L’art de garder ses amitiés?

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Eh là, là. Ça devient de plus en plus difficile de tenir un blogue et d’y écrire avec le coeur. Non pas que l’envie n’y est pas, c’est surtout qu’à mon âge, je devrais avoir passé le trip journal intime. Et pourtant, je me rappelle tendrement ma jeunesse où je pouvais venir vomir tout ici dans l’anonymat. À quoi sert un blogue personnel passé l’âge de 30 ans?

C’est une question que je me pose de plus en plus. Non, ce n’est pas une annonce de fermeture (comme j’ai pu en faire le long de nos nombreuses années ensemble depuis 1999). Au final, le processus d’inversement s’est fait complètement; ça y est, je parle beaucoup plus de ma vie dans mes romans que sur ce blogue. Il faudrait que je le voie comme une réussite. Je suppose.

Mais je trouve difficile de parler des sentiments et des émotions sans établir le contexte réel des situations. Je m’étais d’ailleurs promis de ne pas faire ce que je suis en train de faire aujourd’hui, soit écrire aux petites heures du matin, dans un état de doute un peu embrouillé et mélancolique, propre aux premières lueurs des samedis de fin d’été, sous le nouveau vent qui annonce l’automne. Mais j’y suis, déjà lancé, alors voilà.

J’aurais envie d’écrire combien il est éprouvant et difficile de voir quelqu’un près de moi s’enfoncer, descendre dans des abîmes qui semblent sans fin, pour aller toucher un fond qui semble encore loin. Peut-être qu’il n’y a pas de fond. Et pourtant, j’ai placé tant de confiance et d’espoir en cette personne. C’est se sentir inapte et dans l’impossibilité de fournir une aide. Pour la simple et bonne raison que je ne suis pas bien placé pour fournir cette aide. Je peux donner mon oreille, je peux serrer le corps de l’autre dans mes bras et dire que ça va bientôt passer, mais mon rôle est limité. Que faire quand quelqu’un n’entend pas les conseils, qu’il ne semble pas comprendre qu’il faut aller chercher de l’aide extérieure? Je sais, je sais, il y a des moments où ce genre d’effort semble trop énorme… alors, comme une coquille, je regarde cette personne se refermer et s’isoler des autres.

Jusqu’à quel degré peut-on se mêler de la vie et des choix de nos amis? Jusqu’où avons-nous droit d’entrer dans leur existence? De les bouleverser au point qu’ils en retirent quelque chose de bon pour eux? Je me suis souvent mêlé de ce qui ne me regardait pas, et je l’ai regretté autant de fois. Depuis quelques années, j’ai appris à m’effacer quand je sentais qu’on ne voulait pas mon opinion ou qu’on ne voulait pas écouter ce que j’avais à dire. Je ne parle pas de critiquer l’autre gratuitement; je parle de le réveiller de son état léthargique, de tenter de lui ouvrir les yeux. Mais le manque de recul donne un résultat contraire: je deviens la cible, c’est moi que l’on hait, que l’on accuse de ne pas se mêler de ses affaires.

Je remarque que la plupart des gens qui ont un mal-être autour de moi cherchent à se réveiller un matin, guéris, complètement. J’ai beau expliquer que les solutions miracles n’existent pas, que c’est le parcours pour arriver à la transformation qui importe, pas simplement le résultat. Mais comment expliquer cela à quelqu’un qui ne voit pas de lumière au bout du tunnel (sans jeu de mots). Je deviens alors témoin; témoin de la tristesse, de la nostalgie, des regrets maudits et des choix malsains. Je ne peux que regarder, attendre, et être là, que les nuages restent sombres ou qu’ils finissent par se dissiper.

Avec le recul et le temps, je pense que j’ai moi-même été dans cette situation un peu folle. Celle où l’on sent le sol se dérober sous nos pieds, ce moment où plus rien ne semble faire de sens, où l’on souhaiterait justement mourir ou nous téléporter vers notre nouveau moi, sans passer par les étapes cruciales et douloureuses de la guérison. Quand je regarde vers l’arrière, je constate que j’étais peut-être pareil; dans une semi-dépression, à ne pas trouver de moyens plus efficaces que d’engourdir le mal. Comme je l’avais déjà fait de nombreuses fois, quand tout n’était pas encore si près du gouffre.

Alors, aujourd’hui, j’observe. Je comprends. Je conseille parfois timidement, mais je sais que je ne peux pas me mettre dans la peau de l’autre, et même si je ressens ce qu’il vit, le cheminement se doit d’être réalisé étape par étape, sur la durée, avec les moments chiants et les soirées dramatiques.

