Les phases

phases

Mes chers amis, d’abord, je m’excuse pour le peu de mises à jour ici. Je suis pris dans un tourbillon de vie très intense, duquel j’ose espérer me sortir en mai… seulement.

Ces dernières semaines ont été charnières, parce qu’elles m’ont fait grandir. Encore un peu plus. Pas que de bonnes nouvelles, certes, mais beaucoup de positif. La plus grosse problématique, c’est qu’il m’est de plus en plus difficile de parler de moi-même aussi librement que je le faisais jadis. Et puis, ça devient égocentrique à la longue, non?

Je vis une période faste. Mais rempli de questionnements (ça, ça ne change pas!), ce qui est nouveau, c’est surtout les prises de décisions que je dois effectuer dans les prochains mois. On pense que notre vie sera un long fleuve tranquille dans la trentaine, eh bien, on a tout faux. C’est comme si je devais faire des choix obscurs qui sont garants de mon avenir. Mais c’est peut-être moi qui mets trop l’accent sur les répercussions de chaque petit mouvement de vie.

J’en parlais avec mon psy dernièrement; je suis dans plusieurs phases, comme la lune; où l’on mélange deuils et maturité. Je sais, je sais, la vie est faite d’une suite de petits deuils, c’est ce qu’on appelle l’évolution. Il faut savoir oublier des gestes, des pratiques, des moments, des anciens amis… 2016 sera définitivement la fin de plusieurs chapitres, à commencer avec un grand morceau; celui de mon appartement. Ça peut paraître étrange pour certains, mais depuis 4 ans, j’ai accumulé tant de souvenirs dans mon antre. Ce n’est pas le lieu qui importe vraiment, c’est plutôt la mémoire des gens qui sont venus le partager avec moi. Je me rappelle 2011, quand je suis débarqué ici, dans ce petit espace agréable et nouveau. Je traînais encore des histoires, des douleurs, des déceptions. On en traîne toujours, peu importe où l’on pose ses pieds. Mais il s’agissait d’un grand pas pour moi. Après deux échecs amoureux; prendre la chance d’un renouveau, essayer de se libérer des démons du passé. Tout ça s’est passé relativement bien, puis mal, puis bien, puis mal.

Bientôt, je laisserai cet espace derrière moi. Je tenterai l’inconnu. Je m’approcherai encore un peu plus de ce moment «adulte» que j’ai tant voulu repousser malgré tout. Mais à force de repousser l’évidence, on devient une caricature de la personne que l’on voudrait être.

Dans ce lieu, plusieurs hommes sont passés. Peu sont restés. Même chose pour les amis. D’une année à l’autre, ce n’est jamais pareil. On crée des liens, on en brise d’autres. Ça fait partir du vécu. J’ai longtemps cru que j’étais une mauvaise personne; parce que j’ai rarement été complètement heureux de vivre. J’apprends peu à peu à ne plus m’en faire. À me dire qu’il y aura toujours quelque chose d’autre. Il le faut. Sinon, on meurt.

Mon psy dit que je n’ai pas assez de fun. Que le seul plaisir qui semble me convenir vient des nombreuses substances qui ont parsemé mon chemin. Je travaille sur mon cas. Par phase. Et c’est un peu ma thématique de 2016; une phase par mois. En essayant de ne pas trop stresser, d’éviter la pression. Pas facile. Je suis quelqu’un qui me réfugie sans cesse dans le plaisir rapide; celui qui se consomme et s’oublie dès le lendemain. Mais peu à peu, mon but est d’éliminer ce genre de plaisir néfaste à ma vie. Je n’ai pas encore tous les moyens ou toutes les solutions pour réussir à me protéger de la nostalgie et du présent. J’y travaille, certes, mais j’ai une propension à revenir vers l’arrière, à toujours trouver que c’était mieux avant. Parfois, je me dis que je fais erreur, que de quitter mon petit nid pas cher et confortable, pour me cribler de dettes et d’insécurités, n’est pas la solution ultime. Mais j’ai vécu un déclic dernièrement: il faut avancer. Il faut foncer vers cette peur de l’inconnu, au risque de se péter la gueule, évidemment.

