Défi réussi: larguer Facebook pendant 40 jours. Ce n’est pas grand-chose, certes, mais pour moi qui étais somme toute accro aux réseaux sociaux, j’avais envie de parler de ma petite expérience.

Pour les puristes et négatifs; en 40 jours, j’ai publié trois messages sur mon mur. Le premier pour réagir à l’affaire Salvail, le suivant pour réagir à l’élection de Valérie Plante et le dernier pour remercier les gens pour leurs souhaits d’anniversaire.

Ceci étant dit, je dois avouer que j’appréhendais beaucoup mon absence virtuelle. Facebook s’immisce doucement mais fermement dans nos vies, et c’est le quotidien, au jour le jour, qui m’a le plus manqué au départ. Par exemple, ouvrir mon cellulaire le matin et tenter de consulter mon mur, avant de me rendre compte que je n’avais plus l’application. D’ailleurs, l’application Messenger de Facebook est très intrusive. Même en la supprimant complètement, elle restait tout de même sur mon téléphone pour m’avertir que quelqu’un m’écrivait un message. Tout pour ne pas se faire oublier! J’ai dû faire quelques tours de passe-passe pour m’en débarrasser pour de bon.

Ceci étant fait, les premiers jours ont tout de même été difficiles. Tout ce temps libre, tout à coup; tout ce temps gratuit à ne pas faire défiler des publications légères, des quiz et des publicités. Après trois jours, l’envie se faisait déjà moindre. Comme on s’habitue à la présence de quelqu’un, il faut s’habituer à son absence aussi.

L’autre élément, c’est que je ne voulais pas avertir les gens que je délaissais Facebook. Je trouvais que ça faisait mal paraître, comme si j’avais voulu me faire convaincre de ne pas partir du réseau, un peu comme un mec qui a besoin de se faire dire je t’aime! Facebook n’allait pas dire son dernier mot! Oh non! Il a commencé son travail en m’envoyant des courriels chaque jour: Avez-vous lu ce que votre ami X a publié il y a 24 heures? Un peu à l’image de quelqu’un qui veut arrêter de boire… mais qui travaille dans un bar. Il faut prendre sur soi-même.

Et parlant de boire, c’était un peu la constatation malsaine que je voyais en Facebook. J’ai fini par réaliser que j’aimais (le mot est faible) boire de l’alcool et m’installer sur les réseaux sociaux pour m’amuser avec les autres. Un peu comme si je voulais être seul dans la foule, sans réellement assumer cette solitude. Et au nombre de niaiseries que je publiais sur ma page ou celle d’amis, j’avais vraiment ce désir de créer une brèche, une vive déchirure dans ce paradoxe.

Il faut dire aussi que j’avais autre chose pour m’occuper. Ne plus boire d’alcool, éviter la fête, me concentrer sur moi-même et mon corps. À coup d’entraînements intensifs avec des professionnels, jusqu’à cinq fois par semaine. Avec l’absence de l’alcool venait tout naturellement un moindre désir de me connecter aux réseaux sociaux. Une belle raison pour se taire, ou du moins, pour éviter d’écrire des conneries.

Les 40 jours maintenant derrière moi, j’en tire une belle leçon: le juste milieu. Au départ, j’étais certain que j’allais tout simplement revenir sur Facebook et reprendre ce que j’avais mis sur pause un petit moment. Mais prendre du temps pour soi fait changer de perception sur notre vie et nos actions. Certes, je reviendrai sur Facebook. J’y écrirai des statuts. J’échangerai encore certains messages. Mais je crois que j’étais bien naïf de penser que tout allait revenir comme avant. Ce ne sera pas une question d’efforts ou de me retenir de publier, c’est plutôt mon intérêt qui a changé, ma vision de la chose qui s’est modifiée. En fait, je n’ai plus besoin de Facebook. Et c’est la même chose pour tous. Nous n’en avons pas besoin. C’est Facebook qui a besoin de nous. Pour nous dévorer nos précieuses années, pour faire en sorte que l’on passe le plus de temps possible avec lui, loin de la vraie vie, loin de ce qui compte vraiment.

Maintenant, quand j’observe certains chroniqueurs dans ma liste, qui publient plusieurs messages par jour (non liés à leur travail), j’ai plutôt un sentiment de tristesse pour eux. Ils devraient prendre ce temps pour créer, pour peaufiner leur art, pour passer du temps avec leur famille ou leurs amis. Quelque chose de moins virtuel. Quelque chose qui recherche moins l’approbation ou la confrontation des inconnus qu’ils ne verront jamais. À chacun ses choix et sa vie, je ne suis pas là pour me la jouer sauveur et faire une secte anti-Facebook. Je suis juste très zen de ne plus me sentir obligé d’agrémenter mon réseau social. Et je pense que le point le plus essentiel est le suivant: les vrais amis, eux, n’ont pas besoin de nous lire sur une plateforme. Ils savent où nous sommes, ce que l’on vit, ce qui importe, les bons coups comme les mauvais.