Mais comment réagir quand l’autre s’enfonce tant que même nos avertissements et nos cris d’alarme ne suffisent pas? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je reste dubitatif, malgré la rage qui me surprend souvent. Ce n’est pas en déclamant des vérités que l’on offre de l’aide. Ce n’est pas en secouant l’autre ni en lui disant ce qu’il veut entendre.

Je pense que j’ai le défaut de la qualité d’un pur scorpion. J’aime mes amis comme j’aime dans une relation de couple. Je pique pour réveiller l’autre, pour obtenir une réaction, pour faire avancer les choses; mais le résultat n’est pas rose. Je deviens vite une cible, celui qui cherche l’attention, qui fait une scène avec quelque chose que la personne essaie de taire, d’oublier, d’ignorer.

J’ai pourtant appris le laisser-aller, avec une confiance aveugle (presque naïve), parce que j’ai toujours cette impression que lorsque les autres auront compris le cheminement à suivre pour s’en sortir, qu’ils auront réussi à s’extirper de leur mal; leur premier réflexe sera de revenir vers moi. Pas pour que je puisse entendre tu avais raison. Ça, ça n’a aucune importante (et je peux me tromper par moment). J’ai surtout la naïveté de croire qu’après une grande noirceur, on reconnaît ceux qui ont voulu nous aider, qu’on comprend même pourquoi ils ne voulaient pas nous conseiller trop drastiquement.

Malheureusement, il est très rare de recevoir le juste retour du balancier. Dans le meilleur des mondes, l’histoire est oubliée, et on fait comme si de rien n’était. On publie son bonheur (réarrangé) sur Facebook, et on récolte les félicitations à demi-mot. Car peu de gens connaissaient vraiment notre état. Je parle évidemment pour les autres, car si je me retourne et me regarde, j’ai fait tout le contraire, en exposant des années de douleurs vives sur le Web. Mais je suis une exception, un être différent, celui qui s’est toujours dit que toute bonne chose (ou mauvaise) pouvait s’expliquer par écrit, et avec une profondeur beaucoup plus longue que 140 caractères ou un statut ambigu sur les médias sociaux.

Ça fait bizarre de se retrouver dans la peau de celui qui est passé par-dessus la déprime, et qui observe maintenant ce mal chez d’autres personnes. Et je le dis sous toute réserve, car on n’est jamais à l’abri d’une rechute. N’empêche. Je ne comprends peut-être pas la dépression médicamentée, car je ne l’ai jamais vécue et je n’ai jamais rien pris pour ça, mais j’ai souvent l’impression de me reconnaître dans les chemins sinueux des autres. Pas facile de ne pas vouloir aider, de se taire et de hocher la tête en silence. C’est pourtant ce que je fais avec beaucoup de personnes autour de moi ces temps-ci. J’ai cessé de les compter. Je constate simplement qu’il y a une multiplication ces derniers mois. C’est correct, ça vient souvent par passe. Le bonheur fout parfois le camp en groupe. Mais je me sens tout de même impuissant, à regarder des scènes malheureuses tout en me disant que mon rôle est d’écouter, pas de suggérer.

Je crains surtout l’avenir à court terme, les folies passagères et les actes de désespoir. Mais je reste ouvert et je dis haut et fort que ces personnes peuvent compter sur moi en temps de crise. M’écouteront-elles? C’est le grand point d’interrogation; une question à laquelle je ne souhaite pas tout à fait répondre, par peur d’apprendre de mauvaises nouvelles.

Pour ceux pour qui l’amitié compte plus que tout, le deuil est cruel et très prenant. Il y a beaucoup d’énergie consacrée à se retenir, à laisser nos idées préconçues de côté et à ne pas envahir l’autre de nos solutions souvent trop simplistes. Je ne cherche pas à donner un cours, je dis juste qu’il est plus bénéfique d’éviter les conversations moralisatrices. Il faut offrir son écoute active, sans se transformer en pseudo-psychologue. Un grand défi quand on voit l’autre dépérir devant nos yeux. Pas facile de «refuser» de jouer au sauveur.

Et puis, égoïstement, il y a aussi notre propre personne. Tout parait si simple quand on conseille les autres, mais arriver à appliquer nos propres analyses à nos situations personnelles se révèle souvent plus difficile, par manque de recul peut-être, mais aussi par orgueil. Car celui qui conseille se donne trop souvent le rôle de quelqu’un qui a réussi là où de tristes âmes sont en train d’échouer. Pourtant, c’est le syndrome de l’Iceberg; on vit tous des échecs et des déceptions sous la surface. Ils sont essentiels à notre cheminement. Quand quelqu’un me dit que c’est facile pour moi, car j’ai, à ses yeux, tout réussi, je retiens un rire nerveux. J’ai envie de me dire: s’ils savaient… ou plutôt; s’ils avaient vraiment porté attention aux petits détails, ils auraient su. 

