lui même ne la jamais vraiment désiré. Un outil, une arme contre lui même, une excuse, un vide a remplir... voila ce que tu as été.. Grace a toi ma guérison et rapide et presque complète, je ne suis déjà plus amer, et moi la page est tournée... ne reste que quelques choses subtile a terminer et le beau calme plat va revenir.
Une chose est certaine je suis demeure intègre, malgré le salaud que j’ai pu paraître je me suis respecter. Il y en a certain qui devront vivre avec le poids de leurs erreurs, leurs mensonges, leurs trahisons, on ne peut pas avoir raison a vie... On ne peut pas être un seul être intelligent et censé dans ce vaste monde et être entouré d’idiots.
Prend soin de toi Max, respecte toi, arrête de te faire des illusions sur qui que ce soit, compte sur toi, assume toi, commet toi... mais fais quelque chose avant que tu sois perdu dans les illusions d’un autre... Au fond c’est toi le créateur d’histoire.
..
2 Mardi, 17 Mai 2011 15:36
Maxime Collins
Merci Jp. Prends soin de toi aussi, et bonne chance pour la suite !
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