À la différence des gens qui publient seulement le côté lumineux de leur vie, j’étais de ceux qui balançaient aussi le côté sombre et le côté chialeux. Je n’en ressens plus le besoin à présent. Et c’est réellement un sentiment de libération. Je n’ai plus besoin d’une course aux likes, de savoir qui me lit, qui me juge ou qui m’appuie. Tout ça n’est que du virtuel, de la notoriété inexistante, impalpable et dont personne ne se souviendra dans quelque temps.

Je ne veux par contre pas donner l’impression d’être amer ou de juger ceux qui prennent du plaisir à envahir leur Facebook de messages. Ce n’est pas mon but, et à vrai dire, je n’ai aucun intérêt à partir en croisade pour convaincre qui que ce soit du bien fait de larguer ce réseau. Vivre et laisser vivre. C’est un peu ma conclusion sur cette expérience.

Alors, qu’ai-je fait de tout ce temps? Comme je l’ai dit plus haut, beaucoup d’entraînement; ce qui m’a libéré l’esprit. De la course, du vélo, des poids, des circuits, de la boxe, du gym. Je me trouve par contre bien naïf d’avoir cru que j’allais atteindre mes buts en six semaines. J’ai finalement compris qu’il n’y a pas de recette miracle. Ce n’est clairement pas en six semaines que je vais me remettre totalement en forme. J’ai perdu quasiment 10 livres, c’est un bon début, mais j’ai compris qu’il en serait ainsi pour le reste de ma vie. Je me suis bâti un équilibre durant ces quelques semaines, et mon intention est de continuer dans cette voie. C’est facile quand on y pense, mais ce fut tout un processus de parvenir à cette constatation. Car on cherche toujours la facilité, la rapidité. Mais non. Ça n’existe pas.

Mon plus grand highlight de l’automne reste quand même la rencontre avec mes deux entraîneurs privés. Oui, ils m’ont fait sacré mon lot de jurons, oui j’ai sué, j’ai dégoutté devrais-je dire, mais c’est exactement ce dont j’avais besoin. Me faire pousser dans le dos, me faire dire que j’étais capable d’en faire plus, de me dépasser dans chaque petit mouvement. Je lève donc mon chapeau à Charles et Raphaël, qui m’ont toujours accueilli d’abord comme un ami, au lieu d’un simple client.

Sans alcool, il y a aussi plus de lucidité. Que ce soit au travail ou dans la vie en général. Dans mon cas, encore plus par rapport à mon passé, ce passé auquel je tenais tant sans réellement savoir pourquoi. C’était surtout parce que je noyais le deuil à répétition dans le vin. Lorsqu’on élimine cet élément, on n’a pas le choix de réfléchir un peu plus à ce qui nous a amenés là. Et j’ai fait du chemin à ce niveau. Je suis en constant apprentissage certes, mais j’ai appris à laisser les gens partir avec plus de sérénité. Non, on ne remplace jamais ceux qui ont influencé notre vie, on ne peut pas les oublier non plus, mais on peut accepter leur départ, et je peux dire que j’ai enfin scellé ces petits deuils pour lesquels je m’accrochais comme à une bouée dans l’océan. J’ai compris que je pouvais lâcher la bouée, et qu’au final, mes pieds touchaient encore au sol. Je marche donc tranquillement vers le rivage pour me sortir de l’eau.

En apprenant à se connaître ainsi et en continuant à travailler sur soi-même, on finit par mieux se comprendre, et on sait de plus en plus ce qu’on désire et ce qu’on ne veut pas. La preuve est que je n’ai pas du tout rencontré durant ces six semaines. À vrai dire, le sexe était peut-être également une échappatoire pour moi. Vieillir, mais aussi diminuer mes soirées folles, m’a permis de me concentrer sur l’essentiel; m’ouvrir à quelqu’un qui comptera vraiment pour moi. Je ne suis pas dupe; le monde gai est un monde rempli de déceptions, mais je ne ressens plus l’urgence de baiser pour baiser, et encore moins de trouver l’amour le plus vite possible. J’ai confiance qu’en étant de mieux en mieux avec moi-même, je pourrai enfin offrir du bonheur dans la vie d’un autre. Histoire à suivre.

Alors voilà, c’était le petit récit de mes 40 derniers jours. Je ne les regrette pas. Ils m’ont montré le chemin à poursuivre, et ils m’ont surtout fait prendre conscience qu’avec un peu d’efforts, je retrouvais ma détermination d’avant.

Ma première publication Facebook sera donc cette entrée de blogue. Peu de gens la liront, parce que ce sera trop long, mais ces mêmes personnes passeront trois heures à faire défiler une barre de navigation pour lire des messages idiots et voir des publicités sur leur mur. On ne peut pas changer la technologie ni les gens, on peut juste s’aider à améliorer son existence en diminuant les choses frivoles et virtuelles qui n’ont aucune importance.

Il était temps… à maintenant 34 ans.

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