kissing

À toi, mon passé, envers lequel je n’ai aucune animosité, aucun regret et surtout pas de remords. Ce soir, il s’est passé un beau grand déclic dans mon petit cerveau d’être humain. Et c’est en anglais que ça sonne le mieux; I don’t care anymore.

C’était une soirée somme toute anecdotique. Quelques verres avec de bons amis, puis quelques rencontres avec des fantômes du passé. Tu en faisais partie. Un simple verre nous séparait. Toi, à l’extérieur. Moi, à l’intérieur. Je t’ai naïvement attendu. Je me disais qu’après tout ce temps, je n’étais plus un danger. Tu m’avais même dit, il y a au moins 10 ans de cela, que tu n’avais rien contre moi. Mais la fierté et l’orgueil sont des moteurs puissants. Je suis convaincu que tu n’avais aucune intention de protéger quoi que ce soit. Ta virilité? Tu l’as prouvé depuis bien longtemps. Ton hétérosexualité? Tu as amené ta preuve avec toi. Rien d’autre ne nous séparait qu’un simple verre, quelques pas à peine à franchir. Tu sais très bien que je n’aurais jamais osé faire ces quelques pas, parce que moi, je n’ai jamais rien eu de négatif à dire envers toi. J’en ai peut-être trop dit à l’époque, j’ai peut-être causé un bouleversement trop énorme dans ton petit coeur d’adolescent, mais entre toi et moi, ce n’était que des babioles. Rien de fatal. Rien qui aurait pu nuire à ta si belle réputation de garçon parfait.

Je te fais sans doute encore peur. En raison de mes mots. En raison de ce que je balance sur le Web. Tu t’es probablement arrêté depuis 15 ans. Me lire te trouble probablement encore trop. Peur de découvrir un mot de trop envers toi. Mais ne t’inquiète pas, je me contrebalance complètement de ta vie, comme tu le fais si bien envers moi également. Il n’y a pas de malaise, il n’y a pas de rancune, il n’y a rien, en fait.

Je n’ai aucune intention de régler des comptes, car ils se sont effacés depuis un très long moment. 15 ans. 15 ans pile. Ne fais pas l’innocent. Tu m’as remarqué. Je t’ai remarqué. Tu t’es éclipsé; tu avais sans doute peur de dévoiler ton passé à ton entourage. Tu as probablement tant travaillé à le rendre lisse et limpide. Et ça me fait sourire. Ce soir, j’ai appris que je pouvais encore terrifier quelqu’un. Au point où un simple bonsoir poli n’était pas de mise. Et une vieille amie du secondaire me l’a confirmé; Il n’a pas envie de te parler. 

Ne t’inquiète pas. Je m’en doutais.

Je ne suis pas triste. Ni nostalgique. J’ai déjà tellement donné. Ça m’a fait sourire. Étrangement. Parce que je me posais vraiment la question. Va-t-il faire ce premier pas, ou sera-t-il lâche jusqu’au bout? Réponse nette et précise. C’est tout ce que j’avais besoin de savoir.

Ne t’en fais plus. Nos secrets vont mourir du passage du temps. Je ne parlerai plus de ces trois ans de découvertes. Je ne dirai rien sur les multiples tromperies envers nos copines de l’époque. Je ne parlerai pas des masturbations mutuelles après minuit. Ni du partage d’une brosse à dent après avoir tenté de se foutre un doigt au cul. Pas un mot sur nos frenchs sous la douche. Rien sur le fait de m’étouffer sous la force de ton sperme dans ma gorge. Rien non plus sur le partage de ma copine de l’époque; à t’embrasser pendant que tu pénétrais probablement l’une des premières femmes de ta vie. Une vraie femme. Ne t’inquiète pas, je ne me vanterai pas de tout ce que je n’ai pas dit dans le roman Pile ou Face. Pas un mot sur l’après-bal, où tu m’as choisi pour te sucer en pleine rue alors que tu avais ma cousine à disponibilité, pas un mot sur notre séance photo pornographique, pas un mot sur l’orgie à 5 qui nous a presque coûté la vie parce que je voulais faire foncer la New Beetle dans un mur après cette soirée atroce. Pas un mot sur la douleur de te perdre pour un simple trip ridicule qui aura marqué la fin des choses entre nous. Non, tu n’as pas à craindre. Tes amis, ton petit cercle, personne ne saura rien. Tu conserveras ta chère réputation.

Et je souris encore, parce que je sonne un peu amer, mais j’en ris. Jeunesse, oblige. Mon grand, sache que je n’ai jamais voulu faire de toi un pédé. Tu as dessiné ta voie comme tu l’entendais. Avec des phrases comme une bite n’a pas d’oeil ou encore sucer, c’est pas pédé. Et je te félicite. J’ai toujours douté, un peu, je l’avoue, que tu finirais comme moi. Mais ce n’est pas le cas. Pas pour le moment. Ce ne le sera probablement jamais. Mais qui sait ce que tu fais en cachette. Ça ne me regarde pas. Après tout, tu te traitais toi-même de bisexuel, et à maintes reprises appart ça. Te souviens-tu notre promesse? On se reverra à 40 ans. Peut-être. À toi de voir, moi je n’ai aucun problème à assumer ma vie, à assumer mon passé et le fil de nos histoires qui se sont croisées. Je constate même que tu fais des efforts, tu as même des amis gais. Bravo. Qui sait ce que tu fais avec eux? Ça ne me regarde pas. Plus rien ne me regarde, en fait. Et je suis très zen avec ça.

Par contre, le fait de ne pas avoir encore assez de couilles pour venir mettre le passé à plat, ça, je ne peux m’empêcher de trouver ça cheap. Mais je me rappelle trop bien que c’est ta façon de faire. Même à l’époque, tu le disais toi-même: on est toujours seul. Même les meilleurs amis ne dureront pas. Tu n’as peut-être pas tort. Mais à 16 ans, ce genre de discours m’avait détruit. Il me faisait perdre mes illusions si vite sur les amitiés et les amours. Car perdre ami et amour à la fois, ce n’est jamais facile. Mais t’inquiètes, d’autres clones de toi-même t’ont vite remplacé. Et force est de constater que tu n’avais pas tort.

Le processus fut sensiblement le même avec mon ex. En fait, je me rends compte que je suis une bouée. Je suis serviable jusqu’à ce que l’autre retrouve le bonheur et s’éclipse. Mais au final, toutes ces histoires m’ont fait réfléchir. N’est-ce pas la même chose pour tout le monde? Nous sommes des bouées les uns pour les autres, jusqu’à ce que nous trouvions mieux ailleurs. Et le cycle se répète infiniment. C’est la nature humaine. I like you a lot, until…

Je te remercie ancien amant-ami. Te revoir à travers une fenêtre m’a fait réaliser bien des choses. Je m’étais toujours demandé pourquoi j’avais choisi la voie de l’écriture. Je savais bien que c’était pour me souvenir.  Mais aujourd’hui, je sais que c’était surtout pour trafiquer le réel. Parce que la fiction est bien plus alléchante. Mais tant mieux si tout ce processus me permet de retrouver l’écriture.

J’ai toujours été quelqu’un qui se cherchait en analysant ses propres expériences personnelles. Maintenant, je me suis trouvé. Il n’y a pas de réponse à fabriquer avec le passé. Il n’y a rien. Que du vide. Que des souvenirs qui ne veulent plus dire grand-chose. N’empêche. Une seule chose compte, à présent. Le présent.

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