Les prochaines semaines seront des semaines cruciales pour mon avenir. Et je haïs cela, dans la mesure où je sais très bien que dès que l’on fait des plans, la vie se charge de faire dévier notre trajet pour nous amener vers un autre chemin. Je tente de ne pas me faire d’attentes, de ne pas trop organiser tout ce qui s’en vient, mais c’est fou, je pourrais dresser une liste de 20 items que je dois planifier prochainement. C’est même beaucoup plus angoissant que la publication de mon dernier roman. Il y a des coups de dés hasardeux, et il y a de la planification à effectuer, mais vous le savez, plus on planifie, moins ça se passe comme on l’espérait. Je dois être superstitieux, je préfère m’attendre au pire, même si je sais que le pire pourrait être encore pire et me surprendre.

Il m’arrive de plus en plus de me questionner, comme ça, en me demandant si toutes ces actions vont voir le jour, si je ne mourrai pas avant d’un accident banal. J’admire les gens qui se croient prédestinés. Parce que je n’arrive pas à me visualiser dans une simple vie, dans la simplicité du quotidien. On dirait qu’il y a toujours une faille, un mais si

Même si le prochain roman avance, je m’interroge sans cesse. Qu’est-ce que j’essaie de dire? Qu’est-ce que je ne saisis pas dans cette histoire, dans ces personnages? C’est la première fois que j’ai tant de recul devant un texte. Peut-être parce qu’il n’est pas écrit au «Je». Peut-être parce que cette histoire concerne les autres, et pas moi tout à fait directement. Quoique…

Ça m’a fait bizarre quand Renaud-Bray m’a annoncé qu’il ne restait que deux exemplaires de mon livre à vendre. Même chose chez Archambault. Même un rabais de 50% avec le code JAN1650 chez Kobo jusqu’au 31 janvier… Ça m’indique que c’est la fin d’un chapitre plus grand encore. Et pourtant, je continue sans cesse à recevoir des commentaires de lecteurs (ce que j’apprécie au plus haut point). Mais de plus en plus, c’est comme si on me parlait d’un livre qui ne me concerne pas. Il a maintenant sa propre vie, il n’existe plus dans mes veines. Il raconte le passé, et ce passé n’est plus présent. Encore un petit deuil, un tout petit.

Je ne deviens plus adulte. Je suis adulte. Et cette constatation me fige, me fout la chienne, vient jouer dans mon cerveau de jeune adolescent attardé. Je ne fais que penser à la suite, à ce qui s’en vient, et quand j’ai un peu trop peur, je cherche le plaisir facile. Ça crée des conflits, en moi, avec les autres. Ça me fait douter de chaque petit choix. Et puis, tout à coup, je me frappe métaphoriquement; je me dis que c’est ça vieillir. On a beau croiser notre passé; que ce soit des anciens amants au supermarché ou à la bibliothèque, que ce soit des anciennes connaissances qu’on ignore dans le métro (que pourrait-on se dire?) ou que ce soit simplement des hasards qui nous rappellent que nous n’avons plus 20 ans. Tout ça devient angoisse. Tout ça donne le goût de se réfugier dans ce qu’on connait le mieux. Et pourtant, je travaille à me sortir de ce cycle. Mais il n’y a rien de facile.

Pour que ce soit facile, il faudra passer l’étape des deuils. Faire en sorte que le passé n’existe plus. Qu’il soit un roman, une histoire, une page écrite et déchirée.

Encore aujourd’hui, je considère que j’ai eu de la chance. D’abord, de me sortir des habitudes vicieuses, ensuite d’avoir réussi à créer à partir des pires moments. Il ne me reste qu’à cesser de vanter ce passé qui était loin d’être rose. Mais le défi, il est là; se sentir bien dans le moment présent, sans chercher le regret à travers la nostalgie et les gens qui nous ont percutés de plein fouet plusieurs années avant.

J’ai laissé tomber les résolutions. J’ai laissé tomber les countdown. Être adulte, c’est apprendre à assumer ses décisions; faire face à ses choix, même si le résultat n’est pas celui qu’on attendait. Ouais, voilà. On en est là. Et la liste est longue. Je ne sais toujours pas si, une fois les éléments de cette liste rayée, je serai plus heureux. Mais une chose est certaine, j’aurai essayé.

On s’en reparlera au mois de mai.