Je m’en voudrais probablement si toutes ces déprimes se résorbaient en mort d’homme. Je m’invectiverais sûrement de ne pas avoir assez confronté l’autre, pour l’empêcher de tomber dans une solution qui semble régler tout à court terme. Pas facile, pas facile du tout quand on voit des gens dépérir sous nos yeux.

Et ne parlons pas de ceux qui n’allaient pas bien, et qui ont fini par nous quitter malgré tout. Peut-être sont-ils plus heureux aujourd’hui, mais ça, je ne le saurai jamais. Je ne m’en fais pas avec ça. S’ils ont à revenir, je les accueillerai avec amour et compassion. Je me trouve quand même bizarre d’accorder autant de fidélité aux amitiés. Je ne sais pas ce qui explique cela. C’est un peu la peur de la perte, je suppose. Mais c’est inévitable aussi.

Alors voilà, j’ai parlé en parabole, pour éviter de plonger dans un sujet qui me bouleverse encore par moment. Ce n’est pas une mince tâche de se dire qu’il n’y a rien à faire, que même le plus grand geste que l’on pourrait poser (en quelque sorte, il s’agirait de forcer l’autre à consulter) ne suffit pas. Il ne reste donc que la confiance envers le temps. Mais le temps est si long et si rapide à la fois.

Dans ma vie, j’ai certes abandonné des amitiés pour le bien de ma propre santé mentale, mais je sais surtout que je me suis fait abandonner, parce que je donnais trop mon avis, parce que les gens préféraient peut-être éviter de me décevoir, ou alors ils étaient peut-être honteux de rester aussi longtemps dans le même pattern. Pourtant, je suis l’exemple parfait du mec qui a vécu 5-6 ans de calvaire en public. Mais il vaut mieux arrêter les comparaisons ici. J’ai appris que l’on ne pouvait pas se targuer de connaître la douleur de l’autre, même si on l’avait vécue d’une manière similaire. Il faut se rendre à l’évidence; il y a autant de solutions pour s’en sortir que d’être humains sur la planète. Il faut juste relativiser.

Et ça, la relativisation, c’est la partie la plus difficile.

Surtout si on se met à l’expliquer à l’autre.

Un jour, j’en ferai un roman. Ouais. Un jour, peut-être. Ou peut-être jamais.

Après un mois de silence

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J’aurais pouvoir aimé dire «après un mois de vacances», mais ce serait un énorme mensonge, car je n’ai pas de vacances – en tout cas, pas de longues semaines! J’ai choisi volontairement de prendre une pause de mon blogue, parce que c’est l’été et je suis humain, après tout! Ça fait du bien de s’éloigner un peu, par moment.

Est-ce que j’ai réalisé tout ce que je voulais faire pendant mon été? Loin de là. En fait, mon constat est plutôt simple: on se donne beaucoup de défis pour la période estivale, alors qu’on devrait justement réduire le tout au minimum, et simplement profiter de ce que la vie nous présente. N’empêche, il s’est quand même passé beaucoup de choses dans ma vie, de petits changements, de nouveaux constats et de nouvelles résolutions.

La plus belle résolution réalisée déjà depuis mai dernier, c’est mon arrêt d’alcool. Surtout mon arrêt de vin. J’ai adopté la bière 3% Clear 2.0 de Sleeman (bonjour la pub gratuite!) et je m’en tiens à ça. C’est comme si j’avais enfin appris à boire avec modération, mais surtout, je n’ai plus l’envie de me saouler la gueule comme un porc, et je l’ai surtout constaté il y 2 semaines, quand je suis sorti en ville pour le lancement du DVD de Coming-out de mon ami Mathieu Blanchard. J’avais fait une exception à la règle, et après trois coupes de vin, j’étais saoul sur le carreau! Il faut croire que le corps s’habitue vite à ne plus être intoxiqué. Ce qui me plait, c’est que ce n’est plus un effort à fournir, c’est devenu naturel; l’envie de boire de grande quantité d’alcool m’est passée. J’ai confiance que ça dure.

Un autre grand constat dans ma vie, c’est que je viens de comprendre que mon époque « concerts » était peut-être révolue. Après avoir subi une énorme déception au concert d’Interpol au Métropolis à la fin juillet, je me suis rendu que je ne faisais que chialer sans cesse sur mon insatisfaction lors des concerts. C’est souvent lié aux setlists des groupes, je l’avoue, mais après réflexion, c’est de plus en plus lié à la maudite salle du Métropolis que je déteste. Le coup de grâce est arrivé quand, pour faire plus d’argent (pour accueillir plus de fans, diront les acteurs d’Evenko), la salle a décidé de retirer les bancs au deuxième étage. Déjà que ces bancs inconfortables n’étaient pas un luxe, maintenant nous avons droit à des gens évachés sur les comptoirs et debout pendant trop longtemps (surtout dans le cas d’Interpol où le groupe est arrivé sur scène à 23h). Après une bonne analyse de la situation, je me suis rendu compte que j’engloutissais d’énormes sommes d’argent (en frais afférents, hein Evenko!) dans tous ces concerts rarement intéressants. Car outre le billet de spectacle, il faut inclure l’alcool (quoique maintenant c’est moins imposant!) et ça inclut souvent une sortie en ville, donc resto et autres dépenses. Évidemment, je ne crois pas être capable d’éviter les concerts en tout temps. Par exemple, si Radiohead revient en concert à Montréal un jour, c’est clair que j’y serai. Mais je tenterai d’éviter le Métropolis le plus possible. C’est dommage pour Patrick Watson qui y joue en décembre, mais je m’en tiens à ma décision.

Est-ce que j’ai écrit durant l’été? Pas une miette. J’ai bien deux idées de projet, mais je ne suis pas encore rendu à l’étape de l’écriture. J’ai donc pris des notes, lu quelques ouvrages (pfff! Regardez le mensonge ici haha, j’ai commencé à lire quelques ouvrages serait plus adéquat comme formulation!) mais je ne me sens pas prêt encore. La paresse? Oui, il y a un peu de ça. Il faut dire que je suis encore bien occupé par la vente de Peut-être jamais. Je suis toujours dans un entre-deux concernant la durée de vie de ce projet. Je n’aurais pas cru vendre encore autant un an et demi après la publication. C’est une excellente nouvelle, mais c’est comme si je ne voulais pas que le roman meure. Et c’est peut-être ce qui m’empêche de me concentrer sur du nouveau. Parlant de vente de romans, Renaud-Bray et Archambault sont vraiment à fond dans le projet et ont tous les deux repris une bonne quantité de romans. C’était la deuxième fois pour Renaud-Bray (normal, car ils avaient demandé 125 livres lors de leur première commande) et c’est déjà la huitième fois pour Archambault. Je continue à être agréablement surpris de toutes ces ventes. Je suis présentement à sec niveau roman, mais je devrais recevoir une nouvelle commande d’ici 2-3 jours. Vous pouvez donc toujours commander votre exemplaire dédicacé, qui vient avec deux cadeaux, soit mon roman précédent en format numérique de votre choix (Comme si de rien n’était) ainsi que la bande-sonore du roman Peut-être jamais! Nous avons dépassé le cap des 1000 copies vendues depuis belle lurette, et qui sait, peut-être que je serai classé dans les best-sellers très bientôt (au Québec, on parle de best-seller dès 1500 exemplaires vendus!). À suivre! Si vous avez lu le roman et si vous désirez en parler, je vous suggère de joindre mes deux pages Facebook, celle du livre et celle de l’auteur!

Sinon, dans les autres nouvelles, ben… j’ai perdu 20 livres! Il faut croire qu’avec moi, c’est pendant l’été que je maigris, et pas pendant l’hiver! Évidemment, il ne faut pas se leurrer; la seule solution pour perdre du poids pour moi, c’est de diminuer la quantité de nourriture que j’ingère (certains capoteraient à voir comment je mange peu par moment), et d’accentuer le gym et le sport. Ah! Et le fait de ne plus vider de bouteille de vin doit m’aider aussi! J’ai aussi le projet de recommencer à courir en septembre. J’étais bien parti au début de l’été, mais mon cousin m’a lâché trop vite, et je n’avais pas encore acquis la confiance en moi pour partir courir tout seul (la paresse, encore?) Je dois avouer que j’aimais bien me faire pousser dans le cul par mon cousin. Dommage. Mais je sais qu’il faut apprendre à se «gérer» soi-même.

Bref, voilà pour les grandes lignes de ma vie pour cet été. Je tais d’autres éléments de ma vie, parce que vous savez qu’on ne peut pas tout raconter sur un blogue lorsqu’on devient connu. C’est maintenant mon cas, et je dois dealer avec ça. Bonne fin d’été à tous! Et merci encore de m’avoir encouragé dans mon projet littéraire un peu fou qui ne cadre pas du tout avec l’offre de livres sur le marché en ce moment! J’ai toujours pensé que j’avais un groupe de lecteurs différents des autres lecteurs traditionnels, et ça, j’en suis fier!